
Sir Edmund Hillary: Apiculteur, Alpiniste, Humanitaire et Premier Etre Humain a Atteindre le Sommet de L'everest
Introduction
Peu de vies a l'ere moderne ont combine l'audace physique, la rigueur intellectuelle et la compassion humaine authentique avec autant de completude et d'humilite que celle de Sir Edmund Percival Hillary. L'homme qui, au matin du 29 mai 1953, se tint pour la premiere fois au point le plus eleve de la surface terrestre n'etait pas un aventurier professionnel, ni un soldat de l'empire, ni un heritier de privilege. C'etait le fils d'un apiculteur d'une modeste localite de Nouvelle-Zelande au sud d'Auckland, un jeune homme discret et quelque peu studieux qui avait decouvert tardivement les montagnes et les avait aimees pleinement, et qui consacrerait la meilleure partie d'une longue vie a s'assurer que les communautes sherpa qui avaient rendu son plus grand triomphe possible participent de maniere significative a la prosperite que sa renommee etait en mesure de generer.
L'histoire de Sir Edmund Hillary est, a un niveau, l'histoire de l'Expedition britannique sur l'Everest de 1953, l'une des entreprises d'alpinisme les plus minutieusement planifiees et les plus brillamment executees de l'histoire, qui s'est terminee par un moment qui a electrise le monde et qui a coincide, avec une precision qui semblait presque surnaturelle, avec le couronnement de la reine Elisabeth II. A un niveau plus profond, c'est l'histoire de ce qu'une personne de caractere authentique fait d'une immense renommee: elle ne la thesaurise pas, elle ne la met pas en scene, mais elle la depense tranquillement et avec perseverance au profit des autres. Hillary lui-meme affirmait souvent, et le pensait sans fausse modestie, que la chose la plus importante qu'il ait jamais faite n'etait pas de gravir l'Everest, mais les decennies de travail humanitaire qu'il avait accompli au Nepal a travers le Himalayan Trust. Cette declaration, faite par un homme qui avait sincerement reflechi a ce qui compte dans une vie, revele le caractere essentiel de l'une des figures les plus remarquables du vingtieme siecle.
Le telegramme code qui porta la nouvelle du sommet des contreforts himalayens jusqu'a Londres le 1er juin 1953, concu pour apparaitre aux non-inities comme un rapport meteorologique de routine tout en communiquant, a ceux qui connaissaient le chiffre convenu, la plus grande nouvelle alpinistique de l'histoire, fut envoye a temps pour que l'information soit diffusee le 2 juin 1953, le matin meme du couronnement de la reine. L'effet, dans tout l'Empire britannique et le Commonwealth, fut electrique. Un monde epuise par la guerre et encore en train de s'adapter a la paix recut la nouvelle que le sommet de l'Everest avait ete atteint comme un cadeau, un signe que les etres humains, travaillant ensemble avec discipline, courage et generosite, pouvaient encore accomplir l'extraordinaire.
Edmund Hillary et Tenzing Norgay, l'alpiniste sherpa qui escalada a ses cotes, devinrent a cet instant deux des personnes les plus celebres du monde. Ils le sont restes, pour des raisons differentes et avec des trajectoires distinctes, a chaque decennie depuis lors.
Ce texte constitue le recit exhaustif de la vie et de l'heritage de Sir Edmund Hillary: ses origines en Nouvelle-Zelande rurale, sa decouverte de l'alpinisme, son service militaire, ses premieres campagnes himalayennes, la grande expedition de 1953 dans tous ses details logistiques, la journee au sommet elle-meme, puis le long et egalement extraordinaire second acte d'une vie dediee aux peuples du Nepal.
Les Premieres Annees et le Milieu Familial
Edmund Percival Hillary naquit le 20 juillet 1919 a Papakura, une petite communaute agricole situee dans la partie meridionale de la region d'Auckland, en Nouvelle-Zelande. Ses parents etaient Percival Augustus Hillary, connu sous le nom de Percy, et Gertrude Hillary, nee Gertrude Clark. La famille n'etait pas aisee, mais elle n'etait pas non plus dans le besoin; Percy Hillary gagnait sa vie a la fois comme apiculteur et comme editeur et proprietaire d'un journal local, combinaison qui donnait au foyer a la fois une saveur de travail agricole pratique et d'engagement intellectuel.
Percy Hillary etait un homme profondement marque par la Premiere Guerre mondiale. Il avait servi a Gallipoli avec les forces neo-zelandaises, une experience qui laissa des empreintes permanentes dans sa personnalite: un serieux profond, une tendance a l'autosuffisance et une mefiance envers tout ce qui sentait la pretention ou l'affectation. Il etait un pere exigeant a la maniere des hommes de sa generation et de son experience, fixant des normes elevees pour ses enfants et accordant son approbation avec parcimonie. Edmund, l'enfant du milieu entre une soeur ainee, June, et un frere cadet, Rex, grandit dans un foyer qui valorisait le travail, l'honnetet et l'independance.
Lorsqu'Edmund etait petit, la famille demenagea de Papakura a Tuakau, une bourgade rurale situee a environ 55 kilometres au sud d'Auckland, au coeur de la region agricole du Waikato. Le demenagement installa le foyer Hillary au milieu des vergers et des terres cultivees, exactement le type de terrain propice a l'apiculture. Les ruchers de Percy devinrent la principale activite de la famille, et au fur et a mesure qu'Edmund grandissait, il etait attendu qu'il aide avec les ruches, apprenant les rythmes des abeilles, la discipline de l'observation attentive et la gestion patiente d'un processus naturel qui ne supportait pas la precipitation. Ces qualites, inculquees par le travail apicole, lui serviraient bien en montagne.
Le jeune Edmund n'etait pas physiquement robuste dans ses premieres annees. Il etait grand pour son age, deginande et quelque peu maladroit, et il peinait dans l'environnement physiquement competitif de la culture des garcons neo-zelandais. En revanche, il etait un lecteur vorace. Le long voyage en train de Tuakau jusqu'a la Auckland Grammar School, a laquelle il assistait comme lyceen en effectuant des trajets de pres de deux heures dans chaque sens, lui donnait le temps de lire abondamment. Il etait scolairement capable, particulierement fort en mathematiques, mais sa vie interieure etait plus riche que ne le suggeraient ses circonstances exterieures.
La Decouverte de L'alpinisme
L'evenement qui reorienta le cours entier de la vie d'Edmund Hillary se produisit en 1935, alors qu'il avait seize ans. Son ecole organisa un voyage d'hiver au Mont Ruapehu, le pic volcanique actif dans le centre de l'ile du Nord de la Nouvelle-Zelande, qui s'eleve a environ 2 797 metres au-dessus du niveau de la mer. Pour un adolescent qui avait passe toute sa vie dans les plaines agricoles plates au sud d'Auckland, l'experience de se tenir en presence d'une montagne enneigee fut saisissante de facons qu'il n'avait pas anticipees.
Ce n'etait pas simplement la nouveaute de la neige, meme si c'etait deja suffisamment remarquable. C'etait quelque chose de plus profond: un sentiment de reconnaissance, d'appartenance, comme si le froid, l'altitude et l'immensité du paysage montagneux l'avaient attendu specifiquement. Hillary decrivit plus tard le moment avec la franchise qui le caracterisait, disant qu'il avait ressenti au Ruapehu une sensation d'excitation et de possibilite que rien dans sa vie ordinaire n'avait produite. Les montagnes, reconnut-il avec une certitude soudaine et complete, etaient l'endroit ou il devait etre.
Dans les annees suivant le voyage au Ruapehu, il saisit chaque occasion de retourner en milieu montagnard. Les Alpes du Sud de la Nouvelle-Zelande, l'epine dorsale de l'ile du Sud, offraient d'excellents terrains d'escalade: des sommets glaciaires, des voies de glace, des arates exposees et les conditions meteorologiques imprevisibles caracteristiques d'une chaine de montagnes maritime. En 1939, alors qu'Hillary avait dix-neuf ans, il effectua sa premiere escalade alpine technique significative, gravissant le Mont Ollivier, un sommet de 2 519 metres dans le Parc national Aoraki/Mont Cook, guide par Harry Ayres, l'un des guides de montagne les plus accomplis et respectes de Nouvelle-Zelande.
Ce que ceux qui grimpaient avec Hillary remarquaient immediatement, et ce qui serait note de maniere repetee tout au long de sa carriere alpinistique, etait une qualite que les alpinistes experimentes appellent le sens de la montagne: une comprehension instinctive et intuitive de l'environnement montagnard qui ne peut etre pleinement enseignee. Hillary en etait abondamment pourvu. Il lisait le terrain naturellement, evaluait la stabilite des pentes enneigees sans qu'on lui indique les signes d'alerte, et se deplacait en terrain mixte avec une assurance et une confiance qui dementaient sa faible experience.
Le Service Dans la Royal New Zealand Air Force Durant la Seconde Guerre Mondiale
Le chemin d'Edmund Hillary vers l'armee ne fut pas direct. Lorsque la guerre eclata en 1939, il avait vingt ans, l'age ideal pour s'enroler, mais le gouvernement neo-zelandais considerait la production alimentaire, y compris le miel et les produits agricoles associes a l'entreprise apicole des Hillary, comme essentielle a l'effort de guerre, et Percy Hillary obtint un sursis qui garda son fils a la maison et au travail pendant les premieres annees de la guerre. Cette decision mal a l'aise Edmund, qui etait tres conscient que ses contemporains s'enrolaient et se battaient tandis qu'il restait dans les vergers au sud d'Auckland, mais il l'accepta comme une obligation familiale.
Il s'engagea finalement dans la Royal New Zealand Air Force en 1943, choisissant l'armee de l'air en partie en raison de l'attrait evident du vol pour une personne dotee de son intelligence spatiale et de son amour des grands espaces. Il se forma comme navigateur, un role qui exigeait exactement les types de capacites qu'il avait developpees pendant des annees de voyage en montagne: la capacite de determiner la position et le cap sur de grandes distances souvent sans reperes, en utilisant une combinaison d'observation celeste, de navigation a l'estime, de calcul mathematique et de jugement intuitif.
Il fut affecte au theatre du Pacifique, ou la Royal New Zealand Air Force operait des hydravions Consolidated PBY Catalina et d'autres appareils a long rayon d'action pour des missions de patrouille maritime, de recherche et sauvetage, et de transport. Il servit aux Iles Salomon et dans d'autres localites du Pacifique, accumulant un nombre considerable d'heures de vol et l'experience pratique d'operer dans des conditions difficiles. En 1945, pres de la fin de la guerre, Hillary subit des brulures importantes lors d'un accident de bateau aux Fidji. Il etait encore en convalescence lorsque la guerre prit fin en aout 1945. Il retourna en Nouvelle-Zelande et reprit l'apiculture, mais le desir d'escalader n'avait pas diminue; les annees d'absence forcee l'avaient, si quoi que ce soit, aiguise davantage.
Des 1946, il etait de retour dans les Alpes du Sud, grimpant avec une intensite renouvelee. Dans les annees comprises entre 1946 et 1951, il realisa une serie d'escalades alpines progressivement ambitieuses en Nouvelle-Zelande, developant a la fois ses competences techniques et sa condition physique jusqu'a un niveau qui le placait parmi les meilleurs alpinistes de l'hemisphere sud.
Les Premieres Expeditions Himalayennes: 1951 et 1952
La carriere himalayenne d'Edmund Hillary debuta par une invitation qui arriva comme une complete surprise et qui, par le plus mince des hasards, faillit lui echapper. En 1951, le distingue alpiniste britannique Eric Shipton organisait une petite equipe de reconnaissance pour explorer les approches meridionales du Mont Everest. Le Nepal n'avait ouvert ses frontieres aux expeditions etrangeres qu'en 1949, rendant accessible pour la premiere fois le versant meridional, nepalis, de la montagne. Toutes les precedentes expeditions britanniques sur l'Everest avaient aborde la montagne par le nord, depuis le Tibet. La route meridionale etait entierement inconnue, et la mission de Shipton etait de determiner si elle offrait un chemin viable vers le sommet.
Par une chaine de circonstances impliquant le retrait au dernier moment d'un membre de l'equipe et la disponibilite fortuite de deux Neo-Zelandais, Earle Riddiford et Edmund Hillary, qui avaient impressionne leurs contacts au Club Alpin de Nouvelle-Zelande, Hillary recut une invitation a rejoindre l'expedition. L'invitation arriva presque trop tard pour qu'il organise le voyage necessaire, mais il y parvint.
L'expedition de reconnaissance de 1951 avait pour principal defi la Cascade de Glace du Khumbu: un fleuve de glace en mouvement et en fracture constante a la tete du Glacier du Khumbu, trouffe de crevasses d'une profondeur extreme et perturbe par d'enormes seracs pouvant s'effondrer sans avertissement. L'equipe reussit a frayer un chemin a travers la cascade, a penetrer dans le Cwm occidental et a etablir qu'une approche viable du Col Sud existait. Hillary impressionna enormement Shipton, et l'expedition reussit son objectif principal: confirmer que la route meridionale etait faisable en principe.
L'annee suivante, en 1952, Hillary fut invite a participer a une autre entreprise himalayenne organisee par Shipton, cette fois une tentative sur le Cho Oyu, la sixieme plus haute montagne du monde a 8 188 metres, situee pres de la frontiere tibetaine. La tentative sur le Cho Oyu ne fut pas pleinement reussie, mais elle donna a Hillary quelque chose de plus precieux a long terme qu'un sommet: une vaste experience en haute altitude, au-dessus de 6 700 metres, ou les effets physiologiques de l'oxygene reduit commencent a affecter profondement le jugement, l'endurance et la capacite physique.
Il developpa egalement, lors des deux expeditions de 1951 et 1952, le profond respect et la veritable affection pour les peuples sherpas qui definiraient le travail humanitaire du reste de sa vie. Il fut frappe des le depart par la combinaison de force physique, de connaissance technique de la montagne, de dignite culturelle et de resilience de bonne humeur que les Sherpas apportaient aux expeditions. Ils n'etaient pas, reconnut-il immediatement, de simples porteurs ou serviteurs; c'etaient des gens de montagne d'une grande sophistication et habilete, vivant dans des communautes d'une veritable richesse culturelle dans des vallees que le monde exterieur connaissait a peine.
L'expedition Britannique Sur L'everest En 1953: Planification et Strategie
Les alpinistes suisses faillirent atteindre le sommet de l'Everest en 1952. Au printemps de cette annee-la, Raymond Lambert et Tenzing Norgay, lors de la premiere de deux expeditions suisses, atteignirent une altitude d'environ 8 600 metres sur l'Arete Sud-Est, plus haut qu'aucun etre humain n'avait jamais ete. Une deuxieme expedition suisse a l'automne 1952 tenta egalement la montagne mais fut vaincue par des conditions brutales. Les Suisses avaient demontre definitivement que la route meridionale etait viable et que le sommet etait a portee, mais ils etaient tombes a court d'environ 240 metres verticaux.
Pour les Britanniques, la nouvelle des expeditions suisses etait a la fois encourageante et alarmante. Ils se virent accorder une autorisation pour une expedition d'assaut complet au printemps 1953, avec la comprehension expresse que s'ils echouaient, les Francais auraient des droits d'escalade pour 1954. La pression etait immense.
La direction de ce qui devint l'Expedition britannique sur le Mont Everest de 1953 fut confiee au Colonel John Hunt, un officier de l'armee de carriere et alpiniste himalayen experimente qui possedait exactement les qualites de planification meticuluese, de genie logistique et de leadership humain sous pression prolongee que telle entreprise exigeait. L'approche de Hunt envers l'Everest etait essentiellement militaire dans sa methodologie et sa philosophie: il concut l'expedition comme un objectif a reduire par une preparation logistique ecrasante, un travail d'equipe discipline, un plan operationnel soigneusement sequence et l'accumulation patiente de positions a des altitudes progressivement plus elevees.
L'equipe que Hunt constitua etait extraordinaire dans sa profondeur. Outre Hillary, elle comprenait Charles Evans, Tom Bourdillon, George Band, Michael Ward, Wilfrid Noyce, George Lowe, Alfred Gregory et le physiologiste Griffith Pugh. Le contingent sherpa etait organise sous Tenzing Norgay en tant que Sirdar, c'est-a-dire le chef sherpa et dirigeant de la main-d'oeuvre indigene en haute altitude. La selection de Tenzing comme Sirdar etait evidente pour quiconque connaissait son palmarès: il avait participe a des expeditions sur l'Everest depuis 1935, avait accumule une experience incomparable de la montagne et avait atteint 8 600 metres avec Lambert l'annee precedente.
Les systemes d'oxygene representaient le defi technique le plus critique auquel faisait face l'expedition de 1953. A l'altitude du sommet de l'Everest, la pression atmospherique est d'environ un tiers de celle au niveau de la mer, ce qui signifie que la pression partielle de l'oxygene dans l'air est reduite en proportion. Griffith Pugh avait calcule les debits precis necessaires pour maintenir une fonction physique utile et avait travaille avec les fabricants d'equipements pour produire des systemes capables de delivrer ces debits de maniere fiable dans les conditions froides et seches de la haute Himalaya. Deux types de systeme d'oxygene furent deployes: le systeme a circuit ouvert, que Hillary et Tenzing utiliseraient lors de leur tentative au sommet, et le systeme a circuit ferme, developpe par Bourdillon et son pere.
L'etablissement des Camps En Altitude: L'assaut Sur L'everest
L'expedition arriva dans la region du Khumbu fin mars 1953 et passa les premieres semaines d'avril a realiser le programme systematique de transport de materiel et d'acclimatation que le plan de Hunt exigeait. A la fin du mois d'avril, des provisions s'accumulaient au Col Sud. La Face du Lhotse s'avera techniquement exigeante, une longue pente soutenue de glace bleue dure necessitant une technique de crampons soigneuse et la pose de cordes fixes que les equipes montantes et descendantes pourraient utiliser.
La selection des equipes du sommet avait ete faite par Hunt avec son meticulosite et son impartialite caracteristiques. Bourdillon et Evans furent assignes a la premiere tentative en utilisant le systeme d'oxygene a circuit ferme. Hillary et Tenzing furent assignes a la deuxieme tentative en utilisant le systeme a circuit ouvert, avec la comprehension qu'ils n'iraient que si Bourdillon et Evans n'avaient pas reussi. L'assignation de Hillary et Tenzing comme deuxieme equipe du sommet avait une logique qui allait au-dela de leurs capacites individuelles: ils avaient grimpe ensemble lors des expeditions de reconnaissance, se deplacaient bien ensemble en tant qu'equipe de corde, et leurs temperaments se completaient mutuellement de la maniere qui fait qu'un partenariat d'escalade est superieur a la somme de ses parties.
La Premiere Tentative Au Sommet: Bourdillon et Evans
Le 26 mai 1953, Tom Bourdillon et Charles Evans quitterent le Col Sud tot dans la matinee, portant le systeme d'oxygene a circuit ferme que Bourdillon avait contribue a developper. Le systeme fonctionna suffisamment bien dans les premieres heures, et les deux hommes grimperent avec force, progressant bien le long de l'Arete Sud-Est depuis le Col Sud vers le Sommet Sud. En debut d'apres-midi, ils avaient atteint une altitude d'environ 8 748 metres, le Sommet Sud, devenant ainsi le point le plus eleve ou aucun etre humain n'avait jamais ete.
Depuis le Sommet Sud, le vrai sommet etait visible, peut-etre 90 metres plus haut et a environ 500 metres de distance le long d'une arete complexe et en corniche. Bourdillon et Evans evaluerent leur situation avec le realisme discipline d'alpinistes experimentes: leur oxygene s'epuisait, l'un des equipements d'oxygene montrait des signes de dysfonctionnement, l'apres-midi avancait, et ils savaient pertinemment que la descente dans un etat deteriore est la ou reside le veritable danger. Ils prirent la decision de rebrousser chemin. C'etait l'une des decisions les plus dechirantes de l'histoire de l'alpinisme: se tenir a portee de main du sommet, plus pres que tout etre humain n'avait jamais ete, et choisir la voie responsable de la descente plutot que la voie heroique de la montee continue. Mais c'etait la bonne decision.
Les informations que Bourdillon et Evans rapporterent du Sommet Sud etaient inestimables pour la deuxieme equipe. La route au-dessus du Sommet Sud etait techniquement exigeante mais faisable; l'obstacle le plus significatif etait un mur de rocher et de glace presque vertical d'environ 12 metres de hauteur qui bloquait l'arete juste en dessous de la pente finale du sommet. Cette formation, qui allait etre connue pour toujours sous le nom de Marche de Hillary, etait le crux: le probleme technique le plus difficile qui separait tout alpiniste du sommet du monde.
Le Jour du Sommet: 29 Mai 1953
Hillary et Tenzing passerent la nuit du 28 mai 1953 au Camp IX, que Gregory, Lowe et le Sherpa Ang Nyima avaient etabli a environ 8 504 metres sur l'Arete Sud-Est. L'equipe de soutien etait descendue apres avoir installe le camp, laissant les deux hommes seuls a l'altitude la plus elevee ou aucun etre humain n'avait deliberement passe une nuit. La tente etait petite, le froid etait extraordinaire, bien au-dessous de 20 degres sous zero, et le vent battait la toile de la tente avec une ferocite ne permettant qu'un repos entrecoup. Hillary passa une partie de la nuit a degivrer ses chaussures d'escalade gelees en les tenant contre son corps dans son sac de couchage, une solution typiquement pragmatique a un probleme qui, si laisse sans resolution, aurait pu rendre la tentative impossible.
Ils se leverent a 4 heures du matin et commencerent le lent et laborieux processus de preparation pour la journee d'escalade. A 6h30 du matin, ils sortirent de la tente dans une journee froide mais, pour l'Everest, pas impitoyablement brutale. Le vent etait maniable et la visibilite bonne. Ils commencerent a grimper l'Arete Sud-Est, Hillary en tete fixant le rythme, Tenzing gerant la corde entre eux avec le soin expert d'un homme ne en montagne.
L'experience physiologique de grimper a pres de 8 700 metres, meme avec de l'oxygene supplementaire, est difficile a apprehender pour ceux qui n'y ont pas ete. Chaque pas a cette altitude represente un acte conscient de volonte. Le rythme naturel du corps pour respirer et se mouvoir, si automatique a basse altitude qu'il est invisible, devient a altitude extreme un processus delibere et consommateur d'energie qui exige une attention continue.
Vers 9 heures du matin, ils avaient atteint le Sommet Sud. Ils s'arreterent brievement, verifiant leurs reserves d'oxygene et inspectant la route devant eux. La traversee depuis le Sommet Sud vers le sommet final longe une arete etroite en corniche. La corniche, un surplomb de neige deposee par le vent s'etendant au-dela du bord reel de l'arete de roche et de glace, est un danger constant sur le cote droit. Hillary sondait la surface de la neige a plusieurs reprises avec son piolet en avancant, en testant sa solidite.
La Marche de Hillary: Vaincre le Dernier Obstacle
A environ 8 760 metres, Hillary se trouva face a la formation que Bourdillon et Evans avaient decrite depuis le Sommet Sud et qui est depuis devenue l'un des points geographiques les plus celebres de l'histoire de l'alpinisme: la Marche de Hillary. C'est un mur de rocher et de glace presque vertical mesurant, selon diverses estimations, entre 9 et 15 metres de hauteur, bien que le chiffre le plus frequemment cite soit d'environ 12 metres. Elle se dresse sur l'arete a un point ou l'alternative a l'escalader directement est soit le surplomb en corniche terrifiant du cote droit, soit une face rocheuse plongeant des milliers de metres de l'autre cote. En pratique, il n'y a pas de moyen de la contourner. La seule route est directement vers le haut.
Hillary examina la Marche avec l'analyse rapide et minutieuse d'un alpiniste confronte a un probleme technique sous pression. Il vit que du cote droit de la Marche, entre le mur de rocher lui-meme et la face verticale de la neige de la corniche, une fissure s'etait ouverte, un etroit espace cree par le mouvement differentiel de la roche et de la neige et de la glace superposee. La technique requise pour escalader une telle fissure s'appelle la cheminee. L'alpiniste s'introduit dans l'espace, applique une pression vers l'exterieur simultanement avec le dos contre une surface et les pieds contre l'autre, et utilise la friction resultante pour monter.
Hillary se faufila dans la fissure et commenca a grimper, travaillant vers le haut methodiquement tandis que Tenzing gerait la corde en dessous de lui. Il atteignit le haut de la Marche et se hissa sur une petite vire. Il remonta Tenzing apres lui, la corde se tendant puis se relachant tandis que Tenzing effectuait les memes mouvements difficiles.
La Marche de Hillary est devenue au cours des decennies suivantes le sujet d'un interet geologique et d'un debat considerables. Des rapports d'alpinistes dans les premieres annees du XXIe siecle, notamment a partir de 2017, suggeraient que la caracteristique rocheuse distinctive que Hillary decrivit, le mur clair avec la fissure diagonale, peut avoir ete substantiellement enseveli ou modifie par l'accumulation de neige et de glace et par les effets du changement climatique sur la montagne.
Au Sommet du Monde: le Sommet du Mont Everest
Au-dessus de la Marche de Hillary, l'arete continuait sur encore environ 75 metres, montant a travers une pente de neige finale qui s'inclinait vers ce qui semblait, vu d'en bas, etre un dome ou une corniche sommitale. Alors que Hillary progressait le long de cette section finale, il observait intensement le signe dont tout alpiniste de l'Everest a le plus besoin: la confirmation visuelle que l'arete devant lui descendait reellement plutot que de continuer a monter. Il ne trouva pas de faux sommet. L'arete montait regulierement, puis, a un point que son corps enregistra avant que son esprit conscient n'en formule la pensee, elle commenca a s'aplanir.
A environ 11h30 du matin le 29 mai 1953, Edmund Hillary se tint au sommet du Mont Everest a une altitude mesuree de 8 848 metres. Il n'y avait plus de montagne au-dessus de lui. Dans toutes les directions, le monde se deployait en contrebas: la vaste etendue de la chaine himalayenne, les collines brunes du Tibet au nord, les vallees profondement ombragees du Nepal loin en dessous au sud.
Tenzing Norgay arriva quelques instants plus tard, et les deux hommes s'embrasserent. C'etait, selon les recits des deux hommes, une etreinte de veritable chaleur et de respect mutuel, l'expression physique d'un partenariat qui avait fonctionne parfaitement dans le moment le plus exigeant imaginable. Tenzing sortit de son sac a dos du chocolat, des biscuits et d'autres articles qu'il deposa sur la neige comme offrande conforme a sa pratique bouddhiste. Hillary souleva son appareil photo et photographia Tenzing debout, son piolet leve et les drapeaux des Nations Unies, de la Grande-Bretagne, du Nepal et de l'Inde flottant depuis celui-ci. L'image resultante, Tenzing Norgay au sommet de l'Everest avec le piolet en l'air et les drapeaux au vent au-dessus du monde, est l'une des photographies les plus reconnues du vingtieme siecle. Il n'existe pas de photographie equivalente de Hillary au sommet; Tenzing ne savait apparemment pas utiliser l'appareil photo.
Ils passerent environ quinze minutes au sommet, un laps de temps limite par leurs reserves d'oxygene, l'avancement de l'heure et la conscience que la descente les attendait encore. Puis ils se retournerent et commencerent le long voyage de retour.
La Descente et le Monde Apprend la Nouvelle
La descente depuis le sommet impliqua les memes defis techniques que l'ascent, abordee maintenant avec les charges supplementaires de la fatigue, de l'oxygene qui diminuait et de la complexite psychologique de la transition depuis le pic d'un effort supreme vers la discipline soutenue d'une retraite soigneuse. Hillary et Tenzing se deplacerent avec soin, verifiant chaque placement de crampon et de piolet, maintenant la discipline qui les avait conduits au sommet et qui devait maintenant les ramener sains et saufs.
Ils atteignirent le Col Sud dans l'apres-midi, ou ils furent accueillis par le soulagement et la joie des membres de l'equipe qui attendaient. John Hunt campait sur la Face du Lhotse lorsque la partie descendante l'atteignit. La salutation de Hillary, delivree avec le sourire fatigue d'un homme qui venait d'accomplir quelque chose d'extraordinaire, etait caracteristiquement sans ornement. La phrase, non polie et directe, est devenue l'une des locutions les plus celebrees de l'histoire de l'exploration.
La nouvelle au monde exterieur fut transmise par un arrangement qui combinait l'initiative journalistique et la discretion officielle. Le Times de Londres avait achete les droits exclusifs des depeches de l'expedition, et son correspondant James Morris avait developpe avec la direction de l'expedition un chiffre pour communiquer la nouvelle la plus sensible. Le message arriva a Londres le 1er juin 1953, et la nouvelle se repandit dans tout l'Empire britannique et le Commonwealth le 2 juin: le matin du couronnement de la reine Elisabeth II. L'effet fut exactement ce qu'ils auraient pu esperer: les foules qui bordaient l'itineraire du couronnement a Londres apprirent la nouvelle du sommet alors que la jeune reine passait, et la combinaison du couronnement et de la conquete produisit un etat d'exhilaration nationale que les annees d'apres-guerre austre avaient rarement permis.
Peu apres que la nouvelle du sommet fut confirmee, le representant de la reine arriva aupres de l'expedition pour lui annoncer que John Hunt et Edmund Hillary avaient tous les deux ete faits chevaliers. Hunt devint Sir John Hunt; Hillary devint Sir Edmund Hillary. Tenzing Norgay recut la Medaille George.
La Question de Tenzing: Qui a Pose le Pied En Premier Sur le Sommet
Des le moment ou la nouvelle du sommet de l'Everest parvint au monde, une question domina l'attention populaire presque aussi intensement que la reussite elle-meme: qui avait pose le pied en premier au sommet, Hillary ou Tenzing? La question etait chargee d'une signification politique qui etait immediatement apparente. Dans le contexte de 1953, avec les nations asiatiques emergentes du colonialisme et affirmant leur independance et leur dignite sur la scene mondiale, la question de la priorite avait des implications de justice, de representation et de reconnaissance qui resonnaient bien au-dela de l'Himalaya.
Hillary et Tenzing maintinrent tous deux tout au long de leur vie publique, et avec une sincerite evidente, qu'ils avaient gravi la montagne "en equipe", que la reussite etait inseparablement commune, et que la question de la priorite etait une distraction par rapport a ce qui importait vraiment. Cependant, le recit prive de Hillary differait sur un detail. Dans son autobiographie de 1999 "View from the Summit", ecrite a la fin d'une longue vie, Hillary confirma ce qu'il aurait dit a des confidents pendant des annees: que lorsque la corde entre eux etait a pleine extension et que les derniers metres d'arete etaient franchi, il etait en tete, et qu'il avait donc ete le premier a fouler le point le plus eleve.
Jamling Tenzing Norgay, le fils de Tenzing, a subsequemment indique que la comprehension privee de son pere etait coherente avec le recit de Hillary: que Hillary etait effectivement techniquement le premier, mais que les deux hommes etaient arrives au sommet en tant que partenaires, a quelques instants l'un de l'autre, dans un esprit de veritable egalite. La question de qui a marche en premier est, en fin de compte, une distinction sans difference significative; ce qu'Hillary et Tenzing ont accompli le 29 mai 1953 etait un acte de partenariat humain au sens le plus plein, qui exigeait l'engagement total des deux, et appartient egalement aux deux.
La Chevalerie, le Retour Au Pays et la Celebrite Mondiale
Le retour de l'expedition Everest 1953 a la civilisation fut une procession de celebrations que la plupart de ses membres trouverent a la fois gratifiante et accablante. Pour Hillary en particulier, la transition depuis le silence austre de la haute Himalaya vers le bruit, les foules et les exigences de la celebrite mondiale fut desorientante. C'etait une personne privee par temperament profond, plus a l'aise dans les montagnes ou dans la compagnie tranquille de ceux qu'il connaissait bien, et la transformation soudaine en icone internationale le laissa incertain sur la facon d'occuper ce role sans s'y perdre.
Il fut invite au Palais de Buckingham pour l'investiture de sa chevalerie et la recut de la Reine Elisabeth II. Il fut fete dans toute la Grande-Bretagne et le Commonwealth: il recut la liberte de la Cite de Londres, fut recu au 10 Downing Street, se vit presenter des chefs d'Etat. Son nom apparut en premiere page des journaux dans des pays qu'il n'avait jamais visites. Le gouvernement neo-zelandais apposa son image sur le billet de cinq dollars, en faisant l'une des tres rares personnes vivantes dans le monde a etre honorees sur la monnaie d'une nation.
L'expedition Transantarctique de 1958: Atteindre le Pole Sud En Tracteur
En 1955, l'explorateur britannique Vivian Fuchs concut et commenca a organiser ce qui allait devenir l'Expedition transantarctique du Commonwealth, un plan ambitieux visant a reussir la premiere traversee terrestre de l'Antarctique, de la Mer de Weddell du cote atlantique du continent jusqu'a la Baie McMurdo du cote de la Mer de Ross, en passant par le Pole Sud geographique. Hillary fut invite a diriger la composante neo-zelandaise de l'expedition, chargee d'etablir une serie de depots de ravitaillement du cote de la Mer de Ross depuis lesquels le principal groupe de traversee de Fuchs pourrait s'approvisionner durant les etapes finales de son voyage.
Les vehicules qu'utilisa l'equipe de Hillary devinrent l'un des details les plus commentes de l'expedition: des tracteurs agricoles Ferguson specialement modifies, en plus de vehicules a chenilles polaires plus conventionnels. Le choix de tracteurs agricoles attira un considerable scepticisme, mais l'evaluation pragmatique de Hillary fut que les tracteurs Ferguson modifies etaient robustes, faciles a entretenir sur le terrain et capables de gerer le terrain relativement modere de la Baie des Glaces de Ross et des parties inferieures du Glacier Skelton. Les sceptiques avaient tort.
Le 4 janvier 1958, le convoi de tracteurs de Hillary arriva a la Station americaine Amundsen-Scott du Pole Sud, faisant de lui le dirigeant du premier groupe a atteindre le Pole Sud par voie terrestre depuis la malheureuse expedition de Robert Falcon Scott en 1912, quarante-six ans auparavant. L'exploit etait reel et remarquable, meme s'il engendra une friction reelle avec Fuchs. Hillary fut sans excuses, comme il avait tendance a l'etre lorsqu'il croyait qu'une decision avait ete bonne.
L'equipe principale de traversee de Fuchs acheva la traversee transantarctique complete le 2 mars 1958, la premiere fois que le continent avait ete traverse par voie terrestre. L'expedition dans son ensemble fut un triomphe de la cooperation du Commonwealth et de la logistique polaire.
Le Himalayan Trust: Construire des Ecoles et des Hopitaux Pour le Peuple Sherpa
Si l'expedition sur l'Everest fut l'acte qui rendit Edmund Hillary celebre, le Himalayan Trust fut l'acte qui le rendit grand. Le Trust, que Hillary fonda en 1960 et qu'il dirigea personnellement et avec un immense engagement jusqu'a la fin de sa vie, represente l'une des entreprises humanitaires les plus soutenues et les plus efficaces jamais entreprises par un individu a l'ere moderne.
Les origines du Himalayan Trust residaient dans la simple observation, formulee avec une urgence croissante lors des visites de retour de Hillary dans le Khumbu dans les annees suivant l'Everest, que les communautes sherpas dont le courage, le savoir et l'endurance physique avaient soutenu chaque expedition himalayenne reussie vivaient dans des conditions de profonde pauvrete et d'isolement. Leurs enfants ne recevaient pratiquement aucune education formelle. Les soins medicaux etaient essentiellement inexistants dans la region. Les communautes qui avaient rendu la conquete de l'Everest possible figuraient parmi les plus deservis du Nepal.
En 1960, Hillary initia la construction d'une ecole a Khumjung, un village au coeur du Khumbu sous l'Everest. L'Ecole de Khumjung ouvrit en 1961 et fut l'un des premiers etablissements d'enseignement formel de la region. Son existence fut immediatement et massivement appreciee par la communaute locale.
Au fil des decennies suivantes, le Himalayan Trust construisit plus de trente ecoles dans le Khumbu et dans les regions voisines du nord-est du Nepal, forma des enseignants, financa des bourses permettant a des etudiants sherpas de poursuivre des etudes universitaires a Katmandou et a l'etranger, et construisit un reseau d'institutions educatives qui transforma l'acces a l'education pour des dizaines de milliers d'enfants dans les communautes montagnardes du Nepal.
Le travail medical du Trust fut tout aussi etendu. L'Hopital de Khunde, etabli pres de Khumjung, devint le principal centre de soins de sante pour toute la region du Khumbu. Le Trust construisit et dota en personnel des cliniques dans des communautes plus isolees, soutint la formation d'agents de sante locaux et aborda le terrible fardeau des maladies evitables par des campagnes de vaccination et d'education en sante publique.
Au-dela des ecoles et des hopitaux, le Himalayan Trust construisit des ponts, amenagea des aerodromes a Lukla et en d'autres lieux qui reli les communautes isolees a Katmandou et reduisirent considerablement l'isolement de la region, et aida a restaurer des monasteres bouddhistes qui etaient des centres de vie culturelle et spirituelle pour le peuple sherpa.
Hillary affirma toujours, et le croyait manifestement, que le travail du Himalayan Trust etait la chose la plus importante qu'il ait jamais faite. Interroge a maintes reprises, dans des interviews et par ecrit, pour comparer le sommet de l'Everest avec les decennies de travail humanitaire, il etait constant: le sommet etait un moment extraordinaire, mais c'etait un moment. Les ecoles et les hopitaux et les ponts etaient permanents, cumulatifs, continus. Ils changeaient des vies de maniere pratique, quotidienne et tangible que le prestige de se tenir au sommet d'une montagne, aussi haute soit-elle, ne pourrait jamais egaler.
Tragedie Personnelle: la Perte de Louise et Belinda Hillary
Le plus devastateur des evenements de la vie d'Edmund Hillary arriva non pas en montagne mais dans un avion, non pas dans la poursuite de l'aventure mais dans l'acte ordinaire de voyager, et non pas a lui mais a ceux qu'il aimait le plus. Le 31 mars 1975, la premiere epouse de Hillary, Louise Mary Hillary (nee Louise Rose), et leur fille cadette Belinda, agee de seize ans, perdirent la vie lorsqu'un avion Pilatus Porter dans lequel elles voyageaient s'ecrasa peu apres le decollage de l'Aeroport international Tribhuvan de Katmandou.
Louise et Belinda se rendaient rejoindre Hillary dans la region du Khumbu au Nepal, ou il effectuait des travaux pour le Himalayan Trust. Hillary se trouvait sur un aeroport isole a Phaphlu lorsqu'il apprit la nouvelle par radio, et les temoignages de ceux qui etaient avec lui au moment decrivent un homme frappe par un chagrin si soudain et si complet que le monde semblait se dissoudre autour de lui.
Louise Hillary avait ete, selon tous les temoignages de ceux qui connaissaient le couple, une femme d'une qualite exceptionnelle: intelligente, chaleureuse, pratiquement competente et dotee de la patience et de la resilience qu'un mariage avec quelqu'un d'aussi frequemment absent et globalement sollicite qu'Edmund Hillary exigeait.
Hillary continua a travailler. Il n'avait pas d'autre cadre pour gerer son chagrin, et le Himalayan Trust fournissait un contexte dans lequel un but pratique pouvait coexister avec une devastation privee. En 1989, Hillary epousa June Mulgrew, la veuve de son proche ami et collegue de l'expedition en Antarctique Peter Mulgrew, qui etait mort dans la catastrophe aerienne du Mont Erebus en 1979. Le mariage de June et Edmund fut, selon tous les temoignages de ceux qui l'observerent, une relation de veritable chaleur et de soutien mutuel.
Vie Ulterieure et Service Continu
Entrant dans la soixantaine et la soixante-dixaine, Hillary resta actif dans le travail du Himalayan Trust et dans la vie publique. Il servit comme Haut Commissaire de la Nouvelle-Zelande en Inde, au Bangladesh et au Nepal de 1985 a 1988. Il recut la citoyennete honoraire du Nepal en 2003, lorsqu'il assista aux celebrations du cinquantieme anniversaire de l'ascension de l'Everest a Namche Bazaar dans le Khumbu.
Il publia plusieurs livres au cours de sa vie qui temoignaient a la fois de ses capacites litteraires et de son honnetet inhabituelle envers lui-meme: "High Adventure" (1955), son recit de l'expedition sur l'Everest; "The Crossing of Antarctica" (1958); "Nothing Venture, Nothing Win" (1975), ses premieres memoires completes; et "View from the Summit" (1999), son autobiographie de fin de vie.
La Mort a Auckland le 11 Janvier 2008
Sir Edmund Hillary mourut d'un arret cardiaque a l'Hopital de la ville d'Auckland le 11 janvier 2008. Il avait quatre-vingt-huit ans. La reponse mondiale a sa mort fut d'une ampleur habituellement associee au deces de chefs d'Etat. Le Nepal decreta un jour de deuil national. Dans la vallee du Khumbu, ou Hillary avait travaille pendant pres d'un demi-siecle, les communautes sherpas se reunirent pour honorer l'homme qu'elles consideraient comme leur plus grand ami.
Le gouvernement neo-zelandais lui accorda des funerailles nationales, tenues a la Cathedrale de la Sainte-Trinite a Auckland. La Premiere ministre Helen Clark dirigea les hommages, soulignant que Hillary etait "un colosse" de la vie publique neo-zelandaise qui avait demontre "que l'on peut accomplir l'extraordinaire tout en restant profondement humain."
Tenzing Norgay lui avait survecu de plus de deux decennies, etant mort le 9 mai 1986, a soixante-douze ans, a Darjeeling, en Inde. Les deux hommes qui avaient partage cette extraordinaire matinee sur le toit du monde etaient separes a la fin de leurs vies terrestres, mais unis en permanence dans le registre historique et dans l'affection du monde.
Sir Edmund Hillary Sur le Billet de Cinq Dollars Neo-Zelandais
Du vivant d'Edmund Hillary, son image apparaissait sur le billet de cinq dollars neo-zelandais, une distinction qui faisait de lui l'une des tres rares personnes vivantes dans le monde a etre honorees sur la monnaie d'une nation. Le billet presentait un portrait de Hillary regardant directement le spectateur, son visage exprimant la combinaison de confiance physique et de modestie composee que ceux qui le connaissaient reconnaissaient comme entierement authentique.
La decision de placer une personne vivante sur la monnaie etait inhabituelle pour la Nouvelle-Zelande et refletait la place unique qu'occupait Hillary dans la conscience nationale du pays. Il n'etait pas simplement la personne la plus celebre de Nouvelle-Zelande, meme si c'etait certainement le cas. Il etait, dans l'esprit de nombreux Neo-Zelandais, l'incarnation des qualites que le pays valorisait le plus en lui-meme: le pragmatisme plutot que la pretention, la reussite sans arrogance, le service aux autres comme expression naturelle de la capacite personnelle.
Le Caractere et la Philosophie de Sir Edmund Hillary
Ce qui distinguait Edmund Hillary des nombreux alpinistes talentueux de son extraordinaire generation n'etait pas, en definitive, sa capacite physique, meme s'il en avait une exceptionnelle. Ce n'etait pas son courage, meme s'il avait un courage authentique d'un type qui ne s'annonce pas mais agit simplement. C'etait le caractere: une combinaison specifique d'intelligence pratique, de modestie genuine et sans mise en scene, de franchise sans cruaute et d'une profonde chaleur humaine qui s'exprimait non pas dans le sentimentalisme mais dans une action soutenue au profit des autres.
Il avait un don particulier pour l'amitie qui operait entierement par-dessus les frontieres culturelles. Les relations qu'il noua avec des individus et des communautes sherpas n'etaient pas la cordialite condescendante d'un bienfaiteur reconnaissant envers les destinataires reconnaissants, mais l'affection reciproque sincere d'une personne qui reconnaissait chez des gens tres differents d'elle-meme des qualites qu'elle admirait sans reserve. Il s'asseyait dans des cuisines sherpas et buvait du chang avec l'aisance d'un homme qui n'avait aucun interet a maintenir une distinction entre lui et ses hotes. Il apprit leur langue. Il assistait aux fetes de leur calendrier bouddhiste avec respect et interet.
Il etait egalement, dans le monde de l'alpinisme, connu pour une honnetete scrupuleuse qui mettait parfois ses contemporains dans l'embarras. Sa decision de 1999 de reconnaitre publiquement, apres des decennies d'ambiguite diplomatique, qu'il avait ete le premier a fouler le sommet de l'Everest avant Tenzing etait caracteristique: il choisit la clarte plutot que le confort, et le registre historique plutot qu'une fiction diplomatique.
"Ce n'est pas la montagne que nous conquerons," dit-il un jour, "mais nous-memes."
Conclusion
La vie de Sir Edmund Hillary s'etendit du 20 juillet 1919 au 11 janvier 2008, quatre-vingt-huit ans qui engloberent la transformation du monde depuis l'ere de l'aviation biplan jusqu'a celle de la communication numerique mondiale. Dans cet espace, il reussit a escalader la plus haute montagne du monde, a traverser l'Antarctique par voie terrestre, a construire plus de trente ecoles et un reseau de cliniques et d'hopitaux dans l'une des regions montagneuses les plus isolees du monde, a servir comme diplomate, a ecrire plusieurs livres et a maintenir, a travers tout cela, le caractere essentiel du fils de l'apiculteur de Tuakau: direct, pratique, honnete et genuinement plus interesse par les autres que par lui-meme.
Il fut, en definitive, un grand homme, pas seulement un homme celebre, meme si la celebrite, il en avait en abondance. La distinction compte, et il en fut l'une des illustrations les plus claires. La renommee peut etre acquise sans caractere, par le spectacle seul. La grandeur exige que la renommee soit depensee pour quelque chose de plus grand qu'elle-meme. Hillary la depensa pour le peuple sherpa du Nepal, et ils en furent immensurement enrichis.
Tenzing Norgay: L'homme Qui Se Tenait Aux Cotes de Hillary
L'histoire de la premiere ascension de l'Everest ne peut pas etre racontee completement sans une attention egale a Tenzing Norgay, l'alpiniste sherpa qui se tenait aux cotes d'Edmund Hillary au sommet a 11h30 du matin du 29 mai 1953, et dont la propre histoire de vie est a bien des egards aussi remarquable que celle de Hillary, bien que moins completement connue du monde occidental.
Tenzing est ne vers 1914, bien que la date exacte n'ait jamais ete precisement connue meme de lui. Sa famille, d'origine sherpa, avait migre recemment du Tibet en traversant les hauts cols jusqu'a la region du Khumbu au Nepal. Son nom de naissance etait Namgyal Wangdi; le nom Tenzing Norgay, qui se traduit approximativement par "suiveur fortune de la religion," lui fut donne par un lama superieur dans l'un des grands monasteres du Khumbu quand il etait encore tres jeune.
Sa premiere expedition a l'Everest fut en 1935, avec la petite equipe de reconnaissance d'Eric Shipton. Bien que l'equipe ne soit pas montee haut sur la montagne, Tenzing rencontra pour la premiere fois l'Everest, la montagne qui definirait toute sa vie. Il revint lors d'expeditions ulterieures: en 1938 avec l'equipe de H.W. Tilman, qui tenta serieusement la montagne par l'approche nord tibetaine; et en 1947 dans le cadre d'une tentative privee. Apres l'ouverture du flanc meridional du Nepal aux expeditions en 1949, il rejoignit l'expedition suisse au printemps 1952 en tant que sirdar et principal grimpeur d'altitude.
L'expedition suisse de printemps 1952 atteignit une altitude estimee a environ 8.595 metres sur l'arete sud-est, plus haut qu'aucun etre humain n'avait ete confirme avoir ete auparavant. Tenzing et le grimpeur suisse Raymond Lambert developperent un profond respect mutuel pendant cette tentative, partageant une tente dans laquelle ils durent se rechauffer par la proximite physique en l'absence de sacs de couchage adequats. L'annee suivante, Tenzing fut nomme sirdar pour l'expedition britannique de 1953.
La question de savoir qui, entre Hillary et Tenzing, a le premier pose le pied sur le sommet a occupe une part disproportionnee du debat durant les decennies suivantes. La reponse diplomatique maintenue pendant de nombreuses annees par les deux hommes etait qu'ils avaient atteint le sommet "ensemble," ce qui etait techniquement vrai dans le sens ou tous deux s'y trouverent en l'espace de quelques instants. Hillary lui-meme, dans son autobiographie de 1999, fut plus precis: il decrit avoir foule le sommet et plante son piolet dans la neige pendant que Tenzing, encore a quelques metres en dessous, se preparait a le rejoindre. Ce recit fut confirme par le fils de Tenzing, Jamling Tenzing Norgay, dans son livre de 2003 "Touching My Father's Shadow."
La sensibilite politique autour de cette question provenait en partie de l'investissement passionne de l'Inde dans l'identite de Tenzing. Dans l'Inde de 1953, qui n'avait obtenu son independance que six ans auparavant, Tenzing etait largement celebre comme un alpiniste indien. Le Nepal revendiquait egalement avec force son identite en tant que fils du Nepal. Tenzing lui-meme navigua cela avec sa dignite caracteristique, refusant de laisser les investissements politiques des autres determiner comment il parlait de sa relation avec Hillary.
Dans les annees qui suivirent 1953, Tenzing devint le premier directeur de la formation de terrain a l'Institut himalayen d'alpinisme de Darjeeling, formant des generations de jeunes alpinistes indiens. Il mourut le 9 mai 1986, a l'age d'environ soixante et onze ans.
L'equipe Sherpa et L'expedition de 1953
L'un des aspects les moins discutes de l'expedition de 1953 est la mesure complete dans laquelle elle a dependu du travail, de la competence et du courage physique de la communaute sherpa. L'expedition engagea environ trente-quatre hommes sherpas comme porteurs de haute altitude. Parmi l'equipe d'elite de transport se trouvait Da Namgyal, qui transporta une charge jusqu'a 8.350 metres, le point le plus eleve atteint par tout sherpa autre que Tenzing lors de l'expedition de 1953. Ang Nyima effectua de multiples trajets vers le Col Sud a 7.925 metres, un travail necessitant un effort soutenu a des altitudes ou la plupart des gens seraient incapacites.
Hillary etait vivement conscient de cela, et cela facon-na sa pensee depuis le debut. Alors que d'autres chefs d'expedition de son epoque et de son contexte culturel auraient pu considerer les Sherpas comme un composant instrumental d'une operation logistique, Hillary les voyait comme des individus avec des noms, des familles, des aspirations et des revendications legitimes sur la prosperite que leur accomplissement partage avait creee.
La Mecanique de la Journee Au Sommet: le Systeme D'oxygene
Pour comprendre ce qu'Hillary et Tenzing accomplirent le matin du 29 mai 1953, il est necessaire de comprendre les defis physiologiques et techniques precis auxquels ils furent confrontes des l'instant ou ils quitterent le Camp IX a 8.504 metres. L'appareil a oxygene qu'ils portaient etait le systeme a circuit ouvert: l'oxygene en bouteille etait melange a l'air ambiant et delivre au grimpeur via un masque, le gaz expire etant simplement evacue dans l'atmosphere. Chaque grimpeur portait un ensemble de quatre cylindres d'oxygene dans un cadre de sac a dos specialement concu; l'ensemble complet charge pesait environ 14 kilogrammes.
Hillary decouvrit ce matin-la que son masque a oxygene avait gele pendant la nuit, une defaillance du materiel qui necessita une attention immediate. Il passa la premiere heure du matin a degel les composants en les rechauffant contre son corps, une reponse methodique a un probleme potentiellement fatal qui illustrait le calme sous pression qui le rendait exceptionnel en montagne.
Le Pas de Hillary, examine depuis le Sommet Sud, fut le defi definitif de l'ascension restante. C'etait une paroi quasi verticale de roche et de glace de pres de 12 metres de haut. La reponse d'Hillary, l'analyse, la decision, l'execution, fut l'un des actes individuels de resolution de problemes les plus importants de l'histoire de l'alpinisme. Il identifia une fissure entre la paroi rocheuse et la corniche de neige comme la seule option viable, insera son corps dans celle-ci en utilisant la pression opposee du dos et des pieds pour monter, et l'escalada.
Ils atteignirent le sommet a 11h30. La vue depuis le sommet etait extraordinaire dans son etendue: le Makalu visible au sud-est, le Kangchenjunga a l'est, le plateau tibetain s'etendant vers le nord, la courbure de la Terre perceptible dans les distances lointaines.
Le Himalayan Trust: les Projets Specifiques
L'ecole de Khumjung, le premier projet, ouvrit en 1961. L'ecole fut construite a la main, avec des travailleurs sherpas et Hillary lui-meme transportant les materiaux de construction. L'insistance de Hillary a travailler aux cotes des travailleurs sherpas plutot que de les superviser depuis une position d'autorite etait caracteristique; elle communiquait efficacement le respect qu'il avait pour la communaute et le serieux de son engagement.
L'hopital de Khunde, qui ouvrit en 1966, fut le deuxieme projet majeur et probablement celui qui eut l'impact le plus direct sur la qualite de vie dans le Khumbu. Avant la construction de l'hopital, les communautes de la vallee du Khumbu n'avaient acces a aucun soin medical occidental. L'hopital le plus proche etait a Katmandou, un voyage de plusieurs jours a pied. L'hopital de Khunde, dote de medecins et infirmieres benevoles fournis via des reseaux neo-zelandais, prodiguait des soins medicaux a des communautes qui n'en avaient jamais beneficie.
Au moment de la mort de Hillary en 2008, le Himalayan Trust avait construit ou substantiellement renove plus de trente ecoles, deux hopitaux, douze cliniques medicales, trois ponts et plusieurs systemes d'eau et projets de reboisement dans le Khumbu et les regions avoisinantes. L'organisation avait deliberement maintenu de faibles frais administratifs, s'appuyant sur le travail benevole et les services professionnels donnes.
La Tragedie de 1975 et les Annees de Deuil
Le 31 mars 1975, un vol charter d'Air New Zealand transportant la femme de Hillary, Louise Mary Hillary, et leur plus jeune fille Belinda, agee de vingt-deux ans, s'ecrasa peu apres le decollage de l'aeroport de Katmandou. L'avion heurta un camion lors du decollage et prit feu, tuant tous ceux a bord. Hillary se trouvait dans la vallee du Khumbu quand la nouvelle lui parvint.
Hillary decrivit la periode qui suivit immediatement l'accident comme la pire de sa vie. Il jeta toute son energie dans le travail du Trust avec une intensite qui avait quelque chose d'une automedicamentation, utilisant les exigences du Khumbu et les besoins des communautes sherpa comme une reponse partielle a la question de que faire d'une vie qui avait perdu sa relation personnelle la plus importante.
Son mariage en 1989 avec June Mulgrew, la veuve de son ami proche Peter Mulgrew, fut un bonheur tardif qu'il n'esperait pas et qu'il decrivit en termes de profonde gratitude. June Mulgrew avait elle-meme endure la perte de son mari dans la catastrophe de l'Erebus de 1979, et tous deux s'apporterent mutuellement une qualite de compagnonnage forgee par une comprehension partagee de ce que signifiait vivre avec une perte significative tout en continuant a s'engager pleinement dans le monde.
Sources
https://teara.govt.nz/en/biographies/6h1/hillary-edmund-percival https://nzhistory.govt.nz/people/edmund-hillary https://www.himalayantrust.org/ https://www.newworldencyclopedia.org/entry/Edmund_Hillary https://www.countryreports.org
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