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Nicaragua : Le Pays des Lacs et des Volcans

Nicaragua : Le Pays des Lacs et des Volcans

Vitesse

Un guide de voyage complet sur la plus grande et la plus fascinante des nations d'Amerique centrale

Introduction

Le Nicaragua se situe au coeur de l'Amerique centrale, une nation d'une beaute naturelle extraordinaire, d'une profondeur historique tumultueuse et d'une chaleur humaine qui surprend discretement mais persistante tout voyageur qui entreprend le voyage. C'est le plus grand pays de l'isthme centroamericain par superficie, s'etendant entre le Honduras au nord et le Costa Rica au sud, avec l'ocean Pacifique qui longe sa cote occidentale et la mer des Caraibes qui faconnne sa frontiere orientale. Pourtant, malgre sa taille et sa remarquable diversite de paysages, le Nicaragua demeure l'une des destinations les moins visitees et les moins connues de la region, un pays qui a consacre des decennies a se relever d'une guerre civile, de catastrophes naturelles et de bouleversements politiques, tout en parvenant a preserver une richesse culturelle et naturelle que ses voisins plus frequentes par les touristes peuvent a peine revendiquer.

Le surnom que les Nicaraguayens eux-memes emploient avec le plus de fierte est celui qui figure dans les brochures touristiques, sur les panneaux routiers et dans l'orgueil national : le Pays des Lacs et des Volcans. Ce n'est pas une exageration. Le Nicaragua compte dix-neuf volcans le long du couloir pacifique, dont beaucoup sont dramatiquement actifs ou l'ont ete recemment, et les deux grands lacs d'eau douce du pays, le lac Managua et le lac Nicaragua, dominent la geographie des plaines pacifiques comme des mers interieures. Le lac Nicaragua, connu localement sous le nom de Lago de Nicaragua ou lac Cocibolca, est le plus grand lac d'eau douce d'Amerique centrale et le seul lac d'eau douce au monde connu pour abriter des requins-taureaux, un fait biologique remarquable qui tient au fait que ces requins se sont adaptes depuis longtemps a l'environnement d'eau douce en remontant le fleuve depuis la mer des Caraibes. Le spectacle dramatique de volcans qui s'elevent depuis les rives des lacs et de cones insulaires qui emergent a la surface d'immenses etendues d'eau douce confere au Nicaragua un paysage d'une grandeur singuliere.

Le pays recompense les curieux et les patients. Ses villes coloniales, Grenade et Leon, comptent parmi les plus beaux exemples d'urbanisme et d'architecture coloniaux espagnols de tout le continent americain, et les deux citees beneficient d'une reconnaissance au patrimoine mondial de l'UNESCO pour leurs monuments les plus extraordinaires. Grenade, generalement consideree comme la plus belle ville du Nicaragua et la plus ancienne ville coloniale espagnole habitee en permanence en Amerique centrale, se deploie avec ses facades colorees jusqu'au bord du lac Nicaragua, ou une chaine de petites iles verdoyantes derive dans les eaux comme si elles avaient ete placees a dessein. Leon, ville universitaire a l'ame revolutionnaire, ancre le coin nord-ouest du pays et attire ceux qui veulent comprendre la revolution sandiniste non pas comme une note de bas de page dans un manuel d'histoire mais comme une memoire civique vivante exprimee dans des murales, des musees et les recits de grand-meres qui se souviennent de s'etre cachees des soldats de la Garde nationale dans les annees 1970.

Pour les aventuriers, le Nicaragua offre des experiences veritablement rares a une epoque ou le tourisme mondial a colonise presque tous les espaces sauvages de la planete. La luge volcanique sur les pentes de cendre noire du Cerro Negro, le plus jeune volcan actif au monde, n'est disponible nulle part ailleurs sur Terre. Observer des milliers de tortues olivatres arriver simultanement sur la plage La Flor lors d'un evenement de ponte massive appele une arribada constitue l'un des grands spectacles de la faune sauvage des Ameriques. La randonnee jusqu'au lac de cratere au sommet du volcan Maderas sur l'ile d'Ometepe, une ile formee par deux volcans surgissant d'un lac d'eau douce, est un voyage surreal et inoubliable. Atteindre la Petite Ile du Mais au large de la cote caraibe, une ile sans voitures ou les sons les plus forts sont ceux des oiseaux et des vagues sur le recif, necessite un petit avion et un bateau rapide, mais offre une authenticite que les iles-stations balneaires ne peuvent pas fabriquer.

Le Nicaragua a traverse de graves turbulences politiques au cours des dernieres decennies. Les manifestations d'avril 2018, au cours desquelles le gouvernement de Daniel Ortega a reprime violemment des citoyens manifestant contre des reformes proposees de la securite sociale, ont fait des centaines de morts et declenche une periode soutenue de repression politique, d'emigration et de difficultes economiques. Les voyageurs qui visitent aujourd'hui le Nicaragua le font en ayant conscience de ce contexte. La beaute et la generosite du peuple nicaraguayen coexistent avec une realite politique qui complique le tableau d'ensemble. Ce guide aborde honnement et pleinement le tourisme au Nicaragua, parce que le pays et son peuple meritent d'etre vus dans toute leur complexite, et parce que les voyageurs qui arrivent bien informes ont tendance a vivre les experiences les plus significatives et les plus respectueuses.

Ce que le Nicaragua offre, en definitive, c'est le sentiment qui existe encore dans relativement peu d'endroits au monde : la sensation d'avoir trouve quelque chose d'authentique avant que le monde ne l'ait entierement decouvert. La vie de rue de Grenade en debut de matinee, quand des femmes en tabliers portent des plateaux de nacatamales aux voisins et que les cloches de la cathedrale sonnent a travers le parc, n'a pas ete mise en scene pour le tourisme. La silhouette volcanique a l'horizon au crepuscule n'est pas un decor mais une realite dans laquelle les Nicaraguayens vivent chaque jour. Le rhum verse dans un bar local n'est pas un cocktail artisanal ; c'est le Flor de Cana, l'un des meilleurs rhums vieillis produits n'importe ou en Amerique latine, servi simplement parce que c'est ce que les gens boivent ici. Le Nicaragua est, dans le meilleur sens du terme, toujours lui-meme.

Ce guide couvre l'ensemble du pays, depuis la capitale Managua et son energie urbaine tumultueuse jusqu'aux splendeurs coloniales de Grenade et de Leon, en passant par le sanctuaire insulaire d'Ometepe, le long de la cote pacifique jusqu'aux spots de surf et aux plages de tortues marines du sud, vers les hautes terres cafeicoles de Matagalpa, et jusqu'a la region caraibe ou les iles du Mais et les communautes garifunas et miskitos de la cote atlantique vivent dans une langue differente, un rythme different et un univers culturel radicalement different de celui de la majorite pacifique. Chacun de ces endroits est distinct, vaut la peine d'etre connu, et ensemble ils composent un pays d'une ampleur stupefiant e et d'une diversite inouie que tout voyageur curieux aura du mal a oublier.

Histoire

Le territoire aujourd'hui appele Nicaragua a ete habite depuis au moins douze mille ans, une chronologie etablie par des decouvertes archeologiques pres de Managua et le long de la cote pacifique, ou des empreintes de pas humains preservees dans des cendres volcaniques a Acahualinca representent l'une des plus anciennes traces de presence humaine en Amerique centrale. Ces empreintes, datant de quelque part entre deux mille et six mille ans, ont ete preservees lorsque des personnes ont marche dans de la boue volcanique humide pres de ce qui etait alors le rivage du lac Managua, et les cendres se sont solidifiees autour de leurs impressions dans l'un de ces improbables moments de chance geologique qui figent parfois un instant humain dans le temps geologique. Elles sont aujourd'hui conservees dans un musee sur le site originel et constituent l'un des monuments les plus emouvants du Nicaragua, un lien direct et physique avec des hommes et des femmes qui foulaient cette meme terre des millenaires avant nous.

Les peuples pre-colombiens qui ont faconne le Nicaragua au moment du contact espagnol etaient divers et linguistiquement complexes. Les Chorotegas, arrivant du Mexique lors de migrations qui se sont probablement produites vers 800 apres J.-C., se sont etablis dans toute la region pacifique et comptaient parmi les groupes culturellement les plus sophistiques d'Amerique centrale, pratiquant l'agriculture, la ceramique, les systemes de calendrier et une organisation politique complexe fondee sur des conseils elus et des structures de gouvernance elaborees. Les Nicaraos, qui ont donne son nom au pays, etaient egalement des migrants du centre du Mexique, arrives plus tard, et ils se sont installes en particulier sur les rives meridionales du Pacifique pres de ce qui est aujourd'hui Rivas et les rives du lac Nicaragua. Le nom Nicaragua lui-meme est communement attribue a une fusion de Nicarao et du mot espagnol pour eau, agua, bien que l'etymologie soit contestee par les historiens. Sur la cote caraibe et dans les montagnes du nord, les peuples Miskito, Sumo et Rama ont developpe des cultures adaptees a la foret tropicale, aux systemes fluviaux et au littoral caraibe, et ils demeurent aujourd'hui des communautes distinctes et presentes dont les traditions et les droits sont reconnus par la constitution nicaraguayenne.

Des explorateurs espagnols ont pris contact pour la premiere fois avec la cote pacifique du Nicaragua en 1522, lorsque Gil Gonzalez Davila a mene une expedition vers le sud depuis Panama. La rencontre avec les chefs nicaraos, en particulier le chef dont le nom a ete rendu par les Espagnols comme Nicaragua ou Macuil Miquiztli, est devenue une partie fondatrice de la legende coloniale. La colonisation espagnole formelle a commence en 1524 lorsque Francisco Hernandez de Cordoba a fonde les villes de Grenade sur le lac Nicaragua et de Leon pres de la cote pacifique, faisant de ces deux cites l'une des premieres fondations coloniales espagnoles sur le continent americain. Leon Viejo, le site d'origine de Leon, a egalement ete etabli en 1524 et serait ensuite detruit par une eruption volcanique et un tremblement de terre en 1610, devenant l'un des sites archeologiques les plus importants d'Amerique centrale. Grenade, en revanche, a survecu sans interruption et est restee ce qu'elle est aujourd'hui : la plus ancienne ville coloniale espagnole habitee en permanence en Amerique centrale, un titre qui porte un poids veritable dans une region ou l'histoire coloniale se manifeste souvent davantage dans les documents que dans le tissu urbain vivant.

La periode coloniale a etabli les hierarchies sociales et economiques qui allaient faconne r le Nicaragua pendant des siecles. Le systeme espagnol de l'encomienda attribuait les populations autochtones a des proprietaires fonciers coloniaux qui etaient supposes les christianiser et les proteger en echange de leur travail, bien que dans la pratique, le systeme etait un vehicule d'exploitation qui a decime les communautes autochtones par la surexploitation et les maladies. Les estimations de la population indigene au moment du contact et dans les decennies suivantes suggerent une reduction catastrophique, avec certains historiens estimant que jusqu'a quatre-vingt-dix pour cent de la population precolombienne avait disparu dans le siecle suivant l'arrivee espagnole en raison de la maladie, du travail force et de la violence. L'economie d'elevage des plaines pacifiques et l'economie agricole des hautes terres centrales se sont developpees sous l'organisation coloniale, et Grenade est devenue prospere en tant que centre commercial echangeant des marchandises par la voie du lac Nicaragua et du fleuve San Juan vers la mer des Caraibes et finalement vers l'Espagne. Cette position comme noeud d'un reseau commercial transatlantique a rendu Grenade riche, influente et une cible tentante pour les pirates anglais et les filibustiers qui hantaient les eaux des Caraibes.

La cote caraibe a connu une histoire coloniale tres differente. L'influence britannique le long de la cote des Mosquitos, comme la region etait connue, a maintenu la zone largement hors du controle espagnol pendant toute la periode coloniale. Les Britanniques se sont allies avec le royaume Miskito et ont utilise la cote comme base pour le commerce et la piraterie ciblant la navigation espagnole, etablissant des postes de commerce et des relations diplomatiques avec les chefs miskitos qui ont perdure pendant des siecles. Des esclaves africains amenes sur la cote caraibe par les Britanniques et par des negociants neerlandais se sont meies avec les populations autochtones pour produire les communautes garifunas et creoles qui definissent encore le caractere culturel de la cote caraibe du Nicaragua aujourd'hui. Cette divergence entre une majorite pacifique hispanophone et une minorite caraibe anglophone, creole et autochtone, a cree une bifurcation dans l'identite nicaraguayenne qui ne s'est jamais entierement resorbee, et qui se manifeste encore dans les deux regions autonomes creees par la constitution de 1987 pour reconnaitre la specificite de la cote atlantique.

L'independance de l'Espagne est venue en 1821 dans le cadre de l'effondrement plus large de l'autorite coloniale espagnole en Amerique centrale. Le Nicaragua a brievement rejoint l'Empire mexicain d'Agustin de Iturbide, puis est devenu membre de la Federation d'Amerique centrale avant d'emerger comme republique independante en 1838. Les premieres decennies de l'independance ont ete marquees par une rivalite violente entre le camp politique conservateur, base a Grenade, et le camp liberal, centre a Leon. Cette rivalite allait definir la politique nicaraguayenne pendant un siecle et s'exprimer dans l'architecture, la culture et le sang verse lors de conflits armes repetes.

L'episode le plus dramatique et le plus etrange de l'histoire nicaraguayenne du XIXe siecle a ete l'Affaire Walker. William Walker etait un Americain du Tennessee qui dans les annees 1850 incarnait une forme particuliere d'ambition imperiale americaine connue sous le nom de flibusterisme, dans lequel des aventuriers militaires prives cherchaient a conquerir des territoires en Amerique latine pour la gloire personnelle et le gain economique. Walker avait deja tente de s'emparer d'une partie du Mexique avant de tourner son attention vers l'Amerique centrale. En 1855, il arriva au Nicaragua avec une petite force mercenaire sur invitation du camp liberal, qui menait une guerre civile contre les conservateurs. Walker transforma rapidement son avantage militaire en pouvoir personnel, manipulant les elections pour se faire installer comme president du Nicaragua en 1856. Il retablit l'esclavage, que le Nicaragua avait aboli, declara l'anglais langue officielle et tenta de positionner le Nicaragua comme la premiere piece d'un empire esclavagiste qu'il entendait tailler en Amerique centrale. Son regne fut bref. Une coalition de forces centroamericaines, soutenue par les interets de la compagnie de transit Vanderbilt dont Walker avait menace la route commerciale, vainquit son armee en 1857. Walker fut finalement capture et execute par un peloton d'execution hondurien en 1860. Il est rappele au Nicaragua comme un embleme cauteleux de l'imperialisme nord-americain, et le souvenir de sa courte presidence a nourri pendant des generations un sentiment de mefiance envers les intentions des Etats-Unis dans la region.

Les Marines americains ont occupe le Nicaragua presque continuellement entre 1912 et 1933, intervenant pour proteger les interets commerciaux americains et les allies politiques. Cette occupation a provoque la resistance de guerilla d'Augusto Cesar Sandino, un rebelle nationaliste qui a combattu les Marines depuis les montagnes du nord du Nicaragua avec une armee de paysans et d'ouvriers. Sandino, qui n'a jamais eu plus de quelques milliers de combattants sous ses ordres, a reussi a tenir en echec la plus puissante armee du monde pendant des annees grace a sa connaissance intime du terrain et a son habilete tactique, gagnant une renommee internationale comme symbole de la resistance anti-imperialiste. Sandino negocia un accord de paix en 1933 apres le retrait des Marines, mais en 1934 il fut assassine sur ordre d'Anastasio Somoza Garcia, le chef de la Garde nationale nicaraguayenne nouvellement formee avec le soutien americain. La mort de Sandino a marque le debut de la dynastic Somoza, qui allait gouverner le Nicaragua comme une dictature familiale pendant quarante-trois ans, enrichissant la famille Somoza et leurs allies tandis que la majorite des Nicaraguayens restait dans la pauvrete.

La dictature Somoza a produit le Front de liberation nationale sandiniste, le FSLN, qui a pris son nom du leader de guerilla martyr Sandino. Fonde en 1961, le FSLN a organise et combattu pendant pres de deux decennies avant que le soulevement populaire de 1978 a 1979, declenche en partie par l'assassinat du redacteur en chef du journal Pedro Joaquin Chamorro, ne mette fin a la dictature. En juillet 1979, les Sandinistes sont entres a Managua en vainqueurs, la famille Somoza a fui le pays en emportant une part considerable de la fortune nationale, et le Nicaragua a commence une experience revolutionnaire qui allait definir l'identite du pays pour des generations.

Le gouvernement sandiniste des annees 1980 a entrepris des programmes sociaux ambitieux en matiere d'alphabetisation, de sante et de reforme agraire, tout en menant simultanement une guerre contre l'insurrection des Contras financee et organisee par le gouvernement americain sous l'administration Reagan. La guerre des Contras, menee principalement dans les hautes terres du nord et du centre, a cause des dizaines de milliers de morts et d'enormes dommages economiques a un pays qui ne disposait que de ressources tres limitees. La combinaison de la guerre, des sanctions internationales et d'une gestion economique imparfaite a produit de graves difficultes, et lors des elections de 1990, les Nicaraguayens ont choisi la candidate de l'opposition Violeta Chamorro, veuve du redacteur assassine, face au leader du FSLN Daniel Ortega. Le transfert pacifique du pouvoir qui s'en est suivi a ete largement salue comme un triomphe democratique.

Ortega et le FSLN sont restes dans l'opposition dans les annees 1990 et jusqu'aux annees 2000 avant qu'Ortega ne revienne a la presidence en 2007, cette fois par des elections democratiques. Sa deuxieme ere au pouvoir s'est averee de plus en plus autoritaire. Des changements constitutionnels lui ont permis de se presenter a des mandats illimites, des membres de sa famille ont occupe des postes gouvernementaux cles, et l'espace pour l'opposition politique s'est progressivement retreci. En avril 2018, des reformes proposees au systeme de securite sociale ont declenche de massives manifestations de rue, et la reponse violente du gouvernement, dans laquelle la police et des paramilitaires pro-gouvernementaux ont tire sur des manifestants, a tue plus de trois cents personnes en quelques semaines. La repression qui a suivi a vu des journalistes emprisonnes, des organisations de la societe civile fermees, des dirigeants de l'Eglise catholique exiles et des politiciens de l'opposition incarceres ou forces a l'exil.

Le tremblement de terre du 23 decembre 1972, qui a frappe Managua et tue entre dix mille et trente mille personnes, merite d'etre mentionne dans le recit historique parce que ses consequences ont faconne non seulement la ville physique mais la trajectoire politique du pays. L'aide internationale affluant au Nicaragua au lendemain du tremblement de terre, estimee a des centaines de millions de dollars, a ete en grande partie detournee par la famille Somoza et ses associes vers des comptes prives et des entreprises familiales. Le spectacle d'un dictateur s'enrichissant de l'aide etrangere tandis que la capitale de son pays demeurait en ruines a radicalise de nombreux Nicaraguayens de la classe moyenne qui avaient jusqu'alors accepte le regime Somoza comme un arrangement imparfait mais tolerable, et le tremblement de terre est souvent identifie comme un tournant qui a elargi le soutien a l'opposition sandiniste bien au-dela de la base de gauche traditionnelle.

Le role de l'Eglise catholique dans l'histoire nicaraguayenne merite une reconnaissance particuliere. Des la plus ancienne periode coloniale, lorsque les freres franciscains, dominicains et mercedaires ont etabli des missions dans toute la cote pacifique et les hautes terres, jusqu'a la periode revolutionnaire ou plusieurs pretres catholiques ont servi dans le gouvernement sandiniste et ou la theologie de la liberation a anime une grande partie de l'expression religieuse populaire, et jusqu'a la periode post-2018 ou le Cardinal Leopoldo Brenes et l'eveque Rolando Alvarez sont devenus des symboles de la resistance institutionnelle a la repression politique, l'Eglise a ete un acteur central de l'histoire nicaraguayenne. Comprendre cette histoire est essentiel pour quiconque voyage au Nicaragua. Le paysage physique du pays est faconne par sa geologie volcanique, mais son paysage humain est faconne par cette histoire de colonialisme, d'occupation, de revolution et de lutte politique. Les murales sur les murs de Leon, les ruines de Leon Viejo, les musees de Managua, le recit que chaque Nicaraguayen plus age peut raconter sur l'endroit ou il se trouvait en 1979 ou en 1988 ou en avril 2018 : ce ne sont pas de simples details de fond. Ils constituent la texture meme de la vie quotidienne dans une nation qui a vecu intensement et continue de le faire.

Managua

Managua n'est pas une capitale centroamericaine typique sous aucun aspect. La plupart des visiteurs arrivent en s'attendant a trouver une ville sur le modele de Guatemala City ou de San Jose, avec un centre historique organise autour d'un parc central et d'une cathedrale, des quartiers commerciaux construits autour du noyau colonial. Ce qu'ils decouvrent a la place est une ville etalee et decentralisee sans centre-ville traditionnel, une capitale dont le centre geographique et psychologique a ete detruit par l'un des tremblements de terre urbains les plus devastateurs de l'histoire de l'Amerique latine au XXe siecle. Le seisme du 23 decembre 1972, survenu aux premieres heures du matin alors que la ville dormait, a tue entre dix mille et trente mille personnes, selon les estimations, et a reduit le centre colonial de Managua en decombres. La destruction a ete aggravee par les incendies, par l'effondrement de presque tous les grands batiments du noyau historique, et par le pillage subsequent ainsi que par la mauvaise gestion de l'aide internationale qui a enrichi la famille Somoza tout en laissant les habitants ordinaires de Managua dans une misere prolongee.

La decision de ne pas reconstruire le centre historique, que ce soit par manque de ressources ou par une evaluation que le risque sismique rendait dangereuse la construction urbaine dense, a signifie que Managua a simplement grandi dans toutes les directions a partir des ruines. Le resultat est une ville organisee par quartiers et barrios plutot que par un centre-ville clairement identifie, ou les residents donnent des indications a l'aide de points de repere plutot que d'adresses de rue au sens traditionnel. Cela peut desorient er le visiteur habitue aux capitales europeennes ou nord-americaines, mais Managua recompense celui qui se plie a sa logique particuliere et accepte d'explorer une ville qui a reinvente son organisation spatiale a partir du desastre.

L'ancien centre preserve des monuments significatifs, notamment la Catedral Vieja, l'ancienne cathedrale de Santiago, qui a ete endommagee lors du tremblement de terre de 1931, reconstruite, puis catastrophiquement detruite a nouveau en 1972. Plutot que de demolir les vestiges, le gouvernement a pris la decision de la laisser debout comme memorial au tremblement de terre et a toutes les personnes tuees. La carcasse sans toit de la cathedrale, ses murs lezardes et stries de dommages sismiques, son interieur ouvert sur le ciel et reconquis par la vegetation, se dresse sur l'ancienne place comme l'un des monuments architecturaux les plus puissants d'Amerique centrale, une ruine deliberee qui evoque la perte, la memoire et l'impossibilite de certains types de reconstruction. La lumiere tombe a travers les fenetres vides et les ouvertures du toit de manieres qui rendent l'espace a la fois desolant et beau, et les visiteurs qui s'y arretent en fin d'apres-midi temoignent souvent d'une experience contemplative inattendue.

Pres de l'ancienne cathedrale se trouve le Palacio Nacional, aujourd'hui converti en musee national, ou les visiteurs peuvent voir des artefacts precolombiens, de l'art colonial et des expositions sur l'histoire du Nicaragua, y compris les celebres empreintes d'Acahualinca. Le palais a sa propre histoire revolutionnaire remarquable : en 1978, avant le triomphe sandiniste, une petite equipe de commandos du FSLN a saisi le batiment et a pris en otage des centaines d'employes gouvernementaux dans une operation audacieuse qui a attire l'attention internationale sur la cause sandiniste et est commemoree dans des murales et des expositions de musees a travers tout le pays.

La Loma de Tiscapa, une colline de cratere volcanique surplombant le centre de la ville, offre le point de vue urbain le plus dramatique de Managua. Le cratere lui-meme contient un lac, la Laguna de Tiscapa, un petit lac de cratere volcanique parfaitement forme qui se trouve au milieu de la capitale comme un jardin secret cache a la vue de ceux qui ne savent pas le chercher. Sur le bord du cratere se dresse le monument qui est devenu l'image iconique la plus associee a l'identite nationale nicaraguayenne : l'enorme silhouette noire d'Augusto Sandino, son chapeau a larges bords distinctif incline a un angle caracteristique, se decoupant contre le ciel. La silhouette ne represente pas un portrait realiste mais une forme abstraite et simplifiee qui est devenue immediatement reconnaissable dans toute l'Amerique latine et bien au-dela. Elle surplombe la ville depuis la colline qui etait autrefois le site du domaine presidentiel de la famille Somoza, qui avait lui-meme ete construit sur le site de la residence d'un president anterieur. La geographie symbolique est extremement chargee : la figure du martyr anti-imperialiste se dresse sur ce qui etait le fief du dictateur, qui est maintenant un parc public ouvert a tous les Nicaraguayens. Une tyrolienne au-dessus du lac de cratere permet aux visiteurs les plus aventureux de traverser le plan d'eau en hurlant dans les airs.

Le Malecon le long du lac Managua, officiellement appele lac Xolotlan, s'etend le long de la bordure nord de la ville et a ete amenage en promenade publique au bord de l'eau. Le lac Managua lui-meme entretient une relation compliquee avec la ville : des decennies d'eaux usees non traitees et de rejets industriels l'ont laisse severement pollue, et le lac a longtemps ete considere comme biologiquement mort dans ses parties les plus proches du centre urbain. Des efforts de depollution ont produit certaines ameliorations ces dernieres annees, mais nager dans le lac reste fortement deconseille. La promenade du Malecon, cependant, est un espace public veritablement agreable, en particulier le soir, quand les familles de Managua se promenent le long du front de mer, mangent dans les restaurants et les stands alimentaires groupes pres de Puerto Salvador Allende, et regardent les silhouettes volcaniques de l'autre cote du lac virer au rose et a l'orange au coucher du soleil sur le Pacifique. Puerto Salvador Allende, nomme pour le president socialiste chilien dont la memoire a une resonance particuliere dans le Nicaragua revolutionnaire, est un complexe de marina et de divertissement a l'extremite occidentale du Malecon, avec des restaurants, des bars et une atmosphere generalement festive les week-ends.

La nouvelle cathedrale metropolitaine, achevee en 1993 et connue officiellement sous le nom de Cathedrale de l'Immaculee Conception de Marie, est l'un des batiments architecturalement les plus distinctifs d'Amerique centrale. Concue par l'architecte mexicain Ricardo Legorreta, elle est construite dans un style moderniste tout a fait different de n'importe quelle cathedrale coloniale de la region, avec soixante-trois petits domos couvrant le toit, des murs palissades epais et une simplicite geometrique qui a d'abord suscite la controverse parmi les habitants attaches aux formes architecturales traditionnelles, mais qui s'est progressivement integree dans le paysage comme l'un des points de repere genuins de la ville. L'interieur est lumineux, les domos laissant entrer une lumiere diffuse qui donne a l'espace une qualite contemplative rare dans l'architecture ecclesiastique contemporaine.

Le Mercado Roberto Huembes est le plus grand marche de Managua et l'un des endroits les plus enrichissants de la ville pour les voyageurs interesses par l'artisanat, la nourriture et la vie quotidienne nicaraguayenne. Nomme pour un martyr sandiniste tue en 1977, le marche occupe une grande zone couverte divisee en sections vendant des produits frais, de la viande, des vetements, des chaussures, de la quincaillerie et une section particulierement bonne d'artesanias ou les visiteurs peuvent trouver des hamacs, de la ceramique, des articles tisses, des sculptures en bois et des peintures naives. La section des hamacs est particulierement remarquable : les hamacs nicaraguayens, notamment ceux de la region de Masaya, sont consideres comme parmi les meilleurs d'Amerique latine, et Huembes est un bon endroit pour en acheter a des prix raisonnables.

La ville de Masaya et son Parc national du Volcan Masaya, a environ trente kilometres au sud de la capitale, constituent l'excursion d'une journee la plus populaire depuis Managua. Le Cratere Santiago est l'un des orifices volcaniques actifs les plus accessibles au monde : les visiteurs peuvent conduire jusqu'au bord du cratere et regarder directement dans les gaz bouillonnants et la lave incandescente, une experience visceralement puissante de la force geologique qui ne necessite que peu d'effort physique. Le parc contient egalement le cratere Masaya, qui abrite une colonie de chauves-souris si grande que les animaux sortent du cratere en d'enormes nuages tourbillonnants chaque soir au coucher du soleil, creant un spectacle naturel spectaculaire. La ville voisine de Masaya est la capitale de l'artisanat du Nicaragua, et son Marche national d'artisanat attire des acheteurs de tout le pays qui viennent acheter les hamacs, la ceramique, les peintures, les articles en cuir et les textiles tisses pour lesquels la region est celebre dans toute l'Amerique centrale.

Grenade

Grenade se presente comme la ville la plus aimee et la plus visitee du Nicaragua, et les superlatifs qui s'accumulent autour d'elle sont veritablement merites. Fondee par Francisco Hernandez de Cordoba en 1524, c'est la plus ancienne ville coloniale espagnole habitee en permanence en Amerique centrale, une distinction qui porte un poids considerable dans une region ou l'histoire coloniale se manifeste souvent davantage dans les documents que dans le tissu urbain vivant. Grenade n'a pas seulement survecu depuis le XVIe siecle ; elle a conserve et amplifie de nombreuses manieres son caractere colonial, avec sa grille centrale de rues bordees de maisons et d'eglises brillamment peintes, sa gigantesque cathedrale dominant le parc central depuis sa facade jaune flamboyante, et son atmosphere d'aisance provinciale prospere et cultivee qui se lit dans chaque detail de la rue, des rocking-chairs sur les terrasses aux conversations dans les parcs ombres.

La ville occupe la rive nord-ouest du lac Nicaragua, connu formellement sous le nom de Lago de Nicaragua et egalement par son nom indigene, lac Cocibolca, et cette position au bord du lac a defini a la fois son histoire commerciale et son attrait touristique contemporain. Grenade etait la ville la plus riche du Nicaragua colonial precisement en raison de son acces au lac, qui se connectait par le fleuve San Juan a la mer des Caraibes et donc aux routes commerciales internationales qui reliaient le Nouveau Monde a l'Espagne et a l'Europe. Cette meme richesse a fait de Grenade une cible recherchee : la ville a ete pillee et brulee plusieurs fois par des pirates anglais, le plus fameux etant Henry Morgan en 1665 et William Dampier en 1685, et la destruction la plus catastrophique est venue des mercenaires en retraite de William Walker en 1856, qui ont mis le feu a la ville en se retirant et laisse derriere eux un panneau provocateur indiquant Ici etait Grenade. La ville s'est relevee, reconstruite, et a conserve son caractere colonial contre toutes les odds, ce qui est peut-etre le fait le plus remarquable de toute son histoire.

Le Parque Central, le parc central de Grenade, est l'une des plus belles places publiques d'Amerique centrale. La Cathedrale de Grenade ancre son cote oriental, une structure massive avec une facade jaune vif qui a ete reconstruite et restauree plusieurs fois suite aux raids de pirates et aux tremblements de terre, mais qui conserve un impressionnant caractere baroque qui impose le respect a tous ceux qui se tiennent sur la place. Le parc lui-meme est rempli d'arbres ombrageux, de bancs en pierre et de l'activite sociale constante qui definit les places publiques centroamericaines dans leur meilleure expression : des vendeurs de noix de coco et de fruits tropicaux, des enfants qui courent sur les paves, des vieux messieurs qui lisent les journaux, de jeunes couples assis tres proches l'un de l'autre, et des voyageurs etrangers essayant de choisir entre les nombreux restaurants environnants. Les facades coloniales des rues rayonnant depuis le parc offrent une coherence visuelle qui est veritablement belle, en particulier dans la lumiere doree de la fin d'apres-midi quand les murs peints de bleu, de rouge, d'ocre et de vert brillent et que la cathedrale projette une longue ombre royale sur la place.

La Calle La Calzada court a l'est depuis le Parque Central vers le lac, et au cours des deux dernieres decennies, elle est devenue le centre economique et social du tourisme de Grenade. La rue est semi-pietonnisee et bordee de restaurants, de bars, de boutiques de souvenirs et de maisons d'hotes operant depuis des batiments coloniaux restaures avec soin. La qualite de la nourriture varie du tres bon a l'ordinaire, avec une presence notable de cuisine internationale de confort aux cotes des plats nicaraguayens authentiques, mais l'atmosphere en soiree, avec des tables qui s'etendent sur la rue, une guirlande de lumieres illuminant les facades coloniales conduisant vers l'etendue obscure du lac, et les conversations qui se melangent en plusieurs langues, est veritablement attrayante. La rue peut sembler saturee de touristes pendant la haute saison, mais Grenade est suffisamment grande pour que quitter La Calzada vers les rues residentielles adjacentes restaure immediatement le sentiment d'une ville reelle et fonctionnant pour ses propres habitants.

Le lac lui-meme, visible depuis l'extremite de La Calzada et depuis la zone du front de mer du Complejo Turistico Cocibolca, est la realite geographique definissante de Grenade. Le lac Cocibolca, couvrant plus de huit mille kilometres carres, est le plus grand lac d'Amerique centrale et l'un des plus grands du continent americain dans son ensemble. Sa simple echelle est difficile a saisir depuis la rive : regardant vers le sud et l'est depuis Grenade, la rive lointaine est completement invisible, et le lac a la qualite d'une mer interieure, avec des vagues considerables par temps de vent, des tempetes occasionnellement violentes, et ce sentiment d'espace infini qui appartient normalement aux oceans plutot qu'aux lacs. La presence bien documentee de requins-taureaux dans le lac, confirmee pour la premiere fois aux scientifiques au milieu du XXe siecle lorsque des chercheurs ont decouvert que ces requins sont capables d'osmoregulation et peuvent survivre dans l'eau douce pendant des periodes prolongees, ajoute une dimension d'improbabilite ecologique spectaculaire au caractere deja remarquable du lac. Les requins entrent depuis la Caraibe via le fleuve San Juan et ont etabli une population reproductrice dans le lac.

Les Isletas de Grenade, une chaine d'environ 365 petites iles dispersees dans le lac immediatement au sud de Grenade, ont ete formees lorsqu'une eruption volcanique du Volcan Mombacho a envoye des materiaux se repandre dans le lac en d'enormes quantites, creant un archipel de minuscules iles de jungle, certaines a peine assez grandes pour un seul arbre, d'autres assez grandes pour accueillir une maison ou un petit hotel boutique. Les isletas sont explorees principalement en bateau, soit lors de visites organisees qui partent regulierement du front de mer, soit en engageant un batelier local au bord du lac, et l'experience de deriver parmi ces ilots est d'une douceur et d'une beaute particulieres. Certaines iles sont privees, avec des maisons de week-end utilisees par des familles grenadines fortunees depuis des generations. D'autres sont inhabitees et couvertes de vegetation tropicale dense ou prosperent des arbres centenaires. D'autres encore abritent de petites populations de singes qui n'ont pas la moindre peur des visiteurs en bateau. Les oiseaux sont particulierement spectaculaires : herons, aigrettes, martins-pecheurs, anhingues et oiseaux d'eau de nombreuses especes utilisent les iles comme sites de perchoir et de nidification.

La Reserve Naturelle du Volcan Mombacho s'eleve a 1344 metres directement au sud de Grenade et domine l'horizon meridional de la ville avec une presence permanente et imposante. Le volcan est dormant mais pas eteint, et ses altitudes superieures supportent l'une des forets nuageuses les plus accessibles du Nicaragua, un environnement qui differe radicalement des plaines tropicales seches autour de Grenade. Les mousses couvrent chaque surface, des orchidees poussent sur les branches d'arbres perpetuellement voiles de nuages, et la temperature baisse nettement a mesure que l'altitude augmente, offrant une fraicheur bienvenue aux visiteurs habitues a la chaleur du Pacifique. La reserve contient des singes araignees, des grenouilles veneneuses aux couleurs vives et de nombreuses especes d'oiseaux. Le cafe cultive sur les pentes de Mombacho a des altitudes moyennes compte parmi le cafe de plus haute qualite produit au Nicaragua, et certains circuits touristiques incluent une visite de la plantation de cafe sur les pentes inferieures de la reserve.

Les eglises coloniales de Grenade meritent chacune une visite individuelle. L'Eglise de La Merced, avec sa facade neo-baroque datant du XIXe siecle, permet aux visiteurs de monter dans son clocher pour une vue panoramique sur la ville et le lac qui constitue sans doute le meilleur point de vue urbain de Grenade. Le couvent San Francisco, adjacent a l'eglise de meme nom, contient le musee le plus important de Grenade, qui expose certaines des sculptures precolumbiennes les plus spectaculaires d'Amerique centrale, notamment des grandes figures en pierre sculptee provenant de l'ile d'Ometepe et temoignant d'une tradition artistique indigene sophistiquee bien anterieure a l'arrivee des Espagnols.

L'architecture domestique traditionnelle de Grenade recompense le promeneur attentif qui s'aventure au-dela de La Calzada dans les quartiers residentiels plus tranquilles. La maison coloniale typique de Grenade est organisee autour d'une cour interieure, le patio, qui est invisible depuis la rue mais qui fonctionne comme le veritable coeur de la vie domestique : un espace de jardin ombrage avec des plantations luxuriantes, un puits ou une fontaine, des hamacs et des chaises a bascule ou les familles se rassemblent aux heures les plus fraiches de la journee et du soir. La facade sur la rue presente un mur largement uni ou decorativement peint, interrompu par de lourdes portes en bois et des fenetres a barreaux, donnant peu d'indication de la vie qui s'epanouit a l'interieur. Plusieurs maisons d'hotes et boutiques-hotels de Grenade operent dans des maisons coloniales restaurees avec gout qui permettent aux clients de vivre directement cette organisation autour du patio, dormant dans des chambres qui s'ouvrent sur des jardins plutot que sur des rues.

Leon

Leon se presente comme l'antipode de Grenade dans presque toutes les dimensions, et ce contraste n'est pas accidentel. La rivalite entre les deux villes est vieille de plusieurs siecles, enracinee dans la division politique liberale contre conservatrice du Nicaragua colonial et independant, et bien que les hostilites armees qui exprimaient autrefois cette rivalite aient depuis longtemps cesse, l'orgueil competitif persiste avec une vigueur remarquable dans l'auto-presentation de chaque cite. Grenade est aristocratique, coloniale, polie pour le tourisme et de tradition conservatrice dans son identification historique. Leon est intellectuelle, revolutionnaire, centree sur l'universite et fierement sandiniste dans sa tradition politique. Ensemble, elles representent les deux poles de l'identite nicaraguayenne, et comprendre les deux est essentiel pour quiconque souhaite apprehender le pays dans sa veritable complexite.

La ville qui se trouve aujourd'hui sous le nom de Leon n'est pas le Leon d'origine. Leon Viejo, situe a environ trente kilometres au nord de la ville actuelle pres du rivage du lac Managua au pied du Volcan Momotombo, etait la fondation coloniale originale de 1524. Pendant pres d'un siecle, elle a servi de capitale du Nicaragua colonial et de siege de l'autorite religieuse et administrative espagnole dans la region. Mais une combinaison d'activite sismique repetee et de la catastrophique eruption de 1610 du Momotombo a rendu le site insupportable pour ses habitants. Les survivants ont alors relocalise leur cite vers l'ouest, sur le site occupe par la ville indigene de Subtiava, et le nouveau Leon a pousse et prospere sur ce terrain fertile. Les ruines de Leon Viejo ont ete inscrites sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 2000, reconnues comme le meilleur exemple conserve d'une ville coloniale espagnole du debut du XVIe siecle des Ameriques et pour la valeur historique exceptionnelle d'un site qui a ete etabli, habite et puis abandonne tout au long d'un unique siecle, laissant son plan de rue, ses fondations de batiments et sa culture materielle congeles sous les debris volcaniques comme une capsule temporelle de la premiere periode coloniale.

La Cathedrale de Leon, formellement la Cathedrale de l'Assomption de Leon, est sans conteste le plus beau batiment du Nicaragua et l'un des exemples les plus importants d'architecture ecclesiastique coloniale de toute l'Amerique centrale et des Caraibes. C'est la plus grande cathedrale d'Amerique centrale, une structure massive dont la construction a commence en 1747 et s'est poursuivie pendant plus d'un siecle, produisant un batiment qui combine des elements baroques et neoclassiques dans une synthese qui est a la fois imposante et gracieuse, a la fois severe et sensuelle dans ses proportions et ses details. La cathedrale a ete inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 2011, le troisieme site d'Amerique centrale a recevoir cette reconnaissance, citee pour sa valeur universelle exceptionnelle en tant qu'exemple d'architecture religieuse coloniale qui a influence la construction d'eglises a travers toute la region. L'echelle du batiment impressionne depuis l'exterieur, ou la massive facade en pierre domine la plaza centrale, mais l'interieur est egalement remarquable, avec des chapelles laterales contenant d'importants tableaux et sculptures d'art religieux colonial, et surtout la tombe de Ruben Dario, le poete national du Nicaragua, enterre sous le sol de la cathedrale dans un hommage digne du plus grand ecrivain que le pays ait jamais produit.

L'une des activites les plus insolites et les plus exaltantes disponibles a la cathedrale est la promenade sur le toit. Les visiteurs peuvent monter a travers l'interieur de la cathedrale pour atteindre le toit, qui offre non seulement une vue panoramique spectaculaire mais une veritable promenade architecturale parmi les structures massives a domos et a voutes qui composent le dessus de la cathedrale. Le toit est suffisamment large pour deambuler librement, les vues sur Leon et vers la chaine de volcans a l'horizon sont d'une grandeur saisissante, et l'experience de marcher sur le toit d'un batiment qui existe depuis plus de deux siecles et demi, entoure du paysage volcanique caracteristique du nord-ouest du Nicaragua, est veritablement inoubliable. La tradition de marcher sur le toit de la cathedrale a de profondes racines dans la vie de la ville : elle etait a l'origine pratiquee a des fins d'entretien et a ete par la suite formalisee comme activite touristique reguliere.

L'histoire revolutionnaire de Leon est tissee dans le tissu urbain d'une maniere qu'aucune autre ville nicaraguayenne n'egale ni n'approche. Le Cimetiere des Heros et des Martyrs, situe a courte distance de la place centrale, contient les tombes de Sandinistes et d'autres personnes mortes en combattant contre la dictature Somoza, et les inscriptions sur les pierres tombales creent un registre profondement emouvant du cout humain de la revolution. Les ages graves sur beaucoup de ces tombes, des adolescents et de jeunes adultes tombes en combattant pour la liberte politique de leur peuple, donnent au cimetiere un poids emotionnel qui en fait l'un des sites commemoratifs les plus importants et les plus troublants du pays. Le Fortin, une citadelle sur la colline dominant la ville, jadis utilisee comme bastion de la Garde nationale et centre d'interrogatoire pendant les annees Somoza, a ete convertie en musee de la revolution qui raconte l'histoire de la lutte sandiniste a travers des documents, des photographies, des armes et des temoignages personnels dont la puissance ne laisse personne indifferent.

Les murales qui decorent les murs de toute la ville, peints par des artistes locaux et internationaux dans les annees suivant la revolution de 1979 et continuant d'etre crees et renouveles aujourd'hui, sont parmi les meilleurs exemples d'art public revolutionnaire produits n'importe ou en Amerique latine dans la seconde moitie du XXe siecle. Leon est egalement une ville universitaire, abritant l'Universidad Nacional Autonoma de Nicaragua, l'une des plus anciennes universites d'Amerique centrale, et la population etudiante donne a la ville une energie particuliere qui se manifeste dans les librairies bien achalandees, les cafes ou les debats politiques se deroulent jusqu'a tard le soir, et une vie nocturne plus caracteristique d'un bar d'etudiants authentique que d'un bar de touristes standardise.

Le paysage volcanique autour de Leon est parmi les plus dramatiques et les plus impressionnants du Nicaragua. Le Cerro Negro, situe a environ vingt kilometres au nord-est de Leon, est l'une des formations geologiques les plus remarquables de tout l'hemisphere : le plus jeune volcan actif de l'hemisphere occidental, il a fait sa premiere eruption en 1850 et erupe regulierement depuis lors, la plus recente eruption majeure ayant eu lieu en 1999. C'est un cone de cendres classique, une pente abrupte de materiau volcanique noir meuble qui s'est accumule au fil des eruptions successives en une colline d'environ 728 metres de haut. Parce que ses pentes sont composees de cendres volcaniques et de pyroclastes meuble plutot que de roche solide, les visiteurs aventureux ont developpe le sport unique de la luge volcanique : descendre les pentes abruptes sur des planches de bois a des vitesses pouvant atteindre quatre-vingt-dix kilometres par heure, portant des lunettes de protection et des combinaisons integrales contre les cendres qui fouettent, et vivant une descente qui combine la sensation du surf des neiges avec la dimension geologique d'un paysage volcanique actif. La luge volcanique sur le Cerro Negro n'est disponible qu'au Nicaragua, nulle part ailleurs sur la planete, et est devenue l'une des experiences de tourisme d'aventure definitives et les plus recherchees d'Amerique centrale.

D'autres volcans pres de Leon enrichissent encore les possibilites de randonnee et d'exploration. Le Telica possede un cratere ouvert ou de la lave peut parfois etre vue luire de maniere spectaculaire la nuit, rendant les randonnees nocturnes jusqu'au cratere particulierement drammatiques et memorables. Le San Cristobal, qui culmine a 1745 metres et constitue le volcan le plus haut du Nicaragua, est visible depuis les routes et les champs environnant Leon et reste accessible a des randonneurs de differents niveaux d'experience.

La culture gastronomique de Leon se distingue subtilement de celle de la cote pacifique et de la capitale. La ville a developpe sa propre culture de la restauration de rue autour de la fritanga nicaraguayenne, l'equivalent local d'un barbecue de rue qui fonctionne sur les trottoirs leonais des que la chaleur du jour s'attenueera dans la soiree. La fritanga consiste en un gril ou une grillade ouverte ou du porc, du poulet et du boeuf sont cuits au bois ou au charbon de bois et servis avec du gallo pinto, des tostones faits de bananes plantain vertes frits deux fois, et des tortillas de mais. Manger dans un stand de fritanga de Leon le soir, a une table installee sur le trottoir avec des chaises en plastique et une vue sur la vie de rue animee, est une de ces experiences gastronomiques simples qui restent gravees dans la memoire du voyageur.

L'ile D'ometepe

Pour comprendre pourquoi l'ile d'Ometepe suscite les descriptions les plus lyriques et les plus enthousiastes dans les recits de voyage nicaraguayens, il est utile de se tenir sur le pont du ferry lorsque l'ile surgit a l'horizon des eaux du lac Nicaragua. Les deux volcans, Concepcion au nord et Maderas au sud, s'elevent de la surface du lac avec une symetrie si nette et si parfaite que l'ile ressemble a une illustration tiree d'un manuel de geologie ou d'un livre de mythologie. Concepcion, le volcan actif a 1610 metres d'altitude, est un cone presque parfait, perpetuellement coiffe de panaches de gaz qui s'elevent dans le ciel bleu et qui trahissent son activite volcanique continue. Maderas, a 1394 metres, est dormant et couvert d'une dense foret nuageuse d'un vert profond, son cratere sommital dissimulant un petit lac que seule une randonnee exigeante a travers la jungle et la boue peut reveler au visiteur perseverant. Les deux volcans sont connectes par une etroite bande de terrain de plaine tropicale qui donne a l'ile depuis les airs une forme de huit renverse, deux cones reunis par un pont de terre, deux montagnes qui ont decide de partager un morceau d'existence.

Ometepe est le plus souvent atteinte par ferry depuis le port de San Jorge pres de la ville de Rivas, du cote pacifique du Nicaragua. La traversee prend environ une heure jusqu'a l'atterrissage principal a Moyogalpa sur les flancs du volcan Concepcion. Les trajets en ferry sont eux-memes une experience de voyage : le lac peut etre agite et les vagues considerables quand le vent se leve depuis le sud, mais par les jours calmes, l'approche progressive d'Ometepe avec les deux volcans grandissant a l'horizon constitue l'une des grandes arrivees du voyage en Amerique centrale. Il arrive que l'on ne sache plus si l'on s'approche d'une ile ou d'un reve.

L'ile a ete habitee continuellement depuis au moins 2000 avant J.-C., et les peuples precolombiens qui y ont vecu depuis des millenaires ont laisse un legs extraordinaire de petroglyphes, ces images et symboles sculptes dans la pierre qui apparaissent sur des rochers de toute l'ile. On estime qu'il y a plus de 1700 petroglyphes individuels sur Ometepe, representant des humains, des animaux, des spirales complexes et des motifs geometriques dont les significations exactes ne sont pas entierement comprises mais dont la presence abondante etablit une longue et riche tradition d'habitation humaine et d'expression artistique. La Finca Magdalena, une cooperative de cafe organique en activite sur les pentes inferieures du Maderas, possede une collection particulierement accessible de petroglyphes sur les rochers de ses terres, et la visite de cette cooperative, qui offre egalement un hebergement rustique a des prix tres raisonnables, est l'une des experiences standard d'un sejour sur l'ile.

La randonnee au sommet du Concepcion est l'une des randonnees volcaniques les plus exigeantes du Nicaragua, necessitant generalement huit a dix heures pour l'aller-retour depuis la base et impliquant un terrain abrupt, meuble et parfois glissant a travers des zones de vegetation qui changent radicalement avec l'altitude. Le volcan est actif, et des eruptions peuvent parfois necessiter des fermetures temporaires des sentiers pour des raisons de securite. Des guides sont obligatoires pour les randonnees aux deux sommets, une reglementation qui sert a la fois la securite des visiteurs et l'economie locale. Le sommet, lorsqu'il est atteint par temps clair, offre des vues a couper le souffle sur l'ensemble du lac Nicaragua, vers la peninsule de Rivas au loin, et sur l'autre volcan de l'ile qui se dresse juste en face.

Maderas presente un type d'experience de randonnee tout a fait different : moins expose au vent et moins dramatiquement nu que Concepcion, mais physiquement exigeant d'une maniere differente qui eprouve les jambes et l'endurance. Le sentier vers le sommet de Maderas passe par une foret de plus en plus dense a mesure que l'altitude augmente, de la foret tropicale seche a la base a travers la foret humide dans les pentes moyennes jusqu'a la dense foret nuageuse des altitudes superieures, ou des epiphytes couvrent chaque centimetre de branche et ou l'air est perpetuellement sature d'humidite. Le lac de cratere au sommet est petit mais se trouve dans un cadre d'une beaute primordiale et sauvage, entoure de foret ancienne dans laquelle le silence n'est coupe que par les cris lointains des singes hurleurs. La descente peut etre extremement boueuse et requiert de la patience, des bonnes chaussures et un sens de l'humour face aux inevitables glissades. La faune de Maderas est exceptionnelle et justifie a elle seule la randonnee : les singes hurleurs sont entendus depuis la base de la montagne et observes avec une certaine regularite sur les pentes inferieures, tout comme les singes araignees plus discrets.

L'Ojo de Agua est l'une des attractions non volcaniques les plus populaires d'Ometepe et constitue une recompense ideale apres une randonnee difficile : c'est une source naturelle d'eau douce qui jaillit du sous-sol volcanique dans un grand bassin entoure d'arbres tropicaux, creant un environnement de baignade d'une clarte et d'une fraicheur inhabituelles qui contrastent agreablement avec la chaleur humide de l'ile. L'eau est propre, la temperature rafraichissante sous la chaleur tropicale, et le cadre suffisamment beau pour que le site soit apprecie autant des insulaires que des visiteurs.

Le Charco Verde, une lagune et une zone protegee du cote sud-ouest du volcan Concepcion, est entoure d'une mythologie riche dans la tradition locale. On dit que cette lagune sombre et mysterieuse est le foyer d'un esprit appele El Chico Largo, une entite capable de changer de forme, associee a la tradition indigene de l'ile et qui se manifesterait aux voyageurs solitaires imprudents. Quelle que soit l'opinion sur la mythologie, la lagune est un endroit veritablement beau et singulier, ses eaux noires frangees d'arbres dans lesquels des singes hurleurs s'endorment dans la chaleur du jour et ou la lumiere changeante du soir teinte les eaux de couleurs extraordinaires et mouvantes.

La Cote Pacifique

La cote pacifique du Nicaragua s'etend sur environ 350 kilometres depuis le Golfe de Fonseca au nord jusqu'a la frontiere avec le Costa Rica au sud, et elle englobe une gamme extraordinaire d'environnements cotiers qui peuvent surprendre meme les voyageurs les plus experientes d'Amerique centrale. Des estuaires de mangroves d'une richesse biologique remarquable, des plages dramatiques de sable volcanique noir qui brillent sous le soleil tropical, de longs points de sable blanc avec des spots de surf recherches par des surfers du monde entier, des plages de nidification pour des milliers de tortues marines, des villages de pecheurs ou la tradition de la peche a a peine change au cours du dernier siecle : la diversite de la cote pacifique nicaraguayenne est impressionnante et merite bien plus qu'un simple passage.

San Juan del Sur est la destination balneaire la plus developpee et la plus connue internationalement sur la cote pacifique nicaraguayenne, une petite ville d'environ vingt mille habitants qui s'enroule autour d'une baie abritee et protegee encadree par de hauts promontoires verdoyants. La position de la ville dans un port naturel exceptionnel lui a confere une importance historique : la route de transit qui acheminait les chercheurs d'or a travers le Nicaragua vers le Pacifique avant la construction du Canal de Panama passait par San Juan del Sur, et la ville a connu des decennies d'intense commerce maritime. Dans l'ere contemporaine, la ville a developpe une economie touristique substantielle construite autour du voyage de routard et a budget limite, du surf, et d'une scene festive animee le week-end. La statue du Christ de la Misericorde, une grande figure blanche du Christ les bras etendus sur le promontoire au-dessus de l'extremite meridionale de la baie, peut etre atteinte par une randonnee de trente minutes offrant des vues progressivement meilleures sur la baie et le littoral environnant.

Les plages autour de San Juan del Sur sont accessibles en bateau depuis le quai de la ville ou par des routes parfois difficiles. La Playa Maderas, a quelques kilometres au nord, est consideree comme l'un des meilleurs spots de surf du Nicaragua, une plage avec des vagues fiables qui fonctionnent sur des houles du nord et du sud et qui offre en particulier une vague de droite a son extremite nord que les surfers experimen tes apprecient dans les grandes houles. La Playa El Coco, au sud de San Juan del Sur, est une petite plage blottie dans une crique encadree par des falaises spectaculaires, connue pour ses eaux plus calmes propices au snorkeling pour ceux qui preferent observer les poissons plutot que les vagues.

La Playa La Flor, a environ dix-huit kilometres au sud de San Juan del Sur, est l'une des plus importantes plages de nidification des tortues marines en Amerique centrale et le theatre de l'un des evenements de faune sauvage les plus extraordinaires que le Nicaragua puisse offrir aux voyageurs. La tortue olivatre, Lepidochelys olivacea, est inhabituelle parmi les tortues marines par son habitude de venir a terre dans d'enormes evenements de nidification simultanee et massive appeles arribadas, du mot espagnol pour arrivee ou debarquement. Lors d'une arribada a La Flor, qui peut se produire plusieurs fois entre juillet et janvier avec les evenements les plus importants generalement en septembre et octobre, des milliers a des dizaines de milliers de femelles tortu es emergent de l'ocean simultanement sur une periode de plusieurs nuits pour creuser des nids dans le sable, y pondre leurs oeufs, et retourner en mer avant l'aube. La Flor est une reserve naturelle geree par les autorites nicaraguayennes et les visites sont soigneusement reglementees pour minimiser les perturbations des tortues et de leurs nids.

La Playa Popoyo, plus au nord le long de la cote pacifique dans la municipalite de Tola, est une plage de surf constamment fiable qui a developpe une petite communaute de camps de surf et de sejours prolonges autour de ses breaks de point. Contrairement a San Juan del Sur, Popoyo conserve un caractere genuinement rustique et debarrasse des attraits touristiques commerciaux, avec des routes en terre battue, un hebergement de base, et une orientation presque exclusivement sur le surf plutot que sur le tourisme balneaire generaliste. Les conditions de vague a Popoyo fonctionnent sur une variete de conditions de houle et incluent a la fois des breaks de plage et des breaks de point, ce qui en fait un endroit adapte aux surfeurs de niveau intermediaire et avance.

Le Nord du Nicaragua et Matagalpa

Les hautes terres du nord du Nicaragua existent dans un univers climatique et culturel entierement different des plaines pacifiques chaudes, seches et plates. A mesure que les routes grimpent depuis Managua vers le nord a travers le departement de Matagalpa et vers Jinotega, la temperature baisse progressivement, la vegetation change des forets tropicales seches et des paturages pour le betail aux forets de pins, aux ravins de forets nuageuses et aux collines verdoyantes tapissees de cafeiers. L'air sent la fumee de bois, la terre humide et le cafe grille, et le paysage acquiert une qualite temperee, presque europeenne par moments, qui surprend agreablement les visiteurs ayant passe du temps sur la cote pacifique. C'est une region ou la tradition des immigrants allemands est encore visible dans l'architecture de certaines anciennes fermes, ou le meilleur cafe du Nicaragua est cultive avec un soin jaloux, et ou des forets nuageuses preservent une biodiversite remarquable.

Matagalpa, la capitale du departement du meme nom, est une ville commerciale animee qui se situe dans une vallee profonde entre des collines couvertes de cafeiers a une altitude d'environ 700 metres. Ce n'est pas un joyau colonial a la maniere de Grenade ou de Leon ; son caractere est celui d'une ville des hautes terres laborieuse et pragmatique ou le commerce, l'agriculture et les rythmes du calendrier du cafe structurent la vie quotidienne. La ville la plus celebre n'est pas un batiment ou un musee mais le paysage environnant, en particulier la reserve de foret nuageuse de la Selva Negra.

La Selva Negra, dont le nom se traduit par Foret Noire en hommage au patrimoine des immigrants allemands qui ont faconne cette region, est une reserve de foret nuageuse et une exploitation cafeicole en activite situee a environ neuf kilometres au nord de Matagalpa, a une altitude d'environ 1400 metres au-dessus du niveau de la mer. La reserve a ete etablie par des familles d'immigrants allemands arrivees a la fin du XIXe et au debut du XXe siecle qui ont developpe et perfectionne la culture du cafe dans ces hautes terres nicaraguayennes, et l'empreinte culturelle allemande est encore visible dans l'architecture traditionnelle du lodge principal, dans les pratiques d'elevage laitier de style bavarois qui approvisionnent le restaurant de la ferme en lait frais et en fromages artisanaux, et dans les noms et genealogies de nombreuses familles de la region. La foret nuageuse qui couvre les collines au-dessus des parcelles de cafe est veritablement spectaculaire, l'un des exemples les mieux preserves de foret nuageuse montagnarde du Nicaragua, avec des orchidees par centaines d'especes, des bromelias, des fougeres arborescentes et la gamme complete des especes d'oiseaux de la foret nuageuse.

Le restaurant de la Selva Negra, servant des aliments produits principalement sur la ferme meme, notamment de la truite fraiche peche dans les etangs de la propriete, des fromages maison fabriques selon les recettes transmises de generation en generation, et du cafe cultive sur la meme colline que l'on regarde en mangeant, offre une experience gastronomique de terroir que bien des restaurants de grandes villes envieraient. Passer la nuit au lodge de la Selva Negra, dans des cabanes dispersees parmi les arbres de la foret nuageuse, donne acces au silence de la montagne a l'aube et au crepuscule, quand les oiseaux et les mammiferes sont les plus actifs et quand la foret revele ses tresors a ceux qui savent observer et ecouter.

L'histoire politique de la region de Matagalpa est inseparable de la Revolution sandiniste et du conflit qui l'a suivie. Cette region etait le coeur de la guerre des Contras : les montagnes au nord et a l'est de Matagalpa etaient le terrain a travers lequel les forces sandinistes et les unites des Contras se deplacaient et s'affrontaient tout au long des annees 1980, et les cicatrices de ce conflit, physiques et psychologiques, font encore partie de la memoire regionale et nationale. La Reserve Naturelle de Miraflor, une zone protegee de foret nuageuse, de terres agricoles et de savane au sud-est d'Esteli, offre l'une des experiences de tourisme communautaire les plus developpees et les mieux organisees du Nicaragua. Des familles locales proposent des sejours chez l'habitant, des randonnees guidees, de l'equitation et des programmes culturels qui connectent les visiteurs a la vie quotidienne et a l'environnement naturel exceptionnel des hautes terres. La reserve est particulierement reconnue pour sa diversite extraordinaire d'orchidees, avec des centaines d'especes recensees par les botanistes.

Esteli, une ville dans les hautes terres du nord qui a servi de centre majeur de l'activite sandiniste pendant la revolution et qui a subi de graves destructions lors des combats de 1979, s'est reconstruite et est aujourd'hui connue et appreciee pour son industrie du cigare. Le Nicaragua est devenu l'un des pays producteurs de cigares haut de gamme les plus respectes du monde, et Esteli est sans conteste le centre et le coeur de cette industrie, avec de nombreuses manufactures ou des torcedores experimen tes roulent a la main des cigares de tabac premium vendus sous des marques prestigieuses qui se font concurrence sur les marches internationaux du luxe. Des visites des manufactures sont organisees pour les amateurs qui veulent voir la totalite du processus de production.

Les Iles du Mais

Au large de la cote caraibe du Nicaragua, a environ soixante-dix kilometres du continent, deux petites iles s'elevent de la mer des Caraibes dans un cadre qui est spirituellement et culturellement plus proche de la Caraibe anglophone de la Jamaique et du Belize que du Nicaragua hispanophone de la majorite pacifique. La Grande Ile du Mais et la Petite Ile du Mais sont separees l'une de l'autre par environ quinze kilometres d'eau caraibe ouverte et parfois agitee, et bien qu'elles partagent un caractere general et une histoire commune, elles sont a bien des egards des endroits tres differents offrant des experiences de voyage distinctes.

La Grande Ile du Mais, la plus grande et la plus developpee des deux, est atteinte par des vols quotidiens depuis Managua, environ une heure dans un petit avion a helice, ou occasionnellement par bateau depuis la ville de Bluefields sur la cote continentale. L'ile possede une route asphal tee qui en fait le tour complet, de modestes hotels de plage et maisons d'hotes concentres principalement a l'extremite sud-ouest ou se trouve le village principal de Brig Bay, quelques restaurants servant les grands classiques de la cuisine caraibeen ne comme le poisson frais grille, le homard, le riz et les haricots cuits dans du lait de coco, et l'atmosphere generalement detendue et sans pretention d'une petite ile ou tout le monde se connait et ou la vie s'ecoule a un rythme que les habitants n'ont aucune envie de modifier. La Grande Ile du Mais possede un systeme de recif coralien sur son cote oriental qui offre une plongee avec masque et tuba et une plongee sous-marine de qualite raisonnable, avec des coraux multicolores, des poissons tropicaux de nombreuses especes, des raies aigle tachetees qui glissent majestueusement dans le courant, et des requins nourrices qui reposent sur le fond sableux entre deux excursions alimentaires.

L'histoire des Iles du Mais est profondement liee a la presence coloniale britannique sur la cote des Mosquitos et a la communaute garifuna, dont les ancetres ont ete amenes sur la cote caraibe comme esclaves africains et se sont meies aux populations autochtones pour creer une culture, une langue et une identite distinctes qui persistent avec une vitalite remarquable jusqu'a aujourd'hui. Le creole anglais parle sur les Iles du Mais et le long de l'ensemble de la cote caraibe du Nicaragua est une variete d'anglais enrichie d'influences africaines, autochtones et espagnoles qui peut sembler a la fois familiere et hermetique a un anglophone de l'Amerique du Nord ou de l'Europe.

La Petite Ile du Mais, atteinte depuis la Grande Ile par un trajet en panga de trente minutes sur des eaux qui peuvent etre vraiment agitees et vous tremper de la tete aux pieds, est l'une des destinations insulaires les plus authentiques et les mieux preservees de toute la mer des Caraibes. L'ile n'a pas de voitures, pas de routes carrossables et aucune infrastructure significative au-dela du reseau de sentiers de randonnee qui relient le village de pecheurs sur la cote occidentale a la petite collection de maisons d'hotes, de restaurants et d'operations de plongee dispersees dans le reste de l'ile. Tout est transporte a pied ou par chariot tire a la main, et l'absence totale de vehicules a moteur cree un silence qui n'existe plus dans presque aucun endroit du monde moderne, un silence rompu seulement par les oiseaux, le vent dans les palmes, le ronronnement d'un generateur electrique le soir, et le son permanent et hypnotique du ressac sur le recif. La plongee sous-marine et la plongee avec masque et tuba autour de la Petite Ile du Mais sont generalement considerees comme superieures a celles de la Grande Ile du Mais, avec des coraux plus intacts, une eau d'une clarte exceptionnelle et une vie marine abondante qui inclut des tortues marines en nombre, des requins, et de grands poissons pelagiques visibles dans les passes entre les massifs coralliens.

Le homard est abondant et accessible en termes de prix sur les Iles du Mais par rapport au cout prohibitif que la meme ingredient atteindrait dans un restaurant d'Europe ou d'Amerique du Nord, et manger un homard grille a la perfection avec du riz et des haricots et une biere froide sur une terrasse de bois face a la mer des Caraibes, alors que le soleil plonge a l'horizon, est une experience gastronomique et sensorielle que beaucoup de voyageurs citent parmi les meilleurs repas de toute leur vie de voyageur. La peche sportive dans les eaux autour des Iles du Mais est egalement excellente selon les standards caraibeen s, avec des marlins, des voiliers et des mahimahis presents dans les eaux au large pour les amateurs de peche en haute mer.

La Cote Caraibe

La cote caraibe du Nicaragua, comprenant les deux regions autonomes de la Region Autonome de la Cote Caraibe Nord et de la Region Autonome de la Cote Caraibe Sud, est a bien des egards un pays a part entiere a l'interieur du pays, avec ses propres langues, ses cultures distinctes, ses traditions de gouvernance et sa trajectoire historique profondement differente de celle de la majorite pacifique. Couvrant environ la moitie du territoire national en superficie geographique mais n'abritant qu'une fraction relativement petite de la population totale, la region caraibe est dominee par la foret tropicale humide d'une densite imposante, par des systemes fluviaux qui constituent les seules voies de communication praticables dans de nombreuses zones, par des lagunes et des zones humides cotieres qui soutiennent une biodiversite extraordinaire, et par des communautes de peuples miskitos, sumos, ramas, garifunas et creoles afro-caribeen s dont le lien avec ce paysage precede l'Etat nicaraguayen de plusieurs siecles.

Bluefields, la capitale de la Region Autonome de la Cote Caraibe Sud, est la plus grande ville de la cote caraibe et le principal point d'entree pour les voyageurs qui s'aventurent dans cette region fascinante et peu visitee. Elle est atteinte par petit avion depuis Managua en environ une heure, ou par une combinaison d'autobus depuis Managua jusqu'a la ville interieure d'El Rama, puis en bateau en descendant le Rio Escondido jusqu'a Bluefields, un voyage qui prend la majeure partie d'une journee mais qui traverse la zone de transition entre les hautes terres interieures et les plaines caribeennes d'une maniere qui illustre de facon saisissante le changement geographique et culturel dramatique entre les deux mondes.

Bluefields n'est pas conventionnellement attrayant au sens touristique habituel du terme : l'architecture est principalement composee de maisons modestes en bois construites sur pilotis pour se proteger des inondations frequentes, les rues deviennent boueuses pendant les longues saisons des pluies, et l'infrastructure generale reflete le sous-developpement historique de la cote caraibe par rapport au Pacifique. Mais la ville possede une energie et une richesse culturelle qui recompensent largement le voyageur qui accepte de s'y immerger serieusement. La musique de Bluefields puise dans les traditions garifunas, reggae, palo de mayo et caribeen nes qui n'ont aucun parallele sur la cote pacifique. Le festival Palo de Mayo, celebre avec une intensite croissante tout au long du mois de mai, avec de la musique, de la danse expressive et des festivites dont les racines plongent dans les celebrations du premier mai apportees par les colons britanniques et profondement transformees par l'expression culturelle africaine caribeenne, remplit les rues de Bluefields de couleur, de son et de mouvement.

Pearl Lagoon, une grande lagune cotiere connectee a la mer des Caraibes par un chenal naturel et entouree de communautes de residents miskitos, creoles et garifunas, se trouve a environ quarante kilometres au nord de Bluefields accessible uniquement par bateau, et constitue l'un des environnements les plus beaux et les plus sereins de la Caraibe nicaraguayenne. Les eaux calmes et reflechissantes de la lagune, frangees de mangroves d'un vert intense et adossees a la foret tropicale dense, soutiennent une peche artisanale remarquable et une ornithologie exceptionnelle.

Le Rio San Juan, coulant vers l'est depuis la sortie du lac Nicaragua a la ville de San Carlos jusqu'au port caraibe de San Juan del Norte, est l'un des grands voyages fluviaux disponibles en Amerique centrale pour les voyageurs qui aiment la faune sauvage et l'histoire. Les rives du fleuve au sud du lac sont protegees en tant que Refuge de Vie Sauvage du Rio San Juan, ou des tapirs, des loutres de riviere, des fourmiliers geants, des caimens, des tortues fluviales et des centaines d'especes d'oiseaux sont regulierement observes depuis des bateaux lents. El Castillo, une petite ville avec un fort colonial espagnol remarquablement bien restaure construit en 1675 pour defendre la route de transit fluviale contre les attaques de pirates de toute provenance, fournit un point de repere historique tres concret sur ce voyage fluvial. Le fort a ete attaque notamment par une expedition du jeune Horatio Nelson en 1780, avant que la fievre n'oblige les Britanniques a retraiter.

Le Bosawas Biosphere Reserve, chevauchant la frontiere entre la region caraibe et les hautes terres du nord du Nicaragua, est l'une des plus grandes reserves de foret tropicale d'Amerique centrale, couvrant plus de sept mille kilometres carres et protegeant la plus grande surface restante de foret des plaines caribeen nes et de foret de piemontaine intacte de la Mesoamerique. La reserve est le territoire traditionnel des communautes miskitos et mayangnas qui y vivent depuis des temps immemoriaux et dont les pratiques traditionnelles de gestion forestiere ont contribue a sa relative integrite face aux pressions de la deforestation qui ravagent d'autres parties de la region.

Cuisine Nicaraguayenne

La cuisine nicaraguayenne est, dans son essence profonde, la nourriture d'un pays agraire pauvre qui a fait preuve d'une vertu culinaire extraordinaire avec des moyens limites. C'est egalement l'une des cuisines les plus distinctives et les plus satisfaisantes d'Amerique centrale, construite principalement autour du mais, des haricots noirs ou rouges, du porc sous toutes ses formes et des legumes tropicaux en combinaisons qui refletent la tradition culinaire mesoamericaine bimillenaire, modifiee et enrichie par l'influence coloniale espagnole, et sur la cote caraibe, profondement transformee par les techniques et les saveurs africaines et caribeen nes apportees par les communautes d'esclaves et leurs descendants. Bien manger au Nicaragua ne consiste pas a chercher des restaurants gastronomiques d'inspiration internationale, bien que de tels etablissements existent a Managua et a Grenade pour les voyageurs qui en ont envie ; c'est avant tout trouver les femmes avec leurs carioles de nourriture dans les marches, les comedores familiaux avec leurs plats du jour ecrits a la craie sur un tableau noir, et les rassemblements familiaux du week-end ou les nacatamales sortent fument de la marmite enveloppes dans des feuilles de bananier.

Le gallo pinto est sans aucun doute le plat national et la pierre angulaire de l'alimentation quotidienne nicaraguayenne, consomme matin, midi et soir sous differentes formes par des millions de Nicaraguayens. C'est du riz et des haricots cuits ensemble, le nom evocateur se traduisant par coq tachete, une reference a l'aspect tachet e et bicolore du riz blanc melange aux haricots fonces. Ce qui distingue un bon gallo pinto du simple melange de riz et de haricots, c'est la technique de preparation et les aromates incorpores : le riz et les haricots cuits sont frits ensemble dans de l'huile ou de la graisse avec de l'oignon, du poivron doux et du culantro, ce cousin plus puissant de la coriandre qui caracterise la cuisine nicaraguayenne, produisant un plat legerement croustillant, parfume et plein de saveur qui fait plus que la somme de ses composants. Le gallo pinto du petit-dejeuner est accompagne d'oeufs frits ou brouilles, de tranches de banane plantain frite, de fromage blanc nicaraguayen et de creme fraiche epaisse. Les versions du dejeuner et du diner servent de socle nutritif aux plats de poulet, de porc, de boeuf ou de poisson. Le gallo pinto est si fondamental a l'identite nicaraguayenne qu'il apparait dans les blagues, les chansons populaires et les discours politiques, et les Nicaraguayens emigres rapportent unanimement que c'est parmi les choses qui leur manquent le plus cruellement.

Le nacatamal est la nourriture ceremonielle et festive nicaraguayenne par excellence, le plat qui apparait inevitablement lors des grands rassemblements familiaux, des fetes nationales et religieuses, et des matins de week-end quand toute la famille se rassemble pour manger ensemble. Fait de pate de mais humide melee a du saindoux et assaisonnee de diverses epices, puis garni de porc, de riz, de pomme de terre, de tomate, de menthe fraiche et de piment avant d'etre soi gneusement enveloppe dans des feuilles de bananier et cuit pendant plusieurs heures dans de l'eau bouillante ou a la vapeur, le nacatamal est une preparation substantielle et d'une complexite considerable qui necessite un veritable savoir-faire et un temps de preparation important pour etre realisee correctement. Les meilleurs nacatamales ont une pate moelleuse et savoureuse qui fond dans la bouche, une garniture ni trop seche ni trop humide, et un parfum de feuille de bananier qui impreg ne tout le paquet d'un arrome distinctif. Ils sont vendus par des marchands ambulants en debut de matinee, en particulier le week-end et lors des jours feries, et manger un nacatamal chaud avec une grande tasse de cafe noir fort aupres d'un marchand de rue est l'une des experiences quintessentielles du petit-dejeuner nicaraguayen.

Le vigoron est la nourriture de rue emblematique de Grenade en particulier et de la cote pacifique en general, un plat d'une apparente simplicite qui constitue en fait une composition gastronomique pensee. Il consiste en du manioc bouilli, avec sa texture douce et feculante, servi garni de chicharron, cette peau de porc frite a l'huile bouillante jusqu'a une croustillance extreme, et d'une salade de chou frais grossierement hache et assaisonne de jus de citron vert et de piment, le tout presente avec desinvolture sur une feuille de bananier qui fait a la fois office d'assiette, de plateau et d'emballage recyclable. La combinaison du manioc fondant avec le chicharron croustillant et gras et la salade de chou acidulee et vif est une etude des contrastes de texture et de saveur qui fonctionne de maniere remarquable, et manger un vigoron autour du parc central de Grenade achete a l'une des vendeuses traditionnelles en tablier qui occupent leur poste depuis des decennies est l'une des experiences gastronomiques les plus satisfaisantes et les plus authentiques disponibles au voyageur.

L'indio viejo, qui se traduit litteralement par le vieil Indien, est un ragout de boeuf effiloche cuit lentement dans une sauce dense de jus d'orange amere, de tomate, d'oignon, de poivron doux et de masa de mais, ce dernier utilise comme epaississant qui donne a la sauce une consistance epaisse et porridge-like et un caractere distinctement mesoamericain qui rappelle les preparations culinaires precolumbiennes de la region. L'orange amere, naranja agria, est fondamentale pour la cuisine nicaraguayenne d'une maniere qui n'a pas de veritable equivalent dans les cuisines nord-americaines ou europeennes : elle fournit une acidite aigue et presque resineuse qui est tres differente de l'orange sucrante ordinaire ou du citron vert et qui apparait dans les marinades de viande, les sauces cuisinees et les boissons de table a travers tout le pays. L'indio viejo est servi avec du riz blanc, du gallo pinto et des tortillas de mais chaudes.

L'aguado de pollo est le plat de reconfort par excellence de la cuisine nicaraguayenne, une soupe de poulet faite avec un bouillon leger et parfume, epaissie avec de la masa de mais ou du riz, et caracterisee par un gout distinctif produit par les herbes fraiches, notamment le culantro et la hierbabuena, et par le jus d'orange amere qui donne au bouillon une complexite aromatique qu'aucun autre ingredient ne pourrait reproduire. C'est la soupe que l'on prepare pour les membres de la famille malades, pour les nouvelles meres en convalescence, pour les jours de pluie froide dans les hautes terres de Matagalpa, et pour les lendemains de fete difficiles, et sa reputation restauratrice est entierement meritee par ses qualites nutritives et aromatiques reelles.

Les repochetas sont des tortillas de mais garnies de fromage blanc et pliees avant d'etre cuites sur la griddle, une preparation d'une simplicite apparente mais d'une satisfaction reelle, vendue dans les marches et les stands de bord de route et constituant un casse-croute rapide, peu cher et nourrissant. Le fromage utilise est typiquement un fromage blanc nicaraguayen frais et legerement sale qui fond partiellement a l'interieur de la tortilla chaude, creant une combinaison chaude et douce de mais et de produit laitier qui est parmi les plaisirs elementaires et durables de la rue nicaraguayenne.

Le Flor de Cana merite une discussion substantielle parce que c'est veritablement l'un des meilleurs rhums vieillis produits n'importe ou dans le monde, et pas seulement au regard des criteres centroamericains mais de ceux du marche international des rhums de qualite. Produit par la famille Pellas a la Compania Licorera de Nicaragua dans les plaines pacifiques pres de Chichigalpa, le Flor de Cana est distille depuis 1890 en utilisant de la canne a sucre cultivee sur les pentes fertiles du Volcan San Cristobal. La distillerie utilise un processus de distillation en colonne continue et vieillit le rhum dans des barils de chene blanc americain sous ce que la societe appelle la methode centenaire, un processus de vieillissement lent qui tire parti de la chaleur tropicale constante des plaines pacifiques pour maturir le rhum plus rapidement qu'un climat tempere ne le permettrait. Les expressions de 12 ans, 18 ans et 25 ans sont internationalement competitives avec les meilleurs rhums de la Barbade, de la Jamaique et de Trinite-et-Tobago, remportant des prix dans les competitions internationales de spiritueux les plus exigeantes et attirant des collectionneurs serieux de rhums vieillis du monde entier. Le Gran Reserva de 7 ans est le rhum de la vie quotidienne nicaraguayenne, melange avec du cola, consomme avec du citron vert ou bien bu pur les soirs de conversation et de musique.

La Tona et la Victoria sont les deux grandes marques de biere nicaraguayennes, toutes deux produites par la Cerveceria de Nicaragua. Les deux sont des lagers legeres de style americain brassees pour etre froides et rafraichissantes dans la chaleur tropicale plutot que complexes en aromes, et dans cette fonction eminement pratique elles reussissent admirablement. Le pinolillo est la boisson chaude traditionnelle des hautes terres du Pacifique, faite de mais roti et finement moulu melange avec du cacao torrefie et parfois du sucre et de la cannelle, dissous dans de l'eau chaude ou du lait chaud. Il precede de plusieurs millenaires l'arrivee des Espagnols et represente l'une des continuites culinaires les plus directes entre la culture alimentaire precolombienne et contemporaine nicaraguayenne. Une personne qui aime le pinolillo est parfois appellee un pinolero, et ce terme affectueux a ete etendu pour designer de maniere populaire un Nicaraguayen authentique, apparaissant dans la poesie, les chansons folkloriques et la rhetorique politique comme symbole de l'identite nationale la plus profonde.

La cote caraibe apporte une tradition culinaire entierement differente et complementaire : du riz cuit dans du lait de coco cremeux, un ragout de poisson appele rundown avec du manioc et de la banane plantain dans une sauce riche a la noix de coco, du pain de cassave fait a partir de manioc racle selon les recettes transmises par les communautes autochtones, et l'usage genereux du thym frais, du piment de la Jamaique et de techniques d'assaisonnement caribeen nes qui refletent le patrimoine africain et britannique de la region. Manger un homard grille avec du riz et des haricots cuisinaes au lait de coco, accompagne d'une biere froide et d'une vue sur la mer des Caraibes au coucher du soleil, constitue un plaisir gastronomique que beaucoup de voyageurs de passage dans les Iles du Mais citent spontan ement parmi les meilleurs repas de tout leur voyage au Nicaragua.

Arts et Culture

Le Nicaragua a produit un legs culturel disproportionnellement riche par rapport a sa taille et a ses ressources economiques, en particulier dans les domaines de la litterature, des arts visuels et de la musique. La plus grande contribution culturelle du pays au monde est sans conteste Ruben Dario, le poete dont le travail a transforme en profondeur la langue espagnole et dont l'influence sur la litterature latino-americaine et espagnole a ete si profonde et si durable qu'il serait clairement insuffisant de l'appeler simplement le poete national du Nicaragua, bien que ce soit certainement ce qu'il est pour les Nicaraguayens de toutes conditions et de toutes generations.

Felix Ruben Garcia Sarmiento, connu universellement sous le nom de Ruben Dario, est ne en 1867 dans la ville de Metapa, aujourd'hui rebaptisee Ciudad Dario en son honneur perpetuel, dans le departement de Matagalpa. Il a montre un talent litteraire exceptionnel des sa plus tendre enfance, publiant ses premiers poemes a l'adolescence et quittant le Nicaragua en tant que jeune homme pour voyager et travailler au Chili, en Argentine, en Espagne, en France et dans les Ameriques en tant que journaliste, diplomate et poete itinerant. Le mouvement qu'il a fonde et incarne avec une rare autorite, le Modernismo, qui tirait son nom non pas du modernisme anglais du debut du XXe siecle mais d'une revolution esthetique specifiquement hispanique de la fin du XIXe siecle, a transforme la litterature de langue espagnole en introduisant des influences symbolistes et parnassiennes fran caises, en cultivant une musicalite et une sensualite dans le langage qui avaient ete largement absentes de la tradition litteraire espagnole, et en affirmant avec conviction que la litterature hispano-americaine n'etait pas une imitation provinciale de l'ecriture espagnole mais un participant a part entiere de la culture litteraire mondiale, a egalite avec les plus grandes litteratures de l'epoque. Ses recueils Azul, publie en 1888, et Prosas Profanas, publie en 1896, et surtout les Cantos de Vida y Esperanza, publies en 1905, ont etabli sa reputation comme le plus grand poete de langue espagnole de sa generation et l'un des poetes les plus importants de toute l'histoire de la langue.

Dario est mort en 1916 a Leon, ramene dans sa patrie par la maladie qui l'avait progressivement vaincu, et a ete enterre dans la Cathedrale de Leon, ou sa tombe reste l'un des sites culturels les plus visites et les plus empreints de recueillement de tout le pays. La maison de Managua ou il a vecu est preservee comme musee public, et le Teatro Nacional Ruben Dario de Managua porte son nom comme un hommage permanent a son statut de genie national. Ciudad Dario celebre sa naissance chaque 18 janvier avec un festival de poesie et de culture qui attire des ecrivains de toute l'Amerique latine et bien au-dela.

La revolution sandiniste de 1979 a produit un remarquable epanouissement culturel, intentionnel et non intentionnel, qui a laisse des marques profondes et durables sur la culture visuelle du Nicaragua. La Croisade pour l'alphabetisation de 1980, dans laquelle des dizaines de milliers de jeunes Nicaraguayens urbains se sont repandus dans les campagnes les plus reculees pour enseigner la lecture et l'ecriture a des populations rurales qui en avaient ete largement privees sous la dictature, etait elle-meme un evenement culturel d'une signification immense, reduisant le taux d'analphabetisme national d'environ cinquante pour cent a environ douze pour cent en une seule annee extraordinaire et creant des liens de comprehension et de solidarite entre des mondes urbains et ruraux qui s'etaient longtemps ignores. La politique culturelle du gouvernement sandiniste a soutenu des ateliers de poesie dans les usines et les communautes rurales, des murales publics de grande echelle, de la musique folklorique et de l'artisanat traditionnel, positionnant explicitement l'expression culturelle nicaraguayenne comme un acte revolucionnaire et une affirmation de dignite nationale.

Les murales peintes a Leon, Managua et d'autres villes pendant cette periode et dans les annees qui ont suivi, representant Sandino, des heros de la revolution, l'histoire indigene precolombienne et les ideaux sociaux d'une societe plus juste et plus egale, constituent l'un des corpus les plus significatifs d'art public politiquement engage produits n'importe ou dans le monde au cours des quarante dernieres annees du XXe siecle. Ces murales continuent d'etre pratiques et renouveles dans les deux villes, et pour le visiteur qui prend le temps de marcher et d'observer attentivement, Leon en particulier est une galerie d'art a ciel ouvert d'une richesse narrative et d'une puissance esthetique que bien des musees pourraient envier.

La region de Masaya est le centre de la remarquable tradition artisanale nicaraguayenne, dont la richesse et la diversite surprennent agre ablement les visiteurs qui n'y sont pas prepares. Masaya la ville et les communautes environnantes se specialisent chacune dans des metiers differents : les hamacs de Masaya elle-meme, tisses selon des criteres d'excellence dans des fibres de coton naturel et synthetiques durables et qui se dechinent en styles allant du simple hamac individuel aux grands hamacs familiaux pouvant accueillir plusieurs personnes et aux hamacs-chaises d'une elegance particuliere ; la poterie en argile noire de la communaute de San Juan de Oriente, ou des ateliers de famille produisent depuis des generations de la ceramique dans un style qui derive directement des traditions precolumbiennes ; des articles en cuir d'une grande variete de styles dans les tanneries et ateliers nombreux de la region ; et les peintures nicaraguayennes distinctives sur bois de balsa qui representent des scenes de village et de marche dans un style naif et colore qui est devenu presque synonyme du pays pour les collectionneurs d'artisanat.

La marimba, cet instrument de musique fait de barres de bois dispose es par ordre de hauteur sur des resonateurs en gourde, est l'instrument traditionnel par excellence du Nicaragua pacifique, avec des racines profondes dans la tradition musicale indigene et coloniale de la region. La musique de marimba a son meilleur est d'une complexite et d'une beaute saisissantes, capable aussi bien d'une celebration joyeuse et energique que d'une melancolie nostalgique profonde, et entendre un ensemble de marimba habile et passionne jouer dans la cour interieure d'un hotel colonial de Grenade par une chaude soiree tropicale est l'un des plaisirs les plus authentiques et les plus memorables de la culture musicale nicaraguayenne.

Ernesto Cardenal, le moine trappiste, theologien de la liberation et poete qui a servi comme ministre de la Culture dans le gouvernement sandiniste des annees 1980, a ecrit de la poesie qui combinait le mysticisme religieux le plus profond avec l'engagement politique le plus engage dans un style qu'il appelait l'exteriorismo, cherchant une poesie anchree dans la realite externe concrete et observable plutot que dans les etats psychologiques interieurs. Son Canto Cosmico, un poeme epique monumental dans lequel l'histoire de l'univers depuis le Big Bang jusqu'au present est rendue en vers et filtree a travers sa vision du monde a la fois theologique et politique radicale, est l'une des oeuvres litteraires les plus ambitieuses et les plus originales produites en Amerique centrale dans tout le XXe siecle. Cardenal est mort en 2020, ayant vecu assez longtemps pour se brouiller avec le gouvernement Ortega et en devenir un critique public acerbe, et son passage a enleve de la scene nicaraguayenne l'une des voix les plus eloquentes et les plus moralement serieuses de sa vie publique.

Gioconda Belli, poete et romanciere qui etait active dans la clandestinite sandiniste bien avant la revolution et a ensuite servi dans le gouvernement avant d'emigrer et de devenir critique du regime Ortega, a produit certaines des oeuvres nicaraguayennes les plus lues et les plus traduites de la fin du XXe et du debut du XXIe siecle. Sa poesie, erotique et politique en egale mesure et sans jamais s'excuser de cette double nature, et son roman Le Pays sous ma peau, un memoire d'une franchise saisissante de ses annees dans la revolution clandestine puis triomphante, fournissent l'un des recits les plus accessibles et les plus humains de ce que la revolution de 1979 a signifie pour la generation qui l'a preparee, combattue et puis vu se transformer.

Informations Pratiques

Visiter le Nicaragua necessite une preparation soigneuse qui tient compte des conditions particulieres du pays, notamment sa situation politique complexe, ses realites infrastructurelles variables, son environnement sanitaire tropical, et les defis pratiques du deplacement dans un pays ou les transports en commun sont efficaces dans certains corridors principaux et difficiles ou inexistants dans d'autres zones.

Les avis aux voyageurs pour le Nicaragua emis par les gouvernements de nombreux pays doivent absolument etre consultes avant tout voyage, et ils doivent etre pris au serieux sans pour autant etre consideres comme des interdictions definitives. Plusieurs gouvernements maintiennent des niveaux d'avis eleves pour le Nicaragua refletant la situation politique post-2018, les contraintes pesant sur la societe civile et les medias independants, et le risque de detention arbitraire qui a touche un petit nombre de ressortissants etrangers. Le pays reste une destination touristique fonctionnelle frequentee par des dizaines de milliers de voyageurs chaque annee sans incident majeur, mais la situation politique actuelle ajoute une dimension d'incertitude reelle que les voyageurs doivent comprendre et accepter lucidement avant de s'engager.

La monnaie du Nicaragua est le cordoba, nomme pour Francisco Hernandez de Cordoba qui a fonde les premieres villes coloniales espagnoles du pays. Le cordoba est abrege en C$ et est maintenu dans une relation d'ancrage progressif avec le dollar americain. Les dollars americains sont largement acceptes dans les entreprises orientees vers le tourisme, les hotels de qualite et certains restaurants dans les grandes villes et les principales zones touristiques, et les distributeurs automatiques dans les zones urbaines principales dispensent des cordobas et des dollars. Les cartes de credit sont acceptees dans les hotels de luxe, les grands restaurants et certains operateurs de tours mais ne sont pas universellement disponibles ; porter suffisamment d'especes en monnaie locale est essentiel pour voyager en dehors des grands centres urbains, en particulier sur la cote caraibe ou les infrastructures bancaires sont tres limitees.

Les conditions d'entree au Nicaragua varient selon la nationalite et les accords bilateraux en vigueur, et les voyageurs doivent imperativement confirmer les exigences actuelles aupres du consulat ou de l'ambassade pertinente avant tout voyage, car ces conditions ont change plusieurs fois au cours des dernieres annees et peuvent changer encore. La plupart des voyageurs d'Amerique du Nord et d'Europe peuvent entrer au Nicaragua a des fins touristiques sans visa prealable, en payant une contribution nominale a la frontiere ou a l'aeroport d'arrivee.

Les precautions sanitaires pour le Nicaragua doivent etre discutees en detail avec un medecin specialiste de la medecine du voyage avant le depart. Les maladies transmises par les moustiques, notamment la dengue, le chikungunya et le Zika, sont presentes et actives dans toutes les plaines pacifiques et dans les zones urbaines pendant une grande partie de l'annee, et une protection appropriee contre les moustiques est fortement recommandee en toutes circonstances. Le risque de paludisme existe dans la region de la cote caraibe, et une prophylaxie antipaludeenne doit etre serieusement envisagee par ceux qui prevoir de voyager dans les regions autonomes caribeen nes, en particulier dans les communautes fluviales eloignees. Les vaccinations contre l'hepatite A et la fievre typhoide sont recommandees pour tous les voyageurs au Nicaragua.

La securite de l'eau de consommation est une consideration importante et non negligeable : l'eau du robinet au Nicaragua n'est pas fiablement potable dans la plupart des regions, meme dans les zones urbaines equipees, et les voyageurs doivent boire de l'eau en bouteille ou purifiee tout au long de leur sejour. Cette precaution inclut l'eau utilisee pour se brosser les dents, se rincer la bouche, et eviter les gla cons dans les boissons a moins qu'ils ne proviennent clairement de sources d'eau traitees dont on peut verifier l'origine.

Le climat du Nicaragua se divise generalement en une saison seche s'etendant de novembre a avril, et une saison des pluies allant de mai a octobre, mais cette division doit etre nuancee par des variations regionales tres importantes. La cote pacifique et les hautes terres interieure ne recoivent pratiquement pas de pluie pendant la saison seche et beneficient alors d'un beau soleil constant et d'une luminosite exceptionnelle. La cote caraibe, en revanche, recoit des pluies pratiquement tout au long de l'annee avec une intensite variable selon les mois, et est particulierement difficile d'acces pendant les periodes de gros temps de novembre a fevrier. La saison seche est generalement consideree comme la meilleure periode pour visiter le Nicaragua pour la plupart des types de voyage, les routes en terre etant plus praticables, les conditions balneaires sur le Pacifique etant meilleures et les randonnees volcaniques moins glissantes et dangereuses. La saison des pluies a neanmoins son attrait propre : le paysage est d'un vert intense et luxuriant plutot que brun et desseche, les rivieres sont en plein debit et magnifiques, et les cascades qui ont cesse de couler en saison seche retrouvent toute leur puissance.

L'electricite au Nicaragua fonctionne a 110 volts et 60 Hz, avec les memes prises a deux ou trois broches de type A et B utilisees aux Etats-Unis et au Canada, ce qui signifie qu'aucun adaptateur n'est necessaire pour les appareils nord-americains. Les voyageurs d'Europe, d'Australie, de Grande-Bretagne et d'autres regions avec des tensions ou des types de prises differents devront prevoir des adaptateurs universels et possiblement des convertisseurs de tension pour les appareils sensibles.

L'espagnol est la langue de la majorite pacifique au Nicaragua, et meme la maitrise basique de quelques phrases courtes ameliore considerablement la qualite de l'experience de voyage et facilite les contacts humains. La plupart des Nicaraguayens travaillant directement dans le secteur du tourisme disposent d'un certain niveau d'anglais conversationnel, mais en dehors des principales zones touristiques et attractions etablies, l'anglais est rarement parle et encore moins compris. Il n'existe aucune raison d'attendre une maitrise parfaite de l'espagnol avant de visiter le Nicaragua, mais un investissement meme minimal dans l'apprentissage de quelques expressions de base, suffisantes pour commander de la nourriture, demander des indications et saluer les gens poliment, fera une difference substantielle et appreciable dans la qualite de l'experience et dans la capacite a engager des interactions veritables avec le peuple nicaraguayen.

Les considerations de securite au Nicaragua pour les voyageurs etrangers different sensiblement de celles d'autres pays d'Amerique centrale en ce que la criminalite de rue organisee et la violence des gangs qui affectent gravement le Guatemala, le Honduras et El Salvador sont significativement moins prevalentes au Nicaragua, qui a historiquement enregistre le taux d'homicides le plus bas d'Amerique centrale. Les petits vols, les vols a la tire et les arrach ages de sacs se produisent, en particulier dans les marches bondees de Managua et les gares routieres encombreees, et les precautions elementaires de bon sens s'appliquent comme dans n'importe quelle ville d'Amerique centrale.

L'hebergement au Nicaragua couvre l'integalite du spectre, des dortoirs de routards a cinq dollars la nuit pour les voyageurs les plus budgetaires aux boutiques-hotels coloniaux de Grenade facturant des tarifs dignes des grandes capitales mondiales pour les voyageurs qui cherchent l'authenticite coloniale dans le confort. Le secteur d'hebergement de milieu de gamme s'est considerablement developpe au cours des deux dernieres decennies, en particulier a Grenade et a Leon, ou des maisons coloniales restaurees avec gout ont ete converties en maisons d'hotes proposant des chambres privees avec salle de bain, des jardins en patio ombrages et fleuris, et un niveau de confort reel qui convient aux voyageurs recherchant le caractere authentique et la qualite sans le prix prohibitif du luxe.