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Guide de Voyage En Tunisie

Guide de Voyage En Tunisie

Vitesse

Un Pays aux Mille Visages : Des Ruines Romaines au Sahara Infini

Introduction

La Tunisie est l'une des destinations les plus fascinantes et les plus riches en histoire du bassin méditerranéen. Nichée au cœur du Maghreb, cette petite nation d'Afrique du Nord concentre sur un territoire relativement modeste une densité de merveilles culturelles, archéologiques et naturelles qui rivalise avec les plus grandes destinations mondiales. Des plages dorées de Djerba aux dunes infinies du Grand Erg Oriental, des médinas ancestrales de Tunis et Kairouan aux ruines romaines d'El Jem et Dougga, la Tunisie offre aux voyageurs un panorama saisissant de civilisations successives qui ont façonné ce coin de monde depuis des millénaires.

Pays de contrastes subtils et de transitions douces, la Tunisie est aussi bien un voyage dans le temps qu'une immersion sensorielle totale. On y passe en quelques heures des rivages turquoise de la Méditerranée aux forêts de chênes-lièges de la Kroumirie, puis des plaines céréalières du Tell aux oasis verdoyantes du sud, avant de plonger dans le silence minéral des chotts salés et des ergs sahariens. Chaque région possède sa propre personnalité, ses propres saveurs, ses propres traditions artisanales et sa propre musique.

La Tunisie est également un pays qui a marqué l'histoire mondiale à plusieurs reprises. Carthage, l'une des plus grandes cités de l'Antiquité, fut la rivale acharnée de Rome pendant trois siècles avant d'être détruite et reconstruite par les Romains eux-mêmes. Kairouan, quatrième ville sainte de l'islam, fut le foyer du rayonnement intellectuel et spirituel de l'islam en Afrique du Nord dès le VIIe siècle. La Tunisie fut aussi le berceau de la Révolution de Jasmin en 2010-2011, premier épisode du Printemps Arabe, et la seule transition démocratique couronnée de succès dans la région, récompensée par le Prix Nobel de la Paix en 2015 attribué au Quartet du dialogue national.

Pour les voyageurs francophones, la Tunisie présente en outre l'avantage considérable d'être une destination francophone de fait : le français est largement parlé et compris dans tout le pays, enseigné dès l'école primaire, et utilisé dans les affaires, les médias et la vie quotidienne urbaine. Les panneaux, les menus et les gens sont facilement accessibles pour qui voyage en français.

Ce guide complet a pour ambition d'accompagner le voyageur dans la découverte de toutes les facettes de ce pays exceptionnel, depuis les grands sites patrimoniaux incontournables jusqu'aux adresses moins connues, en passant par la gastronomie, les festivals, les activités de plein air et les conseils pratiques pour organiser un séjour réussi.

Géographie et Climat

La Tunisie s'étend sur environ 163 610 kilomètres carrés, ce qui en fait le plus petit pays du Maghreb, mais cette superficie modeste cache une extraordinaire variété géographique. Le pays est bordé au nord et à l'est par la Méditerranée, avec plus de 1 300 kilomètres de côtes, à l'ouest par l'Algérie et au sud-est par la Libye.

Le relief tunisien se divise en plusieurs zones distinctes. Au nord-ouest, les montagnes de la Kroumirie et du Mogod constituent le prolongement septentrional de l'Atlas tellien, avec des sommets atteignant 1 000 à 1 500 mètres. Cette région reçoit les précipitations les plus importantes du pays, permettant le développement de forêts de chênes-lièges, de pins et d'eucalyptus qui tranchent singulièrement avec l'image aride que l'on associe parfois à la Tunisie. La vallée de la Medjerda, fleuve le plus long du pays avec ses 460 kilomètres, constitue le principal grenier à blé du pays et traverse des paysages agricoles verdoyants.

Le centre du pays est occupé par les Hautes Steppes, plateaux arides entre 400 et 800 mètres d'altitude, qui s'étendent jusqu'à la dorsale tunisienne, chaîne de montagnes orientée nord-est sur une ligne allant de Tabarka à Zaghouan. Les plaines orientales, ouvertes sur la Méditerranée, abritent les grandes villes littorales comme Sousse, Monastir, Sfax et Mahdia, ainsi que les zones agricoles productives d'agrumes, d'olives et de vignes.

Le sud du pays est dominé par les grandes dépressions salines, les chotts, dont le Chott el-Djerid est le plus vaste, s'étendant sur près de 5 000 kilomètres carrés. Au-delà des chotts commence le Sahara proprement dit, avec ses ergs (mers de dunes), ses regs (plaines caillouteuses) et ses oasis. Les montagnes des Matmata et les Ksours du sud forment un paysage de plateaux calcaires entaillés de ravines, creusés d'habitations troglodytiques et parsemés d'anciennes forteresses berbères.

Du point de vue climatique, la Tunisie présente trois grandes zones. Le nord bénéficie d'un climat méditerranéen classique, avec des étés chauds et secs et des hivers doux et pluvieux. Les précipitations annuelles y atteignent 600 à 1 500 millimètres dans les régions montagneuses du nord-ouest. Le centre du pays connaît un climat semi-aride avec des précipitations faibles et irrégulières, des étés torrides et des hivers froids. Le sud est soumis à un climat saharien avec des précipitations inférieures à 100 millimètres par an, des amplitudes thermiques importantes et des étés où les températures peuvent dépasser 50 degrés Celsius.

Les meilleures périodes pour visiter la Tunisie sont le printemps (mars à mai) et l'automne (septembre à novembre), lorsque les températures sont agréables dans toutes les régions, les pluies raisonnables au nord et le Sahara supportable au sud. L'été est chaud voire torride, mais les stations balnéaires comme Hammamet, Sousse et Djerba sont très animées. L'hiver est la saison idéale pour explorer le sud saharien, avec des journées douces et des nuits fraîches sous un ciel d'étoiles exceptionnel.

Tunis et le Nord

La capitale Tunis, ville de quelque deux millions d'habitants dans son agglomération, est une métropole méditerranéenne complexe où coexistent la médina médiévale, la ville coloniale française du XIXe siècle et les quartiers modernes du XXe siècle. Arriver à Tunis par la mer ou depuis l'aéroport de Tunis-Carthage, c'est pénétrer dans un espace qui concentre des strates d'histoire sur quelques kilomètres carrés.

La médina de Tunis, classée au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1979, est l'un des centres historiques les mieux conservés du monde arabe. Fondée au VIIe siècle après la conquête arabe, elle atteignit son apogée sous les dynasties hafside et husseinite. À l'intérieur de ses remparts partiellement conservés, un dédale de ruelles étroites abrite plus de 700 monuments classés, dont des mosquées, des médersas, des hammams, des fondouks et des palais. La médina de Tunis est aussi un organisme vivant : ses quelque 120 000 habitants y résident, y travaillent et y perpétuent des traditions artisanales séculaires.

Le cœur de la médina est dominé par la Mosquée Zitouna, ou Grande Mosquée, fondée au IXe siècle et l'une des plus importantes du monde islamique. Son nom signifie en arabe l'Olivier, et la légende veut qu'un olivier sacré marquait l'emplacement de sa fondation. La mosquée est construite selon le plan hypostyle classique de l'architecture islamique maghrébine, avec une vaste salle de prière à colonnes surmontée de coupoles et un minaret élancé qui domine les toits de la médina. La Zitouna fut également pendant des siècles l'une des grandes universités coraniques du monde islamique, rivalisant avec Al-Azhar du Caire. Des milliers d'étudiants y vinrent étudier la théologie, le droit, la littérature et les sciences, faisant de Tunis un centre intellectuel majeur du monde arabe méditerranéen.

Autour de la Mosquée Zitouna se déploient les souks spécialisés qui organisent l'artisanat tunisois selon une logique ancestrale. Le Souk des Bijoutiers concentre les orfèvres et les marchands d'or, avec leurs vitrines étincelantes de bijoux traditionnels et contemporains. Le Souk des Chéchias, ces bonnets de feutre rouge emblématiques, est l'un des plus pittoresques : on peut y voir les artisans malaxer, teindre et façonner la laine selon des techniques transmises de père en fils. Le Souk des Étoffes propose des tissus brodés, des soieries et des costumes traditionnels. Le Souk de la Cuivrerie résonne du marteau des artisans qui repoussent et ciselent des plateaux, des théières et des chandeliers en cuivre et en laiton. On peut s'y perdre des heures en absorbant les odeurs d'épices, de cuir tanné, de jasmin fraîchement vendangé et de café turc.

La porte Bab el-Bhar, aussi appelée Porte de France, marque la jonction entre la médina et la ville coloniale construite par les Français à partir de 1881. L'Avenue Habib Bourguiba, artère principale de la Tunis moderne, est bordée d'immeubles de style haussmannien, de cafés en terrasse, de librairies et de cinémas. C'est sur cette avenue que se déroula en décembre 2010 la première manifestation de la Révolution de Jasmin qui allait bientôt renverser le régime de Ben Ali.

Le Musée National du Bardo est l'une des grandes visites incontournables de Tunis et l'une des plus importantes collections archéologiques de la Méditerranée. Installé dans un ancien palais beylical du XIXe siècle agrandi au XXe siècle, le Bardo possède la plus grande et la plus riche collection de mosaïques romaines au monde. Ces mosaïques, provenant des sites archéologiques tunisiens tels que Carthage, Dougga, Bulla Regia et El Jem, représentent des scènes mythologiques, des portraits, des scènes de chasse et de pêche, des paysages et des natures mortes d'une finesse et d'une vivacité extraordinaires. Certaines atteignent plusieurs centaines de mètres carrés et ont été déposées avec une précision chirurgicale depuis leur site d'origine. Le musée abrite également des collections phéniciennes et puniques exceptionnelles, des sarcophages anthropoïdes, des masques funéraires, des stèles votives et des objets du culte de Tanit et de Baal Hammon. La collection préhistorique comprend des pièces qui remontent à plusieurs centaines de milliers d'années. Le musée expose aussi des trésors de l'époque islamique, notamment des manuscrits enluminés du Coran, des céramiques, des bronzes et des textiles. Une visite au Bardo est une plongée dans la totalité de l'histoire tunisienne, des temps préhistoriques à l'époque ottomane.

Sidi Bou Saïd est sans doute le village le plus photographié de Tunisie. Perché sur une falaise calcaire dominant la mer à une vingtaine de kilomètres au nord de Tunis, ce village entièrement peint en blanc et bleu constitue l'un des ensembles architecturaux les plus harmonieux de la Méditerranée. L'obligation de peindre les maisons en blanc chaulé avec des volets, portes et grilles en bleu cobalt fut instaurée au début du XXe siècle par le baron d'Erlanger, musicologue franco-britannique passionné par la culture arabe qui s'y installa et y fonda l'Institut de Musique Arabe. Aujourd'hui, Sidi Bou Saïd est une destination touristique très fréquentée, avec ses cafés de terrasse dominant la mer, ses galeries d'art et ses boutiques d'artisanat, mais il conserve son charme incomparable notamment en dehors de la haute saison. Le Café des Nattes, au sommet du village, est un lieu mythique où l'on sert le thé à la menthe et les pignons de pin depuis des générations. La vue depuis les terrasses sur le golfe de Tunis, avec la silhouette bleutée des montagnes de la dorsale en arrière-plan, est un spectacle que l'on n'oublie pas.

Carthage, aujourd'hui quartier résidentiel de banlieue nord de Tunis, fut l'une des plus grandes cités de l'Antiquité et le rival le plus redoutable que Rome ait jamais affronté. Fondée selon la tradition vers 814 avant Jésus-Christ par la princesse phénicienne Didon (ou Élissa) venue de la ville de Tyr, Carthage devint rapidement la puissance dominante du bassin méditerranéen occidental, contrôlant les routes commerciales entre la Méditerranée et l'Afrique subsaharienne. Les Guerres Puniques qui opposèrent Carthage à Rome pendant plus d'un siècle, et notamment la deuxième guerre avec les campagnes d'Hannibal Barca qui traversa les Alpes avec ses éléphants de guerre, constituent l'un des chapitres les plus dramatiques de l'histoire ancienne. La destruction de Carthage par Rome en 146 avant Jésus-Christ mit fin à la civilisation punique en tant qu'entité politique, mais ses habitants et leur culture survécurent sous différentes formes. Refondée par Jules César et définitivement établie par Auguste, Carthage romaine devint la troisième ville de l'Empire après Rome et Alexandrie.

Le site archéologique de Carthage, classé au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1979, est aujourd'hui dispersé sur une large surface au sein des quartiers résidentiels de la banlieue nord de Tunis. La Colline de Byrsa, qui constituait l'acropole de la cité antique, offre une vue panoramique sur la mer et abrite le Musée de Carthage, où sont exposées des collections puniques et romaines, notamment des masques, des ex-votos, des poteries et des bijoux. À son pied, des fouilles ont mis au jour les dernières ruines du quartier punique superposées aux constructions romaines ultérieures. Les ports puniques, circulaire pour la flotte de guerre et rectangulaire pour le commerce, sont encore partiellement visibles depuis la route côtière : leur organisation sophistiquée témoigne du génie naval et commercial des Carthaginois. Les Thermes d'Antonin, construits au IIe siècle après Jésus-Christ, sont les plus grandes thermes romaines d'Afrique et parmi les plus impressionnantes de tout le monde romain. Seuls les sous-sols ont été dégagés, mais les colonnes monumentales reconstituées donnent une idée de l'échelle gigantesque de l'édifice original qui s'étendait sur plusieurs hectares au bord de la mer. Le théâtre antique, reconstitué au XXe siècle, accueille chaque été le Festival International de Carthage, l'un des grands événements culturels du monde arabe.

Dougga, classée au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1997, est universellement considérée comme la ville romaine la mieux conservée d'Afrique du Nord. Perchée sur une crête à 600 mètres d'altitude dans la région de Béja, à environ 110 kilomètres au sud-ouest de Tunis, cette ancienne cité numide puis romaine s'étend sur 65 hectares et conserve en remarquable état de conservation la majeure partie de son tissu urbain antique. La qualité de la conservation tient en partie à son isolement géographique : contrairement à Carthage ou Sbeitla, Dougga n'a jamais été recouverte par une ville moderne.

Le monument le plus emblématique de Dougga est le temple du Capitole, dédié à la triade capitoline Jupiter, Junon et Minerve, construit en 166-167 après Jésus-Christ sous Marc Aurèle. Ses six colonnes corinthiennes cannelées, hautes de huit mètres, se dressent encore dans toute leur magnificence sur un podium surplombant la vallée. Le forum, le théâtre, les thermes des Cyclopes, les temples libyco-puniques, les maisons privées avec leurs mosaïques in situ, les nombreuses citernes et les ruelles pavées de l'antique ville créent une impression saisissante d'urbanité ancienne. La stèle bilingue libyco-punique de Dougga, aujourd'hui au British Museum, fut par ailleurs l'une des clés permettant de déchiffrer le libyque. À l'aube ou au coucher du soleil, lorsque les visiteurs se font rares, Dougga est un lieu de méditation exceptionnelle sur la durée et la fragilité des civilisations.

Bulla Regia, à quelques kilomètres de Jendouba dans le nord-ouest de la Tunisie, est l'un des sites archéologiques romains les plus originaux du monde : ses habitants avaient développé la pratique unique de construire des villas souterraines, permettant d'échapper à la chaleur intense des étés nord-africains. Ces demeures semi-enfouies, accessibles par des escaliers depuis le niveau de la rue, comprenaient des pièces de réception, des chambres et des salles à manger disposées autour d'un péristyle ouvert vers le ciel, et décorées de mosaïques d'une grande richesse iconographique. Les mosaïques de Bulla Regia, représentant des scènes de chasse, des portraits d'Amphitrite et de Vénus, des animaux exotiques et des scènes mythologiques, comptent parmi les plus belles de Tunisie. La visite de ces appartements souterrains est une expérience architecturale unique qui illustre l'ingéniosité des habitants romains face aux contraintes climatiques.

Thuburbo Majus, à environ 60 kilomètres au sud de Tunis dans la plaine de la Medjerda, est un autre site romain important, moins visité que Dougga mais doté de vestiges impressionnants. Son capitole, ses thermes, son palais d'été, ses pressoirs à huile et ses nombreuses mosaïques en font une destination de choix pour les amateurs d'archéologie romaine en dehors des sentiers battus.

Hammamet, à 60 kilomètres au sud-est de Tunis sur le golfe d'Hammamet, fut l'une des premières stations balnéaires à se développer en Tunisie au XXe siècle, et reste aujourd'hui l'une des destinations touristiques les plus fréquentées du pays. La médina, avec sa kasbah dominant la mer et ses ruelles fleuries de bougainvillées, conserve un charme authentique. La plage de sable fin s'étend sur plusieurs kilomètres au nord et au sud de la ville. Les hôtels de toutes catégories s'y concentrent en grand nombre, et la ville possède une vie nocturne animée et de nombreux restaurants. Le Centre International Culturel de Hammamet, installé dans la villa de Sébastien, un mécène américain qui s'installa ici dans les années 1920, est un lieu culturel actif qui accueille le Festival International de Hammamet chaque été.

Kairouan et le Centre de la Tunisie

Kairouan est l'une des villes les plus importantes de l'islam. Fondée en 670 après Jésus-Christ par le général arabe Uqba ibn Nafi lors de la conquête arabe de l'Afrique du Nord, elle fut la première grande ville islamique d'Afrique et le foyer à partir duquel l'islam se répandit vers l'ouest et vers le sud du continent. Pour les musulmans, Kairouan est la quatrième ville sainte de l'islam après La Mecque, Médine et Jérusalem, et un pèlerinage à Kairouan est traditionnellement considéré comme équivalent à un septième du pèlerinage à La Mecque. La médina de Kairouan est classée au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1988.

La Grande Mosquée de Kairouan, aussi connue sous le nom de Mosquée de Uqba, est la plus ancienne mosquée d'Afrique du Nord et l'une des plus vénérables du monde islamique. Fondée par Uqba ibn Nafi en 670 après Jésus-Christ, elle fut plusieurs fois agrandie et remaniée au cours des siècles suivants, notamment sous les Aghlabides aux IXe et Xe siècles, qui lui donnèrent sa forme actuelle. La mosquée se présente comme un vaste espace clos par de hautes murailles blanches, dominé par un minaret trapu à trois niveaux qui est l'un des plus anciens minarets encore debout dans le monde. La salle de prière hypostyle, qui peut accueillir plusieurs milliers de fidèles, est soutenue par des forêts de colonnes et de chapiteaux récupérés dans les ruines romaines et byzantines de la région. Le mihrab, niche indiquant la direction de La Mecque, est décoré de faïences de Bagdad datant du IXe siècle, parmi les plus belles de l'islam médiéval. La cour à arcades, avec son dallage blanc immaculé et sa citerne, crée un espace de sérénité et de recueillement intense. Non-muslims may visit the exterior and certain parts of the mosque with proper dress code.

Les Bassins des Aghlabides sont un ensemble de réservoirs hydrauliques construits au IXe siècle par la dynastie aghlabide pour alimenter la ville en eau, un défi majeur dans cette région semi-aride. Le grand bassin circulaire, de plus de 120 mètres de diamètre, est précédé d'un bassin décanteur et relié à un complexe de canalisations. Ces infrastructures hydrauliques témoignent du savoir-faire technique et de la puissance organisatrice de la civilisation aghlabide, qui fit de Kairouan un centre d'excellence en architecture, en astronomie, en médecine et en agronomie.

La Mosquée des Trois Portes, construite au IXe siècle, est remarquable pour sa façade finement sculptée, l'une des plus belles de l'architecture islamique médiévale en Occident. Ses trois arcs en plein cintre sont entourés de bandeaux de calligraphie et d'arabesques végétales en pierre calcaire d'une grande finesse d'exécution.

Kairouan est également célèbre pour son artisanat, notamment la confection de tapis mergoum et kilim aux motifs géométriques berbères multicolores, considérés parmi les meilleurs de la région. La ville est aussi le berceau du makroudh, une pâtisserie traditionnelle de semoule fourrée de dattes et de zeste de citron, frite dans l'huile puis trempée dans le miel, que l'on trouve dans les confiseries de la médina et qui constitue l'un des souvenirs gastronomiques les plus appréciés de Tunisie.

Sbeitla, anciennement Sufetula, est un site archéologique romain remarquable situé à environ 250 kilomètres au sud-ouest de Tunis. Son forum aux trois temples du Capitole, dédiés séparément à Jupiter, Junon et Minerve contrairement à la pratique habituelle de les réunir sous un seul toit, est l'ensemble capitolin le mieux conservé du monde romain. Construit aux IIe et IIIe siècles après Jésus-Christ, ce forum monumental avec son arc de triomphe, ses temples à colonnes corinthiennes, ses fontaines et ses dallages en pierre calcaire crée un tableau architectural d'une grande cohérence. Sbeitla joua un rôle historique majeur au VIIe siècle comme dernier bastion de la résistance byzantine face à la conquête arabe : c'est ici que le général arabe Amr ibn al-As battit le patrice Grégoire en 647, ouvrant la voie à l'islamisation de l'Afrique du Nord.

El Jem, à environ 200 kilomètres au sud de Tunis sur la plaine centrale de la Tunisie, abrite ce que beaucoup considèrent comme la plus belle réalisation architecturale romaine de toute l'Afrique : l'amphithéâtre d'El Jem, classé au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1979. Construit au début du IIIe siècle après Jésus-Christ, probablement sous le règne de Gordien Ier, cet amphithéâtre elliptique est le troisième plus grand du monde romain après le Colisée de Rome et le Capua, avec une capacité estimée à 35 000 spectateurs. Sa hauteur de 36 mètres et ses trois ordres d'arcades superposées, en calcaire local extrait des carrières voisines, en font une structure d'une majestueuse élégance. Contrairement au Colisée de Rome, l'amphithéâtre d'El Jem n'a jamais été démoli pour récupérer ses matériaux et est remarquablement bien conservé. On peut circuler dans les galeries souterraines où les gladiateurs et les animaux attendaient leur heure, et grimper jusqu'au sommet pour une vue panoramique sur la plaine. Chaque été, le Festival International de Musique Symphonique d'El Jem transforme ce monument en salle de concert à ciel ouvert, créant l'un des décors les plus mémorables pour un concert dans le monde entier.

Sousse, troisième ville du pays et grande station balnéaire, est une cité d'une extraordinaire richesse historique. Sa médina, classée au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1988, est l'une des mieux conservées du Maghreb. Fondée par les Phéniciens, développée par les Romains sous le nom d'Hadrumetum, puis reconstruite par les Arabes au VIIe siècle, Sousse possède une personnalité unique. La Grande Mosquée de Sousse, construite au IXe siècle par les Aghlabides, se caractérise par ses fortifications inhabituelles qui lui donnent l'aspect d'un bâtiment militaire autant que religieux. Le ribat de Sousse, forteresse monastique également aghlabide, offre depuis sa tour de guet une vue magnifique sur la médina et la mer. La kasbah abrite le Musée Archéologique de Sousse, riche de mosaïques de la période romaine et de vestiges de toutes les époques de la cité. Le front de mer de Sousse, avec ses hôtels, ses restaurants et ses animations nocturnes, est le pôle touristique le plus animé de la côte orientale en dehors de Djerba.

Port el Kantaoui, marina de plaisance construite ex nihilo à une dizaine de kilomètres au nord de Sousse dans les années 1970, est un complexe touristique haut de gamme qui illustre le développement du tourisme de masse en Tunisie. Son port de plaisance animé, ses terrasses de restaurants et ses boutiques de souvenir en font un lieu agréable pour une promenade en soirée.

Monastir est une ville côtière à la fois importante lieu de pèlerinage et destination touristique balnéaire. Ville natale d'Habib Bourguiba, père de l'indépendance tunisienne et premier président de la République, elle abrite le mausolée de Bourguiba, un monument funéraire imposant en marbre blanc surmonté de dômes dorés. La grande ribat de Monastir, forteresse aghlabide construite au VIIIe siècle, est l'une des plus grandes et des mieux conservées de Tunisie. Elle fut utilisée comme décor dans plusieurs films, dont Life of Brian des Monty Python et Jesus of Nazareth de Franco Zeffirelli.

Nabeul, à 70 kilomètres au sud-est de Tunis sur le golfe d'Hammamet, est la capitale tunisienne de la poterie et de la céramique. Ses ateliers produisent les carreaux peints, les jarres décoratives et les plats colorés qui sont le souvenir artisanal le plus populaire de Tunisie. Le marché du vendredi de Nabeul est l'un des marchés artisanaux les plus animés du pays. La région du Cap Bon, dont Nabeul est la capitale, est aussi une région agricole fertile réputée pour ses agrumes, ses figues, ses grenades et ses vignes. Le Muscat de Kelibia, vin blanc produit sur les flancs du cap depuis l'Antiquité, est l'un des vins tunisiens les plus renommés.

Le Sud et le Sahara

Le sud tunisien est une région d'une beauté époustouflante et d'une diversité paysagère extraordinaire qui contraste avec les paysages méditerranéens du nord. Des montagnes calcaires du Dahar aux immensités sahariens des ergs, en passant par les chotts salés, les oasis verdoyantes et les villages berbères perchés, le sud tunisien est une destination à part entière qui mérite au minimum cinq à sept jours d'exploration.

Tataouine, capitale administrative du gouvernorat du même nom, est la porte d'entrée des Ksours du sud, ces greniers collectifs fortifiés que les Berbères construisaient sur les hauteurs pour protéger leurs réserves de grains, d'huile et de dattes des incursions des tribus nomades. Ces ksours, parfois appelés ghorfas, se présentent comme des rangées de cellules voûtées superposées sur deux ou trois niveaux, organisées autour d'une cour intérieure fermée accessible par un seul portail. Ksar Ouled Soltane, à une trentaine de kilomètres au sud-est de Tataouine, est le plus beau et le mieux conservé de ces ksours. Ses ghorfas du XVe siècle, impeccablement restaurées, s'élèvent sur quatre niveaux autour d'une double cour intérieure et constituent l'un des exemples les plus accomplis d'architecture vernaculaire berbère. Ksar Hadada, à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Tataouine, doit aujourd'hui sa renommée internationale au fait qu'il servit de décor pour le cantina de Mos Eisley dans Star Wars Épisode I : La Menace Fantôme, réalisé par George Lucas en 1999. L'hôtel installé dans les cellules restaurées du ksar permet de dormir dans les décors mêmes du film. La région de Tataouine fut en effet l'un des principaux lieux de tournage de la saga Star Wars depuis l'épisode originel de 1977 jusqu'aux épisodes récents, au point que la planète Tatooine tira son nom de la ville tunisienne. Mos Espa, le village fictif où grandit Anakin Skywalker, fut construit spécialement pour le tournage de La Menace Fantôme dans le désert près de Tozeur et constitue aujourd'hui une attraction touristique.

Matmata est l'un des endroits les plus singuliers et les plus insolites de toute la Méditerranée. Dans ce village berbère situé à une cinquantaine de kilomètres au sud de Gabès, les habitants ont développé depuis des siècles une architecture troglodytique souterraine unique au monde : ils creusent dans le sol calcaire des puits verticaux de dix à quinze mètres de profondeur, puis taillent autour de ces cours circulaires des galeries et des pièces horizontales formant les habitations. Ces maisons-puits, ou maisons troglodytiques, offrent une isolation thermique naturelle remarquable qui maintient des températures fraîches en été et douces en hiver. Ce sont ces habitations uniques que George Lucas choisit pour représenter la maison d'enfance de Luke Skywalker sur la planète Tatooine dans Star Wars Épisode IV : Un Nouvel Espoir, tourné ici en 1976. L'Hôtel Sidi Driss, véritable demeure troglodytique qui servit de décor au film, accueille toujours des visiteurs et des pèlerins de la galaxie Star Wars qui viennent se prendre en photo dans les coursives et la cour centrale reconnaissables de la maison des Lars. Une dizaine de familles habitent encore des maisons troglodytiques à Matmata, et plusieurs ont ouvert leurs portes aux visiteurs moyennant une contribution symbolique.

Douz est surnommée la porte du Sahara, et pour cause : c'est à Douz que se terminent les dernières palmeraies et que commencent les premières grandes dunes de l'erg oriental. Cette ville d'oasis d'environ 30 000 habitants est le point de départ privilégié pour les excursions dans le désert : promenades à dos de chameau au coucher du soleil, randonnées en quad ou en buggy sur les dunes, et pour les plus aventureux, expéditions de plusieurs jours en 4x4 ou à dos de chameau jusqu'à l'oasis saharienne de Ksar Ghilane. Le Festival International du Sahara de Douz, organisé chaque décembre, est l'un des plus grands festivals de la région, réunissant des milliers de nomades et de sédentaires pour des courses de dromadaires, des concours de tir à l'arc, des performances de fantasia équestre, de la musique et de la danse traditionnelles berbères et arabes.

Ksar Ghilane est l'une des expériences les plus inoubliables que la Tunisie peut offrir. Cette oasis perdue au coeur du Sahara, accessible uniquement par piste en 4x4 (une centaine de kilomètres au sud de Douz), est entourée de toutes parts par les dunes dorées de l'erg oriental. Au cœur de l'oasis jaillit une source d'eau chaude naturelle à environ 30 degrés Celsius, formant une petite piscine naturelle au milieu des palmiers-dattiers, des tamaris et des roseaux, à quelques pas seulement du désert minéral. Se baigner dans cette source chaude face aux dunes au coucher du soleil, sous un ciel qui vire lentement à l'orange puis au violet, est une expérience d'une beauté bouleversante. Plusieurs campements de tentes de luxe se sont installés à Ksar Ghilane, permettant de passer une ou plusieurs nuits dans le confort sous les étoiles sahariennes, dont la densité et la clarté à cet endroit sont absolument saisissantes.

Le Chott el-Djerid est la plus grande étendue de sel d'Afrique du Nord et l'une des plus vastes au monde, s'étendant sur environ 5 000 kilomètres carrés. Ce lac salé peu profond, asséché la majeure partie de l'année, crée l'un des paysages les plus hypnotiques et les plus déstabilisants de Tunisie. La croûte de sel blanc réfléchit la lumière du soleil au point de devenir aveuglante à midi, tandis que la chaleur crée d'impressionnants mirages qui font apparaître des lacs et des forêts fictifs à l'horizon. Au lever et au coucher du soleil, le chott se colore de roses, d'oranges et de violets extraordinaires. Des flamants roses et d'autres oiseaux migrateurs s'y installent en saison humide, créant des scènes d'une délicatesse inattendue au milieu de ce paysage minéral. La route qui traverse le chott du nord (Tozeur) au sud (Kebili) sur une chaussée surélevée est l'une des routes les plus spectaculaires de Tunisie, avec l'impression de flotter sur une immensité blanche.

Tozeur est la grande ville oasis du sud tunisien, construite à la lisière nord du Chott el-Djerid. Sa médina est caractéristique de l'architecture oasienne du sud tunisien, avec ses maisons construites en briques de sable cuit de couleur ocre jaune, ornées de motifs géométriques en relief qui créent des effets d'ombre et de lumière remarquables. La palmeraie de Tozeur, l'une des plus grandes de Tunisie avec ses 400 000 palmiers-dattiers, est parcourue par un réseau de canaux d'irrigation traditionnels. Les dattes Deglet Nour de Tozeur, dont le nom signifie Doigt de Lumière en arabe en référence à leur translucidité dorée, sont considérées comme les meilleures dattes du monde et constituent l'un des produits d'exportation les plus précieux de Tunisie. Tozeur est aussi le point de départ pour les excursions dans les Ong Jemal (le cou du chameau), formation rocheuse naturelle qui servit de décor pour Star Wars, et vers le canyon de Mides et le village de Tamerza, aux cascades spectaculaires dans le piémont de l'Atlas.

Nefta, à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Tozeur sur le bord du chott, est célèbre pour sa corbeille, dépression naturelle de plusieurs hectares occupée par une palmeraie dense et arrosée par des dizaines de sources. La ville est aussi connue comme un centre spirituel des confréries soufies, qui y maintiennent des zaouïas actives où sont organisées des séances de chant et de danse mystique.

Djerba, île reliée au continent par une digue romaine de sept kilomètres, est la plus grande île d'Afrique du Nord avec ses 514 kilomètres carrés. Souvent décrite comme l'île de la douceur de vivre, Djerba a été identifiée par les Anciens avec l'île des Lotophages d'Homère, peuple qui offrait aux voyageurs un fruit magique leur faisant oublier le chemin du retour. L'île mérite encore cette réputation pour ses plages de sable blanc, ses eaux turquoise, son rythme de vie paisible et son patrimoine culturel unique.

La capitale de l'île, Houmt Souk, est un bourg animé avec son souk hebdomadaire, ses fondouks transformés en hôtels pittoresques, ses musées et ses nombreux restaurants de fruits de mer. Le Musée de Guellala, installé dans un bâtiment traditionnel surplombant la mer au sud de l'île, expose des collections de poteries et de céramiques qui illustrent la longue tradition artisanale djerbienne. La poterie de Guellala, fabriquée depuis l'Antiquité avec l'argile locale, est renommée dans tout le Maghreb pour sa qualité et ses formes traditionnelles.

La Synagogue El Ghriba, dans le village de Hara Kbira au centre de l'île, est l'une des synagogues les plus anciennes et les plus vénérées du monde, dont les origines remonteraient selon la tradition au VIe siècle avant Jésus-Christ, lorsque des prêtres du Temple de Jérusalem auraient apporté une pierre sacrée et une porte de l'ancien Temple après la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor en 586 avant Jésus-Christ. La synagogue actuelle, construite au XIXe siècle dans un style mêlant l'architecture arabe et les traditions juives, est décorée de carreaux de faïence bleue et de vitraux colorés qui créent une atmosphère de sérénité lumineuse. Djerba abrite la plus ancienne communauté juive d'Afrique du Nord, dont les origines précèdent la conquête arabe et même la christianisation de l'Afrique du Nord romaine. La communauté, bien que réduite par les émigrations successives vers Israël depuis 1948, maintient ses traditions et ses institutions. Chaque année au pèlerinage de Lag BaOmer, des milliers de pèlerins juifs venus de Tunisie, d'Israël, de France et du monde entier convergent vers El Ghriba pour prier et célébrer dans un rassemblement interconfessionnel unique.

Les plages de Djerba, notamment celles de la côte nord de l'île entre la pointe Ras Rmel et Aghir, comptent parmi les plus belles de la Méditerranée : sable blanc fin, eaux peu profondes et chaudes, cocotiers et tamaris. Les flamants roses se retrouvent dans les lagunes peu profondes au nord de l'île. L'île est aussi un paradis pour les amateurs de plongée sous-marine et de snorkeling, avec des fonds marins riches en poissons, en daurades et en rougets.

Sfax, deuxième ville de Tunisie après Tunis, est une cité industrielle et commerçante dont la médina est l'une des plus authentiques et des moins touristiques du pays. Ses remparts aghlabides du IXe siècle, parmi les mieux conservés de Tunisie, entourent une médina densément habitée et vivante, avec ses souks spécialisés, sa Grande Mosquée et ses nombreux bâtiments civils et religieux. Sfax est aussi la capitale de la production d'huile d'olive tunisienne, entourée d'une forêt de plusieurs millions d'oliviers.

L'héritage Romain de L'afrique du Nord

La Tunisie possède la plus grande concentration de ruines romaines en dehors de l'Italie elle-même. Ce fait étonnant s'explique par l'histoire : la Tunisie antique, connue sous le nom d'Africa Proconsularis sous l'Empire romain, était l'une des provinces les plus riches et les plus urbanisées de l'Empire, fournissant à Rome une grande partie de son blé, de son huile d'olive et de ses artistes et intellectuels. Le grand écrivain latin Apulée, l'auteur de l'Âne d'Or, était originaire de Madauros en Numidie, non loin de la frontière avec l'actuelle Tunisie. Tertullien, l'un des pères de l'Église catholique, naquit à Carthage. Saint Augustin, peut-être le théologien le plus influent de l'histoire chrétienne, vécut et enseigna à Carthage et Hippone (actuelle Annaba en Algérie). La Tunisie romaine était donc non seulement un grenier à blé mais aussi un foyer de culture et de pensée qui enrichit considérablement la civilisation romaine et la chrétienté naissante.

Carthage, naturellement, est au cœur de cet héritage. Mais la destruction de la Carthage punique par Rome en 146 avant Jésus-Christ, suite à la Troisième Guerre Punique et sous la pression infatigable de Caton l'Ancien qui terminait chaque discours au Sénat par Carthago delenda est (Carthage doit être détruite), effaça la majeure partie de la civilisation punique. La ville romaine qui la remplaça, fondée par Jules César et développée par Auguste, fut construite directement sur les ruines de l'ancienne cité, détruisant ou enfouissant la majorité des vestiges puniques. C'est pourquoi, paradoxalement, les traces de la Carthage punique sont aujourd'hui plus difficiles à voir que celles de la Carthage romaine.

Dougga reste le joyau incontesté de l'archéologie romaine en Afrique. Son capitole, son théâtre, ses thermes, ses temples, ses arcs de triomphe et ses maisons privées créent une image cohérente d'une ville romaine prospère de province, avec ses institutions civiques, ses espaces de divertissement et son tissu résidentiel. La qualité et la densité des mosaïques conservées à Dougga et dans le musée de Bardo donnent une idée du raffinement artistique de ses habitants.

El Jem est la prouesse architecturale la plus spectaculaire de l'Afrique romaine. Que ce monument ait pu être construit au IIIe siècle après Jésus-Christ, à une époque où l'Empire romain commençait à subir ses premières crises sérieuses, dans une ville de province relativement modeste au milieu de la plaine tunisienne, témoigne de la vitalité extraordinaire des villes nord-africaines à cette époque. L'amphithéâtre d'El Jem accueillait des combats de gladiateurs, des chasses aux bêtes sauvages (venationes) et des exécutions publiques, spectacles dont la popularité était immense dans toute l'Afrique romaine.

Sbeitla et son forum aux trois temples constituent un ensemble architectural d'une cohérence remarquable qui permet d'imaginer la vie civique d'une ville romaine de taille moyenne, avec ses espaces de rassemblement, ses temples et ses monuments honorifiques.

Bulla Regia illustre à la perfection l'adaptation de la culture romaine aux conditions climatiques locales : ses villas souterraines, uniques dans tout l'Empire romain, montrent comment l'élite romano-africaine avait développé une réponse originale au défi de la chaleur estivale sans renoncer pour autant aux standards de confort et de raffinement décoratif qui définissaient le mode de vie romain.

Chemtou, dans le nord-ouest de la Tunisie, fut l'une des plus importantes carrières de marbre de l'Empire romain. Le marmor numidicum, aussi connu sous le nom de giallo antico (jaune antique), extrait des carrières de Chemtou était un matériau de luxe très prisé dans toute la Méditerranée romaine, utilisé pour décorer les plus somptueux palais et temples de Rome et des provinces. Les installations de la carrière, les habitations ouvrières et le site archéologique adjacent permettent de comprendre l'organisation d'une exploitation minière antique à grande échelle.

Utique, sur le littoral méditerranéen au nord de Tunis, est considérée comme la plus ancienne colonie phénicienne de Tunisie, fondée vers 1100 avant Jésus-Christ selon les sources antiques, soit plusieurs siècles avant Carthage. C'est à Utique que mourut Caton d'Utique, le dernier défenseur de la République romaine contre César, qui préféra se donner la mort plutôt que de se soumettre à la dictature. Le musée local expose des collections de céramiques phéniciennes et romaines.

Haïdra, dans le gouvernorat de Kasserine, est un site antique d'une richesse archéologique exceptionnelle, dont les fouilles n'ont révélé qu'une partie des vestiges. Connu sous le nom d'Ammaedara à l'époque romaine, c'est l'un des premiers sites où fut établi un camp légionnaire permanent en Afrique du Nord. Le site possède un arc de triomphe, des thermes, des temples, des mausolées, une église byzantine et un nombre important d'inscriptions. Classé au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1997 conjointement avec Dougga, Haïdra est l'une des destinations archéologiques les moins connues mais les plus riches de Tunisie.

Les Sites du Patrimoine Mondial de L'unesco En Tunisie

La Tunisie possède pas moins de neuf sites inscrits sur la Liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO, ce qui en fait l'un des pays d'Afrique du Nord les plus représentés sur cette liste prestigieuse. Ces sites couvrent l'ensemble des grandes périodes historiques du pays, des villes romaines aux médinas islamiques en passant par un site naturel d'importance mondiale pour les oiseaux migrateurs.

Le site archéologique de Carthage fut inscrit en 1979 comme l'un des premiers sites tunisiens. Il comprend l'ensemble des vestiges puniques et romains dispersés dans les quartiers nord de Tunis, notamment la Colline de Byrsa, les ports puniques, les thermes d'Antonin, le théâtre, les villas romaines et les nécropoles. La valeur universelle exceptionnelle du site réside dans son rôle de capitale de la plus puissante civilisation concurrente de Rome dans l'Antiquité méditerranéenne et dans la qualité des vestiges archéologiques encore préservés.

La médina de Tunis fut inscrite en 1979 pour la valeur exceptionnelle de son tissu urbain médiéval, avec ses plus de 700 monuments classés, ses souks spécialisés, ses mosquées, ses médersas et ses palais qui constituent un témoignage unique de l'architecture et de l'urbanisme islamiques médiévaux du Maghreb.

Le site de Dougga, inscrit en 1997, est reconnu pour la qualité et l'intégrité exceptionnelles de ses vestiges romains, qui constituent la ville antique romaine la plus complète et la mieux conservée d'Afrique du Nord.

L'Amphithéâtre d'El Jem, inscrit en 1979, est reconnu comme l'un des chefs-d'œuvre de l'architecture romaine impériale, monument d'ingénierie et d'art monumental dont la conservation remarquable permet de saisir l'échelle et la sophistication des divertissements publics romains.

La médina de Sousse, inscrite en 1988, est un exemple exceptionnel de ville islamique médiévale qui conserve son tissu urbain originel avec sa Grande Mosquée, son ribat et ses nombreux monuments aghlabides.

Kairouan, inscrite en 1988, est reconnue pour son importance exceptionnelle dans l'histoire de l'islam en Occident, comme première grande cité islamique d'Afrique du Nord et foyer du rayonnement de la civilisation islamique dans la région.

Le Parc National de l'Ichkeul, inscrit en 1980, est un site naturel d'importance mondiale pour les oiseaux migrateurs. Ce parc, qui comprend un lac d'eau douce, ses marais et la montagne de l'Ichkeul, est une zone humide d'une productivité écologique exceptionnelle, accueillant chaque hiver des centaines de milliers de canards, d'oies, de flamants roses, d'hérons, d'ibis et d'autres oiseaux migrateurs qui transitent entre l'Europe et l'Afrique subsaharienne. Le site est également inscrit sur la liste de Ramsar des zones humides d'importance internationale.

La ville punique de Kerkouane et sa nécropole, inscrite en 1985, est un site unique dans le monde méditerranéen : une ville phénico-punique abandonnée au IIIe siècle av. J.-C., jamais réoccupée par la suite, et donc préservée pratiquement intacte sous une fine couche de sol. Les vestiges fouillés révèlent le plan complet d'une ville punique, avec ses maisons, ses ateliers, un temple, des bâtiments publics et des installations sanitaires dont la conception témoigne de la sophistication de la vie domestique punique. Située à la pointe du Cap Bon, Kerkouane est unique parce que, contrairement à Carthage, elle n'a pas été détruite par les Romains puis reconstruite par-dessus : elle a simplement été abandonnée et laissée en l'état, créant une capsule temporelle archéologique d'une valeur extraordinaire.

Djerba : Témoignage D'une Histoire de Peuplement D'une Île (2023)

L'île de Djerba, située au large de la côte sud-est de la Tunisie dans le golfe de Gabès, a été inscrite sur la Liste du Patrimoine Mondial de l'UNESCO en 2023, devenant la neuvième et la plus récente propriété du Patrimoine Mondial du pays. L'inscription reconnaît l'exceptionnel patrimoine multiculturel de Djerba en tant que palimpseste d'occupation humaine couvrant plus de trois millénaires. Le paysage architectural distinctif de l'île est défini par le houch caractéristique — un type d'habitation rurale fortifiée développé en réponse à des siècles de conquêtes et de piraterie — combiné avec des mosquées, des synagogues, des églises et des fondouks qui coexistent comme témoignage de la longue histoire de cohabitation religieuse et culturelle entre communautés musulmanes, juives et chrétiennes. L'inscription englobe la vieille ville de Houmt Souk, des villages de pêcheurs traditionnels, l'imposante forteresse Borj El Kebir et le paysage rural façonné par les oliveraies et l'architecture houch unique.

Gastronomie Tunisienne

La cuisine tunisienne est l'une des plus riches, les plus épicées et les plus originales de toute la Méditerranée. Influencée par les traditions culinaires berbères, arabes, ottomanes, andalouses, juives et françaises, elle a développé au fil des siècles une personnalité gastronomique très affirmée, caractérisée par l'usage généreux des épices, notamment du piment rouge et du cumin, de l'huile d'olive de haute qualité, des herbes fraîches et des légumes méditerranéens.

Le couscous est le plat national par excellence, inscrit au Patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO comme élément commun des traditions culinaires d'Afrique du Nord. La semoule de blé dur, travaillée à la main pour former les petites billes caractéristiques, est cuite à la vapeur dans un couscoussier au-dessus d'un bouillon aromatisé aux légumes et à la viande ou au poisson. En Tunisie, le couscous peut être accompagné d'agneau, de poulet, de poisson, de pieuvre, de légumes, de pois chiches ou de raisins secs selon les régions et les occasions. Le couscous du vendredi, plat de fête familial par excellence, est souvent préparé avec les meilleures pièces d'agneau et enrichi d'une sauce aux légumes parfumée au safran et au ras el-hanout.

Le brik est l'une des spécialités tunisiennes les plus populaires et les plus appréciées des visiteurs. Il s'agit d'une feuille de pâte fine et croustillante, la malsouka, pliée en triangle ou en demi-lune autour d'une garniture classique composée d'un œuf entier cassé à cru, de thon, de câpres, de persil et de harissa. Frit dans l'huile bouillante jusqu'à ce que l'œuf soit cuit mais encore coulant, le brik est servi immédiatement et se mange en tenant le cornet à deux mains pour éviter de perdre le précieux jaune d'œuf. Cet exercice périlleux mais délicieux est l'un des rituels gastronomiques incontournables d'un séjour en Tunisie.

La harissa est le condiment identitaire de la cuisine tunisienne, l'équivalent de ce que le ketchup est aux Américains ou le wasabi aux Japonais, mais en infiniment plus complexe et savoureux. Cette pâte de piment rouge vif, dont la couleur écarlate décore les tables de tous les restaurants du pays, est préparée avec des piments séchés et moulus, de l'ail, du cumin, de la coriandre, du carvi et de l'huile d'olive. Elle accompagne pratiquement tous les plats tunisiens, des couscous aux grillades, des briks aux sandwichs de rue. La harissa tunisienne, distincte des harissas d'autres pays, est reconnue par l'UNESCO comme élément du patrimoine culturel immatériel de Tunisie depuis 2022.

Le lablabi est la soupe de rue par excellence de la Tunisie, particulièrement populaire dans les médinas pour le petit-déjeuner ou après une nuit animée. Cette soupe de pois chiches est servie dans un bol en terre cuite ou en émail sur un fond de pain rassis émietté, puis assaisonnée selon les goûts du client avec de l'huile d'olive, du cumin, de la harissa, du vinaigre, des olives et un œuf poché. On la prépare souvent devant le client, dans un grand chaudron fumant, selon un rituel de comptoir chaleureux et convivial.

Les merguez tunisiennes, saucisses de viande de mouton très épicées avec du piment et du cumin, sont grillées sur braise et servies dans un pain rond ou avec des légumes rôtis. Elles constituent l'une des rues les plus populaires de Tunisie.

L'ojja est un ragoût d'oeufs brouillés cuits directement dans une sauce de tomates fraîches, de poivrons et d'épices, souvent agrémentée de merguez ou de crevettes. Simple et réconfortant, l'ojja est un plat de bistrots et de familles qui se prépare en quelques minutes et réchauffe les corps dans les fraîches matinées tunisiennes.

Le tajine tunisien ne ressemble en rien à son homonyme marocain : ce n'est pas un plat mijoté en terracotta, mais une sorte de terrine à base d'œufs, de fromage, de viande hachée, de légumes et d'herbes fraîches, cuite au four jusqu'à obtenir une texture dense et savoureuse, un peu comme une quiche sans pâte. Découpé en carrés et servi à température ambiante, il constitue un excellent plat de déjeuner ou une entrée généreuse.

La chakchouka est un plat de légumes méditerranéens (tomates, poivrons, oignons, courgettes) mijotés à l'huile d'olive et aux épices, dans lesquels on casse des œufs en fin de cuisson pour qu'ils pochent dans les légumes. La version tunisienne, bien plus épicée que ses cousines israéliennes ou marocaines, est servie avec du pain croustillant pour saucer l'abondante sauce rouge.

Le kefteji est un plat de légumes frits (poivrons, courgettes, aubergines, piments, pommes de terre) auxquels on ajoute des œufs brouillés et de l'harissa, servi dans un pain ou en assiette. C'est l'un des plats de rue les plus populaires de Tunis.

Le makroudh, pâtisserie de Kairouan par excellence, est une friandise en forme de losange préparée avec une pâte de semoule fine pétrie à l'huile d'olive, fourrée d'une farce de dattes confites et parfumée à l'eau de fleur d'oranger et au zeste de citron, frite dans l'huile puis trempée dans un sirop de miel chaud. Cette gourmandise aux textures multiples, à la fois croustillante, moelleuse et fondante, est l'une des pâtisseries les plus représentatives de la confiserie tunisienne.

Le bambalouni est le beignet tunisien, préparé avec une pâte levée légère frite dans l'huile et saupoudrée de sucre. On le trouve dans les souks et les marchés du matin, encore chaud de la friteuse, et il constitue l'un des plaisirs simples et inoubliables d'un voyage en Tunisie.

Les fruits de mer de Djerba et du littoral tunisien en général sont d'une fraîcheur et d'une qualité exceptionnelles. Les restaurants du port de Houmt Souk à Djerba ou du front de mer de Sfax proposent des plateaux de fruits de mer débordants de poulpes grillés, de calamars frits, de crevettes sautées à l'ail et au citron, d'oursins et de palourdes. Le poisson grillé, notamment le loup de mer, le mulet, le rouget et la dorade, est préparé à la perfection avec un simple filet d'huile d'olive et du citron.

Le thon est omniprésent dans la cuisine tunisienne, qu'il s'agisse du thon en conserve de haute qualité produit à Sfax et Bizerte, ou du thon frais que l'on mange en brik, en salade mechouia ou en carpaccio au bord de la mer.

La salade mechouia est la salade tunisienne par excellence pour l'été : des poivrons verts et rouges, des tomates et des piments grillés directement sur la braise jusqu'à ce que la peau carbonisée s'enlève facilement, puis grossièrement hachés et assaisonnés d'huile d'olive, d'ail, de cumin et de citron. C'est une explosion de saveurs fumées, acidulées et légèrement piquantes qui accompagne à merveille les grillades.

L'huile d'olive tunisienne est l'une des meilleures du monde, et la Tunisie est le troisième producteur mondial d'huile d'olive après l'Espagne et l'Italie. Le pays compte plus de 93 millions d'oliviers qui couvrent environ un tiers de la surface agricole du pays, notamment dans les régions de Sfax, de Sousse et de l'arrière-pays de Kairouan. Les huiles tunisiennes, souvent vierges extra de première pression à froid, sont fruitées, légèrement amères et piquantes, avec une belle longueur en bouche. Elles constituent l'un des meilleurs souvenirs gastronomiques à ramener de Tunisie.

La boisson chaude nationale est le thé à la menthe, servi dans des petits verres et souvent parfumé aux pignons de pin dans sa version tunisienne caracteristique. Le café turc bien serré est également populaire, ainsi que le café au lait à la française dans les cafés des villes.

La boukha est l'eau-de-vie de figue produite selon des méthodes traditionnelles par la communauté juive de Tunisie depuis des siècles. Transparente, légèrement anisée et d'une douceur caractéristique, la boukha est souvent servie très froide comme digestif ou apéritif. Elle est produite commercialement par quelques distilleries encore actives en Tunisie.

La bière Celtia est la bière nationale tunisienne, une lager blonde légère et rafraîchissante qui accompagne parfaitement les plats épicés lors des chaudes journées d'été. Elle est produite à Tunis depuis 1945.

La Tunisie produit également des vins de qualité qui surprennent souvent les visiteurs. L'histoire de la viticulture tunisienne remonte à l'Antiquité punique et romaine. Les vins modernes, produits principalement dans la région de Grombalia et de Mornag au nord-est de Tunis et dans la région du Cap Bon, comprennent des rouges charnus et épicés ainsi que des blancs secs et parfumés. Le Muscat de Kelibia, produit sur les flancs du Cap Bon avec des raisins muscat plantés depuis l'Antiquité, est sans doute le vin tunisien le plus réputé : moelleux, très aromatique, avec des notes de fleurs blanches, de miel et d'abricot, il se marie parfaitement avec les pâtisseries ou les fruits secs. Les vins Magon, du nom du grand agronome carthaginois auteur d'un traité d'agriculture, sont une gamme de vins produits par la coopérative nationale dans des appellations variées.

Les dattes Deglet Nour de Tozeur et Nefta sont la fierté sucrée de la Tunisie. Ces dattes d'un brun doré translucide, longues et charnues, sont considérées parmi les meilleures du monde par les connaisseurs. Leur chair fondante, leur douceur délicate et leur légère note de caramel en font une friandise naturelle incomparable. Conditionnées dans leurs boîtes caractéristiques, elles constituent le souvenir gastronomique tunisien le plus populaire auprès des touristes.

Arts, Culture et Histoire

La Tunisie est l'héritière d'une histoire extraordinairement riche et complexe, brassant depuis des millénaires les influences de civilisations multiples qui se sont succédé, superposées et entremêlées pour former la culture tunisienne actuelle, l'une des plus originales et des plus nuancées du monde arabe et méditerranéen.

Les Berbères, ou Amazighs (terme qu'ils préfèrent, signifiant en langue berbère les hommes libres), constituent le substrat démographique originel de la Tunisie et de l'ensemble du Maghreb. Leur présence en Afrique du Nord remonte à plusieurs millénaires avant notre ère, comme en témoignent les nombreux sites préhistoriques, les gravures rupestres et les traces d'occupation néolithique répartis sur tout le territoire tunisien. La culture berbère, longtemps marginalisée sous les régimes successifs au profit d'une arabisation forcée, connaît depuis les années 1990 un renouveau remarquable, avec la réappropriation de la langue tamazight, des traditions musicales, des tenues vestimentaires, des bijoux et des tattoos berbères, et une conscience identitaire croissante chez les jeunes générations.

La colonisation phénicienne de l'Afrique du Nord commença aux alentours du IXe siècle avant Jésus-Christ avec l'établissement de comptoirs commerciaux le long du littoral méditerranéen. La fondation de Carthage vers 814 avant Jésus-Christ par la princesse tyrienne Didon (ou Élissa, selon les sources), chassée de sa cité natale par des luttes de succession, constitue l'acte fondateur de la civilisation punique qui allait dominer la Méditerranée occidentale pendant plusieurs siècles. Carthage développa un empire commercial étendu de l'Espagne à la Sicile, de la Sardaigne à la Libye, contrôlant les routes du commerce avec l'Afrique subsaharienne et bénéficiant du monopole du détroit de Gibraltar. La religion punique, centrée sur le culte des divinités Baal Hammon et Tanit, incluait des pratiques religieuses que les Romains décrivirent avec horreur comme le sacrifice d'enfants, bien que les historiens modernes débattent encore de la réalité et de l'ampleur de ces pratiques.

La figure d'Hannibal Barca est sans doute le personnage historique tunisien le plus universellement connu. Né à Carthage vers 247 avant Jésus-Christ dans une famille de généraux, Hannibal hérita du commandement des armées carthaginoises en Espagne et décida d'attaquer Rome par une route que personne n'avait osé envisager : la traversée des Alpes à la tête d'une armée de dizaines de milliers d'hommes et de plusieurs dizaines d'éléphants de guerre d'Afrique. Cette traversée hivernale des Alpes en 218 avant Jésus-Christ reste l'un des exploits militaires les plus admirés de l'histoire universelle. Hannibal infligea ensuite à Rome des défaites catastrophiques, notamment à Cannes en 216 avant Jésus-Christ où il anéantit une armée romaine de 70 000 hommes, mais ne put jamais mettre le siège devant Rome elle-même. Rappelé en Afrique pour défendre Carthage contre l'invasion de Scipion l'Africain, il fut finalement battu à Zama en 202 avant Jésus-Christ, ce qui marqua la fin de la deuxième guerre punique et la domination romaine définitive sur la Méditerranée occidentale.

Après la destruction de Carthage en 146 avant Jésus-Christ et la création de la province romaine d'Africa Proconsularis, la Tunisie connut quatre siècles de prospérité exceptionnelle sous la domination romaine. Les grandes cités s'épanouirent, les campagnes furent mises en valeur par les colons romains, les routes furent construites et l'Africa Proconsularis devint l'une des régions les plus productives et les plus cultivées de l'Empire. La christianisation, commencée au IIe siècle, fit de Carthage l'un des grands centres du christianisme primitif avant même Rome et Constantinople.

La conquête vandale au Ve siècle, puis la reconquête byzantine au VIe siècle, furent des épisodes de troubles relatifs avant l'arrivée des armées arabes au VIIe siècle. La conquête arabe de l'Afrique du Nord fut rapide mais non sans résistance : la légendaire Kahena, reine berbère dont l'existence historique est attestée par les sources arabes, conduisit une résistance farouche contre les envahisseurs arabes à la fin du VIIe siècle avant d'être finalement défaite et tuée. La fondation de Kairouan en 670 après Jésus-Christ par Uqba ibn Nafi marqua l'établissement durable de l'islam en Afrique du Nord.

Les dynasties aghlabide (800-909) et fatimide (909-972) firent de la Tunisie un centre de rayonnement de la civilisation islamique. Les Aghlabides construisirent les mosquées, les ribats et les infrastructures hydrauliques qui constituent encore l'ossature patrimoniale de la Tunisie islamique. Les Fatimides, d'obédience chiite, fondèrent leur capitale à Mahdia sur la côte orientale avant de conquérir l'Egypte et d'y établir Le Caire en 969.

La période hafside (1229-1574) fut un âge d'or de la culture tunisoise, avec le développement de la médina de Tunis, la floraison de la poésie, de la philosophie et des sciences, et l'accueil des réfugiés andalous chassés d'Espagne par la Reconquista. L'arrivée des Maures et des Juifs séfarades expulsés d'Espagne en 1492 enrichit considérablement la culture tunisienne de nouvelles traditions culinaires, architecturales, musicales et artisanales.

Ibn Khaldoun, né à Tunis en 1332 dans une famille d'origine andalouse, est l'une des figures intellectuelles les plus importantes de l'histoire universelle. Son œuvre majeure, la Muqaddima (Les Prolégomènes), dans laquelle il développe une théorie générale de l'histoire et de la société fondée sur l'observation empirique des faits historiques et sociaux, est considérée comme l'une des premières œuvres de sociologie et d'historiographie scientifique au monde, précédant de plusieurs siècles les sciences sociales européennes. Ibn Khaldoun y développe notamment sa célèbre théorie de l'asabiyya (cohésion sociale) et des cycles d'ascension et de déclin des civilisations, concepts qui gardent une pertinence analytique remarquable.

La domination ottomane, qui commença en 1574 avec la conquête de Tunis par les troupes ottomanes, introduisit de nouvelles influences architecturales, culinaires et artistiques tout en laissant une large autonomie aux dirigeants locaux, les Beys husseinites qui gouvernèrent la Tunisie jusqu'à l'indépendance.

Le Protectorat français, établi en 1881 après le Traité du Bardo, transforma profondément la société tunisienne. L'enseignement français, introduit dans le système éducatif, créa une élite tunisienne bilingue et biculturelle qui devait jouer un rôle central dans le mouvement d'indépendance. La ville moderne de Tunis, construite à côté de la médina selon des plans haussmanniens, symbolise cette dualité culturelle franco-tunisienne.

Habib Bourguiba, avocat et militant nationaliste né à Monastir en 1903, fut la figure centrale du mouvement pour l'indépendance tunisienne, fondateur du Néo-Destour en 1934 et premier président de la République de Tunisie lors de l'indépendance proclamée le 20 mars 1956. Son programme de modernisation de la société tunisienne, notamment l'émancipation des femmes (le Code du statut personnel de 1956 accorda aux femmes tunisiennes des droits sans équivalent dans le monde arabe), la laïcisation de l'enseignement et l'abolition de la polygamie, fit de la Tunisie l'un des pays les plus progressistes du monde arabe. Bourguiba dirigea le pays jusqu'à son renversement par Ben Ali en 1987.

La Révolution de Jasmin de 2010-2011 fut l'événement politique le plus marquant de l'histoire récente de la Tunisie et du monde arabe. L'immolation du vendeur ambulant Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid le 17 décembre 2010, en protestation contre le harcèlement des autorités, déclencha une vague de manifestations populaires qui contraignit le président Ben Ali à fuir le pays le 14 janvier 2011 après 23 ans de pouvoir. La Tunisie devint ainsi le premier pays du Printemps Arabe, et la seule transition démocratique véritablement réussie dans la région, avec l'adoption d'une constitution démocratique en 2014. Le Quartet du dialogue national tunisien, regroupant la centrale syndicale UGTT, le patronat UTICA, la Ligue des droits de l'homme et l'ordre des avocats, qui avait permis de surmonter la crise politique de 2013, reçut le Prix Nobel de la Paix en 2015 pour son rôle crucial dans la consolidation de la démocratie tunisienne.

La musique tunisienne est d'une richesse extraordinaire. Le malouf, musique classique andalouse-arabe héritée des réfugiés andalous du XVe siècle, est la forme musicale savante la plus prestigieuse de la tradition tunisienne. Organisée en grandes suites appelées nubas, alternant pièces vocales et instrumentales selon des modes et des rythmes codifiés, la musique malouf est encore vivante grâce aux associations et aux écoles de musique qui la transmettent dans les grandes villes. La musique soufi des confréries (notamment les Issawiyya, les Rahmanya et les Aissawa) offre des spectacles de transe musicale et de danse mystique d'une intensité dramatique rare. La musique populaire tunisienne, influencée par les sonorités berbères, arabes et méditerranéennes, produit une variété de styles régionaux riches et vivants.

Le patrimoine juif de la Tunisie, incarné principalement par la communauté de Djerba mais présent aussi à Tunis, Sfax et d'autres villes, constitue l'une des traditions juives séfarades les plus anciennes et les mieux conservées du monde. La Hara, quartier juif de Tunis et de Djerba, a préservé ses synagogues, ses écoles rabbiniques et ses traditions culinaires et musicales pendant deux millénaires et demi. Bien que l'émigration vers Israël et la France ait considérablement réduit les effectifs de cette communauté depuis 1948, le patrimoine qu'elle a laissé reste une composante essentielle et originale de l'identité culturelle tunisienne.

La Tunisie est depuis les années 1970 un lieu de tournage prisé par les producteurs de cinéma du monde entier en raison de la diversité de ses paysages, de la qualité de la lumière, de la compétitivité des coûts de production et de la disponibilité de techniciens locaux qualifiés. La saga Star Wars, créée par George Lucas, est sans doute la franchise cinématographique qui a le plus contribué à la célébrité internationale des paysages tunisiens, utilisant Matmata, Tataouine, Tozeur et plusieurs autres sites comme décors de la planète fictive Tatooine depuis 1977. D'autres films emblématiques tournés en Tunisie comprennent La Vie de Brian des Monty Python, Le Patient anglais d'Anthony Minghella (en grande partie dans le Sahara tunisien), Indiana Jones et la Dernière Croisade, et de nombreuses productions françaises et arabes.

Activités de Plein Air et Nature

La Tunisie offre aux amateurs d'activités de plein air une gamme d'expériences extraordinairement diverse, des sports nautiques sur la côte méditerranéenne aux aventures sahariennes dans le Grand Erg, en passant par la randonnée en forêt et l'observation des oiseaux dans des zones humides d'importance mondiale.

Les excursions en chameau dans le Sahara au départ de Douz sont l'expérience iconique du tourisme saharien tunisien. On peut choisir entre une simple balade d'une heure au coucher du soleil pour les familles et les débutants, et des treks de plusieurs jours à travers les ergs qui immergent véritablement le voyageur dans le silence et la vastitude du désert. Les opérateurs locaux de Douz proposent des circuits organisés avec des guides bédouins qui connaissent les dunes comme leur poche, campements de tentes sous les étoiles, repas préparés sur feu de bois et navigation par les étoiles inclus.

Le quad et le buggy sont des activités très populaires dans le désert autour de Tozeur et de Douz, permettant de dévaler les dunes à grande vitesse dans un bruit de moteur et une nuée de sable. Des opérateurs spécialisés proposent des circuits guidés de quelques heures ou de la journée complète dans les environs des deux villes.

Le sandboard, pratique qui consiste à glisser sur les pentes de dunes à l'aide d'une planche similaire à un snowboard, est une activité récente mais en plein essor dans les ergs tunisiens. Les dunes de Douz et de Tozeur offrent des pentes de toutes difficultés pour les débutants comme pour les plus expérimentés.

Les promenades dans les oasis sont l'une des expériences les plus régénératrices que la Tunisie puisse offrir. La palmeraie de Tozeur, celle de Nefta et les oasis du gouvernorat de Kébili invitent à des promenades dans un labyrinthe de canaux d'irrigation, de jardins potagers et de dattiers qui créent une fraîcheur et une verdure inattendues au milieu du désert. Des pistes de randonnée permettent de rejoindre des sources, des villages et des panoramas sur les chotts en plusieurs heures de marche.

Le Parc National de l'Ichkeul, à une soixantaine de kilomètres à l'ouest de Tunis sur la côte nord du pays, est l'une des zones humides les plus importantes d'Afrique pour l'avifaune. Classé à la fois au Patrimoine mondial de l'UNESCO et sur la liste de Ramsar des zones humides d'importance internationale, le parc accueille chaque hiver plusieurs centaines de milliers d'oiseaux migrateurs : flamants roses, sarcelles d'hiver, canards pilets, foulques macroules, grèbes, hérons cendrés, ibis falcinelles, spatules blanches et de nombreuses autres espèces. La montagne de l'Ichkeul, qui s'élève au-dessus du lac, offre des panoramas remarquables et abrite une végétation méditerranéenne diversifiée. Le parc propose des sentiers balisés et un musée écomuséal sur la faune et la flore locales.

Les plages de Djerba, notamment celles de la côte nord entre la pointe Ras Rmel et Aghir, comptent parmi les plus belles de la Méditerranée pour la finesse du sable, la clarté de l'eau et la faible profondeur qui les rend idéales pour les familles. Les sports nautiques, jet-ski, parachute ascensionnel, kitesurf et planche à voile, sont proposés sur les plages les plus animées.

La plongée sous-marine à Tabarka, dans le nord-ouest de la Tunisie, est l'une des expériences sous-marines les plus belles de Méditerranée. Les fonds marins de Tabarka abritent des récifs coralliens rouges remarquables, des grottes sous-marines, des posidonie et une faune ichtyologique remarquablement diversifiée incluant mérous, murènes, poulpes, cigales de mer et de nombreuses espèces de poissons. Plusieurs clubs de plongée proposent des cours certifiés et des baptêmes pour tous les niveaux.

Le snorkeling à Djerba, dans les eaux peu profondes du lagon de Ras Rmel ou autour des rochers côtiers du sud de l'île, permet d'observer une faune sous-marine colorée sans équipement complexe. Les eaux chaudes (plus de 25 degrés de juillet à octobre) et la visibilité excellente en font une expérience accessible à tous.

Le surf à Bizerte et sur la côte nord de la Tunisie est une activité en développement, grâce à une houle atlantique-méditerranéenne et à des vents réguliers. Plusieurs spots sont fréquentés par les surfeurs locaux et étrangers, notamment en automne et au printemps.

La randonnée dans les forêts de la Kroumirie, dans le nord-ouest du pays autour de Ain Draham, offre une expérience naturelle inattendue pour qui associe la Tunisie au désert et aux plages. Ces forêts de chênes-lièges, de pins parasols, de myrtes et d'arbousiers rappellent les paysages de la Provence ou de la Toscane, et abritent une faune incluant sangliers, chacals dorés, genettes, loutres et une grande diversité d'oiseaux. Des pistes forestières balisées permettent des randonnées d'une à plusieurs journées dans ce paysage verdoyant et parfumé.

L'exploration du lac salé du Chott el-Djerid est une expérience géologique et atmosphérique unique. On peut s'aventurer sur la croûte de sel (en voiture sur la route officielle, ou à pied dans les secteurs autorisés) pour approcher au plus près ces mirages qui transforment l'horizon en un lac fictif lumineux et tremblant. Les couchers de soleil sur le chott sont parmi les plus spectaculaires que la Méditerranée puisse offrir.

L'observation des étoiles dans le Sahara tunisien est une expérience qui change définitivement la façon dont on perçoit le cosmos. Loin de toute pollution lumineuse, au milieu des dunes ou dans le désert pierreux des ksours, les nuits sahariennes révèlent un ciel d'une densité d'étoiles stupéfiante, avec la Voie Lactée visible à l'œil nu comme un nuage lumineux, les planètes brillant sans clignoter et les étoiles filantes régulières qui traversent le ciel. Les guides locaux de Douz et de Ksar Ghilane proposent des sorties nocturnes d'observation astronomique qui constituent l'un des moments les plus forts d'un voyage dans le Sud tunisien.

Informations Pratiques de Voyage

Organiser un séjour en Tunisie est relativement simple et le pays est bien équipé pour recevoir les touristes de toutes les nationalités et de tous les budgets.

Les aéroports internationaux tunisiens sont au nombre de cinq principaux. L'aéroport de Tunis-Carthage, principal hub du pays, est desservi par de nombreuses compagnies aériennes européennes et arabes. L'aéroport de Monastir-Habib Bourguiba dessert principalement les charters touristiques à destination de la côte est. L'aéroport de Djerba-Zarzis est le deuxième plus fréquenté du pays, avec de nombreuses liaisons directes depuis Paris, Lyon, Marseille, Londres, Francfort et d'autres villes européennes. L'aéroport de Tozeur-Nefta dessert le sud-ouest du pays pour les amateurs de désert. L'aéroport de Tabarka-Ain Draham dessert le nord-ouest pour les amateurs de plongée et de nature.

Tunisair, la compagnie nationale, propose des vols réguliers depuis de nombreuses villes européennes, notamment Paris (CDG et Orly), Lyon, Marseille, Bordeaux, Bruxelles, Genève et Montréal. De nombreuses compagnies à bas coût proposent également des liaisons directes depuis Paris et d'autres grandes villes françaises vers Tunis, Monastir, Djerba et Tozeur.

Les louages, taxis collectifs qui relient les villes tunisiennes entre elles, sont le moyen de transport le plus pratique, le plus rapide et le moins cher pour se déplacer entre les grandes villes et les régions. Ces véhicules à sept places (généralement des Peugeot ou des Citroën) partent des stations de louages lorsqu'ils sont complets et suivent des itinéraires fixes. Le prix est fixé et modique, et le système fonctionne de l'aube jusqu'en fin d'après-midi. C'est un excellent moyen de voyager comme un local et de rencontrer des Tunisiens.

Le réseau ferroviaire SNCFT relie Tunis aux principales villes du nord et du centre du pays : Bizerte, Nabeul, Hammamet, Sousse, Monastir, Mahdia, Sfax, Gabès et d'autres destinations. Les trains sont relativement confortables, ponctuels et bon marché, avec des classes climatisées. Le métro léger de Tunis (le Métro de la capitale) est un excellent moyen de se déplacer dans la capitale et ses banlieues.

La location de voiture est fortement recommandée pour explorer les régions du centre et du sud de la Tunisie, où les sites archéologiques, les oasis et les ksours sont souvent éloignés des transports en commun. Les routes principales sont en bon état et bien signalisées. Pour les pistes sahariennes, un véhicule 4x4 est indispensable et il est vivement conseillé de voyager en convoi avec un guide local.

Les meilleures périodes pour visiter la Tunisie sont le printemps (mars à mai) et l'automne (septembre à novembre). Au printemps, les campagnes du nord et du centre sont verdoyantes et fleuries, les températures agréables et les sites archéologiques moins encombrés de touristes. L'automne est idéal pour combiner une visite des sites du nord avec une expédition dans le Sahara encore supportable. L'été est la haute saison touristique pour les stations balnéaires (Hammamet, Sousse, Djerba), mais il fait alors très chaud dans le sud et les sites archéologiques. L'hiver est parfait pour le Sahara et le sud, avec des températures douces le jour, mais le nord peut être pluvieux et frais.

La Tunisie ne demande pas de visa pour les ressortissants de la plupart des pays de l'Union Européenne, dont la France, ainsi que pour la Suisse, le Canada, les États-Unis et de nombreux autres pays. Les ressortissants de ces pays peuvent séjourner jusqu'à trois mois sans visa avec un passeport valide. Il est recommandé de vérifier les exigences spécifiques selon la nationalité avant le départ.

La monnaie officielle est le Dinar tunisien (TND), divisé en 1000 millimes. Les distributeurs automatiques de billets sont accessibles dans toutes les villes et acceptent les cartes Visa et Mastercard. Les bureaux de change dans les hôtels et les agences de voyage permettent d'échanger euros, dollars et livres sterling. Il est important de noter que le dinar tunisien est une monnaie non convertible à l'extérieur du pays : il ne faut pas acheter des dinars à l'étranger et il convient de dépenser ou reconvertir ses dinars avant de quitter le territoire.

La langue officielle de la Tunisie est l'arabe, dans sa forme classique pour les textes officiels et la presse, et dans sa variante dialectale tunisienne dans la vie quotidienne. Le tunisien est un dialecte arabe influencé par le berbère, le turc, le français, l'espagnol et l'italien, parfois difficile à comprendre pour les arabophones d'autres pays. Le français est la langue de l'enseignement secondaire et universitaire, largement parlé et compris dans les villes, les commerces touristiques et les hôtels. L'anglais est de plus en plus répandu, notamment chez les jeunes et dans le secteur touristique. Pour le voyageur francophone, la Tunisie est l'une des destinations les plus accessibles linguistiquement hors de l'Europe et de l'Amérique du Nord.

L'hébergement en Tunisie est très diversifié. Dans les médinas, des riads et demeures historiques restaurées proposent un hébergement de charme dans des maisons traditionnelles à cour centrale. À Tunis, Kairouan et Sfax, des hôtels de gammes variées sont disponibles, de l'économique au luxueux. Sur les côtes de Hammamet, Sousse et Djerba, des complexes hôteliers intégrés (all-inclusive ou en demi-pension) proposent toutes les commodités balnéaires. Dans le désert, des campements de tentes de luxe (glamping) à Ksar Ghilane et Douz permettent de dormir sous les étoiles dans un confort relatif. À Matmata, plusieurs maisons troglodytiques ont été transformées en hôtels uniques au monde qui permettent de dormir dans des habitations souterraines berbères.

Festivals et Événements

Le calendrier culturel tunisien est riche d'événements variés qui se déroulent tout au long de l'année, des grands festivals internationaux aux célébrations religieuses et populaires locales.

Le Festival International de Carthage est l'événement culturel le plus important de Tunisie et l'un des plus importants du monde arabe. Organisé chaque été de juillet à août dans le théâtre antique de Carthage, il accueille des artistes de renommée mondiale dans les domaines de la musique, du théâtre, de la danse et des arts du spectacle. La magie de ce festival tient au cadre incomparable du théâtre romain illuminé sous les étoiles, face à la mer. Les grands noms de la musique arabe (Fairuz, Oum Kalthoum revisitée, Anouar Brahem), les stars internationales de la pop et du jazz, et les compagnies de danse et de théâtre du monde entier se succèdent sur la scène de Carthage, créant des soirées inoubliables.

Le Festival International de Musique Symphonique d'El Jem, organisé chaque été dans l'amphithéâtre romain d'El Jem, est l'un des événements musicaux les plus originaux d'Afrique. Grands orchestres symphoniques, ballets, opéras et concerts de musique du monde se produisent dans ce cadre architectural exceptionnel, créant une expérience artistique et émotionnelle intense.

Le Festival International du Sahara de Douz, organisé chaque décembre depuis 1967, est le grand rassemblement des cultures nomades et sahariennes du Maghreb. Courses de dromadaires, fantasia équestre, danses et musiques berbères et arabes, artisanat saharien, expositions et conférences : le festival est aussi bien une célébration culturelle qu'un marché et un lieu de rencontres pour les populations nomades et sédentaires du désert tunisien.

Le pèlerinage juif à la Synagogue El Ghriba de Djerba a lieu chaque année au moment de Lag BaOmer (33 jours après Pessah, au mois de mai environ). Des milliers de pèlerins juifs venus de Tunisie, d'Israël, de France, des États-Unis et du monde entier convergent vers Djerba pour prier, brûler des cierges votifs dans la crypte de la synagogue et participer aux célébrations qui mêlent l'intensité spirituelle et la fête populaire. Ce rassemblement unique est l'un des témoignages les plus émouvants de la coexistence interconfessionnelle dans la tradition tunisienne.

Le festival théâtral de Dougga propose chaque été des représentations théâtrales dans le théâtre romain parfaitement conservé du site archéologique. Des troupes tunisiennes et étrangères interprètent des pièces classiques et contemporaines dans ce décor antique unique, créant une rencontre émouvante entre les cultures.

Le Festival International de Jazz de Tabarka, organisé chaque été sur la place du port de cette ville côtière du nord-ouest, est l'un des festivals de jazz les plus populaires de la rive sud de la Méditerranée. Des musiciens de jazz internationaux et tunisiens se produisent dans une atmosphère détendue au bord de la mer.

Le Festival International de Hammamet, l'un des plus anciens festivals tunisiens, se déroule chaque été dans le Centre Culturel International installé dans la villa de Sébastien. Théâtre, musique, danse et arts du spectacle de qualité internationale se succèdent dans ce cadre privilégié entre la mer et les jardins.

Le Festival du Film de Carthage, organisé chaque mois de novembre à Tunis, est le festival de cinéma le plus important du monde arabe et africain, fondé en 1966 par le cinéaste Tahar Cheriaa. Il consacre des prix aux meilleurs films arabes et africains et constitue une plateforme essentielle pour le cinéma du Sud.

Les célébrations du Ramadan dans les rues et les cafés des médinas tunisiennes constituent une expérience culturelle à part entière. La rupture du jeûne (iftar) au coucher du soleil est l'occasion de grands rassemblements familiaux et de repas festifs. Les souks des médinas s'animent la nuit bien plus que le jour, avec des marchés nocturnes, des spectacles de rue, des troupes de musiciens et des conteurs. La Nuit du Destin (Laylat al-Qadr), la 27e nuit du Ramadan, est l'une des plus intenses de l'année dans les mosquées et les sanctuaires.

Shopping

Le shopping en Tunisie est une expérience inoubliable qui permet de ramener chez soi des pièces d'artisanat authentique d'une qualité remarquable. Le pays possède une tradition artisanale extraordinairement riche et diversifiée, héritée de nombreuses civilisations successives.

Les souks de la médina de Tunis sont le temple de l'artisanat tunisois. Dans le souk de l'or, les bijoux traditionnels et contemporains en or jaune 18 carats (la norme en Tunisie) côtoient des créations modernes. Le souk des bijoutiers d'argent propose des parures berbères de style tribal, notamment des colliers, bracelets, boucles d'oreilles et fibules en argent ornés de corail rouge, de turquoise et d'émail coloré. Le souk du cuivre propose plateaux martelés, théières, candélabres et boites à épices en cuivre repoussé et ciselé. Le souk de la cuirerie, avec ses sacs, babouches, ceintures et maroquinerie, diffuse une odeur caractéristique du cuir travaillé à la main. Le souk des chéchias permet d'assister à la fabrication de ces bonnets de feutre rouge qui sont l'emblème de l'artisanat tunisoie.

Les tapis tunisiens sont parmi les plus beaux du Maghreb. Le mergoum de Kairouan, tissé à la main en laine de mouton sur un métier traditionnel, se caractérise par ses motifs géométriques berbères dans des couleurs vibrantes de rouge, de noir, de blanc et d'orange. Le kilim plat, sans noeuds, est plus léger et plus coloré que le mergoum. La zerbia à points noués, plus proche du tapis persan, est produite à Kairouan, à Gafsa et dans quelques autres centres. Les prix varient considérablement selon la qualité, la finesse des nœuds, la rareté des motifs et l'ancienneté de la pièce. Acheter directement chez les tisserands de Kairouan ou dans les coopératives artisanales garantit un prix juste et une qualité vérifiable.

La poterie et la céramique de Nabeul et de Guellala (Djerba) sont parmi les plus réputées de Méditerranée. Les ateliers de Nabeul produisent des carreaux de revêtement, des jarres décoratives, des plats et des services de table peints à la main dans des motifs traditionnels bleu et blanc ou polychromes. La poterie de Guellala à Djerba, façonnée au tour à pied dans une argile locale particulièrement fine, produit des amphores, des jarres à eau (bardas) et des objets décoratifs d'une forme et d'une patine incomparables.

Les bijoux berbères en argent constituent l'un des achats les plus appréciés des visiteurs. Les femmes berbères du sud tunisien portent traditionnellement des parures de tête, des colliers et des bracelets en argent massif ornés de motifs géométriques, de coraux, d'ambre et de mains de Fatma qui ont une signification culturelle et protectrice. Ces pièces, fabriquées selon des techniques ancestrales, sont aujourd'hui moins portées au quotidien par les jeunes générations, mais les artisans de Tataouine, Djerba et des médinas du sud les produisent encore pour les touristes et les collectionneurs.

L'huile d'olive tunisienne en bonnes bouteilles, notamment les huiles d'un seul domaine (single estate) ou les premières pressions à froid labellisées, constitue l'un des meilleurs souvenirs gastronomiques tunisiens. Les épiceries fines de Tunis et des grandes villes proposent des sélections d'huiles de qualité supérieure.

Les dattes Deglet Nour de Tozeur, conditionnées dans leurs boîtes en bois de palmier décorées ou en barquettes transparentes, sont disponibles dans les souks des villes du sud et dans les épiceries de Tunis. Elles se conservent plusieurs mois à température ambiante.

La harissa en pot, notamment la harissa artisanale préparée avec des piments rouges séchés au soleil et confite dans l'huile d'olive, est un souvenir gastronomique très apprécié. Les variantes à la rose, à la menthe ou au citron confit sont des créations plus récentes mais savoureuses.

La chéchia, bonnet de feutre rouge à calotte plate emblématique de la tenue traditionnelle tunisienne masculine, est l'article artisanal le plus spécifique à la Tunisie. Fabriquée à Tunis dans le souk des chéchias depuis des siècles selon un processus artisanal long et complexe (teinture, foulage, cardage, tonte), elle constitue un souvenir original et authentique.

Les parfums au jasmin de Tunis sont une spécialité unique. Le jasmin de Tunis, cultivé dans les jardins du nord de la ville et cueilli de nuit pour capturer son arôme le plus intense, est l'une des matières premières parfumées les plus précieuses du monde. Des essences pures, des huiles parfumées et des eaux florales préparées selon des recettes traditionnelles sont disponibles dans les boutiques spécialisées de la médina.

Les cages à oiseaux de Sidi Bou Saïd, en bois tourné peint en blanc et bleu, sont l'un des objets les plus photographiés et les plus vendus de cette destination. Elles constituent une décoration originale et légère à transporter.

Les carreaux et panneaux de faïence peinte à la main, aux motifs traditionnels d'oiseaux, de poissons et de motifs géométriques, permettent de ramener un fragment de l'architecture tunisienne dans son salon ou sa cuisine.

Tourisme Responsable

La Tunisie est une destination dont les ressources naturelles, culturelles et humaines méritent un respect attentif de la part des visiteurs. Le tourisme de masse peut exercer des pressions importantes sur des environnements fragiles et des patrimoines irremplaçables si les comportements des visiteurs ne sont pas guidés par un minimum de conscience et de responsabilité.

Le Parc National de l'Ichkeul illustre parfaitement les défis de conservation dans une zone humide méditerranéenne soumise à de multiples pressions. La construction de barrages en amont sur les cours d'eau qui alimentaient le lac a modifié le régime hydraulique et la salinité du lac depuis les années 1980, menaçant la végétation aquatique dont se nourrissaient les oiseaux hivernants. Des programmes de restauration hydraulique ont depuis été mis en place, mais le suivi et la protection du site restent des priorités pour les autorités tunisiennes et les organisations internationales de conservation.

La fragilité environnementale du Sahara est une réalité que les touristes doivent avoir en tête lors de leurs excursions dans les ergs et les chotts. Le désert, contrairement à son apparence de terrain vague, est un écosystème très sensible aux perturbations mécaniques. Les véhicules tout-terrain et les quads peuvent détruire la croûte de sol biologique qui protège les sables des vents et favorise l'ensablement des oasis. Privilégier les circuits guidés par des opérateurs responsables qui respectent les pistes définies et les règles de conservation est une attitude simple mais importante.

Les excursions en chameau responsables, conduites par des propriétaires de dromadaires respectueux des animaux et des traditions, constituent la meilleure façon de vivre l'expérience saharienne sans contribuer aux mauvaises pratiques de bien-être animal parfois signalées dans le tourisme de masse. Favoriser les petits opérateurs locaux de Douz ou Ksar Ghilane certifiés par des associations de tourisme responsable est une décision à la fois éthique et pratique.

La conservation du site de Carthage est un défi permanent. Les vestiges archéologiques se trouvent au milieu d'un quartier résidentiel dense et sont soumis à des pressions importantes liées à l'urbanisation, à la circulation automobile et aux activités touristiques non contrôlées. Le respect des zones interdites, des clôtures protectrices et des consignes des guides et des gardiens est une attitude indispensable pour préserver ce patrimoine pour les générations futures.

La sécurité et la préservation de la Synagogue El Ghriba de Djerba sont une priorité pour les autorités tunisiennes depuis l'attentat terroriste de 2002 qui avait fait 21 morts. La présence des forces de sécurité autour du site est discrète mais réelle. Les visiteurs non pèlerins sont généralement admis en dehors du pèlerinage annuel avec une tenue respectueuse. Contribuer financièrement à l'entretien de la synagogue est une façon concrète de soutenir la préservation du patrimoine judéo-tunisien.

La gestion des lieux de tournage de Star Wars dans le sud tunisien est un enjeu touristique et patrimonial complexe. Les décors de Mos Espa près de Tozeur, construits spécialement pour le tournage et abandonnés depuis, sont progressivement engloutis par les sables mouvants en raison du changement climatique et de l'avancée des dunes. Des projets de conservation sont à l'étude. L'accès à ces sites se fait avec des opérateurs locaux qui en assurent l'entretien minimum.

La tenue vestimentaire respectueuse dans les médinas et les mosquées est une marque de respect essentielle. Dans les mosquées (lorsqu'elles sont ouvertes aux non-musulmans), les épaules et les genoux doivent être couverts pour les hommes comme pour les femmes, et les femmes doivent se couvrir les cheveux. Dans les médinas, une tenue modeste est recommandée, évitant les shorts très courts et les vêtements trop révélateurs qui peuvent heurter la sensibilité des habitants.

Le soutien aux artisans locaux est l'une des formes les plus directes et les plus bénéfiques de tourisme responsable en Tunisie. Acheter ses souvenirs directement dans les ateliers des artisans plutôt que dans les boutiques de souvenirs standardisées des hôtels, même si le prix est légèrement plus élevé, garantit une rémunération équitable aux producteurs, préserve les savoir-faire traditionnels et crée un contact humain authentique. Les coopératives artisanales de Kairouan, les ateliers de Nabeul et les potiers de Guellala sont des adresses recommandées pour un achat responsable et de qualité.

Conclusion

La Tunisie est bien plus qu'une simple destination de vacances balnéaires, même si ses plages et ses stations touristiques peuvent à elles seules justifier un voyage. C'est un pays d'une profondeur historique, culturelle et naturelle rare, qui a la capacité de transformer profondément ceux qui prennent le temps de le découvrir au-delà des apparences.

Rares sont les destinations qui permettent en un seul voyage de marcher sur les traces des Phéniciens, des Romains, des Byzantins, des Arabes, des Ottomans et des colons français, de dormir dans une maison troglodytique berbère et dans un hôtel de bord de mer de luxe, de manger les meilleures dattes du monde dans une oasis saharienne et des fruits de mer pêchés du matin sur le quai d'un port méditerranéen, de prier dans la quatrième ville sainte de l'islam et de visiter l'une des synagogues les plus anciennes du monde, de se perdre dans un souk médiéval et de contempler le Colisée romain le mieux conservé après Rome.

La Tunisie est aussi un pays de contrastes humains : sa population, jeune, éduquée, francophone dans les villes, est à la fois profondément attachée à ses traditions et ouvertement tournée vers la modernité et le monde. L'accueil des Tunisiens, leur hospitalité légendaire, leur sens de l'humour et leur curiosité pour les voyageurs étrangers sont des expériences qui marquent durablement les esprits.

À une époque où les distances entre les cultures semblent parfois s'élargir, la Tunisie rappelle avec force que les civilisations se sont toujours enrichies de leurs rencontres, de leurs échanges et de leurs métissages. La Tunisie est elle-même le produit de cette rencontre millénaire entre l'Afrique et l'Europe, entre l'Orient et l'Occident, entre la Méditerranée et le Sahara. Y voyager, c'est faire l'expérience vivante de cette rencontre.

Note de L'auteur Sur la Sécurité et les Conseils Actuels

La Tunisie a traversé depuis 2011 une période de transformation politique et sociale d'une importance historique considérable. Le pays a su construire puis préserver sa démocratie naissante face à des défis énormes, notamment les attaques terroristes de 2015 qui frappèrent le Musée du Bardo et la plage de Sousse, causant la mort de nombreux touristes étrangers. Ces événements douloureux entraînèrent une chute dramatique du tourisme entre 2015 et 2018. Depuis lors, la Tunisie a renforcé de manière significative ses dispositifs de sécurité dans tous les sites touristiques, les hôtels, les musées et les espaces publics. Le pays est aujourd'hui considéré par les grandes agences de voyage et les ministères des affaires étrangères européens comme une destination sûre pour les touristes, avec un niveau d'incidents comparables à d'autres destinations méditerranéennes populaires.

Les voyageurs doivent naturellement consulter les conseils aux voyageurs de leur gouvernement avant le départ et suivre les recommandations générales de prudence qui s'appliquent à toute destination touristique. En Tunisie spécifiquement, il est conseillé d'éviter les zones frontalières avec la Libye et l'Algérie dans le sud-est et le nord-ouest du pays, qui peuvent être sujettes à des tensions. Les régions touristiques traditionnelles, Tunis et sa banlieue, Hammamet, Sousse, Monastir, Sfax, Djerba, Kairouan et le sud touristique (Douz, Tozeur, Djerba), sont sûres et bien desservies.

La population tunisienne dans son ensemble accueille les touristes étrangers avec une chaleureuse hospitalité qui est l'un des traits culturels les plus frappants du pays. Les Tunisiens sont fiers de leur pays et de son patrimoine, et la plupart sont ravis de guider les visiteurs, de partager un thé et de répondre aux questions sur leur culture et leur histoire. Cette ouverture naturelle au monde est l'une des grandes richesses de l'expérience tunisienne.

L'architecture des Médinas

Les médinas tunisiennes constituent un héritage architectural vivant d'une valeur universelle exceptionnelle. La médina (terme arabe désignant la ville ancienne) est organisée selon une logique spatiale qui reflète les valeurs et l'organisation sociale de la civilisation islamique médiévale. Au centre se trouve la Grande Mosquée, cœur spirituel et intellectuel de la cité, autour de laquelle rayonnent les souks spécialisés dans les produits les plus nobles (parfums, livres, soies) progressivement remplacés par des commerces d'articles de moins en moins précieux à mesure qu'on s'éloigne du centre sacré. Les medersas, écoles coraniques attachées aux mosquées, les fondouks (hôtels-entrepôts pour les commerçants), les hammams (bains publics), les zaouïas (sanctuaires des confréries soufies) et les sièges des corporations d'artisans completent ce tissu urbain d'une cohérence remarquable.

L'architecture domestique des médinas tunisiennes est fondée sur le principe du retournement vers l'intérieur : les maisons présentent au monde extérieur un mur aveugle percé d'une seule porte, souvent monumentale et richement décorée, qui s'ouvre sur un vestibule (skifa) conduisant à une cour intérieure (wust el-dar) autour de laquelle s'organisent toutes les pièces de vie. Cette organisation garantit l'intimité familiale, la fraîcheur en été (la cour captant l'air et l'ombrant) et la sécurité. Les plus belles demeures de Tunis, restaurées en riads-hôtels ou en musées, permettent d'apprécier le raffinement de cette architecture intérieure avec ses colonnes de marbre, ses arcs outrepassés, ses moucharabiehs en bois et ses revêtements de zellige (carreaux de faïence découpés en motifs géométriques).

À Sidi Bou Saïd, l'architecture résidentielle atteint une forme de perfection visuelle particulière avec ses maisons blanches aux toitures en terrasse, ses portes sculptées en bois de cèdre clouté de ferronnerie en arabesque et ses fenêtres grillagées en bois peint en bleu cobalt. L'harmonie chromatique absolue de ce village est le résultat d'une règle urbanistique simple mais radicale imposée au début du XXe siècle par le baron Rodolphe d'Erlanger, et qui a été rigoureusement maintenue depuis lors.

Les Trésors Naturels de la Côte Nord

La côte nord de la Tunisie, de Tabarka à Bizerte en passant par le Cap Serrat et le Cap Blanc, est l'une des régions les moins connues mais les plus sauvages et les plus préservées du pays. Cette côte découpée, aux falaises calcaires plongeant dans une mer d'un bleu profond, aux criques de sable blanc difficiles d'accès et aux fonds marins parmi les plus riches de Méditerranée, constitue une destination de choix pour les amateurs de nature et d'aventure loin des foules touristiques.

Tabarka, petite ville côtière encadrée par un rocher granitique colonisé par une forteresse génoise, est le principal centre de tourisme de la côte nord. Ses plages de sable fin, ses récifs coralliens et ses forêts de pins qui descendent jusqu'à la mer en font un décor exceptionnel. La petite île qui abrite la forteresse génoise est reliée au continent par une digue et constitue l'emblème visuel de Tabarka. La ville est aussi connue pour sa production de corail rouge, dont les artisans locaux fabriquent des bijoux et des objets décoratifs depuis des siècles. Les festivals de jazz et de musique qui s'y déroulent chaque été attirent un public local et international.

Bizerte, à soixante kilomètres au nord de Tunis sur le lac de Bizerte, est la ville la plus septentrionale d'Afrique. Son vieux port, avec ses maisons colorées se reflétant dans l'eau du canal, ses bateaux de pêche et ses restaurants de poisson frais, est l'un des endroits les plus charmants de la côte nord tunisienne. La médina de Bizerte et sa kasbah dominent la ville ancienne, tandis que le lac intérieur qui lui est rattaché est un important refuge pour les oiseaux migrateurs et un centre de pêche traditionnel.

Guide de Voyage En Tunisie | CountryReports