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La Guerre Froide, la Politique D'endiguement et la Société Américaine 1945-1975

La Guerre Froide, la Politique D'endiguement et la Société Américaine 1945-1975

Vitesse

Les Origines de la Guerre Froide 1945-1950

La Guerre Froide ne surgit pas brusquement du néant au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Elle prit racine dans des décennies de méfiance réciproque, d'incompatibilité idéologique et de rivalités géopolitiques qui précédaient de loin la grande alliance antifasciste de 1941-1945. Pour comprendre comment deux nations qui avaient combattu côte à côte contre l'Allemagne nazie et le Japon impérial purent se retrouver, à peine quelques années après la victoire commune, au bord d'une confrontation nucléaire, il est indispensable de saisir la profondeur des fractures qui parcouraient déjà cette alliance de guerre.

Les États-Unis et l'Union soviétique incarnaient deux visions fondamentalement antagonistes de l'ordre mondial. D'un côté, les Américains défendaient un système capitaliste libéral reposant sur la démocratie représentative, la libre entreprise, l'économie de marché et les libertés individuelles. De l'autre, les Soviétiques proposaient un modèle communiste fondé sur la propriété collective des moyens de production, le parti unique, l'économie planifiée et la primauté de la collectivité sur l'individu. Ces deux visions du monde n'étaient pas simplement différentes : elles s'excluaient mutuellement et prétendaient chacune représenter l'avenir de l'humanité. La tension entre ces deux universalismes constituait le moteur profond de la Guerre Froide.

La méfiance entre les deux puissances plongeait ses racines bien avant 1945. Dès la Révolution bolchevique de 1917, les États-Unis avaient réagi avec hostilité, envoyant des troupes en Russie dans le cadre des interventions alliées de 1918-1919 pour soutenir les forces contre-révolutionnaires. Washington ne reconnut le gouvernement soviétique que seize ans après sa prise du pouvoir, en 1933. De leur côté, les dirigeants soviétiques gardaient une mémoire tenace de cette hostilité occidentale initiale et interprétaient chaque action américaine à l'aune de cette hostilité fondamentale. Lorsque la Grande Alliance antihitlérienne unit provisoirement ces deux puissances antagonistes, la méfiance ne disparut pas : elle fut simplement mise de côté, en attente d'un règlement des comptes ultérieur.

La gestion de la phase finale de la guerre, et surtout les conférences de paix, révélèrent rapidement l'ampleur des désaccords. À Yalta, en février 1945, Roosevelt, Churchill et Staline parvinrent à des accords ambigus sur l'avenir de la Pologne et de l'Europe de l'Est, des accords que chaque partie interpréterait différemment. Staline voulait des régimes amis sur ses frontières occidentales, ce qu'il appelait une ceinture de sécurité contre de futures agressions : après tout, la Russie avait subi deux invasions dévastatrices depuis l'Ouest en moins de trente ans, perdant vingt-sept millions de personnes dans la seule Seconde Guerre mondiale. Les Américains, eux, entendaient que les accords de Yalta garantissaient des élections libres et des gouvernements démocratiques dans les pays libérés d'Europe de l'Est. Ces deux interprétations étaient irréconciliables.

À la conférence de Potsdam, en juillet-août 1945, les désaccords s'approfondirent encore. Le nouveau président américain Harry S. Truman, qui avait succédé à Roosevelt après sa mort en avril 1945, adopta une posture nettement plus ferme face aux Soviétiques. La bombe atomique, dont le premier essai réussi eut lieu le 16 juillet 1945, pendant même la conférence de Potsdam, transforma profondément le rapport de forces. Truman, qui informa Staline de l'existence d'une nouvelle arme d'une puissance destructrice inhabituellement grande sans en préciser la nature, pensait que la bombe atomique donnerait aux États-Unis un levier considérable dans les négociations postérieures à la guerre. Staline, qui était déjà informé du programme atomique américain par ses espions, réagit sans émotion apparente mais accéléra secrètement le programme nucléaire soviétique.

L'alliance de Guerre et Ses Fractures

L'alliance entre les États-Unis, la Grande-Bretagne et l'Union soviétique avait été, dès le départ, une alliance de nécessité plutôt que de conviction. Winston Churchill avait lui-même résumé cette réalité avec son pragmatisme habituel lorsqu'il déclara, après l'invasion allemande de l'URSS en juin 1941, que si Hitler avait envahi l'enfer, il ferait au moins une référence favorable au diable dans la Chambre des communes. Cette alliance des contraires fut cimentée par l'urgence de la survie, mais ses fissures étaient visibles dès le début.

La question du front occidental illustra parfaitement ces tensions dès le début de la guerre. Staline réclamait l'ouverture d'un second front en Europe occidentale depuis 1941, convaincu que les Anglo-Américains laissaient délibérément l'URSS porter le poids principal de la guerre contre l'Allemagne nazie pour l'affaiblir avant un règlement de comptes futur. Les débarquements en Afrique du Nord en 1942, en Sicile et en Italie en 1943 furent perçus par Moscou comme des substituts insuffisants au débarquement en France que Staline exigeait. Même lorsque le débarquement en Normandie eut finalement lieu en juin 1944, les Soviétiques restèrent convaincus d'avoir souffert une discrimination injuste dans l'effort de guerre commun. Cette conviction d'un traitement inégal empoisonna les relations même pendant les années où l'alliance fonctionnait nominalement.

Les pertes soviétiques dans la Seconde Guerre mondiale dépassaient tout ce que les sociétés occidentales pouvaient concevoir. Vingt-sept millions de citoyens soviétiques périrent entre 1941 et 1945, dont des millions de civils. Des villes entières furent rasées, des régions entières dévastées, des générations entières décimées. Leningrad seule avait soutenu un siège de neuf cent jours au cours duquel plus d'un million de ses habitants moururent de faim, de froid et des bombardements. Stalingrad fut réduite à l'état de ruines au terme d'une bataille d'une violence extrême qui coûta la vie à des centaines de milliers de combattants des deux camps. Face à ce traumatisme national sans précédent, l'obsession sécuritaire de Staline paraissait, du point de vue soviétique, parfaitement légitime : jamais plus la Russie ne devait être aussi vulnérable. La ceinture de pays amis en Europe de l'Est n'était pas, dans l'esprit soviétique, une agression impérialiste, mais une nécessité existentielle dictée par des leçons historiques payées au prix du sang.

Du côté américain, l'incompréhension était tout aussi profonde. Les États-Unis sortaient de la guerre en position de force extraordinaire : leur territoire était intact, leur économie avait été relancée et modernisée par l'effort de guerre, et ils détenaient le monopole de l'arme atomique. Face à cette position de force, l'expansion soviétique en Europe de l'Est paraissait soit une menace délibérée à l'ordre mondial, soit une première étape dans un plan de conquête universelle inspiré par l'idéologie communiste. La paranoïa soviétique était perçue comme de l'agressivité, et les demandes sécuritaires de Staline comme des exigences impérialistes. Les hommes politiques et les diplomates américains, dont beaucoup avaient cru sincèrement en la possibilité d'une coopération durable avec l'Union soviétique, furent progressivement contraints d'abandonner cette illusion face à la réalité des politiques soviétiques en Europe de l'Est.

L'incompatibilité idéologique rendait toute confiance durable impossible. Le marxisme-léninisme soviétique enseignait que le capitalisme était un système condamné à disparaître, que le socialisme était l'avenir inévitable de l'humanité, et que le parti communiste était l'avant-garde consciente de cette évolution historique. Les dirigeants soviétiques ne pouvaient pas, sans se contredire, admettre la légitimité permanente du système capitaliste américain. Symétriquement, la tradition libérale américaine affirmait la valeur universelle des libertés individuelles et de la démocratie représentative, et ne pouvait concevoir sans malaise la coexistence à long terme avec un régime totalitaire qui niait ces valeurs. Ces deux universalismes se condamnaient réciproquement, et aucun accord provisoire, aucune alliance tactique ne pouvait effacer cette contradiction fondamentale.

La Consolidation Soviétique de L'europe de L'est 1945-1948

La manière dont l'Union soviétique consolida son emprise sur l'Europe de l'Est après 1945 fut méthodique, progressive et brutale. Le diplomate américain George Kennan, qui allait devenir l'architecte intellectuel de la politique d'endiguement, la décrivit comme la plus grande expansion territoriale volontaire depuis Napoléon. Le politologue hongrois Béla Kovács, qui avait lui-même subi cette prise de pouvoir progressive dans son pays, forgea l'expression de tactiques du salami pour décrire la méthode soviétique : diviser, isoler et éliminer les opposants tranche par tranche, comme on découpe un saucisson, jusqu'à ce qu'il n'en reste rien.

Dans chacun des pays d'Europe de l'Est libérés par l'Armée rouge, les communistes locaux, soutenus par Moscou, appliquèrent une stratégie similaire. Dans un premier temps, ils acceptèrent de participer à des gouvernements de coalition, réclamant en général les ministères de l'Intérieur qui contrôlaient la police. Ensuite, ils utilisèrent cette position pour surveiller, intimider et éliminer leurs adversaires politiques. Les partis socialistes furent fusionnés de force avec les partis communistes. Les dirigeants paysans, démocrates-chrétiens et libéraux furent arrêtés pour complot contre la sécurité nationale, déportés ou contraints à l'exil. Les élections qui suivirent furent systématiquement truquées pour garantir des majorités communistes. En Pologne, en Roumanie, en Bulgarie, en Hongrie et en Yougoslavie, le schéma se répéta avec des variantes selon les circonstances locales. La Yougoslavie représentait un cas particulier, Tito ayant réussi à maintenir une indépendance réelle vis-à-vis de Moscou qui aboutit à la rupture ouverte de 1948.

Le coup de Prague de février 1948 représenta le point culminant et le plus choquant de ce processus. La Tchécoslovaquie était perçue par les Occidentaux comme différente des autres démocraties populaires : elle possédait une tradition démocratique solide antérieure à la guerre, et le gouvernement de coalition qui avait fonctionné depuis 1945 semblait relativement pluraliste. Le président Edvard Beneš et le ministre des Affaires étrangères Jan Masaryk, fils du fondateur de l'État tchécoslovaque Thomas Masaryk, symbolisaient la possibilité d'un pont entre l'Est et l'Ouest. Mais en février 1948, profitant d'une crise gouvernementale déclenchée par la démission de ministres non communistes, les communistes tchécoslovaques organisèrent, avec l'appui implicite de l'Armée rouge stationnée aux frontières, une prise du pouvoir qui balaya le gouvernement de coalition. Le président Beneš, dont la santé était déclinante et qui se trouvait isolé, accepta un nouveau gouvernement dominé par les communistes. Masaryk mourut quelques jours plus tard dans des circonstances mystérieuses, en chutant d'une fenêtre du ministère des Affaires étrangères à Prague. Pour l'opinion publique occidentale, le coup de Prague fut un choc : il démontrait que le danger communiste n'était pas imaginaire, et il renforça considérablement le soutien aux politiques d'endiguement en cours d'élaboration.

Churchill avait, deux ans auparavant, prononcé le discours qui allait définir l'époque. Le 5 mars 1946, à Fulton, dans le Missouri, invité par le président Truman, l'ancien Premier ministre britannique prononça son discours historique sur le rideau de fer. De Stettin dans la Baltique à Trieste dans l'Adriatique, un rideau de fer est descendu à travers le continent, déclara Churchill. Derrière ce rideau se trouvaient toutes les capitales des anciens États d'Europe centrale et orientale : Varsovie, Berlin, Prague, Vienne, Budapest, Belgrade, Bucarest et Sofia, et toutes ces villes célèbres avec leurs populations se trouvaient dans ce qu'il fallait bien appeler la sphère soviétique. Churchill appelait à une alliance anglophone pour faire face à cette menace. Ce discours scandalisa certains qui estimaient que Churchill cherchait à rallumer un conflit que la fin de la guerre venait d'éteindre, et Truman lui-même prit prudemment ses distances dans un premier temps. Mais l'expression de rideau de fer entra dans l'histoire et devint la métaphore la plus célèbre de la Guerre Froide.

La Doctrine Truman Mars 1947

Le 12 mars 1947, Harry Truman se présenta devant le Congrès pour demander une aide d'urgence à la Grèce et à la Turquie. La Grèce était déchirée par une guerre civile opposant le gouvernement royaliste, soutenu par les Britanniques, à une insurrection communiste alimentée par la Yougoslavie et d'autres États communistes voisins. Des dizaines de milliers de Grecs avaient déjà péri dans ce conflit qui ravageait le pays depuis la fin de l'occupation allemande. La Turquie subissait pour sa part des pressions soviétiques pour obtenir des concessions territoriales et un accès aux détroits du Bosphore et des Dardanelles. Les Britanniques, ruinés par la guerre et aux prises avec leurs propres difficultés économiques, venaient d'informer Washington qu'ils ne pouvaient plus assumer le fardeau financier du soutien à ces deux gouvernements après le 31 mars 1947.

Truman demanda quatre cents millions de dollars pour la Grèce et la Turquie. Mais au-delà de cette demande concrète, son discours posait les bases d'une doctrine bien plus vaste et ambitieuse. La rhétorique que Truman employa ce jour-là était universaliste dans sa portée : il ne s'agissait pas simplement d'aider deux pays particuliers dans une situation particulière, mais d'affirmer un principe général applicable à toute situation analogue dans le monde. Je crois que la politique des États-Unis doit être de soutenir les peuples libres qui résistent aux tentatives d'assujettissement par des minorités armées ou par des pressions extérieures, déclara Truman. Je crois que nous devons aider les peuples libres à façonner leur propre destin à leur manière. Ces quelques phrases contenaient un engagement potentiellement illimité qui allait avoir des conséquences considérables dans les décennies suivantes.

La Doctrine Truman marquait une rupture fondamentale avec la tradition isolationniste américaine. Pour la première fois dans l'histoire des États-Unis, une administration s'engageait à soutenir les gouvernements menacés par la subversion communiste partout dans le monde, sans limite géographique précise. C'était un engagement global, ouvert, potentiellement illimité. Les critiques, tant à droite qu'à gauche, soulignèrent immédiatement la nature extraordinaire de cet engagement : comment les États-Unis pouvaient-ils prétendre soutenir partout dans le monde des gouvernements libres sans même définir clairement ce que libre signifiait ? La doctrine semblait aussi ignorer les particularités locales des conflits auxquels elle s'appliquait : la guerre civile grecque n'était pas simplement une manifestation de l'expansionnisme soviétique, mais aussi un conflit aux racines profondes dans l'histoire grecque. Le sénateur Arthur Vandenberg, républicain du Michigan et président de la commission des Affaires étrangères, avait averti Truman que s'il voulait obtenir l'appui du Congrès, il devrait faire peur au peuple américain. Truman avait adopté ce conseil.

La Doctrine Truman signifiait aussi l'abandon de l'approche de Roosevelt qui avait cherché à maintenir une relation de travail avec Staline. L'URSS n'était plus un partenaire difficile mais un adversaire dont l'expansion devait être contenue. George Kennan, qui venait de rédiger son fameux Télégramme Long depuis Moscou en février 1946, puis son article anonyme signé X dans Foreign Affairs en juillet 1947, avait fourni le cadre intellectuel de cette politique. Kennan arguait que le comportement soviétique était dicté par une combinaison de paranoïa historique russe et d'idéologie communiste, et que l'Union soviétique cherchait constamment à étendre son influence là où elle rencontrait peu de résistance. La politique américaine devait donc consister à lui opposer une contre-pression ferme et vigilante en tout point où les Soviétiques montraient des signes d'empiètement sur les intérêts d'un monde pacifique et stable. C'était la doctrine de l'endiguement dans sa formulation originale, essentiellement politique et économique plutôt que militaire.

Le Plan Marshall 1948-1952

Si la Doctrine Truman représentait la réponse militaire et politique à l'expansion soviétique, le Plan Marshall constituait la réponse économique. Le secrétaire d'État George Marshall, ancien chef d'état-major pendant la guerre et l'un des architectes de la victoire alliée, annonça son initiative dans un discours à l'université Harvard le 5 juin 1947. Son raisonnement était aussi simple que profond : la misère économique était le terreau du communisme. Des millions d'Européens affamés, sans emploi et sans espoir étaient naturellement réceptifs aux promesses communistes. Si les États-Unis ne reconstruisaient pas les économies européennes, le communisme se répandrait non par la force des baïonnettes soviétiques, mais par la désespération des peuples. Marshall donna aux Européens l'initiative : les États-Unis fourniraient les ressources, mais les Européens devaient eux-mêmes coordonner leurs besoins et leurs programmes de reconstruction.

Le Plan Marshall prévoyait une aide de treize milliards de dollars sur quatre ans pour la reconstruction de l'Europe occidentale, une somme qui représentait environ cinq pour cent du produit intérieur brut américain de l'époque. C'était un effort sans précédent dans l'histoire des relations internationales, un exemple d'aide internationale à grande échelle qui n'avait jamais été tentée auparavant. Cette aide prit la forme de dons pour la grande majorité, et non de prêts, ce qui permettait aux pays bénéficiaires de ne pas s'endetter davantage. En échange, les pays bénéficiaires devaient accepter certaines conditions : coordination de leurs politiques économiques, coopération entre eux, et transparence sur l'utilisation des fonds américains. Cette insistance sur la coopération économique entre États européens constitua l'un des précédents qui menèrent ultérieurement à la construction européenne.

Invitée à participer, l'Union soviétique déclina l'invitation à la conférence initiale de Paris et contraignit les démocraties populaires d'Europe de l'Est à refuser également l'aide américaine. La Tchécoslovaquie et la Pologne avaient initialement manifesté un intérêt pour le programme, mais Staline leur interdit de participer. Il voyait dans le Plan Marshall une tentative américaine d'étendre l'influence économique et politique de Washington sur l'Europe entière, y compris sur sa zone d'influence. Cette interprétation n'était pas entièrement fausse : les architectes du Plan Marshall espéraient effectivement que la prospérité économique et l'interdépendance qui en résulterait lieraient les économies européennes aux États-Unis. Pour contrer l'attrait du Plan Marshall, Staline créa en 1947 le Kominform, une organisation chargée de coordonner les partis communistes européens sous la direction soviétique, et en 1949 le Comecon, un organisme de coopération économique entre les démocraties populaires soviétiques destiné à organiser leurs économies selon les besoins de l'Union soviétique.

Les résultats du Plan Marshall furent spectaculaires. Entre 1948 et 1952, les économies d'Europe occidentale connurent une croissance sans précédent. La production industrielle et agricole dépassait dans la plupart des cas les niveaux d'avant-guerre. Le chômage reculait, le niveau de vie progressait. En France et en Italie, où les partis communistes avaient obtenu plus de trente pour cent des votes dans les élections de 1945 et 1946 et paraissaient susceptibles de remporter le pouvoir par les urnes, la menace d'une victoire électorale communiste s'éloigna considérablement. Le Plan Marshall remplit donc ses deux objectifs principaux : il reconstruisit les économies européennes et il contribua à marginaliser les partis communistes dans les démocraties occidentales. Il contribua également à cimenter une solidarité transatlantique qui allait former le fondement de l'OTAN et des relations américano-européennes pour les décennies suivantes.

Le Blocus de Berlin 1948-1949

Berlin occupait une position géographique paradoxale dans la géographie de la Guerre Froide naissante. L'ancienne capitale du Reich allemand était divisée en quatre zones d'occupation : américaine, britannique, française et soviétique. Mais la ville se trouvait géographiquement enclavée au sein de la zone d'occupation soviétique, à environ cent soixante kilomètres à l'est de la frontière avec les zones occidentales. Cette situation créait une vulnérabilité structurelle que Staline décida d'exploiter en juin 1948 pour tester la résolution occidentale et peut-être forcer une révision des arrangements issus de la guerre.

Le déclencheur immédiat fut la réforme monétaire que les puissances occidentales introduisirent dans leurs zones d'occupation en juin 1948 : le Deutsche Mark remplaçait le Reichsmark dévalué dans les zones occidentales, incluant les secteurs occidentaux de Berlin. Staline interpréta cette réforme comme une tentative de consolider un État allemand occidental séparé, contrairement aux accords de Potsdam qui prévoyaient un traitement unifié de l'Allemagne. Le 24 juin 1948, les Soviétiques bloquèrent toutes les voies terrestres d'accès à Berlin-Ouest : les routes, les voies ferrées et les voies fluviales. Deux millions trois cent mille habitants de Berlin-Ouest se trouvaient soudainement coupés de leurs approvisionnements en nourriture, en carburant et en matières premières. Avec les stocks disponibles, la ville ne disposait que de quelques semaines de vivres.

Face à ce défi, Truman refusa de se laisser intimider. Il n'était pas question pour lui d'abandonner Berlin, ce qui aurait été perçu comme une capitulation humiliante devant le chantage soviétique et aurait mis en doute la crédibilité de l'engagement américain en Europe entière. Mais il était tout aussi hors de question d'utiliser la force pour percer le blocus terrestre, ce qui risquait de provoquer une guerre directe avec l'Union soviétique. La solution fut le pont aérien : les puissances occidentales allaient ravitailler Berlin-Ouest par voie aérienne, exploitant les couloirs aériens que les accords d'après-guerre leur avaient garantis et que les Soviétiques ne pouvaient pas légalement bloquer.

Ce qui suivit fut l'une des plus grandes opérations logistiques de l'histoire. L'opération Vittles, comme les Américains la baptisèrent, à laquelle les Britanniques participèrent sous le nom d'opération Plainfare, mobilisa des centaines d'avions qui effectuaient des rotations vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. À son apogée, un avion atterrissait à Berlin toutes les quatre-vingt-dix secondes. Les pilotes et les équipages travaillaient dans des conditions épuisantes, et plusieurs crashs mortels endeuillèrent l'opération. Les pilotes devinrent des héros populaires auprès des Berlinois, particulièrement le colonel Gail Halvorsen, qui avait eu l'idée de larguer des friandises en chocolat aux enfants de Berlin attachées à de petits parachutes faits de mouchoirs. Il fut surnommé le Rosinen-Bomber, le Bombardier de raisins secs, par la presse allemande. En onze mois d'opération, les aviateurs alliés effectuèrent deux cent soixante-seize mille vols et transportèrent plus de deux millions de tonnes de marchandises, des vivres au charbon en passant par les matériaux de construction.

En mai 1949, Staline leva finalement le blocus, constatant que la pression n'avait pas produit les résultats escomptés. Non seulement Berlin-Ouest avait survécu, mais le pont aérien avait démontré une détermination et une capacité logistique occidentales que Staline n'avait pas prévues. Le pont aérien de Berlin fut un triomphe politique et psychologique considérable pour les Occidentaux. Il démontra la détermination américaine à défendre Berlin et, par extension, l'Europe occidentale entière. Il contribua aussi à métamorphoser l'image de l'Allemagne occidentale aux yeux des Alliés : les Allemands de l'Ouest, jusqu'alors ennemis vaincus, devinrent des victimes du blocus soviétique avec lesquelles les Américains et les Britanniques développèrent une véritable solidarité. Cette transformation psychologique facilita l'intégration ultérieure de la République fédérale d'Allemagne dans l'alliance occidentale.

L'otan 1949

La création de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord en avril 1949 représenta un moment historique dans la politique étrangère américaine. Pour la première fois depuis l'alliance franco-américaine de 1778, les États-Unis s'engageaient dans une alliance militaire en temps de paix avec des puissances européennes. La tradition isolationniste américaine, héritée des mises en garde de George Washington dans son discours d'adieu de 1796 contre les alliances permanentes avec les nations étrangères, était ainsi définitivement abandonnée. La Guerre Froide avait rendu caduque une tradition de politique étrangère vieille d'un siècle et demi.

Le Traité de l'Atlantique Nord fut signé à Washington le 4 avril 1949 par douze nations fondatrices : les États-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, le Portugal, l'Italie, le Danemark, la Norvège et l'Islande. Son article 5 stipulait qu'une attaque armée contre l'un des membres serait considérée comme une attaque contre tous, et que chaque membre aiderait la partie attaquée par toutes les actions qu'il jugerait nécessaires, y compris l'emploi de la force armée. Cette clause de défense collective, même si elle laissait aux membres une certaine latitude dans la nature de l'aide à apporter, constituait le cœur de l'alliance et demeure encore aujourd'hui sa disposition fondamentale.

Le Sénat américain ratifia le traité en juillet 1949 par soixante-deux voix contre treize, un résultat confortable mais pas unanime. Les opposants soulignaient que l'engagement militaire perpétuel que représentait l'OTAN était contraire à la tradition constitutionnelle américaine, qui réservait au Congrès le pouvoir de déclarer la guerre. Mais la majorité des sénateurs était convaincue que face à la menace soviétique en Europe, l'engagement américain était une nécessité stratégique. La crise de Berlin, le coup de Prague, la pression soviétique sur la Grèce et la Turquie avaient convaincu même des sénateurs traditionnellement isolationnistes de la nécessité d'une présence américaine permanente en Europe.

La Bombe Atomique Soviétique Août 1949

Le 29 août 1949, l'Union soviétique fit exploser sa première bombe atomique dans le désert du Kazakhstan, dans un test que les Américains appelèrent Joe-1 en référence sarcastique à Joseph Staline. Pour les Américains qui pensaient conserver pendant encore plusieurs années leur monopole nucléaire, ce fut un choc profond. Les services de renseignement américains avaient estimé que les Soviétiques n'auraient pas la bombe avant 1952 au plus tôt, et certains experts avaient avancé 1957. L'accélération soviétique, qui leur avait permis de réaliser en quatre ans ce que les États-Unis avaient accompli grâce à un programme de trois ans mobilisant des milliers de scientifiques et des milliards de dollars, n'était pas le seul fruit d'un génie scientifique exceptionnel : elle devait beaucoup à l'espionnage nucléaire.

Klaus Fuchs, physicien britannique d'origine allemande qui avait travaillé au projet Manhattan américain à Los Alamos, avait transmis aux Soviétiques des informations détaillées sur la conception de la bombe atomique. Son arrestation en janvier 1950 et ses aveux amenèrent les enquêteurs à remonter le réseau d'espions jusqu'à Julius et Ethel Rosenberg, un couple de New-Yorkais membres du parti communiste qui avaient servi d'intermédiaires entre les espions à Los Alamos et les services de renseignement soviétiques. Julius Rosenberg était ingénieur électricien et avait eu accès à des informations relatives à l'électronique des détonateurs. Les Rosenberg furent arrêtés en 1950, jugés pour espionnage au profit d'une puissance étrangère en temps de guerre, condamnés à mort et exécutés sur la chaise électrique le 19 juin 1953 à la prison de Sing Sing dans l'État de New York, malgré de nombreuses demandes de clémence provenant de personnalités du monde entier, dont Albert Einstein et le pape Pie XII.

La fin du monopole nucléaire américain transformait radicalement la donne stratégique. Les États-Unis ne pouvaient plus compter sur leur avance nucléaire pour compenser la supériorité numérique conventionnelle de l'Armée rouge en Europe. La vulnérabilité américaine était soudainement réelle et non plus théorique. Cette réalité nouvelle, combinée avec la victoire communiste en Chine un mois plus tard, alimenta une panique qui précipita une série de décisions allant du développement de la bombe à hydrogène à l'adoption de NSC-68, qui allaient définir la politique américaine pour des décennies.

La « Chute » de la Chine Octobre 1949

À peine deux mois après la bombe atomique soviétique, un deuxième choc frappa les Américains : le 1er octobre 1949, Mao Zedong proclamait depuis la porte Tiananmen à Pékin la fondation de la République populaire de Chine. Le gouvernement nationaliste de Tchang Kaï-chek, soutenu pendant des années par les États-Unis, s'était réfugié sur l'île de Formose, que nous appelons aujourd'hui Taiwan, avec les restes de ses forces et les réserves d'or de la Banque centrale. Le pays le plus peuplé du monde, avec ses cinq cents millions d'habitants, venait de basculer dans le camp communiste.

L'impact politique aux États-Unis fut considérable. La question Qui a perdu la Chine ? domina le débat politique américain pendant des années. Les républicains accusèrent l'administration Truman d'avoir bradé la Chine, de trahison et d'incompétence. Certains désignèrent des fonctionnaires du département d'État, les China Hands, ces spécialistes de la Chine qui avaient correctement prédit la victoire communiste, comme responsables de la catastrophe. La réalité était évidemment plus complexe : les États-Unis avaient versé des milliards de dollars d'aide au gouvernement nationaliste depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais celui-ci était miné par la corruption, avait perdu le soutien populaire auprès des paysans et avait été militairement battu par les communistes de Mao. Aucune quantité d'aide américaine supplémentaire n'aurait probablement changé l'issue de la guerre civile chinoise. Mais la logique de la Guerre Froide ne tolérait pas cette nuance : si la Chine était communiste, quelqu'un devait en être responsable.

Cette atmosphère politique toxique alimenta directement le maccarthysme naissant. Les diplomates compétents qui avaient correctement analysé la situation chinoise furent décrits comme des sympathisants communistes, voire des espions, et beaucoup furent chassés de la fonction publique dans des procédures qui ne respectaient pas les garanties élémentaires du droit au procès équitable. L'effet sur la qualité de l'analyse diplomatique américaine fut désastreux et persista pendant des années, décourageant les analystes de formuler des jugements honnêtes qui pourraient être politiquement inconfortables.

Nsc-68 et la Militarisation de L'endiguement

La combinaison de la bombe soviétique et de la victoire communiste en Chine convainquit l'administration Truman de revoir complètement sa stratégie. Le résultat fut le document NSC-68 (National Security Council Paper 68), rédigé principalement par Paul Nitze, directeur du Centre de planification politique du département d'État, et adopté par le Conseil national de sécurité en avril 1950.

NSC-68 représentait une rupture fondamentale avec la conception de l'endiguement défendue par Kennan. Kennan avait conçu l'endiguement comme essentiellement politique et économique, concentré sur quelques points stratégiques clés où les intérêts américains vitaux étaient en jeu. Il distinguait les zones d'importance vitale pour les États-Unis, comme l'Europe occidentale et le Japon, des zones périphériques où les États-Unis n'avaient pas d'intérêts directs. Nitze, au contraire, proposait une militarisation de l'endiguement et son universalisation géographique. NSC-68 affirmait que l'Union soviétique cherchait à s'emparer de la domination sur l'Eurasie tout entière, et que pour contrer cette menace, les États-Unis devaient quadrupler leurs dépenses militaires, passant d'environ treize à cinquante milliards de dollars par an.

Le document décrivait le conflit avec l'Union soviétique en termes apocalyptiques : il s'agissait d'un conflit entre la liberté et l'esclavage, entre la lumière et les ténèbres, dont l'issue déterminerait l'avenir de la civilisation humaine. Cette rhétorique manichéenne reflétait une vision du monde binaire qui contribua à rigidifier la politique américaine et à rendre plus difficile toute nuance dans l'approche des relations internationales. Kennan protesta vigoureusement contre ce qu'il percevait comme une militarisation dangereuse et une simplification grossière de l'analyse géopolitique, mais son avis fut marginalisé. NSC-68 aurait pu rester un document théorique sans conséquence pratique immédiate si la guerre de Corée n'avait éclaté quelques semaines après son adoption, confirmant apparemment le scénario d'une offensive militaire communiste directe.

La Guerre de Corée 1950-1953

La Corée était divisée depuis 1945 au 38e parallèle, les Soviétiques occupant la moitié nord et les Américains la moitié sud. Au nord, les Soviétiques avaient mis en place un régime communiste dirigé par Kim Il-sung ; au sud, les Américains avaient soutenu le gouvernement autoritaire de Syngman Rhee. Les deux gouvernements revendiquaient la légitimité sur la péninsule entière, et des incidents frontaliers se produisaient régulièrement. Le 25 juin 1950, avec l'approbation de Staline et de Mao, Kim Il-sung lança une invasion à grande échelle de la Corée du Sud, engageant environ sept divisions nord-coréennes renforcées de chars soviétiques T-34.

Les premières semaines de la guerre furent désastreuses pour le Sud et ses alliés américains. Les forces nord-coréennes, bien entraînées et équipées de matériel moderne, balayèrent les troupes sud-coréennes et les maigres forces américaines déployées en renfort depuis le Japon, où elles avaient été stationnées confortablement depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et manquaient d'entraînement au combat. En quelques semaines, il ne restait plus aux Alliés qu'un étroit périmètre autour du port de Pusan, dans l'extrême sud de la péninsule. La situation sembla un moment catastrophiquement irréversible.

Truman, agissant rapidement et sans demander l'approbation formelle du Congrès, décida d'engager des forces américaines et obtint du Conseil de sécurité des Nations Unies une résolution autorisant une force internationale sous commandement américain. L'Union soviétique boycottait à ce moment le Conseil de sécurité en protestation contre la présence de la Chine nationaliste plutôt que de la Chine communiste, et ne put donc pas opposer son veto. Cette décision de Truman d'engager les forces américaines par décret exécutif sans déclaration de guerre formelle du Congrès créait un précédent dangereux : il appela ce conflit une action policière des Nations Unies plutôt qu'une guerre, mais c'était bien une guerre, et elle fut menée sans la sanction constitutionnelle normalement requise. Ce précédent allait hanter les relations entre l'exécutif et le législatif américain pendant des décennies.

Le général Douglas MacArthur, commandant des forces alliées et vainqueur du Pacifique lors de la Seconde Guerre mondiale, conçut une opération amphibie audacieuse pour renverser la situation. Le 15 septembre 1950, il débarqua deux divisions marines à Inchon, un port situé à proximité de Séoul, dans une manœuvre considérée comme tellement dangereuse par beaucoup d'officiers que MacArthur dut imposer sa décision contre l'avis de nombreux experts. Les marées extrêmes d'Inchon, les approches étroites et les fortifications côtières rendaient l'opération périlleuse. Mais elle réussit spectaculairement : les troupes nord-coréennes se trouvèrent coupées de leurs lignes d'approvisionnement et contraintes à une retraite précipitée. En quelques semaines, les forces de l'ONU avaient non seulement libéré la Corée du Sud mais avaient franchi le 38e parallèle et progressaient rapidement vers la frontière chinoise sur le fleuve Yalou.

C'est alors que la Chine intervint. En octobre 1950, des centaines de milliers de soldats des Volontaires du peuple chinois traversèrent en secret la frontière coréenne. MacArthur avait ignoré ou minimisé les avertissements répétés de Pékin, transmis par des voies diplomatiques indirectes, selon lesquels une approche des forces de l'ONU vers la frontière chinoise ne serait pas tolérée. Lorsque les Chinois frappèrent, les forces alliées furent submergées par le nombre et contraintes à une retraite chaotique dans des conditions hivernales extrêmes. La bataille du Réservoir de Chosin, dans les montagnes glacées du nord de la Corée, où les marines américains furent encerclés par plusieurs divisions chinoises par des températures descendant jusqu'à moins trente degrés Celsius, entra dans la légende militaire américaine. Environ vingt mille marines battirent en retraite pendant deux semaines, combattant constamment pour se dégager de l'encerclement, infligeant des pertes considérables aux Chinois tout en perdant de nombreux hommes.

La guerre se stabilisa approximativement au niveau du 38e parallèle originel au début de 1951. MacArthur, furieux de ne pas être autorisé à attaquer la Chine continentale pour couper les lignes d'approvisionnement chinoises, se mit à contester publiquement la politique de la guerre limitée menée par Truman. Il écrivit des lettres au président de la Chambre des représentants critiquant la politique présidentielle, ce qui constituait une violation flagrante du principe de subordination militaire au pouvoir civil. Truman le renvoya de son commandement le 11 avril 1951, ce qui provoqua une tempête politique sans précédent. Le général rentra en héros aux États-Unis, accueilli par des foules immenses à New York et dans d'autres villes, et prononça devant le Congrès réuni son discours d'adieu mémorable, citant la vieille chanson militaire selon laquelle les vieux soldats ne meurent pas, ils s'effacent simplement. Mais Truman tint bon sur le principe essentiel : dans une démocratie constitutionnelle, l'armée est sous le contrôle du pouvoir civil, quelle que soit la popularité du général concerné.

Les négociations d'armistice furent longues et épuisantes, se poursuivant pendant plus de deux ans à Panmunjom tandis que les combats continuaient. La question principale qui retarda l'accord fut celle du rapatriement des prisonniers : la Corée du Nord et la Chine exigeaient le retour de tous leurs prisonniers selon les conventions de Genève, mais beaucoup de ces prisonniers refusaient de rentrer dans leurs pays communistes. L'armistice fut finalement signé le 27 juillet 1953, six mois après l'entrée en fonctions d'Eisenhower, qui avait été élu en partie sur la promesse de mettre fin à la guerre. La péninsule restait divisée approximativement là où elle l'avait été avant la guerre. La guerre de Corée avait coûté la vie à plus de trente-six mille Américains, à des centaines de milliers de soldats chinois et coréens, et à des millions de civils. On l'appela souvent la guerre oubliée parce qu'elle se situa entre la gloire de la Seconde Guerre mondiale et le déchirement de la guerre du Vietnam, sans la clarté morale de l'une ni la controverse passionnée de l'autre.

Le Maccarthysme et la Deuxième Chasse Aux Rouges

La peur du communisme intérieur, qui avait connu une première vague lors de la Red Scare de 1919-1920 après la Révolution russe, ressurgit avec une intensité redoublée dans les premières années de la Guerre Froide. Cette deuxième chasse aux rouges trouva sa figure emblématique dans le sénateur Joseph McCarthy du Wisconsin, mais ses racines précédaient de plusieurs années la carrière politique de McCarthy et ses ramifications dépassaient largement sa seule personne. L'atmosphère politique générale, caractérisée par la peur du communisme soviétique, la révélation de l'espionnage nucléaire, la victoire communiste en Chine et la guerre de Corée, créait un terreau fertile pour les démagogues.

Le Comité des activités anti-américaines de la Chambre des représentants (HUAC) avait commencé ses enquêtes sur l'infiltration communiste à Hollywood dès 1947. Ces enquêtes visaient à identifier les sympathisants communistes dans l'industrie cinématographique, dont les films avaient une influence considérable sur l'opinion publique. Dix scénaristes et réalisateurs, qui devinrent connus sous le nom de Hollywood Ten et comprenaient des personnalités comme Dalton Trumbo et Ring Lardner Jr., refusèrent de témoigner devant le Comité en invoquant le Premier Amendement garantissant la liberté d'expression. Ils furent condamnés pour outrage au Congrès et emprisonnés. Les grandes studios hollywoodiens, craignant pour leurs profits dans un contexte de boycott potentiel, établirent des listes noires qui empêchèrent ces professionnels de travailler dans l'industrie pendant des années, parfois sous de faux noms. La peur de figurer sur ces listes noires conduisit de nombreux professionnels d'Hollywood à dénoncer des collègues, réels ou supposés sympathisants communistes, alimentant un cycle de délation et de méfiance.

En 1950, l'affaire Alger Hiss cristallisa les tensions. Hiss était un haut fonctionnaire du département d'État qui avait participé à la conférence de Yalta et à la fondation des Nations Unies. Richard Nixon, alors représentant républicain de Californie et membre du HUAC, avait été l'un des principaux promoteurs des enquêtes sur Hiss. Celui-ci avait nié devant le Comité avoir jamais rencontré Whittaker Chambers, un ancien agent soviétique devenu informateur. Les microfilms cachés dans une citrouille dans la ferme de Chambers, les fameux pumpkin papers, sembleraient prouver que Hiss avait transmis des documents confidentiels. Hiss fut finalement condamné pour parjure en 1950 et incarcéré. L'affaire Hiss semblait prouver que la trahison communiste au sein du gouvernement américain était réelle.

Le sénateur Joseph McCarthy entra dans l'histoire le 9 février 1950 lors d'un discours à Wheeling, en Virginie-Occidentale, devant un groupe de femmes républicaines. Il brandissait ce qu'il prétendait être une liste de deux cent cinq communistes actuellement employés au département d'État avec la connaissance du secrétaire d'État Dean Acheson. Le nombre changea plusieurs fois au cours des jours suivants, passant à cinquante-sept puis à quatre-vingt-un, et McCarthy ne put jamais documenter sérieusement ses accusations devant la commission Tydings qui enquêta sur ses allégations. Mais l'atmosphère politique du moment rendait les accusations elles-mêmes plus importantes que leur vérification. Pendant quatre ans, McCarthy lança des accusations en série contre des fonctionnaires, des militaires, des diplomates, des intellectuels et des artistes, les présentant comme des communistes ou des compagnons de route. Son nom devint un adjectif — le maccarthysme — qui désigne depuis lors toute pratique politique consistant à diffamer des opposants par des accusations non prouvées et à utiliser la peur de la subversion intérieure à des fins politiques.

La chute de McCarthy commença en 1954 lors des audiences télévisées sur l'armée. McCarthy avait accusé l'armée américaine d'abriter des communistes, notamment au sein du Quartier général du Signal Corps à Fort Monmouth, et avait attaqué plusieurs officiers supérieurs. L'armée répondit en l'accusant d'avoir cherché à obtenir un traitement de faveur pour un de ses proches collaborateurs récemment incorporé. Les audiences sur ces accusations réciproques furent retransmises en direct à la télévision pendant trente-six jours, au printemps et à l'été 1954. Pour la première fois, des millions d'Américains purent observer directement les méthodes de McCarthy : ses interruptions constantes, ses accusations sans preuves, sa brutalité dans les interrogatoires, ses sourires sarcastiques, son manque visible de tout sens de la décence. L'avocat de l'armée, Joseph Welch, un avocat de Boston aux manières flegmatiques et à l'humour dévastateur, demanda lors d'un échange mémorable devant les caméras : Sénateur, avez-vous enfin perdu tout sens du décorum ? Cette phrase, prononcée après que McCarthy eut attaqué un jeune associé du cabinet de Welch sans aucun rapport avec l'affaire en cours, symbolisa le tournant de l'opinion publique contre le sénateur. En décembre 1954, le Sénat vota la censure de McCarthy par soixante-sept voix contre vingt-deux pour conduite contraire aux intérêts du Sénat. McCarthy, privé de son pouvoir médiatique et ignoré de ses collègues, sombra dans l'alcoolisme et mourut en 1957.

Edward R. Murrow, le journaliste le plus respecté de la télévision américaine, avait joué un rôle important dans la chute de McCarthy. Son émission See It Now du 9 mars 1954, produite avec Fred Friendly, montrait les méthodes de McCarthy à travers ses propres déclarations filmées, laissant les images parler d'elles-mêmes sans commentaire excessif. Murrow concluait en citant Shakespeare et en avertissant que la peur et la méfiance que McCarthy avait semées dans la société américaine constituaient un danger aussi réel que le communisme lui-même. Cette émission de télévision, vue par des dizaines de millions d'Américains, contribua significativement à retourner l'opinion publique contre McCarthy.

L'ère Eisenhower et le Complexe Militaro-Industriel

Dwight D. Eisenhower, héros de la Seconde Guerre mondiale et commandant suprême des forces alliées lors du débarquement en Normandie, devint le trente-quatrième président des États-Unis en janvier 1953. Sa présidence allait durer huit ans, pendant lesquels il maintint une paix relative malgré les tensions permanentes de la Guerre Froide. Son style de gouvernement calme et délibéré contrastait avec les passions politiques de l'époque, et il gouverna avec une habilité politique souvent sous-estimée par ses contemporains et même par les historiens qui lui succédèrent immédiatement.

Eisenhower était sceptique à l'égard des dépenses militaires excessives. Il avait dit clairement que si l'Amérique ruinait son économie pour financer une armée gigantesque, elle aurait perdu la Guerre Froide sans que personne ait tiré un seul coup de feu. Sa politique de défense, surnommée le New Look, reposait sur l'idée que les forces nucléaires stratégiques constituaient une dissuasion plus économique que les forces conventionnelles massives. Plutôt que de maintenir de grandes armées capables de combattre n'importe où dans le monde à coups de fusils et de chars, les États-Unis miseraient sur leur capacité de représailles nucléaires massives pour décourager toute agression soviétique. Le secrétaire d'État John Foster Dulles théorisa cette approche sous le nom de brinkmanship ou politique du bord du gouffre : il s'agissait d'aller jusqu'au bord de la guerre pour contraindre l'adversaire à reculer, en menaçant de représailles nucléaires massives et immédiates contre toute agression.

La crise de Suez de 1956 illustra les limites du nouveau rapport de forces mondial. Lorsque le président égyptien Gamal Abdel Nasser nationalisa le canal de Suez en juillet 1956, en réaction au retrait américain et britannique du financement du barrage d'Assouan, les Britanniques et les Français planifièrent, en secret avec Israël, une opération militaire pour reprendre le canal. L'opération fut lancée en octobre 1956, au moment même où la Hongrie se soulevait contre le régime communiste. Eisenhower, furieux de n'avoir pas été informé par ses alliés et profondément préoccupé par l'image américaine dans le monde en développement alors que les États-Unis s'apprêtaient à critiquer l'intervention soviétique en Hongrie, fit pression sur les Britanniques et les Français pour qu'ils cessent les opérations. La crise de Suez révéla la désintégration de la puissance européenne traditionnelle et l'émergence d'un monde bipolaire dominé par les deux superpuissances dans lequel même les alliés américains ne pouvaient plus agir unilatéralement.

Simultanément, les Soviétiques écrasaient dans le sang la révolution hongroise. En octobre 1956, les Hongrois s'étaient soulevés contre le régime communiste, réclamant des libertés politiques et le retrait des troupes soviétiques. Le premier ministre Imre Nagy annonça le retrait de la Hongrie du Pacte de Varsovie et demanda la neutralité de son pays. Les chars soviétiques entrèrent à Budapest le 4 novembre 1956 et noyèrent le soulèvement dans le sang. Des milliers de Hongrois furent tués, des dizaines de milliers emprisonnés, deux cent mille s'enfuirent à l'Ouest. Les États-Unis, qui avaient laissé entendre par leur radio propagandiste Radio Free Europe qu'ils soutiendraient les peuples cherchant à se libérer du joug communiste, n'intervinrent pas militairement et ne pouvaient pas le faire sans risquer une guerre nucléaire. La politique de libération prônée par les républicains pendant la campagne électorale de 1952 se révélait creuse face à la réalité nucléaire.

Le 4 octobre 1957, l'Union soviétique lança dans l'espace le premier satellite artificiel de la Terre, Spoutnik. Le bip régulier émis par ce petit globe de métal de quatre-vingt-trois kilogrammes tournant au-dessus du monde entier à vingt-sept mille kilomètres à l'heure représentait, pour les Américains, une menace existentielle autant qu'une humiliation technologique. Si les Soviétiques pouvaient mettre un satellite en orbite, ils pouvaient aussi placer une bombe atomique sur n'importe quelle ville américaine. Un mois plus tard, Spoutnik 2 emportait la chienne Laïka dans l'espace, démontrant que les Soviétiques avaient des fusées capables de transporter des charges bien plus lourdes. La supériorité technologique américaine, tenue pour acquise, était remise en question. Le Congrès vota en urgence la loi sur l'éducation nationale pour la défense nationale, National Defense Education Act, en 1958, qui finança massivement l'enseignement des sciences, des mathématiques et des langues étrangères dans les écoles et universités américaines, transformant le système éducatif. En 1958 également, l'agence spatiale civile NASA était créée pour coordonner la réponse américaine au défi spatial soviétique.

Eisenhower quitta la présidence le 17 janvier 1961 par un discours d'adieu qui est entré dans l'histoire pour sa mise en garde contre ce qu'il appela pour la première fois le complexe militaro-industriel. Ce militaire de carrière devenu chef de l'État avertissait ses concitoyens du danger que représentait l'alliance permanente entre les industries de défense et le complexe militaire : cette conjonction d'un immense établissement militaire et d'une grande industrie des armes est nouvelle dans l'expérience américaine. L'influence totale, économique, politique, voire spirituelle, se fait sentir dans chaque ville, chaque parlement d'État, chaque bureau du gouvernement fédéral. Nous devons nous garder de l'acquisition non désirée d'une influence injustifiée, qu'elle soit ou non sollicitée, par le complexe militaro-industriel. Eisenhower mettait en garde contre la subversion de la démocratie par des intérêts économiques liés à la guerre permanente.

L'ère Kennedy et les Crises de la Guerre Froide

John F. Kennedy entra en fonctions le 20 janvier 1961 avec un discours inaugural qui définissait une génération. Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous ; demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays. Ce discours aux accents de défi et d'optimisme reflétait une vision de la Guerre Froide comme compétition globale que les États-Unis avaient la responsabilité de remporter. Kennedy promettait de payer n'importe quel prix, porter n'importe quel fardeau, affronter n'importe quelle épreuve, soutenir n'importe quel ami, opposer n'importe quel ennemi pour assurer la survie et le triomphe de la liberté. C'était une rhétorique inspirante mais potentiellement dangereuse dans ses implications, car elle engageait les États-Unis sans limite préalable dans la défense de la liberté partout dans le monde.

La première grande crise de la présidence Kennedy fut le désastre de la Baie des Cochons en avril 1961. L'administration Eisenhower avait planifié une opération secrète de la CIA destinée à renverser le régime de Fidel Castro à Cuba. Un groupe de quelque quinze cents réfugiés cubains anticastristes avait été entraîné au Guatemala par la CIA et devait débarquer sur les côtes cubaines pour déclencher un soulèvement populaire contre Castro. Kennedy, nouvellement élu, fut informé du plan et, après hésitations et demandes de modifications pour réduire la visibilité américaine, en autorisa l'exécution. Le débarquement du 17 avril 1961 à la Baie des Cochons fut un fiasco complet. Les quinze cents hommes de la brigade furent rapidement encerclés par les forces cubaines et capitulèrent après trois jours. Kennedy avait refusé d'engager une couverture aérienne directe de l'armée américaine, craignant que l'implication américaine ne soit trop visible, mais cette décision de prudence condamna l'opération à l'échec. Kennedy en assuma publiquement la responsabilité, mais l'épisode entacha sérieusement sa crédibilité en politique étrangère et donna à Khrouchtchev une impression de faiblesse qui allait conduire à la confrontation suivante.

En juin 1961, Kennedy rencontra Nikita Khrouchtchev à Vienne pour un sommet bilatéral. Khrouchtchev, qui pensait pouvoir intimider le jeune président encore fragilisé par l'échec cubain, se montra brutal et menaçant, réclamant notamment la signature d'un traité de paix qui mettrait fin à la présence occidentale à Berlin-Ouest. Kennedy ressortit du sommet profondément éprouvé, conscient que le chef soviétique le considérait comme faible. En août 1961, les Soviétiques et la République démocratique allemande commencèrent à construire le Mur de Berlin, d'abord une clôture de barbelés, puis une construction de béton, coupant en deux la ville et fermant la dernière voie de fuite pour les citoyens est-allemands. Depuis la fondation de la RDA, trois millions d'Allemands de l'Est, attirés par la prospérité de l'Ouest, avaient fui par Berlin. Ce flux, qui prenait des proportions alarmantes pour le régime est-allemand, fut brutalement stoppé par le mur. Le Mur de Berlin devint le symbole le plus puissant et le plus concret de la division du monde en deux blocs antagonistes.

La crise des missiles de Cuba d'octobre 1962 fut le moment le plus dangereux de toute la Guerre Froide, le plus proche d'une guerre nucléaire que l'humanité ait jamais approché. À la mi-octobre 1962, des avions espions U-2 américains photographièrent des sites de missiles balistiques soviétiques en cours de construction à Cuba. Ces missiles à portée intermédiaire, une fois opérationnels, pourraient atteindre la plupart des grandes villes américaines en quelques minutes, supprimant le temps d'alerte qui permettait jusqu'alors de riposter à une première frappe. Kennedy réunit immédiatement un comité consultatif d'urgence, l'ExComm (Executive Committee of the National Security Council), composé des principaux membres de son gouvernement et de conseillers extérieurs comme Dean Acheson et Robert Lovett.

Pendant treize jours, l'humanité fut au bord de la guerre nucléaire. L'ExComm délibéra sur les options disponibles : une frappe aérienne pour détruire les missiles, une invasion de Cuba, une pression diplomatique, ou un blocus naval. Kennedy choisit le blocus, qu'il appela diplomatiquement quarantaine pour éviter le mot blocus qui aurait constitué un acte de guerre en droit international. Dans un discours télévisé le 22 octobre, il informa le monde de la situation et annonça la quarantaine. Des navires soviétiques chargés de matériel militaire continuèrent d'avancer vers Cuba. La flotte américaine se déployait pour intercepter les navires soviétiques. Des bombardiers B-52 chargés de bombes nucléaires tournaient en permanence dans l'air, prêts à frapper. Des missiles Minuteman étaient prêts à être lancés. La tension était à son paroxysme.

Khrouchtchev envoya deux lettres à Kennedy : une première, plus privée et émotionnelle, proposant un règlement basé sur le retrait des missiles soviétiques de Cuba en échange d'une garantie américaine de non-invasion de l'île ; une seconde, plus dure et plus publique, exigeant également le retrait des missiles américains Jupiter de Turquie. Kennedy, sur le conseil de son frère Robert, choisit de répondre à la première lettre comme si la seconde n'existait pas, tout en acceptant secrètement le retrait des missiles Jupiter de Turquie plusieurs mois plus tard. Khrouchtchev, face à la détermination américaine et convaincu que les deux pays avaient frôlé la catastrophe, accepta le compromis. Les navires soviétiques firent demi-tour, les missiles furent démontés et rapatriés. La crise était terminée.

Les leçons de la crise des missiles de Cuba furent multiples et durables. Elle démontra que les deux superpuissances étaient capables, face à la menace d'une guerre nucléaire, de trouver des compromis. Elle révéla aussi l'importance des canaux de communication directs entre les deux dirigeants. En juin 1963, une ligne téléphonique directe, le téléphone rouge, fut installée entre Washington et Moscou pour permettre aux deux leaders de communiquer directement en cas de crise. Le traité d'interdiction partielle des essais nucléaires, signé en août 1963, était un premier pas vers le contrôle des armements nucléaires.

Kennedy fut assassiné le 22 novembre 1963 à Dallas, au Texas, lors d'un défilé présidentiel dans la ville. Lee Harvey Oswald, un ex-Marine qui avait vécu en URSS pendant trois ans avant de revenir aux États-Unis, fut arrêté peu après. Avant de pouvoir être jugé, Oswald fut tué le 24 novembre par Jack Ruby, un propriétaire de boîte de nuit de Dallas, sous les yeux des caméras de télévision en direct. La commission Warren, présidée par le président de la Cour suprême Earl Warren, conclut qu'Oswald avait agi seul. Mais les circonstances de l'assassinat, le meurtre d'Oswald avant son procès, et les connexions de Ruby avec des milieux criminels alimentèrent des théories du complot qui n'ont jamais cessé de circuler.

Lyndon Johnson et la Grande Société

Lyndon Baines Johnson, qui prêta serment à bord de l'Air Force One à Dallas quelques heures après l'assassinat de Kennedy, avec Jacqueline Kennedy à ses côtés, allait se révéler l'un des présidents les plus complexes et les plus tragiques de l'histoire américaine. Il possédait un talent politique extraordinaire, une connaissance intime du Congrès après des décennies passées à en être l'un des membres les plus influents, et une vision sociale ambitieuse nourrie par son expérience d'enseignant dans les communautés pauvres du Texas. Sa Grande Société représenta l'effort législatif le plus vaste depuis le New Deal de Roosevelt. Et pourtant, son héritage fut définitivement assombri par le Vietnam.

La loi sur les droits civiques de 1964 fut peut-être la plus grande réalisation législative de l'ère Johnson. Avec une brutalité politique caractéristique, Johnson mobilisa son immense prestige et sa connaissance encyclopédique des règles et des hommes du Congrès pour faire adopter une loi que Kennedy n'avait pas réussi à faire passer. La loi interdisait la discrimination fondée sur la race, la couleur, la religion ou l'origine nationale dans les lieux d'accueil public comme les hôtels, les restaurants et les théâtres, dans l'emploi, et dans les programmes financés par le gouvernement fédéral. Elle créa la Commission pour l'égalité des chances dans l'emploi chargée d'appliquer ses dispositions. L'année suivante, la loi sur les droits de vote de 1965, adoptée dans le sillage de la violence de Selma en Alabama contre les marcheurs pour les droits civiques, supprimait les barrières légales qui empêchaient les Africains-Américains du Sud d'exercer leur droit de vote, notamment les tests d'alphabétisation discriminatoires.

La Guerre contre la Pauvreté de Johnson mobilisa des ressources fédérales considérables pour combattre la misère aux États-Unis. Inaugurée par le discours de l'État de l'Union de janvier 1964 dans lequel Johnson déclarait une guerre inconditionnelle à la pauvreté, cette initiative créa l'Office of Economic Opportunity dirigé par Sargent Shriver. Cet office lança une série de programmes : VISTA, Volunteers in Service to America, sorte de Peace Corps domestique envoyant des jeunes volontaires dans les communautés pauvres ; Head Start, destiné à préparer les enfants défavorisés de quatre ans à l'entrée à l'école maternelle en leur offrant éducation préscolaire, repas nutritifs et soins médicaux ; les Community Action Programs, qui visaient à impliquer directement les pauvres dans la gestion des programmes les concernant. Des allocations alimentaires, food stamps, furent généralisées pour garantir un minimum nutritionnel aux familles à faibles revenus.

Medicare et Medicaid, adoptés en 1965, représentèrent l'extension la plus significative de l'État-providence américain depuis la sécurité sociale des années 1930. Medicare offrait une couverture médicale aux personnes âgées de plus de soixante-cinq ans, indépendamment de leurs revenus, finançant les hospitalisations et, dans une version ultérieure, les consultations médicales. Medicaid faisait de même pour les familles à faibles revenus, financé conjointement par le gouvernement fédéral et les États. Ces deux programmes transformèrent l'accès aux soins de santé pour des dizaines de millions d'Américains les plus vulnérables et constituent encore aujourd'hui les piliers du système de protection sociale américaine.

La loi sur l'enseignement primaire et secondaire de 1965, Elementary and Secondary Education Act, injecta pour la première fois des fonds fédéraux significatifs dans les écoles publiques, en particulier pour aider les districts scolaires à forte proportion d'élèves défavorisés par le biais du Titre I. La loi sur l'enseignement supérieur de 1965, Higher Education Act, créa le système des prêts fédéraux aux étudiants, les Guaranteed Student Loans, et des bourses qui allait transformer l'accès à l'université américaine dans les décennies suivantes.

La loi sur l'immigration et la nationalité de 1965, aussi connue comme la loi Hart-Celler, abolit le système des quotas nationaux mis en place par la loi d'immigration de 1924, qui avait favorisé les immigrants d'Europe du Nord et de l'Ouest tout en discriminant fortement ceux d'Europe du Sud et de l'Est et avait pratiquement interdit l'immigration d'Asie et d'Afrique. Le nouveau système accordait la priorité au regroupement familial et aux compétences professionnelles sans discrimination fondée sur l'origine nationale. Ses promoteurs ne prévoyaient pas que cette loi transformerait radicalement la démographie américaine. Mais dans les décennies suivantes, l'immigration en provenance d'Asie, d'Amérique latine et d'Afrique allait considérablement modifier la composition ethnique et culturelle de la société américaine.

Le Vietnam détruisit la présidence de Johnson. La résolution du Golfe du Tonkin, adoptée par le Congrès en août 1964 à la suite d'une prétendue attaque nord-vietnamienne contre des navires américains dans le golfe du Tonkin — une attaque dont la réalité fut ultérieurement mise en doute — donna à Johnson un blanc-seing pour escalader l'intervention américaine au Vietnam sans déclaration de guerre formelle. En 1965, les premiers combattants américains débarquèrent au Vietnam, et la stratégie d'attrition menée par le général Westmoreland cherchait à user les forces nord-vietnamiennes et vietcong jusqu'à ce que leur coût humain devienne inacceptable. L'offensive du Têt de janvier 1968, dans laquelle les forces nord-vietnamiennes et du Viêt-Cong lancèrent des attaques simultanées sur des dizaines de villes et de bases militaires sud-vietnamiennes, y compris sur l'ambassade américaine à Saïgon, détruisit la crédibilité des assurances gouvernementales selon lesquelles la guerre allait être gagnée. Le journaliste Walter Cronkite, le présentateur de télévision le plus respecté du pays, conclut son reportage spécial sur le Têt en affirmant que la guerre était enlisée dans une impasse. Quand Johnson apprit ce verdict, il aurait déclaré : Si j'ai perdu Cronkite, j'ai perdu l'Amérique.

Le 31 mars 1968, Johnson annonça à la fois une limitation des bombardements pour ouvrir des négociations de paix et qu'il ne briguerait pas et n'accepterait pas la candidature de son parti à un second mandat. L'homme qui avait remporté l'élection de 1964 par la plus grande majorité populaire de l'histoire américaine moderne se retirait, vaincu par une guerre à dix mille kilomètres de chez lui. 1968 fut une année d'une violence extrême aux États-Unis : l'assassinat de Martin Luther King Jr. en avril et de Robert F. Kennedy en juin, les émeutes à la convention démocrate de Chicago, la montée de la droite populiste de George Wallace. La société américaine semblait au bord de l'implosion.

L'ère Nixon 1969-1974

Richard Nixon entra à la Maison-Blanche en janvier 1969 avec un programme de politique étrangère ambitieux, fruit de réflexions stratégiques profondes menées pendant ses années d'opposition. Assisté de son conseiller à la sécurité nationale Henry Kissinger, politologue d'origine allemande formé à Harvard, Nixon allait transformer la politique étrangère américaine en cherchant à sortir de l'impasse de la Guerre Froide par une approche plus pragmatique et moins idéologique que ses prédécesseurs.

La détente représentait le cœur de la nouvelle approche nixonienne. Plutôt que de poursuivre une confrontation binaire avec le monde communiste, Nixon et Kissinger cherchèrent à gérer la rivalité avec l'Union soviétique par la négociation, les accords de contrôle des armements et la reconnaissance des intérêts communs. Cette approche reconnaissait implicitement que l'Union soviétique était une puissance permanente avec laquelle les États-Unis devaient coexister de manière durable. L'idée de linkage consistait à lier les différentes dimensions de la relation soviéto-américaine : des concessions soviétiques dans un domaine (contrôle des armements, Vietnam) seraient récompensées par des concessions américaines dans un autre (commerce, technologie).

Le premier accord SALT (Strategic Arms Limitation Treaty) signé en mai 1972 lors de la visite de Nixon à Moscou plafonnait le nombre de missiles balistiques intercontinentaux et de missiles balistiques lancés depuis des sous-marins des deux superpuissances pour une période de cinq ans. Il était accompagné d'un traité limitant les systèmes de missiles antibalistiques (ABM) qui, en théorie, pouvaient déstabiliser l'équilibre de la terreur en donnant à leur détenteur l'espoir de se protéger d'une frappe de représailles. SALT I était le premier accord de contrôle des armements stratégiques nucléaires de l'histoire, établissant le principe que les deux superpuissances pouvaient négocier des limites à leurs armements nucléaires.

L'ouverture vers la Chine de février 1972 fut la manœuvre diplomatique la plus audacieuse et la plus spectaculaire de la présidence Nixon. Depuis la proclamation de la République populaire de Chine en 1949, les États-Unis avaient refusé de reconnaître le gouvernement de Pékin. Nixon et Kissinger comprirent que la rupture sino-soviétique des années 1960, qui avait opposé Mao Zedong et Khrouchtchev sur des questions idéologiques et géopolitiques, offrait une opportunité unique. La visite de Nixon à Pékin, où il rencontra Mao Zedong et le Premier ministre Zhou Enlai, fut un moment de diplomatie mondiale sans précédent. Le communiqué de Shanghai, publié à l'issue de la visite, reconnaissait qu'il n'y avait qu'une seule Chine mais s'abstenait de préciser quelle était la Chine légitime, permettant ainsi de maintenir un certain flou constructif sur la question de Taiwan. Seul Nixon, dont les références anticommunistes étaient inattaquables, pouvait accomplir cette ouverture sans être politiquement détruit. Le cynisme pragmatique de l'opération était évident : les États-Unis se rapprochaient de la Chine communiste non par amour du communisme chinois mais pour équilibrer la menace soviétique.

Le Watergate allait détruire la présidence Nixon. Dans la nuit du 17 juin 1972, cinq hommes furent arrêtés en train d'installer des dispositifs d'écoute dans les bureaux du Comité national démocrate à l'hôtel Watergate de Washington. Les enquêteurs du Washington Post Bob Woodward et Carl Bernstein, guidés par une source anonyme au gouvernement qu'ils baptisèrent Gorge Profonde — Deep Throat — et qui s'avéra des décennies plus tard être Mark Felt, directeur adjoint du FBI, établirent progressivement que le cambriolage était lié à la campagne de réélection de Nixon, le CREEP (Committee to Re-Elect the President).

Ce qui transforma un cambriolage en crise constitutionnelle majeure, c'était la dissimulation. Nixon et ses proches collaborateurs avaient obstruction à la justice, utilisé le FBI et la CIA à des fins politiques, payé du silence les cambrioleurs arrêtés et menti systématiquement sur leur implication. Lorsque les audiences du Sénat, retransmises en direct à la télévision à l'été 1973, révélèrent l'existence d'un système d'enregistrement des conversations dans le Bureau Ovale, le destin de Nixon fut scellé. Quand le procureur spécial Archibald Cox émit une injonction judiciaire pour obtenir les enregistrements, Nixon ordonna le Massacre du Samedi Soir le 20 octobre 1973 : il donna l'ordre de licencier Cox. Le procureur général Elliott Richardson refusa et démissionna, son adjoint William Ruckelshaus refusa également et fut licencié, et ce fut finalement Robert Bork, le troisième responsable de la hiérarchie du département de la Justice, qui exécuta l'ordre. L'indignation publique fut considérable. La Chambre des représentants entama des procédures de destitution.

En juillet 1974, la Cour suprême ordonna à l'unanimité la remise des enregistrements. Les enregistrements révélèrent que Nixon avait ordonné l'obstruction à la justice dès le 23 juin 1972. Face à la certitude d'être destitué par la Chambre et condamné par le Sénat, Nixon annonça sa démission le 8 août 1974. Son vice-président Gerald Ford lui succéda et lui accorda, un mois plus tard, un pardon présidentiel complet, décision impopulaire qui contribua à la défaite de Ford en 1976 mais évita au pays un procès pénal de son ancien président.

La Course Aux Armements et la Stratégie Nucléaire

La course aux armements nucléaires qui caractérisa la Guerre Froide définissait l'environnement psychologique dans lequel vivaient des milliards d'êtres humains pendant des décennies. La doctrine de la Destruction mutuelle assurée, connue sous l'acronyme anglais MAD, était aussi une philosophie de la paix par la terreur : la guerre nucléaire était impossible parce qu'elle serait automatiquement suicidaire pour les deux parties. Toute frappe nucléaire ennemie garantissait une frappe de représailles dévastatrice, de sorte qu'aucune partie ne pouvait espérer survivre à un échange nucléaire. La paix reposait donc sur la certitude de la destruction mutuelle, une logique terrifiante qui exigeait le maintien permanent d'une capacité de deuxième frappe crédible.

Le développement de la bombe à hydrogène représenta une escalade qualitative dans la course aux armements. Les États-Unis firent exploser leur premier dispositif thermonucléaire en novembre 1952 à l'atoll Enewetak dans le Pacifique. L'explosion de Mike libéra une puissance explosive équivalente à dix mégatonnes de TNT, soit cinq cents fois plus puissante que la bombe d'Hiroshima. Les Soviétiques obtinrent leur propre bombe à hydrogène dès août 1953. La puissance destructrice disponible pour les deux superpuissances atteignait désormais des niveaux capables d'anéantir non seulement les villes ennemies mais la civilisation humaine tout entière. Les planificateurs nucléaires développèrent des théories complexes sur la dissuasion, l'escalade contrôlée et les options de frappe limitée qui fascinaient les intellectuels de la stratégie nucléaire comme Herman Kahn de la RAND Corporation, dont le livre de 1960 Penser l'impensable décrivait avec une froideur troublante les scénarios d'échanges nucléaires.

La psychologie de la terreur nucléaire imprégna profondément la société américaine des années 1950 et 1960. Le gouvernement fédéral lança des campagnes d'information sur la protection civile en cas d'attaque atomique. Les enfants des écoles américaines pratiquaient régulièrement des exercices d'alerte atomique, avec la procédure Duck and Cover (se baisser et se couvrir sous les tables), illustrée par une tortue de dessin animé nommée Bert qui se réfugiait dans sa carapace au signal d'alarme. Des milliers de familles américaines construisirent des abris antiatomiques dans leurs jardins. Cette anxiété collective se reflétait dans la culture populaire : les films de science-fiction des années 1950 regorgeaient de monstres créés par les radiations nucléaires, symbolisant les angoisses atomiques de la société, tandis que la littérature post-apocalyptique proliférait. Le roman de Nevil Shute On the Beach (1957), décrivant les derniers survivants d'une guerre nucléaire attendant leur mort par les radiations en Australie, fut lu par des millions de personnes et adapté au cinéma.

La Guerre du Renseignement et les Opérations Clandestines

Parallèlement à la rivalité militaire et diplomatique ouverte, la Guerre Froide se déroulait dans l'ombre par le biais d'opérations clandestines, d'espionnage et de déstabilisation de régimes jugés défavorables à l'un ou l'autre camp. La CIA, créée par la loi sur la sécurité nationale de 1947, devint le principal instrument américain de cette guerre secrète, menant des opérations dans des dizaines de pays et sur tous les continents.

L'opération Ajax, menée en 1953 conjointement avec les services de renseignement britanniques MI6, renversa le gouvernement démocratiquement élu du Premier ministre iranien Mohammed Mossadegh. Mossadegh avait nationalisé l'industrie pétrolière iranienne, auparavant contrôlée par la compagnie britannique Anglo-Persian Oil devenue British Petroleum. Les Britanniques, incapables d'agir seuls et souhaitant récupérer leur accès au pétrole iranien, convainquirent la CIA du danger communiste que représentait Mossadegh. Dans les faits, Mossadegh était un nationaliste libéral bien plus qu'un communiste, mais la logique binaire de la Guerre Froide conduisit les Américains à l'identifier comme une menace. La CIA finança des manifestations, corrompit des officiers militaires iraniens et organisa un coup d'État qui renversa Mossadegh et restaura le Shah Mohammad Reza Pahlavi sur son trône. Le Shah gouverna de manière de plus en plus autoritaire pendant vingt-cinq ans, avant d'être renversé par la révolution islamique de 1979. Le ressentiment anti-américain nourri par l'opération Ajax continua de peser lourdement sur les relations américano-iraniennes pour des décennies.

L'opération PBSUCCESS au Guatemala en 1954 suivit un schéma similaire. Le président guatemaltèque Jacobo Arbenz avait lancé une réforme agraire qui redistribuait aux paysans les terres inexploitées, incluant des terres de la puissante United Fruit Company américaine. Présenté comme un communiste, Arbenz fut renversé en 1954 par une opération clandestine américaine qui finança et arma une force d'opposition dirigée par le colonel Carlos Castillo Armas. Le Guatemala sombra ensuite dans des décennies de dictatures militaires et de guerres civiles dont le bilan humain dépassa deux cent mille morts.

L'avion espion U-2 représentait une autre dimension de la guerre du renseignement. Depuis 1956, les États-Unis survolaient régulièrement le territoire soviétique avec cet avion de reconnaissance conçu par Lockheed et piloté par la CIA, photographiant les installations militaires soviétiques depuis une altitude de vingt et un kilomètres, considérée comme inaccessible aux chasseurs et aux missiles sol-air soviétiques. Le 1er mai 1960, un U-2 piloté par Francis Gary Powers fut abattu par un missile soviétique SA-2 au-dessus d'Ekaterinbourg. Powers survécut et fut fait prisonnier. Le gouvernement américain nia initialement l'existence du vol espion, puis fut contraint de reconnaître la vérité quand les Soviétiques présentèrent l'avion abattu et le pilote capturé. Khrouchtchev utilisa l'incident pour torpiller la conférence au sommet de Paris prévue quelques jours plus tard, humiliant publiquement Eisenhower qui avait personnellement approuvé le vol. Powers fut condamné à dix ans de prison en URSS, mais fut échangé en 1962 contre un espion soviétique à Berlin sur le pont de Glienicke.

La Société Américaine À L'ère de la Guerre Froide

La Guerre Froide ne transforma pas seulement la politique étrangère et la stratégie militaire américaine : elle remodela en profondeur la société américaine elle-même. Le retour des millions de vétérans de la Seconde Guerre mondiale, aidés par les dispositions généreuses du GI Bill de 1944, eut des effets sociaux considérables. Cette loi, officiellement intitulée Servicemen's Readjustment Act, finançait les études universitaires, les prêts immobiliers à faible taux d'intérêt et les prêts aux entreprises pour les anciens combattants. Des millions d'Américains qui n'auraient jamais eu accès à l'université sans cette aide obtinrent des diplômes et accédèrent à des emplois de la classe moyenne. Des médecins, des avocats, des ingénieurs et des enseignants qui seraient autrement restés ouvriers ou fermiers sortirent des universités américaines dans les années d'après-guerre, transformant la structure sociale du pays. Le GI Bill fut probablement l'investissement le plus rentable que le gouvernement fédéral ait jamais fait dans le capital humain de la nation.

La suburbanisation transforma la géographie sociale des États-Unis. Des projets immobiliers comme Levittown, sur Long Island, construits par William Levitt et ses fils à la fin des années 1940 et au début des années 1950, créèrent des milliers de maisons individuelles identiques, vendues à des prix accessibles aux familles de la classe ouvrière et de la classe moyenne inférieure grâce aux prêts immobiliers garantis par le gouvernement. Ces banlieues étaient presque exclusivement blanches : les clauses restrictives des contrats de vente, les pratiques discriminatoires des prêteurs et les politiques de l'Administration fédérale du logement excluaient systématiquement les Africains-Américains de ces nouvelles communautés. La suburbanisation créa ainsi une nouvelle géographie de la ségrégation raciale dans le Nord du pays.

Les autoroutes fédérales financées par la loi sur les autoroutes de 1956, justifiée officiellement par des raisons de défense nationale pour faciliter l'évacuation des villes en cas d'attaque nucléaire, relièrent ces banlieues aux centres-villes et transformèrent les modes de vie. L'automobile devint le symbole de la liberté et de la prospérité américaines. Les centres commerciaux se multiplièrent. La configuration spatiale du pays fut profondément modifiée, créant une culture de la voiture et de la banlieue qui reste caractéristique des États-Unis.

La société de consommation qui émergea dans les années 1950 était présentée comme la preuve vivante de la supériorité du capitalisme sur le communisme. Lors de la célèbre confrontation de la cuisine de 1959 à Moscou, où Nixon et Khrouchtchev débattirent des mérites respectifs de leurs systèmes économiques devant un appartement modèle américain équipé des derniers appareils ménagers lors de l'Exposition nationale américaine, Nixon présentait les machines à laver, les réfrigérateurs et les téléviseurs comme les fruits concrets de la liberté capitaliste. La consommation de masse n'était pas seulement une réalité économique : elle était une arme idéologique dans la Guerre Froide, la preuve concrète et quotidienne que le capitalisme libéral améliorait les conditions de vie de ses citoyens ordinaires.

La télévision transforma profondément la culture américaine. Au début des années 1950, la télévision était un luxe rare dans les foyers américains. À la fin de la décennie, elle était présente dans la quasi-totalité des maisons. Cette révolution médiatique eut des effets considérables sur la politique, la culture populaire et la perception de la Guerre Froide. La télévision joua un rôle crucial dans les événements politiques majeurs : la chute de McCarthy, la crise des missiles de Cuba, les marches pour les droits civiques, l'assassinat de Kennedy, le Vietnam. Les images des manifestants noirs matraqués à Selma ou des enfants napalm au Vietnam choquèrent des millions d'Américains et pesèrent sur les décisions politiques d'une manière qui n'avait pas d'équivalent dans les guerres précédentes.

La Grande Société et les Limites du Libéralisme

La Grande Société de Johnson représentait l'apogée du libéralisme américain, compris dans le sens américain du terme : la croyance que le gouvernement fédéral pouvait et devait utiliser ses ressources pour résoudre les problèmes sociaux, réduire les inégalités et améliorer le bien-être de tous les citoyens. Ses réalisations furent considérables et durables. Medicare et Medicaid existent encore aujourd'hui et couvrent des dizaines de millions d'Américains. Les prêts étudiants fédéraux ont permis à des générations d'accéder à l'enseignement supérieur. Les lois sur les droits civiques ont fondamentalement transformé la situation juridique des citoyens non blancs.

Mais la Grande Société se heurta aussi à des limites structurelles importantes. Les Community Action Programs, qui visaient à impliquer les pauvres eux-mêmes dans la conception et la gestion des programmes les concernant, créèrent des conflits politiques en finançant des organisations qui se retournèrent contre les élus locaux démocrates, alimentant des tensions au sein même de la coalition rooseveltienne que Johnson cherchait à maintenir. La rhétorique de la guerre totale contre la pauvreté créait des attentes que les programmes disponibles ne pouvaient pas satisfaire.

La persistance des inégalités raciales constitua la limite la plus criante de la Grande Société. Les lois sur les droits civiques transformèrent la situation légale des Africains-Américains, notamment dans le Sud, mais ne résolurent pas les inégalités économiques profondes qui frappaient les communautés noires dans tout le pays. Les émeutes urbaines qui éclatèrent dans les ghettos des grandes villes du Nord entre 1964 et 1968, des émeutes de Harlem en 1964 à celles de Detroit et de Newark en 1967, révélèrent que les inégalités de la société américaine ne se limitaient pas à la ségrégation légale du Sud mais s'étendaient à l'ensemble du pays sous des formes différentes : discrimination à l'embauche, ghettoïsation résidentielle, violence policière et pauvreté concentrée.

La Guerre du Vietnam et la Culture Américaine

La guerre du Vietnam fut la grande fracture de la société américaine du XXe siècle. Aucun conflit depuis la Guerre de Sécession n'avait aussi profondément divisé le pays. Elle opposa les partisans de la guerre, hawks ou faucons, qui y voyaient un front nécessaire de la lutte mondiale contre le communisme, aux opposants, doves ou colombes, qui la dénonçaient comme une guerre impérialiste injuste, inutile et conduite dans le mensonge. Cette division coupa les familles, les générations, les communautés en deux, et les blessures qu'elle infligea à la société américaine ne cicatrisèrent que lentement.

Le mouvement antiguerre commença modestement dans les campus universitaires au milieu des années 1960 et prit de l'ampleur à mesure que les pertes américaines s'accumulaient et que les perspectives de victoire s'éloignaient. Les teach-ins, dans lesquels des professeurs et des étudiants débattaient de la guerre, se répandirent sur les campus. Les manifestations rassemblèrent des centaines de milliers de personnes à Washington. Des centaines de jeunes brûlèrent leurs cartes de conscription. La musique rock et folk devint le langage de la protestation : Bob Dylan, Joan Baez, Crosby Stills Nash and Young et d'autres artistes exprimèrent l'opposition à la guerre dans des chansons qui formèrent la bande sonore d'une génération.

Les Pentagon Papers, un rapport secret commandé par le secrétaire à la Défense Robert McNamara sur l'histoire de l'implication américaine au Vietnam depuis 1945, furent publiés par le New York Times en juin 1971 après qu'un ancien analyste de la RAND Corporation, Daniel Ellsberg, les eut fait fuiter à la presse. Ces sept mille pages de documents secrets révélaient que les gouvernements successifs, de Truman à Johnson, avaient systématiquement menti au public sur la conduite de la guerre et les perspectives de victoire. L'administration Nixon tenta d'obtenir une injonction judiciaire pour empêcher la publication, mais la Cour suprême rejeta cette censure préalable dans une décision historique protégeant la liberté de la presse.

Le 4 mai 1970, la Garde nationale de l'Ohio ouvrit le feu sur des étudiants qui manifestaient contre l'extension de la guerre au Cambodge sur le campus de l'Université Kent State. Quatre étudiants furent tués : Allison Krause, vingt et un ans ; Jeffrey Miller, vingt ans ; Sandra Scheuer, vingt ans ; William Schroeder, dix-neuf ans. Neuf autres étudiants furent blessés, dont certains qui n'étaient même pas en train de manifester mais simplement en train de traverser le campus. Cette fusillade provoqua une vague de choc et d'indignation à travers le pays. Des grèves étudiantes éclatèrent dans des centaines d'universités, contraignant de nombreuses d'entre elles à fermer prématurément pour la fin du semestre. La photo prise par John Filo d'une jeune femme agenouillée à côté du corps de Jeffrey Miller, les bras levés dans un geste de désespoir et d'horreur, remporta le Prix Pulitzer et devint l'une des images les plus emblématiques de l'époque. Dix jours plus tard, la police de l'État du Mississippi tua deux étudiants noirs, Phillip Lafayette Gibbs et James Earl Green, lors d'une protestation à Jackson State College, un drame qui reçut beaucoup moins d'attention médiatique, révélant les inégalités persistantes dans la couverture médiatique selon la race des victimes.

Le 26e amendement à la Constitution américaine, ratifié en 1971, abaissa l'âge du droit de vote de vingt et un à dix-huit ans. Cet amendement était directement lié à la guerre du Vietnam : il paraissait inéquitable d'envoyer des jeunes de dix-huit ans mourir au Vietnam sans qu'ils aient le droit de voter pour ou contre les dirigeants qui décidaient de les envoyer au combat. La contradiction entre la majorité militaire et l'absence de majorité civile était devenue intenable dans le contexte de la guerre du Vietnam.

La Détente et Ses Critiques

La politique de détente menée par Nixon et Kissinger, poursuivie sous une forme atténuée par Ford, cherchait à gérer la compétition avec l'Union soviétique par la négociation plutôt que par la confrontation. Elle supposait que les deux superpuissances avaient des intérêts communs dans la stabilité internationale et la limitation des conflits, et qu'elles pouvaient coexister et coopérer dans certains domaines tout en restant concurrentes dans d'autres. Cette approche réaliste tranchait avec l'idéalisme militant des premières années de la Guerre Froide.

Les Accords d'Helsinki de 1975, signés lors de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe par trente-cinq pays incluant les États-Unis, l'Union soviétique et tous les États européens, représentèrent l'apogée politique de la détente. Ces accords reconnaissaient de facto les frontières européennes issues de la Seconde Guerre mondiale, une concession majeure aux Soviétiques. Mais en échange, les signataires s'engageaient à respecter les droits de l'homme et les libertés fondamentales, notamment la liberté de circulation, la liberté de la presse et la liberté de religion. Ce troisième panier, comme on disait, allait se révéler un outil puissant dans les mains des dissidents soviétiques et est-européens, qui pouvaient désormais invoquer des engagements formellement souscrits par leurs gouvernements pour réclamer le respect de leurs droits. Les Comités Helsinki qui se formèrent dans les pays du bloc soviétique jouèrent un rôle important dans la dissidence qui allait préparer la chute du communisme à la fin des années 1980.

L'amendement Jackson-Vanik de 1974 liait les concessions commerciales aux pays à commerce d'État au respect de la liberté d'émigration, ciblant en pratique l'Union soviétique et ses restrictions à l'émigration des Juifs soviétiques. Le sénateur Henry Scoop Jackson, faucon de la défense et adversaire déclaré de la détente, avait piloté cet amendement avec le représentant Charles Vanik pour contraindre les Soviétiques à respecter leurs engagements humanitaires. L'amendement empoisonna les relations commerciales soviéto-américaines et provoqua la colère de Kissinger, qui estimait qu'il sabotait la politique de détente en liant des domaines qui devaient rester séparés.

La détente fut attaquée des deux côtés du spectre politique. À gauche, des militants des droits de l'homme critiquaient la volonté de Kissinger de traiter avec des régimes répressifs pour des gains stratégiques, sacrifiant les valeurs démocratiques américaines sur l'autel du réalisme géopolitique. À droite, des conservateurs comme Ronald Reagan accusaient la détente d'avoir fait trop de concessions à l'Union soviétique, d'avoir accepté une parité stratégique là où les États-Unis avaient jadis la supériorité, et d'avoir abandonné les peuples sous domination soviétique. Reagan défia Ford pour l'investiture républicaine de 1976, faisant de la détente le principal sujet de sa campagne. Bien qu'il échouât à obtenir l'investiture, sa critique prépara le terrain pour sa victoire en 1980 et pour la politique de confrontation accrue avec l'URSS qui allait caractériser son administration.

L'héritage de L'ère de la Guerre Froide

L'ère de la Guerre Froide laissa un héritage profond et durable sur les institutions, la culture et l'identité politiques américaines. La résolution sur les pouvoirs de guerre, War Powers Resolution, adoptée par le Congrès en novembre 1973 en surmontant le veto de Nixon, cherchait à limiter la capacité du président à engager des forces américaines dans des hostilités sans l'approbation du Congrès. Elle exigeait que le président informe le Congrès dans les quarante-huit heures de tout engagement militaire et prévoyait que les forces soient retirées au bout de soixante jours à moins que le Congrès n'ait expressément autorisé leur maintien. Cette résolution était directement une réaction aux usurpations de pouvoir exécutif que représentaient la guerre de Corée et surtout la guerre du Vietnam, toutes deux menées sans déclaration de guerre formelle du Congrès. Mais ses mécanismes d'exécution restèrent flous, et les présidents successifs contestèrent sa constitutionnalité tout en la respectant nominalement.

Les investigations du Comité Church, du nom du sénateur Frank Church de l'Idaho qui le présida, menées en 1975 et 1976, révélèrent au grand public l'étendue des activités clandestines illégales menées par les services de renseignement américains. Le Comité découvrit que la CIA avait planifié ou facilité l'assassinat de dirigeants étrangers, dont Fidel Castro, sur lequel huit tentatives d'assassinat distinctes avaient été planifiées, Patrice Lumumba au Congo et Salvatore Allende au Chili. Le FBI n'était pas en reste : le programme COINTELPRO (Counter Intelligence Program), actif de 1956 à 1971, avait pendant des années surveillé, harcelé et cherché à déstabiliser des mouvements politiques légaux, du Parti communiste américain au NAACP, du mouvement des droits civiques de Martin Luther King au Socialist Workers Party et au Black Panther Party.

COINTELPRO représentait peut-être la forme la plus insidieuse des excès de la Guerre Froide : un État démocratique utilisant les méthodes d'un État policier pour surveiller et réprimer sa propre population au nom de la protection de la démocratie. Les lettres anonymes envoyées par le FBI à Coretta Scott King cherchant à détruire son mariage avec Martin Luther King, les tentatives de détruire les Black Panthers en alimentant les rivalités inter-gangs qui aboutirent à des meurtres, les infiltrations de partis politiques légaux et d'organisations pacifistes : tout cela révélait la profonde contradiction entre les valeurs proclamées par l'Amérique dans la Guerre Froide et les méthodes qu'elle utilisait en réalité. Ces révélations conduisirent à des réformes importantes dans les années suivantes, notamment la création de comités de surveillance des services de renseignement au sein du Congrès.

La transformation de la politique étrangère américaine fut profonde et durable. Avant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis maintenaient une armée relativement réduite en temps de paix et évitaient les alliances permanentes. L'ère de la Guerre Froide créa un État de sécurité nationale permanent avec des dépenses militaires considérables même en temps de paix, des bases militaires dans des dizaines de pays, des alliances permanentes en Europe et en Asie, et une agence de renseignement impliquée dans des opérations clandestines à travers le monde. Cette transformation structurelle de l'État américain soulevait des questions profondes sur sa compatibilité avec les valeurs démocratiques : pouvait-on maintenir une démocratie libérale tout en gérant un empire informel mondial, en menant des guerres secrètes dans des pays étrangers et en opérant un vaste système de surveillance intérieure ?

L'économie militaro-industrielle créée par la Guerre Froide modifia également la géographie économique des États-Unis. Des régions entières connurent un développement économique extraordinaire grâce aux contrats de défense et aux industries spatiale et aéronautique : la Californie du Sud avec Lockheed, McDonnell Douglas et Northrop, le Texas avec la NASA et les industries pétrolières, la Virginie avec les installations militaires et les agences fédérales. La ceinture du soleil, Sun Belt, qui vit sa population et sa prospérité augmenter considérablement dans les décennies d'après-guerre, était en partie le produit de la géographie des dépenses militaires fédérales.

Conclusion : la Guerre Froide et L'identité Américaine

La Guerre Froide ne fut pas simplement une compétition géopolitique et militaire entre deux superpuissances : elle fut une expérience formatrice qui façonna l'identité nationale américaine pour des générations. Elle définit ce que signifiait être américain en opposition à ce qu'était l'Autre soviétique et communiste. Elle justifiait et mobilisait les ressources nationales au service d'un effort global et permanent. Elle transforma les institutions, les valeurs et la culture du pays de façon souvent irréversible.

Les États-Unis qui émergèrent de la Guerre Froide n'étaient plus la puissance provinciale et relativement modeste des années 1930. Ils étaient devenus la première puissance mondiale avec des engagements militaires, diplomatiques et économiques dans chaque région du globe, une armée permanente de plusieurs millions d'hommes, un complexe militaro-industriel dont le budget dépassait le produit intérieur brut de la plupart des nations, et des services de renseignement dont l'étendue des activités restait partiellement secrète même pour la représentation nationale. Cette transformation avait été accomplie au prix de tensions profondes avec les valeurs fondatrices de la République américaine.

La période 1945-1975 couverte par cet article représente les décennies formatives de cette longue compétition. C'est pendant ces années que les règles de la Guerre Froide furent établies, que les institutions et les doctrines furent créées, que les grandes crises qui définirent l'époque se déroulèrent : la crise de Berlin, les révélations soviétiques sur l'espionnage nucléaire, la guerre de Corée, la crise des missiles de Cuba, la guerre du Vietnam. C'est pendant ces années aussi que la société américaine fut transformée de fond en comble : démographiquement par le baby-boom et l'immigration, économiquement par la prospérité d'après-guerre et le complexe militaro-industriel, culturellement par la télévision et la contre-culture, politiquement par les droits civiques et les désillusions du Vietnam et du Watergate.

L'Amérique de 1975 était méconnaissable par rapport à celle de 1945, non pas à cause d'une seule révolution mais d'une multitude de transformations simultanées et souvent contradictoires. La confiance dans les institutions publiques, si forte au lendemain de la victoire de 1945, avait été sévèrement entamée par les mensonges du gouvernement sur le Vietnam, par les abus du maccarthysme et de COINTELPRO, et par le scandale du Watergate. Des sondages réalisés après 1973 montraient que seulement un tiers des Américains déclaraient avoir confiance dans le gouvernement fédéral, contre les deux tiers qui exprimaient cette confiance dans les années 1960. Cette perte de confiance, héritée directement des excès et des mensonges de la Guerre Froide, allait caractériser la politique américaine pour des décennies à venir.

Et pourtant, ce même État américain avait produit le Plan Marshall qui reconstruisit les économies dévastées de l'Europe occidentale et contribua à installer la démocratie libérale dans des pays qui avaient connu le fascisme. Il avait construit l'OTAN qui maintint la paix en Europe pendant plus de soixante-dix ans. Il avait résisté aux pressions de l'escalade pendant la crise des missiles de Cuba, évitant une guerre nucléaire qui aurait pu détruire la civilisation humaine. Il avait adopté les lois sur les droits civiques qui, si incomplètes qu'elles fussent, transformèrent la situation légale des citoyens noirs américains. Il avait construit le système de sécurité sociale et d'aide à l'éducation qui rendit la classe moyenne américaine la plus prospère de l'histoire.

La Guerre Froide prit fin non pas dans le feu et la destruction d'une guerre nucléaire, comme tant de gens l'avaient craint, mais dans la faillite tranquille du système soviétique, incapable de satisfaire les aspirations économiques et politiques de ses propres citoyens. Le mur de Berlin tomba le 9 novembre 1989, et l'Union soviétique se dissolut le 25 décembre 1991. Mais les conséquences de quarante-cinq ans de Guerre Froide, les institutions, les habitudes mentales, les dépenses militaires, les alliances et les rivalités, survivraient longtemps à sa conclusion formelle, continuant à façonner la politique américaine et mondiale dans le siècle suivant.

L'histoire de la Guerre Froide est donc aussi l'histoire de l'Amérique aux prises avec elle-même : une nation cherchant à concilier ses idéaux proclamés de liberté et de démocratie avec les exigences de la puissance mondiale, les tentations de l'impérialisme et les peurs de l'ère atomique. Cette tension entre idéaux et réalités, entre les valeurs de la République et les exigences de l'empire, reste au cœur de la politique américaine et constitue l'héritage le plus durable et le plus complexe de cette période extraordinaire et décisive de l'histoire nationale et mondiale.

Sources

www.countryreports.org history.state.gov (Bureau de l'historien, Département d'État des États-Unis) www.archives.gov (Administration nationale des archives et des dossiers) www.trumanlibrary.gov (Bibliothèque présidentielle Harry S. Truman) www.eisenhowerlibrary.gov (Bibliothèque présidentielle Dwight D. Eisenhower) www.jfklibrary.org (Bibliothèque présidentielle John F. Kennedy) www.lbjlibrary.org (Bibliothèque présidentielle Lyndon Baines Johnson) www.nixonlibrary.gov (Bibliothèque présidentielle Richard Nixon) www.loc.gov (Bibliothèque du Congrès) www.wilsoncenter.org (Projet d'histoire internationale de la Guerre Froide du Centre Wilson) millercenter.org (Centre Miller, Université de Virginie) www.atomicheritage.org (Fondation du patrimoine atomique) www.nato.int (Histoire officielle de l'OTAN) www.pbs.org/wgbh/americanexperience (Série documentaire American Experience)

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