Skip to main content
CountryReports
Qatar : La Ou L'ancien Golfe Rencontre le Futur du Monde

Qatar : La Ou L'ancien Golfe Rencontre le Futur du Monde

Vitesse

Introduction

Il existe une forme particuliere d'etonnement qui s'empare des voyageurs arrivant au Qatar pour la premiere fois. L'avion descend au-dessus d'une peninsule plate et ocre qui s'avance dans le golfe Arabique, un lambeau de terre a peine plus grand que l'etat americain du Connecticut, flanque sur trois cotes par une mer scintillante et sur le quatrieme par l'immensete vide de l'Arabie saoudite. Puis les lumieres apparaissent : des tours a la geometrie improbable surgissant du bord sombre de l'eau, des amas de verre et d'acier aux formes qui semblent avoir ete concues moins pour l'habitation que pour le spectacle. Vous venez d'arriver dans un pays qui, en l'espace d'une seule vie humaine, s'est transforme de l'un des coins les plus pauvres et les plus isoles de la peninsule Arabique en l'une des nations les plus riches, les plus ambitieuses et les plus connectees au niveau mondial de toute la planete.

Le Qatar est un petit pays au destin hors norme. Ses statistiques donnent le vertige : des reserves prouvees de gaz naturel d'environ 25 billions de metres cubes, les troisiemes plus importantes au monde apres la Russie et l'Iran, enfouies sous une peninsule couvrant a peine 11 586 kilometres carres. Un produit interieur brut par habitant qui depasse regulierement 85 000 dollars americains, le placant parmi les niveaux les plus eleves qui soient au monde. Une population d'environ 3 millions de personnes, dont seulement quelque 300 000 sont des nationaux qatariens. Les 85 pour cent restants ou davantage sont des expatries venus d'Asie du Sud, d'Asie du Sud-Est, du monde arabe au sens large et de dizaines d'autres nations pour construire, employer, enseigner, soigner, gerer et entretenir un pays qui se construit en acceleration depuis le milieu du vingtieme siecle. Ces chiffres seuls feraient du Qatar un pays peu ordinaire. Ce qui le rend veritablement remarquable, c'est la profondeur de l'heritage culturel qui sous-tend toute cette nouveaute, et l'intensite particuliere avec laquelle sa famille regnante et son peuple se sont attaches a placer cette petite nation au centre des affaires mondiales.

L'histoire du Qatar dans le monde moderne est indissociable de celle du gaz naturel. Lorsque des ingenieurs travaillant pour une modeste compagnie petroliere ont fore le fond marin au nord des cotes qatariennes en 1971, ils ont decouvert ce qui allait finalement etre confirme comme etant le champ North Dome, le plus grand reservoir de gaz naturel de la planete, partage avec l'Iran ou il est appele South Pars. Cette decouverte a transforme non seulement la trajectoire economique du Qatar, mais toute sa conception de lui-meme. Une nation qui avait passe des siecles a survivre en plongeant pour des perles, en elevant des chameaux, en pechant dans les eaux peu profondes du Golfe et en commercant a travers la mer d'Arabie s'est soudainement retrouvee assise sur une richesse quasi inepuisable. La question de savoir quoi faire de cette richesse, comment l'investir, comment la projeter, comment traduire des reserves brutes d'hydrocarbures en un developpement humain durable, a defini la vie politique et culturelle du Qatar depuis plus d'un demi-siecle.

La capitale, Doha, est l'endroit ou les reponses a cette question sont les plus visibles. Ce qui etait une modeste ville de peche et de commerce de quelques milliers d'habitants dans les annees 1950 est devenu une metropole mondiale de tours scintillantes, de musees de classe mondiale, d'universites classees au rang international et d'un aeroport regulierement juge le meilleur de la planete. Qatar Airways, lance en 1997 sous le patronage du cheikh Hamad bin Khalifa Al Thani, est devenu l'un des transporteurs aeriens les plus prestigieux du monde, reliant Doha a plus de 160 destinations et faisant de la ville un carrefour par lequel passent chaque annee des millions de voyageurs internationaux. Al Jazeera, la chaine d'information satellite fondee en 1996 grace a une subvention de 150 millions de dollars du gouvernement qatarien, a brise le monopole des medias d'etat controles a travers le monde arabe et est devenue une force journalistique reconnue a l'echelle mondiale, couvrant des sujets allant de la Palestine au Printemps arabe en passant par la politique americaine. Et en 2010, la FIFA a accorde au Qatar le droit d'organiser la Coupe du monde 2022, faisant de lui la premiere nation arabe, la premiere nation a majorite musulmane et la plus petite nation a jamais accueillir l'evenement sportif le plus regarde au monde.

Rien de tout cela ne s'est accompli sans controverses, contradictions ni complexite. Les pratiques de travail du Qatar, en particulier le systeme de parrainage kafala qui liait les travailleurs migrants a leurs employeurs individuels, ont suscite un intense examen international dans les annees precedant la Coupe du monde. Son bilan en matiere de droits de l'homme, notamment les restrictions a la liberte d'expression et la criminalisation des relations entre personnes du meme sexe, a genere des critiques soutenues. Ses relations avec les voisins regionaux ont parfois ete gravement tendues : en 2017, une coalition dirigee par l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis a impose un blocus terrestre, maritime et aerien au Qatar qui a dure trois ans et demi, la crise diplomatique la plus dramatique de l'histoire du Conseil de cooperation du Golfe. Le Qatar y a survecu, s'y est adapte et en est ressorti vraisemblablement plus autosuffisant et plus confiant qu'il ne l'etait auparavant.

Ce que le voyageur decouvre en arrivant au Qatar, c'est que les contradictions ne sont pas des defauts du systeme mais les caracteristiques d'une societe navigant dans une transition extraordinairement comprimee. Il y a trois generations, beaucoup de Qatariens vivaient dans des maisons de barasti en feuilles de palmier tressees et subvenaient a leurs besoins par des activites qui avaient a peine change depuis des siecles. Aujourd'hui, leurs petits-enfants detiennent des passeports qatariens qui leur accordent l'acces sans visa ou facilement a une grande partie du monde, etudient dans des campus de l'Universite Georgetown et de Carnegie Mellon a Doha, visitent un musee concu par I.M. Pei qui abrite quatorze siecles de civilisation islamique, et regardent des voitures de Formule 1 courir a travers le desert la nuit. L'ecart entre ces deux realites tient a peine une vie humaine. Comprendre cette compression, et respecter l'heritage culturel que les Qatariens portent a travers elle, est essentiel pour saisir le pays et tirer un sens authentique de toute visite.

Le Qatar est situe a environ 25,3548 degres de latitude nord et 51,1839 degres de longitude est, occupant une peninsule qui s'etend vers le nord depuis la peninsule Arabique dans le golfe Arabique, egalement appele golfe Persique. Il ne partage qu'une seule frontiere terrestre, avec l'Arabie saoudite au sud. Le terrain est principalement plat, desertique et ponctue de sabkha, ces salines caracteristiques de la region, a faible altitude, avec une elevation maximale de seulement 103 metres a la colline de Qurayn Abu al Bawl, le point naturel le plus eleve du pays. Le littoral s'etend sur 563 kilometres, en grande partie borde de vastes zones de maree peu profondes qui etaient historiquement les zones de peche et de plongee aux perles ayant fait vivre la societe qatarienne pendant des millenaires. Le climat est desertique : des etes brutaux avec des temperatures depassant regulierement 45 degres Celsius, et des hivers doux entre novembre et mars ou des temperatures diurnes de 20 a 25 degres rendent le pays veritablement agreable a explorer.

La famille regnante du Qatar, la dynastie Al Thani, gouverne la peninsule depuis le milieu du dix-neuvieme siecle. L'actuel emir, le cheikh Tamim bin Hamad Al Thani, a pris le pouvoir en 2013 lorsque son pere, le cheikh Hamad, a volontairement abdique lors d'une transition qui etait elle-meme remarquable en termes de politique du Golfe : une transmission pacifique et planifiee du pouvoir au sein d'une generation engagee dans une transformation continue. Le cheikh Tamim, ne en 1980, est l'un des chefs d'etat les plus jeunes du monde et a poursuivi les orientations politiques que son pere avait etablies tout en naviguant dans les pressions extraordinaires du blocus, de la Coupe du monde et des efforts continus du Qatar pour definir sa place dans un monde qui connait de rapides mutations politiques et environnementales.

Pour le voyageur, le Qatar offre une experience sans equivalent nulle part ailleurs dans le monde : un lieu ou l'on peut se promener dans les ruines d'une ville de commerce de perles du dix-huitieme siecle le matin, visiter l'un des meilleurs musees mondiaux d'art islamique l'apres-midi, diner dans un restaurant de l'ancien souk qui melange les traditions culinaires qatarienne, persane et indienne, et la nuit contempler depuis une promenade en bord de mer un horizon urbain qui n'existait pour l'essentiel pas il y a trente ans. Le pays est sur, efficace, ouvert a l'anglais et hospitalier de manieres qui refletent de profondes traditions culturelles d'accueil. C'est aussi un endroit qui invite ses visiteurs a reflechir sur la richesse et ses origines, sur le developpement et ses couts, sur la culture et ses adaptations, sur le genre de futur particulier qui emerge lorsqu'une societe ancienne se retrouve soudainement assez riche pour essayer de construire tout ce qu'elle peut imaginer.

Histoire

L'histoire humaine du Qatar remonte a au moins cinq mille ans, jusqu'aux etablissements de l'age du Bronze decouverts par les archeologues dans les parties nord et ouest de la peninsule. Des preuves d'habitation datant d'environ 3000 avant notre ere ont ete trouvees sur plusieurs sites, dont Ain Muhammad et Umm Al Maa, suggerant que de petites communautes existaient dans cette terre aride bien avant les premiers documents historiques ecrits de la region. Ces premiers habitants survivaient probablement grace a la peche, a la recolte de mollusques, a une agriculture limitee dans les quelques zones ou les eaux souterraines affleuraient, et au commerce sur les routes maritimes qui reliaient deja dans la prehistoire les civilisations de la vallee de l'Indus, de la Mesopotamie et de la peninsule Arabique.

Les liens anciens du Qatar avec le monde commercial plus large du Golfe sont documentes dans les archives archeologiques par la presence de ceramiques de la culture Dilmun et d'autres artefacts reliant la peninsule a la sophistiquee civilisation marchande centree sur le Bahrain moderne et la cote est d'Arabie. Al Jassasiya, sur la cote nord-est du Qatar, preserve l'une des plus importantes concentrations d'art rupestre de la region du Golfe, avec plus de neuf cents marques en creux sculptees, des motifs en rosette et des formes geometriques taillees dans la surface calcaire par des peuples preislamiques dont l'identite exacte et la datation precise restent des sujets de recherche scientifique. Ces sculptures, probablement realisees entre le septieme et le seizieme siecle de notre ere sur la base des preuves contextuelles, representent l'un des paysages archeologiques les plus evocateurs du Qatar. C'est un endroit ou les traces de mains anciennes confrontent le visiteur a la profonde epaisseur temporelle de l'histoire humaine qui sous-tend ce pays de tours nouvelles.

Tout au long du premier millenaire de notre ere et des premiers siecles islamiques, le Qatar occupait une place modeste mais non negligeable dans le monde du Golfe. Des references historiques mentionnent un endroit appele Catara, rendu probable du nom Qatar, en relation avec l'elevage et le commerce de chevaux, des animaux pour lesquels la peninsule Arabique etait deja celebre dans l'Antiquite. La region est entree dans l'orbite du califat islamique apres la mort du Prophete Muhammad en 632 de notre ere, et la population s'est convertie a l'islam, une foi qui depuis lors a defini l'identite qatarienne avec une intimite difficile a surestimer. Pendant la majeure partie de la periode medievale, le Qatar est reste un territoire peripherique faiblement peuple, sa population concentree pres de la cote, dependante de la peche et du commerce, ne produisant rien qui eveillat l'interet intense des grandes puissances du monde islamique.

L'epoque qui a le plus durablement facon les fondements sociaux et politiques du Qatar moderne a commence au dix-huitieme siecle, lorsque l'etablissement d'Al Zubarah a ete fonde sur la cote nord-ouest de la peninsule. Fonde vers 1762 a 1770 par des colons de la confederation tribale des Bani Utub qui s'etaient deplaces vers le sud depuis les rives du Koweit, Al Zubarah a connu une croissance remarquablement rapide pour devenir l'une des villes de commerce de perles et de negoce les plus prosperes du Golfe. Dans les annees 1780, elle comptait une population estimee entre huit et dix mille habitants et s'etait developpee en un important centre commercial regional, exportant des perles vers l'Inde et l'Europe et important des marchandises du monde commercial plus large. Les bancs de perles au large des cotes du Qatar etaient parmi les plus fins du monde, produisant des specimens particulierement lustres prises sur les marches de bijoux de Bombay, Bagdad et au-dela. Parmi les colons Bani Utub d'Al Zubarah se trouvaient les ancetres de deux dynasties qui allaient determiner l'avenir du Golfe : la famille Al Thani, qui deviendrait finalement la maison regnante du Qatar, et la famille Al Khalifa, qui irait s'etablir comme dirigeants du Bahrain voisin. Les origines communes de ces deux families regnantes dans le meme etablissement du dix-huitieme siecle a Al Zubarah allaient jeter une longue ombre sur les relations complexes et parfois ameres entre le Qatar et le Bahrain qui persistent jusqu'a nos jours.

La prosperite d'Al Zubarah a attire des ennemis. Un siege en 1811 monte par des forces loyales aux dirigeants Al Khalifa du Bahrain, qui avaient alors etabli leur domination sur l'ile de l'autre cote de l'eau, a detruit la ville. L'etablissement a ete abandonne et jamais reconstruit, le preservant dans le desert dans un etat remarquable d'integrite archeologique qui lui vaudrait d'etre inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2013. La famille Al Thani, descendante de l'ancienne tribu des Tamim et etablie dans les parties centrale et orientale de la peninsule qatarienne, a progressivement emerge comme la force politique dominante sur le continent au cours du dix-neuvieme siecle. Jassim bin Mohammed Al Thani, ne vers 1825 et ayant regne de 1878 a 1913, est venere comme le fondateur du Qatar moderne. Il a uni les tribus dispersees de la peninsule sous son autorite, navigue dans la politique perilleuse d'une region disputee entre l'Empire ottoman, l'Empire britannique et diverses puissances arabiennes, et etabli la famille Al Thani comme l'autorite supreme incontestee au Qatar d'une maniere qui n'a pas ete serieusement remise en question depuis lors.

La relation du Qatar avec l'Empire ottoman etait complexe : Jassim bin Mohammed a reconnu la suzerainete nominale ottomane en 1872, integrant le Qatar dans la structure formelle de la province ottomane d'al-Ahsa, tout en maintenant une independance effective dans la pratique. Cet arrangement convenait aux deux parties pendant un certain temps, mais l'effondrement du pouvoir ottoman au debut du vingtieme siecle et l'interet strategique britannique croissant dans le Golfe ont conduit a un nouvel arrangement. En 1916, le Qatar a signe un traite avec la Grande-Bretagne etablissant une relation formelle de protectorat. En vertu de cet accord, le Qatar cedait le controle de ses affaires etrangeres et de sa defense aux Britanniques en echange de la protection britannique, tandis que la famille Al Thani maintenait la gouvernance interne de la peninsule. Le Qatar est ainsi entre dans la periode d'influence britannique qui allait durer jusqu'a l'independance en 1971.

La decouverte du petrole a tout transforme. Des geologues et ingenieurs britanniques et americains ont entrepris des prospections systematiques du sous-sol qatarien dans les annees 1930, et en 1939 le petrole a ete decouvert dans le champ de Dukhan sur la cote ouest de la peninsule. Les exportations commerciales de petrole ont commence en 1949, et avec elles le premier mince filet de revenus qui allait finalement devenir un veritable fleuve. La periode petroliere precoce a ete geree avec prudence, les capitaux de developpement etant utilises progressivement pour financer les premieres ecoles, hopitaux et projets d'infrastructure que le Qatar n'avait jamais pu se permettre auparavant. L'independance est venue le 3 septembre 1971, lorsque le protectorat britannique a ete formellement dissous. Le Qatar a brievement envisage de rejoindre la federation qui allait devenir les Emirats arabes unis, mais a opte pour la souverainete independante, une decision qui s'est averee tres consequente en permettant au gouvernement Al Thani un maximum de liberte pour poursuivre sa propre vision distinctive.

La decouverte en 1971 du champ de gaz naturel North Dome, annoncee la meme annee que l'independance bien que la pleine ampleur de la trouvaille n'ait ete comprise qu'au cours des decennies d'exploration subsequentes, etait l'evenement geologique qui a prepare le terrain pour tout ce que le Qatar est devenu depuis lors. Le champ, qui s'etend sous les eaux au nord des cotes qatariennes et continue sous le fond marin iranien comme champ South Pars, contient des reserves estimees a 51 billions de pieds cubes de gaz recuperable et s'est avere etre le plus grand reservoir de gaz unique sur la planete. Le defi technologique et financier de convertir cette ressource sous-marine en gaz naturel liquefie exportable a necessite des decennies d'investissement et de partenariat avec des compagnies energetiques internationales, et les exportations de GNL n'ont veritablement commence qu'en 1997. Mais lorsqu'elles ont demarre, les revenus qu'elles ont engendres ont depasse tout ce que les seuls champs petroliers auraient pu produire, et la transformation economique du Qatar a accelere vers quelque chose ressemblant a une explosion soutenue.

L'histoire politique moderne du Qatar comprend un episode qui eclaire la nature du pouvoir dans le Golfe avec une particuliere clarte. En 1995, le cheikh Khalifa bin Hamad Al Thani, qui avait lui-meme depose son propre cousin pour prendre le pouvoir en 1972, etait en vacances a Geneve quand son fils, le cheikh Hamad bin Khalifa Al Thani, a conduit un coup d'etat de palais sans effusion de sang qui a transfere le pouvoir au sein de la famille. Le cheikh Khalifa n'a pas ete blesse et s'est finalement reconcilie avec son fils, mais l'episode a demontre que la politique de succession de la monarchie du Golfe, bien que rarement violente par les normes historiques, pouvait se mouvoir avec une rapidite et une decision saisissantes. Le cheikh Hamad, qui a regne jusqu'a sa propre abdication volontaire en 2013, s'est avere etre le dirigeant le plus transformateur de l'histoire moderne du Qatar. Il a fonde Al Jazeera en 1996, cree l'Autorite qatarienne d'investissement, le fonds souverain destine a gerer les revenus en hydrocarbures du pays pour les generations futures, poursuivi avec determination la candidature a l'organisation de la Coupe du monde qui a reussi en 2010, accueilli des pourparlers de paix au Moyen-Orient qui ont valu a Doha une reconnaissance internationale en tant que capitale diplomatique, et mene en general une politique etrangere d'engagement maximal avec toutes les parties : parlant au Hamas et aux Taliban tout en maintenant des relations etroites avec les Etats-Unis, hebergeant la plus grande base militaire americaine au Moyen-Orient a Al Udeid tout en donnant du temps d'antenne a des voix critiquant la politique americaine. Cette approche a rendu le Qatar simultanement indispensable et controverse sur la scene internationale.

La crise du Golfe de 2017 a constitue le test le plus severe de cette approche de politique etrangere. Le 5 juin 2017, l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Bahrain et l'Egypte ont rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar et impose un blocus total, fermant l'unique frontiere terrestre du Qatar, arretant le trafic aerien et maritime, et emettant une liste de treize exigences qui equivalaient a une reorientation fondamentale de la politique etrangere qatarienne. Le blocus a impose de reelles privations : le Qatar importait environ 40 pour cent de sa nourriture via l'Arabie saoudite, et la fermeture soudaine de cette chaine d'approvisionnement a immediatement provoque des achats de panique et des penuries alimentaires. Le gouvernement qatarien a repondu avec une rapidite et une determination caracteristiques, ouvrant de nouvelles lignes d'approvisionnement via l'Iran et la Turquie, accelerant considerablement ses programmes d'autosuffisance alimentaire, et construisant de nouvelles installations portuaires. En quelques mois, le Qatar avait manifestement survecu au blocus et projetait un air de confiance en soi qui a vraisemblablement renforce la solidarite interieure autour de la famille Al Thani. Le blocus a ete leve en janvier 2021 lorsque la Declaration d'Al-Ula a retabli les relations diplomatiques, mais il a laisse un paysage modifie dans la politique du Golfe et un Qatar plus convaincu que jamais de l'importance de l'autosuffisance et des relations internationales diversifiees.

La Coupe du monde de football 2022 de la FIFA etait le point culminant de douze ans de preparation et de controverses. Le Qatar a construit huit stades neufs ou substantiellement renoves, depensant environ 200 milliards de dollars en infrastructures, dont un nouveau systeme de metro, de nouvelles autoroutes, une nouvelle ville a Lusail et l'agrandissement de l'aeroport international Hamad. Les pratiques de travail associees a cette construction ont retenu une attention internationale soutenue, des organisations de defense des droits de l'homme documentant les deces de milliers de travailleurs migrants et l'exploitation de nombreux autres dans le cadre du systeme de parrainage kafala. Le Qatar a conteste de nombreuses revendications specifiques tout en mettant en oeuvre simultanement les reformes du droit du travail les plus completes de son histoire : suppression du certificat de non-objection qui empechait les travailleurs de changer d'employeur, introduction d'un salaire minimum, etablissement de normes de bien-etre des travailleurs, et creation d'un fonds pour indemniser les travailleurs pour les salaires impayes. Le tournoi lui-meme, organise en novembre et decembre pour eviter la chaleur estivale, a attire des audiences mondiales record, produit un football memorable et a ete largement considere comme un succes organisationnel. Les questions persistantes sur le cout humain de sa construction, et sur le legs durable que laisse l'infrastructure pour un pays de 3 millions d'habitants, demeurent entieres.

Doha

Doha est l'une des villes les plus remarquables de la planete, non pas parce qu'elle est la plus ancienne ou la plus grandiose ou la plus chargee d'histoire - elle n'est rien de tout cela - mais parce qu'elle represente l'un des actes de creation urbaine les plus concentres de l'histoire du monde. Une ville qui comptait peut-etre 12 000 habitants en 1950, alors qu'elle etait une collection de maisons en pierre de corail le long d'un modeste port, abrite maintenant plus de deux millions de personnes dans une zone metropolitaine d'une dramatique visuelle extraordinaire et d'une ambition culturelle authentique. Se promener a Doha, c'est se promener dans le residue d'une acceleration presque inimaginable : une ville ou l'on peut se tenir devant un batiment construit l'annee derniere et un musee abritant des oeuvres d'art vieilles de douze siecles au sein du meme pate de maisons, ou des dhows de peche traditionnels s'amarrent encore dans le port qu'ils occupent depuis des generations tandis que derriere eux l'horizon le plus photographie du monde arabe s'eleve depuis des terrains qui etaient en grande partie sable et mer il y a trente ans seulement.

La Corniche est l'endroit ideal pour commencer a comprendre Doha. Cette promenade de sept kilometres en bord de mer decrit un arc autour de la baie de Doha en un doux croissant, l'un des plus grands fronts de mer urbains du monde et un principe organisateur autour duquel la ville s'est construite. La promenade le long de la Corniche est particulierement magnifique la nuit, lorsque l'horizon de West Bay de l'autre cote de l'eau, cette collection de gratte-ciel aux formes qui semblent avoir ete choisies specifiquement pour leur distinction architecturale, se reflete sur la surface sombre et calme du Golfe en colonnes de lumieres colorees. Le jour, la Corniche est animee par la diversite humaine de Doha : families qatariennes se promenant en tenue traditionnelle, travailleurs de la construction venus d'Asie du Sud passant leur jour de conge assis dans la brise marine, professionnels occidentaux faisant leur jogging en tenue de sport, enfants courant apres les pigeons, vieux hommes en dishdasha blanche assis sur des bancs regardant les bateaux dhow se deplacer entre leurs amarres. Les dhows en bois traditionnel qui demeurent dans le port sont parmi les visions les plus evocatrices de Doha, rappels physiques que c'est une culture maritime d'une profonde antiquite, meme si l'horizon urbain derriere eux annonce des ambitions d'un tout autre genre.

L'horizon de West Bay, visible depuis la Corniche, est l'une des collections les plus saisissantes d'architecture contemporaine qui soit au monde, rendue d'autant plus remarquable par la rapidite de sa creation. La Tornado Tower, avec son reseau d'acier diagonal en spirale evoquant un vortex d'energie, s'eleve a 234 metres et abrite des bureaux et des residences de luxe. La Tour Al Bidda, a 238 metres, se dresse a ses cotes. La Doha Tower, concue par l'architecte francais Jean Nouvel et achevee en 2012, est un cylindre de 238 metres enveloppe d'un ecran solaire en panneaux geometriques entrelaces, inspires du mashrabiya islamique : immediatement reconnaissable, elle fait simultanement reference a l'art geometrique islamique et au design contemporain de tours en verre et acier. Ces structures, et des dizaines d'autres creant un horizon qui a la qualite d'une collection curatee plutot que de l'accumulation organique de l'immobilier commercial, refletent le fait que la distinction architecturale a ete poursuivie ici comme un objectif politique delibere.

Le Souq Waqif est l'espace public le plus aime de Doha et sa revendication historique la plus discutee. Le nom signifie Marche Debout en arabe, et il y a eu un marche a cet emplacement au coeur du vieux Doha depuis au moins le dix-neuvieme siecle. Ce que le visiteur rencontre aujourd'hui est cependant en grande partie le produit d'un projet de reconstruction de 2006 qui a demoli la plupart des structures originales, lesquelles s'etaient deteriorees au-dela de toute reparation pratique, et reconstruit le souk en utilisant des materiaux et des methodes de construction qatariens traditionnels : murs en platre de terre, plafonds en poutres de bois apparentes, ombrage en palme, ruelles etroites et sinueuses qui reproduisent la disposition organique du marche original. Le resultat est un espace authentiquement concu mais pas authentiquement age, une distinction sur laquelle les specialistes du patrimoine se disputent et que la plupart des visiteurs, s'ils en ont connaissance, ont tendance a pardonner, car la reconstruction a produit un environnement urbain veritablement agreable et a echelle humaine, du genre que bien peu de villes du Golfe ont conserve.

Au sein du Souq Waqif, l'experience de Doha au niveau du sol est la plus accessible. Les marchands d'epices exposent des pyramides de curcuma, de cumin, de cardamome, de petales de rose seches et de loomi, ces citrons noirs seches essentiels a la cuisine qatarienne et du Golfe, dans des sacs ouverts qui embaument les ruelles d'un parfum complexe et chaud. Les vendeurs de tissus presentent des rouleaux de tissu allant du coton blanc pratique de la tenue traditionnelle masculine aux soieries brodees d'Asie du Sud. La section du marche aux animaux abrite des oiseaux dans des cages empilees, des chats de diverses races, et dans une section qui retient particulierement l'attention des visiteurs, des faucons. La fauconnerie est l'une des pratiques culturelles les plus importantes au Qatar et dans le Golfe, et le marche aux faucons du Souq Waqif est l'un des meilleurs endroits au monde pour observer le commerce de ces oiseaux. Des faucons pelerins et des faucons saker, tous deux prises pour la chasse, sont assis le capuchon pose sur leur tete sur des perches tandis que les marchands discutent de leur lignee, de leurs caracteristiques de vol et de leur prix.

Les restaurants du Souq Waqif meritent a eux seuls une attention prolongee. Des dizaines d'etablissements longent les ruelles et debordent sur les terrasses du rez-de-chaussee, servant tout, du machboos qatarien aux grillades syriennes de Damas, en passant par les mezze libanais et le kushari egyptien. Les cafes a nargile sont perpetuellement bondis dans les mois plus frais, les braises incandescentes orange dans la lumiere du soir, les conversations se melant en arabe, ourdou, tagalog et anglais. Voici Doha en tant que veritable cite cosmopolite, un endroit ou les mondes sociaux de multiples diasporas et cultures se chevauchent et parfois interagissent vraiment, le tout dans un cadre qui se refere a la tradition du Golfe.

Le Musee d'Art islamique, situe sur une peninsule artificielle qui s'avance dans la baie de Doha a l'extremite sud de la Corniche, est sans conteste l'un des plus grands musees du monde et l'oeuvre tardive la plus personnellement significative d'I.M. Pei. Pei, disparu en 2019 a l'age de 102 ans, a passe six mois a voyager dans le monde islamique pour comprendre son architecture et son art avant de concevoir le batiment, et il a declare que la fontaine d'ablutions de la mosquee Ibn Tulun au Caire, structure du neuvieme siecle d'une geometrie rigoureuse et epuree, lui avait fourni l'inspiration essentielle. Le musee qui en a resulte est un batiment d'une autorite extraordinaire : des volumes geometriques revetus de calcaire blanc qui semblent pousser les uns des autres dans une sequence de carres et d'octogones, s'elevant depuis le bord de l'eau avec la confiance composee d'une structure qui a toujours su ce qu'elle etait. Au coucher du soleil, lorsque la pierre capte la derniere lumiere horizontale et que l'horizon de l'autre cote de la baie commence a briller de l'energie d'un million de lampes electriques, le Musee d'Art islamique atteint une sorte d'harmonie visuelle entre l'ancien monde et le nouveau que nulle part ailleurs a Doha ne retrouve tout a fait.

A l'interieur, la collection couvre quatorze siecles d'art islamique d'Espagne a l'Asie centrale, rassemblee dans plus de quarante pays et representant chaque grande periode et tradition de la production artistique islamique. Les galeries de ceramique contiennent des pieces extraordinaires, dont des carreaux Iznik de la Turquie ottomane et des bols a decor lustre de l'Irak abbasside. La collection de manuscrits comprend des Corans d'une beaute surpassante, leur calligraphie representant des siecles de raffinement artistique au service de la revelation divine. Les travaux en metal du Khorasan et de Syrie, le verre d'Egypte et de Syrie, les textiles de Perse et d'Anatolie, les bijoux allant de l'elegant au spectaculaire : chaque salle de galerie est une education concentree dans l'ampleur de la civilisation islamique. Les temps forts particuliers comprennent une coupe a vin en jade moghol du seizieme siecle, un astrolabe astronomique du quatorzieme siecle datant de l'age d'or des realisations scientifiques du monde islamique, et d'extraordinaires panneaux de carreaux d'Iran et d'Anatolie. La bibliotheque, le cafe et le restaurant du musee valent tous leur propre moment, et le Parc MIA au-dehors, un vaste gazon vert incline vers l'eau, ombre de palmiers et equipe de bancs faisant face a l'horizon, est l'un des espaces publics les plus sereins de la ville.

Le Musee national du Qatar, qui a ouvert ses portes en 2019, represente une ambition architecturale differente mais une reussite tout aussi dramatique. La conception de Jean Nouvel s'est inspiree de la rose des sables, une formation geologique de cristaux de gypse ou de barite qui se forme dans les sols sableux ou argileux des regions arides dont le Qatar, croissant en grappes superposees en forme de disque d'une geometrie naturelle remarquable. Le batiment du musee traduit cette forme naturelle en architecture a travers 539 structures de disques entrelaces a divers angles, creant un batiment d'environ 161 000 metres carres qui semble etre en perpetuel mouvement, ses surfaces captant la lumiere differemment au fur et a mesure que le soleil avance dans la journee. Le batiment enveloppe et traverse l'ancien palais de l'Amiri, le complexe du debut du vingtieme siecle qui etait la residence de la famille regnante du Qatar et qui a ete soigneusement preserve dans la nouvelle construction.

A l'interieur, le Musee national retrace l'histoire du Qatar depuis la formation de la peninsule Arabique il y a des milliards d'annees jusqu'a la colonisation cotes, le developpement de l'economie de la peche aux perles, l'arrivee de l'islam, les traditions bedouines de l'interieur desertique, la decouverte du petrole et du gaz, et la modernisation rapide des decennies recentes. La conception de l'exposition est immersive et parfois accablante : des ecrans de la taille d'une piece affichent le desert a l'aube, le monde sous-marin des plongeurs de perles, les motifs geometriques de l'art islamique. Des enregistrements d'histoire orale en arabe capturent les souvenirs de Qatariens ages qui ont vecu la transition de la pauvrete de la peche aux perles a la richesse des hydrocarbures, leur temoignage fournissant une dimension humaine qu'aucun compte rendu statistique du developpement ne peut reproduire. Les galeries consacrees a la peche aux perles sont particulierement emouvantes, presentant les paniers en fibres vegetales, les pinces-nez et les lests de plongee utilises par des generations d'hommes qatariens qui gagnaient leur vie et parfois leur mort dans les eaux du Golfe, travaillant a des profondeurs qui exigeaient un courage physique exceptionnel.

Msheireb Downtown Doha, acheve entre 2016 et 2019, represente encore une autre ambition : la reconstruction du coeur historique du vieux Doha en un quartier urbain durable, accessible a pied et a usage mixte, qui s'inspire des principes architecturaux qatariens traditionnels plutot que du modernisme en verre et acier de West Bay. Les structures originales du quartier, certaines datant du debut du vingtieme siecle, ont ete en grande partie demolies dans les decennies de developpement rapide qui ont suivi l'independance, et ce que Msheireb a construit sur le terrain degage n'est pas une recreation de ce qui s'y trouvait mais une interpretation de ce que l'architecture urbaine qatarienne pourrait ressembler si ses valeurs traditionnelles, la cour interieure, la tour a vent, la ventilation naturelle, l'ombre et l'echelle humaine, etaient appliquees a un programme de developpement contemporain. Le resultat est un quartier d'une beaute architecturale considerable et d'une veritable praticabilite a pied, presque unique dans une ville ou la plupart des destinations necessitent une voiture.

Au sein de Msheireb, quatre structures historiques ont ete preservees et restaurees en tant que Musees Msheireb. La Maison Bin Jelmood aborde l'un des sujets les plus historiquement sensibles de l'histoire qatarienne, le role de la traite des esclaves africains dans la region du Golfe, avec une exposition qui examine l'histoire de l'esclavage au Qatar et dans la region plus large avec une franchise inhabituelle, tracant les routes de la traite, les vies des personnes reduites en esclavage dans les foyers du Golfe, et le processus d'abolition. C'est l'une des narrations institutionnelles les plus courageuses du Golfe. La Maison Mohammed bin Jassim, restauree dans son apparence du debut du vingtieme siecle, offre un apercu de la vie domestique et sociale d'une famille marchande qatarienne prospere de cette epoque. La Maison Radwani se concentre sur les pratiques domestiques traditionnelles, la culture materielle et les rythmes de la vie quotidienne dans le Qatar d'avant le petrole. La Maison de la Compagnie raconte l'histoire de la Qatar Oil Company, la coentreprise par laquelle le petrole a ete extrait pour la premiere fois du sol qatarien, avec des photographies et des equipements des premieres decennies d'exploration petroliere.

La Bibliotheque nationale du Qatar, concue par l'agence d'architecture neerlandaise OMA sous la direction de Rem Koolhaas et inauguree en 2018 sur le campus d'Education City en dehors du centre-ville de Doha, est l'une des institutions de connaissance publique architecturalement les plus distinctives au monde. Le geste central du batiment est un vaste sol plisse qui monte a chaque extremite pour creer trois niveaux d'espace dans un seul volume ouvert, surplombe d'un toit en porte-a-faux qui s'etend bien au-dela de l'empreinte du batiment pour ombrager les entrees. La Bibliotheque du patrimoine, abritee dans une salle close de verre au centre du batiment, contient de rares et precieux manuscrits arabes et documents historiques d'une importance extraordinaire, certains remontant a des siecles, disponibles pour la recherche scientifique. La collection de la bibliotheque depasse le million d'elements et continue de s'accroitre, et l'institution est genuinement ouverte a tous les residents du Qatar sans restriction ni frais.

Le Village culturel Katara occupe une bande du front de mer au nord du centre de Doha et a ete concu comme un quartier culturel special accueillant des salles de spectacle, des restaurants, des galeries et des espaces evenementiels dans une architecture qui melange des references islamiques et mediterraneennes. L'amphitheatre d'inspiration romaine accueille environ cinq mille personnes et accueille des concerts et des representations theatrales tout au long des mois plus frais. Le Festival du Film Doha Tribeca, l'Exposition internationale de chasse et de fauconnerie de Katara, et toute une gamme d'autres evenements animent l'espace tout au long de l'annee. Les restaurants de Katara representent l'une des meilleures concentrations de restauration de qualite de Doha, avec des etablissements servant tout, de la haute gastronomie qatarienne a la cuisine marocaine, libanaise et europeenne dans des cadres donnant sur la mer.

Pearl-Qatar, l'ile artificielle developpee dans les annees 2000 au large de la cote de West Bay, etait le premier grand projet offrant la propriete en pleine propriete aux non-Qatariens et representait un effort conscient de creer un environnement residentiel et commercial pouvant seduire la classe professionnelle internationale dont la presence est essentielle a l'economie du Qatar. Le developpement s'inspire de l'architecture mediterraneenne : Porto Arabia, son quartier de marina de plaisance, ressemble a une version agrandie d'un village portuaire de la Cote d'Azur, et est devenu une dense concentration d'appartements de luxe, de commerces de boutique, de restaurants en bord de mer et d'anneaux de marina qui cree une sorte de monde autosuffisant oriente principalement vers la communaute d'expatries professionnels occidentaux et arabes. Se promener a Porto Arabia un vendredi soir, quand les restaurants se remplissent et que les yachts se balancent doucement a leurs amarres, on pourrait se croire a Monaco ou a Dubai.

Lusail City, construite sur des terrains au nord de Doha qui etaient en grande partie inexploites encore en 2005, represente la plus ambitieuse de tous les projets urbains du Qatar : une ville entierement nouvelle concue de toutes pieces pour accueillir 200 000 personnes dans un environnement planifie de quartiers a usage mixte, de parcs, d'une marina, d'un systeme de tramway et d'un front de mer de classe mondiale. Le stade Lusail, le lieu qui a accueilli la finale de la Coupe du monde 2022 entre l'Argentine et la France, s'eleve a l'extremite sud de la ville : une structure de 89 000 places concue avec une forme de toit inspiree des lanternes fanar traditionnelles utilisees dans les foyers qatariens, son exterieur dore faisant de lui l'une des enceintes sportives visuellement les plus saisissantes du monde. Le developpement plus large de Lusail reste partiellement acheve et partiellement habite, un vaste chantier de construction qui avance continuellement et qui representera finalement un ajout significatif a l'aire metropolitaine de Doha.

Al Zubarah

Se tenir dans les ruines d'Al Zubarah sur la cote nord-ouest reculee du Qatar, entoure de rien d'autre que de broussailles deseriques plates et d'une ligne d'horizon qui semble s'etendre a l'infini dans toutes les directions, exige un veritable effort d'imagination historique pour visualiser ce qui existait ici autrefois : une ville animee, prospere et cosmopolite de huit a dix mille habitants, dont le port etait couvert de bateaux de peche aux perles et de dhows de commerce, dont les marches vibraient des echanges d'huitres et de perles, de poisson seche et d'etoffes importees, dont les foyers etaient habites par des marchands de tout le Golfe et d'Asie du Sud, dont l'existence meme representait l'une des entreprises commerciales les plus prosperes que la peninsule Arabique ait connues depuis des siecles. Al Zubarah a ete abandonnee et en grande partie detruite en 1811, et le desert la reprend depuis lors. Mais le desert l'a aussi preservee. L'abandon qui a mis fin a la vie de la ville en tant que communaute vivante a garanti qu'aucun developpement ulterieur, aucune croissance urbaine, aucun projet d'infrastructure, aucune construction de batiments modernes sur d'anciennes fondations, ne viendrait perturber le registre archeologique. Ce qui reste est extraordinaire : le plan de rue d'une ville de peche aux perles du Golfe du dix-huitieme siecle conserve avec une completude rare dans le registre archeologique de cette region.

L'UNESCO a reconnu cette importance en 2013 lorsqu'il a inscrit le Site archeologique d'Al Zubarah sur la Liste du patrimoine mondial, le premier et jusqu'a present unique site du patrimoine mondial au Qatar, place sur la Liste du patrimoine mondial en vertu du critere trois comme un exemple exceptionnel d'un etablissement humain traditionnel representatif d'une culture devenue vulnerable face aux impacts d'un changement irreversible. L'inscription de l'UNESCO en 2013, classee comme site culturel, reconnait Al Zubarah comme un exemple exceptionnellement bien conserve des etablissements de peche aux perles et de commerce qui caracterisaient la cote du Golfe a l'epoque premoderne, un type d'etablissement qui a pratiquement disparu du paysage vivant et ne survit plus principalement que sous forme documentaire et archeologique.

Le site couvre environ soixante hectares de la cote qatarienne pres du village de Madinat Al Shamal, a environ 105 kilometres au nord-ouest de Doha. Le trajet depuis la capitale prend environ une heure et demie a travers le plat interieur nord de la peninsule, un paysage de vegetation desertique basse et pale et de salines occasionnelles ou le sol est trop salin pour que les plantes puissent s'y etablir. Le sentiment de remoteness grandit a mesure que Doha recule : c'est l'une des rares parties du Qatar qui semble veritablement isolee du coeur metropolitain du pays, et l'arrivee au Fort d'Al Zubarah, la premiere structure visible depuis la route, a la qualite satisfaisante d'une destination meritee par la distance parcourue.

Le Fort d'Al Zubarah lui-meme ne fait pas partie de la ville originale du dix-huitieme siecle. Il a ete construit en 1938 par le gouvernement qatarien pour abriter une garnison de patrouille frontaliere et est une structure carree compacte avec des tours rondes a ses coins, la forme classique d'un petit fort defensif du Golfe, construit dans le style de la construction traditionnelle utilisant la pierre de corail, le gypse et le platre de terre. Magnifiquement restaure et servant maintenant de musee et de principale porte d'entree interpretative vers le site archeologique, le fort fournit un contexte essentiel pour ce que le visiteur est sur le point de traverser : des vitrines avec des artefacts recuperes lors des fouilles, des cartes montrant la disposition de la ville a son apogee, des photographies des fouilles archeologiques menees par des equipes danoises et qatariennes au cours de plusieurs decennies, et des maquettes montrant comment les structures residentielles et commerciales de la ville etaient organisees.

La ville d'Al Zubarah avait ete fondee vers 1762 a 1770 par des colons de la confederation des Bani Utub, l'un des principaux groupements tribaux de la peninsule Arabique, qui s'etaient deplaces vers le sud le long de la cote du Golfe depuis leur base anterieure pres du Koweit en quete de meilleurs gisements de perles et d'opportunites commerciales. L'etablissement qu'ils ont fonde sur la cote nord-ouest du Qatar a cru avec une rapidite qui reflete l'extraordinaire energie economique du commerce de perles du Golfe a cette epoque. La situation d'Al Zubarah lui donnait acces a des gisements de perles d'une qualite exceptionnelle, et son port naturel, bien que peu profond, pouvait accueillir les modestes navires de la flotte de peche aux perles. Dans les annees 1780, la ville s'etait developpee en un important centre commercial regional, avec un souk, une mosquee, une zone portuaire, des quartiers residentiels de differents niveaux sociaux et un double systeme de murailles, une muraille defensive interieure encerclant la ville proprement dite et une muraille exterieure s'etendant vers la mer, qui la protegeait des raids et conflits qui caracterisaient la politique du Golfe a cette epoque.

Les colons des Bani Utub qui ont construit Al Zubarah comprenaient les ancetres a la fois de la famille Al Thani, qui allait finalement gouverner le Qatar, et de la famille Al Khalifa, qui allait finalement gouverner le Bahrain. Les Al Khalifa ont etabli leur autorite sur le Bahrain en 1783, la meme annee ou les residents d'Al Zubarah ont reussi a repousser une attaque des forces de la dynastie Al Bu Said d'Oman, une victoire qui a demontre la viabilite militaire autant que commerciale de la ville. Pendant un certain temps, Al Zubarah a represente une sorte de double capitale pour l'empire commercial des Bani Utub, maintenant des liens entre les gisements de perles de la cote qatarienne et la base politique que les Al Khalifa consolidaient au Bahrain.

Ce lien entre Al Zubarah et le Bahrain s'est finalement avere fatal pour la ville. Au fil de la consolidation du controle du Bahrain par les Al Khalifa et des eaux entre les iles, l'alignement commercial et politique d'Al Zubarah s'est enlise dans les rivalites compliquees de la politique du Golfe. En 1811, des forces agissant sous l'autorite des Al Khalifa ont attaque et effectivement detruit Al Zubarah, mettant fin a son existence en tant que communaute fonctionnelle. La ville a ete abandonnee. Les palmiers dattiers qui avaient ombrage ses cours sont morts. Les murs en pierre de corail de ses maisons ont commence a se ramollir et s'effondrer sous l'action du vent et du sel. Les sables du desert, portes par les vents dominants du nord-ouest, ont commence a s'accumuler sur les ruines. Et ils y sont restes, s'accumulant grain par grain, pendant plus de deux siecles.

Ce que les visiteurs traversent aujourd'hui, guides le long de chemins qui filent entre les vestiges de murs et les subtiles empreintes de rues et de cours dans le sol sableux, est un site d'une profonde resonance historique et d'une veritable richesse archeologique. Le plan de rue de la ville originale est clairement visible sur les photographies aeriennes et partiellement lisible au niveau du sol, ou des murs en pierre de corail et en gypse survivent a des hauteurs variables. Les archeologues ont identifie les vestiges de mosquees, de structures residentielles de differentes tailles refletant differents niveaux de statut social, la zone du souk ou l'activite commerciale etait concentree, des zones de construction de bateaux pres de l'eau, et le double systeme de murailles qui encerclait la ville. Les fouilles ont permis de recuperer du materiel de plongee aux perles : les lests en pierre que les plongeurs portaient pour descendre rapidement vers les gisements de perles, les paniers en filet dans lesquels ils recueillaient les huitres, les outils en os et en coquille utilises pour ouvrir les coquilles, ainsi que des ceramiques importees d'Inde, de Chine et du monde islamique plus large, temoignages des liens d'Al Zubarah avec les reseaux commerciaux mondiaux du dix-huitieme siecle.

Le paysage du site lui-meme, plat, balaie par les vents et etrangement silencieux, ajoute a l'experience d'Al Zubarah quelque chose que de simples ruines physiques ne pourraient pas fournir : une veritable confrontation avec le passage du temps et la contingence de la prosperite. Ici se trouvait une ville de dix mille personnes au sommet de l'economie commerciale de perles du Golfe, une communaute assez riche pour construire des murs defensifs, importer des ceramiques de luxe de l'autre bout du monde, entretenir une mosquee, un marche, un port et un quartier residentiel. Et puis, en l'espace d'une seule campagne militaire, tout a disparu. Le commerce des perles qui la soutenait se serait de toute facon effondre par la suite, mine au vingtieme siecle par les perles de culture japonaises capables de produire un produit similaire a une fraction infime du prix. Mais la fin d'Al Zubarah est venue bien avant cela, et ce qui reste releve moins d'une histoire d'obsolescence economique que de l'ecologie politique sauvage du Golfe premoderne.

Le site est accessible aux visiteurs dans le cadre d'une experience de visite guidee qui comprend le musee du fort, une presentation video explicative et une promenade dans les ruines avec un guide qui peut interpreter les vestiges visibles. La combinaison du site archeologique et du musee du fort offre l'une des experiences les plus authentiquement educatives du Qatar, replacant le present du pays dans le contexte d'un passe bien plus riche et plus etrange que les tours de verre de Doha pourraient le suggerer. Pour quiconque cherche a comprendre ce qu'etait le Qatar avant qu'il ne devienne ce qu'il est aujourd'hui, Al Zubarah n'est pas seulement recommande mais absolument essentiel.

Experiences du Desert

Le paysage du Qatar n'est pas spectaculaire au sens conventionnel du terme. Il n'y a pas de montagnes, pas de valles fluviales spectaculaires, pas de forets, pas de chutes d'eau. L'elevation maximale sur l'ensemble de la peninsule depasse a peine une centaine de metres. L'interieur est une etendue presque ininterrompue de desert plat a doucement vallonne : plateau calcaire recouvert de gravier et de sable au nord et a l'ouest, passant aux dunes de sable au sud, avec des salines cotieres dans les basses terres ou la mer s'est retiree au fil du temps geologique, laissant derriere elle des depots de sol cristallise au sel qui miroitent blancs sous le soleil de l'apres-midi. Pour un oeil habitue a la grandeur alpine ou a la luxuriance tropicale, ce paysage peut sembler monotone, voire sans relief. Pour le voyageur qui a appris a le voir selon ses propres termes, c'est un paysage d'une beaute profonde et subtile, ses qualites revelees dans la qualite de la lumiere, la texture du sol, les couleurs changeantes du sable au fil des heures d'une seule journee, et l'extraordinaire sentiment d'espace et de silence qui descend lorsque l'on s'eloigne de la ville dans le desert ouvert.

Khor Al Adaid, connu en francais sous le nom de Mer interieure, est la plus spectaculaire caracteristique naturelle du Qatar et l'une des formations geographiques les plus inhabituelles du monde arabe. Situee a l'extreme sud-est de la peninsule pres de la frontiere saoudienne, cette entree naturelle du golfe Arabique s'etend sur environ dix kilometres vers l'interieur des terres, penetrant le territoire sous une forme ramifiee qui cree un plan d'eau entierement entoure sur trois cotes par d'immenses dunes de sable. Les dunes ici atteignent des hauteurs de quarante metres et plus, leurs flancs dores plongeant directement dans les eaux bleu-vert de la mer. C'est l'un des rares endroits sur terre ou l'eau salee et les dunes de sable actives se rencontrent dans une aussi intime proximite.

L'acces a Khor Al Adaid necessite un vehicule a quatre roues motrices, car le seul itineraire traverse les dunes elles-memes : il n'y a pas de route goudronnee jusqu'a la Mer interieure, et la traversee necessite a la fois un vehicule capable et, pour les visiteurs peu familiers avec la conduite dans le desert, un guide local. La descente des dunes vers la Mer interieure, en naviguant sur des pentes de sable raides avec l'eau visible devant et en dessous, est l'une des grandes experiences viscerales du voyage au Qatar. Les dunes sont vivantes du doux son du sable glissant, le vehicule en pente avant a des angles qui semblent bien au-dela du raisonnable, la mer soudainement enormes et proches en dessous. Au bord de l'eau, le paysage se resout en quelque chose d'une beaute surrealiste et onirique : les dunes immenses derriere soi, l'eau plate et peu profonde devant, et par temps clair au-dela de l'eau la cote lointaine de l'Arabie saoudite, rappel que cette mer a des rivages dans deux pays.

Les families qatariennes passent des week-ends et des vacances a Khor Al Adaid depuis des generations, campant sur les cretes des dunes au-dessus de l'eau, pechant dans les bas-fonds, nageant dans les eaux chaudes du Golfe, et regardant le coucher de soleil peindre le sable de couleurs qui passent du jaune a l'orange, du rouge a un brun-violet profond a mesure que la lumiere faiblit. L'industrie d'experiences desertiques organisees qui s'est developpee autour du site propose aux visiteurs non seulement le transport et les traversees guidees des dunes, mais aussi des balades a dos de chameau le long du bord de l'eau, du surf sur sable le long des flancs des dunes, et des experiences de camping nocturne dans le desert avec de la nourriture qatarienne traditionnelle, un feu et le remarquable ciel etoile que l'absence de pollution lumineuse cree au-dessus du desert du sud du Qatar par une nuit claire.

Zekreet, sur la cote ouest reculee du Qatar au nord de Dukhan, recompense l'effort considerable requis pour l'atteindre. Le paysage autour de Zekreet est parmi les plus varies du Qatar, combinant les ruines d'un village islamique ancien, des formations de mesa calcaire appelees hawar qui creent un paysage de type badlands unlike elsewhere on the peninsula, et l'une des oeuvres d'art public contemporain les plus significatives du monde arabe. L'oeuvre monumentale de Richard Serra intitulee Est-Ouest/Ouest-Est, commandee par Qatar Museums et installee en 2014, consiste en quatre enormes plaques d'acier patine qui s'elevent verticalement depuis le sol d'une plaine basse entouree par des creilles calcaires. Les plaques font 14,7 metres de haut, placees a intervalles le long d'un axe nord-sud d'environ un kilometre de longueur. Elles sont situees de maniere a ce que leurs sommets s'alignent parfaitement avec la hauteur des lignes de crete environnantes, creant une extraordinaire illusion d'optique : vues depuis le sol, les plaques semblent s'elever juste jusqu'a l'horizon, reliant le sol desertique au ciel dans un geste a la fois minimal et ecrasant.

Al Jassasiya, sur la cote nord-est du Qatar pres d'Ash Shamal, preserve la plus importante collection de petroglyphes du Qatar : plus de neuf cents carvings dans une basse crete calcaire, comprenant des cupules, des motifs en rosette, des formes geometriques, ce qui semble etre des representations de bateaux, et des dessins figuratifs dont la signification et l'origine continuent d'etre debattus par les chercheurs. Le site est la plus grande concentration d'art rupestre du Qatar et fournit un lien tangible avec le passe humain preislamique de la peninsule. Il peut etre visite dans le cadre d'une excursion d'une journee depuis Doha, idealement combine avec une visite a Al Zubarah.

La pratique du dune bashing, cette activite consistant a conduire a grande vitesse sur des dunes de sable dans des vehicules a quatre roues motrices specialement prepares, est devenue l'une des activites de loisirs les plus recherchees du Qatar, pratiquee aussi bien par les Qatariens que par les expatries, et proposee par de nombreuses compagnies organisees comme une experience cle pour les touristes de passage. L'activite se concentre sur les champs de dunes du sud de la peninsule, particulierement autour de Sealine Beach Resort a Mesaieed, et implique generalement un convoi de vehicules conduits par des pilotes de desert experimentes qui negocient le terrain dunaire dans une sequence de montees, de descentes et de traversees qui produit a la fois une veritable excitation et, parfois, de veritables nausees. La competence technique des pilotes de desert est reelle : lire les conditions du sable, choisir la bonne trajectoire pour monter et descendre une face de dune, degonfler les pneus pour ameliorer l'adherence sur le sable mou et les regonfler en fin de journee, ce sont des savoir-faire developpes au fil d'annees d'experience dans le desert.

Al Shahaniya, situee a environ quarante kilometres a l'ouest de Doha sur la route vers l'interieur, est le foyer des courses de chameaux du Qatar, l'une des activites de loisirs les plus culturellement distinctives du Golfe. Les courses de chameaux sont un element de la vie sociale arabique depuis des siecles, mais la forme moderne de ce sport telle qu'elle est pratiquee au Qatar et dans d'autres pays du Golfe implique des competitions organisees sur des pistes dediees, des prix en argent importants, des soins veterinaires sophistiques pour les chameaux, et le spectacle colore et attachant des jockeys robots. Jusqu'en 2004, les courses de chameaux au Qatar utilisaient des jockeys enfants, de jeunes garcons frequemment tres jeunes, obtenus depuis l'Asie du Sud dans des conditions que des organisations de defense des droits de l'homme et le gouvernement qatarien lui-meme ont finalement juges comme exploitatrices et abusives. Le Qatar est devenu l'un des premiers Etats du Golfe a legiferer contre l'utilisation de jockeys enfants, imposant leur remplacement par des cavaliers robots : des dispositifs robotiques legers fixes sur la selle du chameau et telecommandes depuis des vehicules suivant la piste. Regarder une course de chameaux, avec les animaux se deplacant a leur galop particulier et bercant, les jockeys robotiques cliquetant et bourdonnant sur leur dos, les SUV des proprietaires courant le long de la piste tandis que les operateurs se penchent par les fenetres pour controler leurs cavaliers robots, est l'une des experiences culturelles les plus purement divertissantes qu'offre le Qatar.

Culture et Societe Qatarienne

L'islam n'est pas seulement une pratique religieuse au Qatar : c'est le principe organisateur de l'ordre social, le fondement du systeme juridique, le rythme de la vie quotidienne et le prisme primaire a travers lequel l'identite qatarienne est comprise et exprimee. L'appel du muezzin a la priere retentit cinq fois par jour depuis les mosquees de Doha et des petites villes et villages de la peninsule, et bien que la proportion de Qatariens qui observent strictement les cinq prieres varie, le son lui-meme structure la journee d'une maniere immediatement perceptible pour le visiteur arrive d'une societe laique. Le vendredi, sabbat islamique, est un jour de priere et de rassemblement familial : les mosquees se remplissent pour la priere congregationnelle de midi, les entreprises et les bureaux gouvernementaux sont fermes le matin, et la ville prend un caractere different, plus calme. Le saint mois islamique du ramadan transforme completement Doha : les restaurants sont fermes pendant les heures de lumiere et manger ou boire en public pendant le jeune est illegal, mais au coucher du soleil, le repas de l'iftar qui rompt le jeune declenche une joyeuse celebration communautaire. Pour le visiteur du ramadan dispose a ajuster son horaire, l'experience de Doha apres la tombee de la nuit pendant ce mois, les rues decorees, la generosite communautaire, le partage de nourriture entre etrangers, peut etre l'une des plus memorables de tout sejour au Qatar.

L'expression la plus immediatement visible de l'identite culturelle qatarienne est dans la tenue vestimentaire. Les hommes qatariens portent generalement la dishdasha, une longue robe blanche en coton fin qui reussit simultanement a etre pratique dans la chaleur du Golfe et profondement elegante dans ses lignes epurees. Associee au ghutra, un tissu carre blanc ou a carreaux rouge et blanc porte sur la tete, maintenu en place par l'iqal, le double cordon noir qui s'enroule autour de la couronne de la tete, l'ensemble complet projette une sorte de dignite mesuree qui distingue les hommes qatariens de la foule internationalement habille des expatries. Les femmes qatariennes portent traditionnellement l'abaya, un vetement exterieur noir fluide qui couvre le corps des epaules aux chevilles, souvent orne de broderies ou de details de design subtils qui permettent l'expression du gout personnel dans les exigences formelles de la tenue modeste. Le niqab, un voile facial, est porte par certaines femmes qatariennes mais n'est pas universel.

La fauconnerie occupe dans la culture qatarienne une position difficile a transmettre aux visiteurs venant de societes ou cette pratique est inconnue ou marginale. Pour les Qatariens et les Arabes du Golfe en general, la fauconnerie n'est pas un passe-temps mais un heritage : une pratique continue depuis le passe bedouin ou les rapaces dresses etaient des partenaires de chasse essentiels dans la poursuite des oiseaux gibiers et des petits animaux qui fournissaient des proteines dans l'environnement desertique. Aujourd'hui, ou aucune famille qatarienne ne depend de la fauconnerie pour sa subsistance, la pratique est maintenue avec une passion qui s'est intensifiee plutot que diminuee avec la disparition de la necessite economique, transformee en expression de continuite culturelle et de vertu masculine. On estime que le Qatar a plus de praticiens de la fauconnerie par habitant que n'importe quel autre pays sur terre. La reconnaissance par l'UNESCO de la fauconnerie comme element du patrimoine culturel immateriel partage par plusieurs pays, dont le Qatar, a formalise la reconnaissance internationale de son importance culturelle. L'Hospital qatarien pour faucons fournit des services veterinaires d'une qualite qui serait remarquable dans n'importe quel contexte.

La culture du chameau est l'autre grand pilier de l'identite bedouine traditionnelle que les Qatariens ont portee dans la modernite. Les chameaux sont encore possedes en nombre significatif par des families qatariennes, gardes dans des fermes dans l'interieur desert, courses a Al Shahaniya et dans d'autres pistes pendant les mois d'hiver, entres dans des concours de beaute ou les qualites esthetiques des animaux sont jugees par des connaisseurs dont le vocabulaire critique de la beaute du chameau est aussi raffine que celui de n'importe quel critique d'art, et valorises comme des liens vivants avec un passe pastoral que la plupart des Qatariens ont quitte dans le souvenir vivant.

Le concept du majlis, la salle de reception ou salle de sejour formelle ou un hote recoit ses invites, est central a la comprehension de l'organisation sociale qatarienne. Dans les foyers qatariens traditionnels et dans la vie publique des reseaux tribaux et familiaux du Qatar, le majlis est l'endroit ou l'hospitalite est manifestee et les affaires sont conduites, ou les differends sont medies et les relations entretenues. L'accueil formalise du majlis implique l'offre sequentielle de qahwa, le cafe arabe prepare avec de la cardamome et du safran et servi dans de petites tasses sans anse, jaune-or pale et parfume aux epices, accompagne de dattes fraiches ou sechees. Le protocole du service de qahwa porte des significations qu'un invite ignore au risque d'une confusion sociale : accepter la tasse quand elle est offerte est correct, la secouer doucement de cote en cote quand vous en avez eu assez signale au serveur que vous etes satisfait et qu'aucun refill supplementaire n'est desire. Ce petit rituel, si simple dans sa description et si dense en signification culturelle, encapsule l'approche qatarienne de l'hospitalite, qui n'est pas une performance pour les touristes mais une pratique sociale authentique qui structure les relations a tous les niveaux de la societe.

Le the karak, ou karak chai, represente le complement democratique au qahwa formel du majlis : un the au lait epice prepare fort, sucre genereux, enrichi de lait evapore et parfume a la cardamome, a la cannelle et parfois au safran, vendu en petites tasses dans les kiosques karak qui ponctuent chaque quartier de Doha. Le kiosque karak, generalement un petit stand ou comptoir tenu par des travailleurs d'Inde ou du Pakistan qui ont perfectionne l'art de preparer un pot de the a exactement la bonne intensite, est l'une des grandes institutions sociales de Doha, l'endroit ou les travailleurs de la construction, les chauffeurs de taxi, les employes de bureau et l'occasionnel professionnel qatarien se rassemblent pour un moment de cafeine communautaire. Comprendre Doha necessite de passer au moins une matinee dans une file d'attente d'un kiosque karak.

Le monde social des communautes expatriees de Doha est un univers parallele fascinant a celui du Qatar officiel des politiques gouvernementales et des institutions culturelles. Les communautes d'Asie du Sud, nepaleaises, indiennes, pakistanaises, sri lankaises, bangladaises, qui constituent la plus grande partie de la population du Qatar, ont cree leur propre infrastructure sociale : temples dans le quartier diplomatique de Doha et dans les zones industrielles, matchs de cricket joues sur des terrains vagues le vendredi apres-midi, boutiques dans les quartiers d'Al Mansoura et d'Al Muntazah vendant des epices, des films et des produits de chez eux. La communaute philippine, qui compte plusieurs centaines de milliers de personnes et comprend un grand nombre de domestiques et de professionnels de l'industrie des services, maintient son propre monde social centre autour des messes catholiques et des celebrations culturelles philippines. Les communautes arabes expatriees d'Egypte, de Jordanie, du Liban, de Syrie et de Palestine apportent avec elles des competences professionnelles et des pratiques culturelles qui ont profondement influence la cuisine, les medias et la vie commerciale qatariens.

La culture diwaniyya, la tradition des hommes se rassemblant dans une salle de reception formelle pour discuter de politique, d'affaires, d'affaires sociales et des evenements du jour, reste une caracteristique significative de la vie sociale masculine qatarienne et du discours public. La diwaniyya est moins une institution formelle qu'une pratique reguliere : des hommes de reseaux sociaux similaires se rassemblent a une heure etablie, generalement le soir, dans un foyer ou une salle designee, pour parler, boire du cafe et du the, conduire les negociations informelles et le renforcement des relations qui est le fondement de la vie commerciale et politique qatarienne. Comprendre qu'une part significative de la prise de decision reelle et de la construction de reseaux au Qatar se produit dans ces cadres informels mais culturellement formalises aide a expliquer pourquoi les canaux institutionnels formels semblent parfois moins importants qu'ils ne pourraient le sembler aux etrangers.

Arts, Culture et Soft Power

La decision du Qatar d'investir ses revenus en hydrocarbures dans l'art, la culture, l'education et le soft power a une echelle sans precedent pour un pays de sa taille n'etait pas le fruit d'impulsions genereuses fortuites mais un choix strategique delibere, fait consciemment par la famille regnante au cours de deux decennies d'engagement coherent. Le raisonnement n'est pas difficile a comprendre : une nation de 300 000 citoyens assise sur le plus grand champ de gaz naturel du monde a besoin de projeter une presence et une influence dans le monde disproportionnees par rapport a son nombre, et l'investissement culturel et educatif est l'un des moyens les plus efficaces d'y parvenir. Ce qui rend les ambitions culturelles du Qatar remarquables, c'est a la fois l'echelle de l'engagement financier et la veritable qualite des institutions que cet engagement a produites.

Qatar Museums, l'autorite gouvernementale responsable du developpement et de la gestion des infrastructures museales et artistiques du pays, a rassemble sous son ombrelle l'une des collections les plus diverses et les plus substantiellement impressionnantes d'institutions culturelles du monde arabe. Le Musee d'Art islamique et le Musee national du Qatar, decrits dans la section Doha de ce guide, representent les deux ancres d'un portefeuille institutionnel qui s'etend a Mathaf, le Musee arabe d'art moderne, le Musee olympique et sportif 3-2-1 au Stade international Khalifa, et une constellation d'espaces d'art contemporain. Mathaf, heberge dans un ancien batiment scolaire des annees 1960 dans le quartier d'Education City, detient une collection d'environ 9 000 oeuvres d'art modernes et contemporaines d'artistes arabes de toute la region et de la diaspora, representant l'une des collections publiques les plus completes d'art moderne arabe qui existe. La collection retrace le developpement de l'art visuel arabe du debut du vingtieme siecle jusqu'a nos jours, avec des forces particulieres dans le modernisme egyptien, syrien, irakien, libanais et palestinien.

La Fondation Qatar, etablie en 1995 par le cheikh Hamad et sa femme la cheikha Moza bint Nasser, est peut-etre la plus significative expression institutionnelle des ambitions de soft power du Qatar. La cheikha Moza, qui a servi comme presidente de la Fondation et est regulierement citee parmi les femmes les plus influentes du monde, a concu la Fondation Qatar comme un investissement global dans le developpement humain par l'education et la recherche, avec pour objectif ultime d'aider le Qatar a passer d'une economie carbonee a une economie du savoir. La piece maitresse de cette vision est Education City, un campus de 2 500 acres au sud-ouest du centre-ville de Doha qui accueille des campus branches de six des universites les plus distinguees du monde aux cotes de l'Universite du Qatar, d'instituts de recherche, d'un parc scientifique et technologique, de la Bibliotheque nationale du Qatar et d'installations residentielles.

La liste des universites qui ont etabli des campus a Education City ressemble a une liste de seminaires de reve : la School of Foreign Service de l'Universite Georgetown, les programmes d'informatique, de commerce et de beaux-arts de Carnegie Mellon University, l'ecole de journalisme et de communication de Northwestern University, les programmes d'ingenierie et d'architecture de Texas A&M University, le Weill Cornell Medicine de l'Universite Cornell, HEC Paris et Sciences Po. Ces institutions exploitent leurs campus branches avec une autonomie significative, decernant des diplomes equivalents a ceux de leurs campus d'origine, admettant des etudiants du Qatar et du monde entier, et menant des recherches en partenariat avec le gouvernement et l'industrie qatariens. L'experience de rassembler ces institutions internationales sur un seul campus dans le golfe Arabique a produit une veritable energie intellectuelle, avec des recherches dans des domaines allant de l'urbanisme a la biologie computationnelle en passant par les etudes mediatiques avec des dimensions distinctives qatariennes et du Golfe.

Al Jazeera Media Network reste l'une des entreprises journalistiques les plus consequentes des trois dernieres decennies. Fondee en 1996 avec une subvention gouvernementale qatarienne d'environ 150 millions de dollars, la chaine de television par satellite Al Jazeera Arabe a ete lancee dans un paysage mediatique arabe domine par des radiodiffuseurs d'etat qui fonctionnaient comme des porte-voix de leurs gouvernements. La volonte d'Al Jazeera de diffuser des points de vue divers, d'interviewer des figures de l'opposition, de couvrir des conflits et des crises politiques dans des termes que les medias d'etat de la region ne pourraient pas tolerer, a immediatement genere a la fois une enorme audience et une intense controverse politique. Des gouvernements a travers le monde arabe ont denonce, interdit et expulse les correspondants de la chaine a differentes etapes de son histoire, tandis que les telespectateurs dans les memes pays la regardaient comme la source d'information la plus fiable sur leur propre region a laquelle ils aient jamais eu acces. Le lancement d'Al Jazeera en anglais en 2006 a etendu ce journalisme aux publics anglophones mondiaux, avec un accent particulier sur l'Afrique, l'Asie et d'autres regions que les principales organisations mediatiques occidentales etaient jugees desservir insuffisamment.

Le programme d'art public du Qatar, gere par Qatar Museums, a transforme l'environnement physique de Doha en quelque chose s'approchant d'un musee en plein air de sculpture publique contemporaine. L'oeuvre la plus discutee est Miraculous Journey de Damien Hirst, une serie de quatorze sculptures en bronze installee devant Sidra Medicine sur le campus d'Education City. L'oeuvre retrace les etapes du developpement foetal humain de la conception a la naissance a une echelle qui rend les sculptures individuelles impossibles a ignorer, la plus grande etant un bronze de sept metres representant un nouveau-ne. L'installation a suscite une controverse publique lors de son inauguration en 2013, avec des objections de certains Qatariens et de voix musulmanes internationales sur la representation explicite du processus reproductif dans un espace public. L'oeuvre monumentale de Richard Serra Est-Ouest/Ouest-Est dans le desert pres de Zekreet est un autre point de repere du programme d'art public du Qatar, qui utilise le paysage lui-meme comme medium.

L'Institut du Film de Doha, etabli en 2010, soutient les ambitions du Qatar dans le cinema grace a un evenement annuel de masterclasses Qumra, une competition de courts metrages, un vaste programme de bourses cinematographiques qui a finance des centaines de cineastes arabes et internationaux, et le Festival du Film Ajyal tenu annuellement a Doha. L'Institut a etabli le Qatar comme un important mecene du cinema arabe et du documentaire du Sud global plus large, et son programme de bourses a soutenu des films ayant fait leur premiere a Cannes, Venise et dans d'autres grands festivals internationaux. L'Orchestre philharmonique du Qatar, fonde en 2007 avec le soutien de la Fondation Qatar, joue une saison reguliere de programmes de musique classique et contemporaine, employant des musiciens de plus de trente pays.

Gastronomie et Cuisine

La cuisine qatarienne est l'une des moins appreciees du monde arabe, non pas parce qu'elle manque de saveurs distinctives ou de profondeur culturelle, mais parce qu'elle a ete quelque peu eclipsee par les traditions culinaires libanaise, marocaine et turque, plus connues sur la scene internationale. Manger la cuisine qatarienne, c'est gouter la convergence des influences culinaires bedouines, persanes, indiennes et est-africaines que la position historique de la peninsule comme carrefour commercial a produite, et le resultat est une cuisine d'une veritable complexite et d'une considerable delicatesse.

Le machboos, ou majboos, est le plat national par consensus general, et comprendre le machboos est essentiel pour comprendre la cuisine qatarienne. Le plat commence avec du riz, generalement du basmati a grain long, cuit dans un bouillon qui a absorbe les saveurs d'une viande cuite a l'etouffee (le plus souvent agneau, poulet ou crevettes), assaisonnee d'un melange complexe comprenant du loomi (les citrons noirs seches qui donnent a la cuisine du Golfe une grande partie de son acidite et de sa profondeur caracteristiques), de la cannelle, de la cardamome, des petales de rose seches, des clous de girofle et un melange d'epices baharat qui varie d'un foyer a l'autre. Le riz et la viande sont cuits ensemble jusqu'a ce que les grains aient absorbe le bouillon epice et que la viande soit fondante. La ressemblance avec le biryani indien est reelle : le plat partage une filiation dans les traditions de riz epice du monde de l'ocean Indien plus large, mais le machboos a un caractere distinctement du Golfe, en particulier dans l'utilisation du loomi, qui le differencie clairement. C'est la grande cuisine de reconfort qatarienne, le genre de plat que les Qatariens associent aux rassemblements familiaux, a la maison, au sentiment d'appartenance a un endroit et a une tradition particuliers.

Le harees est le plus ancien des plats traditionnels du Qatar, une etude dans le minimalisme qui atteint son effet par le processus plutot que par la complexite des ingredients. Du ble entier, trempe toute une nuit, est cuit a feu doux avec de la viande, generalement de l'agneau, pendant des heures jusqu'a ce que les deux ingredients se decomposen en une consistance lisse et ressemblant a une bouillie d'une extraordinaire profondeur de saveur. Le plat est assaisonne simplement, avec du sel et parfois un filet de beurre clarifie, et servi avec un saupoudrage de cannelle. C'est la nourriture traditionnelle du ramadan, preparee en enormes quantites pour nourrir les families et les quartiers lors de l'iftar, et des celebrations, et elle demontre que la cuisine qatarienne a sa plus traditionnelle est plus interessee par la transformation d'ingredients simples par le temps et la technique que par l'accumulation d'epices et de decorations.

Le thareed est un autre plat qui illustre les profondes connections entre la cuisine qatarienne et celle de la peninsule Arabique plus large. Un ragout d'agneau ou de poulet cuit a l'etouffee avec des legumes comprenant des pommes de terre, des aubergines, des tomates et des oignons, assaisonne d'un melange d'epices rechauffant, il est verse sur des morceaux de pain plat regag dechires qui absorbent le bouillon et se ramollissent en une consistance presque semblable aux pates. Le Prophete Muhammad aurait declare le thareed le meilleur de tous les plats, une recommandation qui a confere a la recette une certaine autorite culturelle dans le monde islamique. La version qatarienne partage cette forme generale avec les versions yemenites et saoudiennes, mais l'assaisonnement local et la minceur particuliere du pain regag qatarien lui donnent un caractere distinctif.

Le balaleet est le plat traditionnel le plus inhabituel du Qatar, occupant l'espace culinaire interessant entre le sucre et le sale qui apparait sous diverses formes dans les mondes culinaires arabe et indien plus larges. Des vermicelles sont cuits avec du sucre, de la cardamome, du safran et de l'eau de rose jusqu'a ce qu'ils deviennent sucres et parfumes, puis surmontes d'un oeuf frit ordinaire. Le contraste entre les vermicelles sucres et aromatiques et l'oeuf neutre et legerement sale cree une combinaison qui surprend beaucoup de nouveaux decouvrants et ravit ceux qui apprennent a l'apprecier. C'est traditionnellement servi comme plat du petit-dejeuner, et le manger dans un foyer qatarien le matin, accompagne d'un fort the karak, donne un sens de la texture intime de la vie domestique qatarienne qu'aucun restaurant ne reproduit tout a fait.

Les dattes meritent une attention etendue en tant que categorie alimentaire plutot que simplement comme accompagnement. Le Qatar et la region plus large du Golfe maintiennent une culture des dattes d'une profondeur et d'une variete enormes, avec des dizaines de varietes nommees chacune prisee pour differentes qualites de douceur, de texture, de teneur en humidite et de saveur. La datte Medjool, douce et moelleuse et grande, est la plus connue sur le plan international. Les dattes Ajwa de Medine, denses et sombres et intensement sucrees, portent une signification religieuse en tant que nourriture associee au Prophete. Les dattes Khalas du Golfe ont une qualite beurree et caramelisee. Dans les boutiques de dattes du Souq Waqif, acheter une selection de varietes pour une comparaison directe est l'un des meilleurs exercices d'education alimentaire de Doha.

La scene de restauration de Doha au debut du vingt-et-unieme siecle est l'une des plus diverses au monde par rapport a la taille de la ville, consequence directe de la massive population expatriee et du pouvoir d'achat de cette communaute et des nationaux qatariens. Chaque grande cuisine internationale est representee, souvent a un haut niveau de qualite : restaurants indiens allant du Mughlai au Chettinad en passant par le Punjabi, chacun puisant dans des communautes de residents sud-asiatiques avec un heritage culinaire pertinent ; restaurants libanais servant des mezze et des grillades de veritable qualite apportes par des chefs libanais qui font partie de la scene gastronomique de Doha depuis des decennies ; restaurants philippins servant des plats qui reconfortent les centaines de milliers de travailleurs et de professionnels philippins vivant au Qatar ; restaurants japonais avec des chefs de sushi formes au Japon ; gastronomie francaise d'influence dans les hotels de West Bay. La scene de restauration en hotel a Doha merite une attention particuliere pour les visiteurs en quete des meilleurs repas que la ville peut offrir, les etablissements de luxe incluant le St. Regis Doha, le Four Seasons Hotel Doha et le Waldorf Astoria Doha qui proposent des restaurants veritablement excellents.

Sport

Le sport n'est pas peripherique a la conception que le Qatar a de lui-meme : c'est l'un des principaux instruments par lesquels le pays a cherche la reconnaissance internationale et s'est positionne dans la conscience mondiale. La Coupe du monde de football 2022 de la FIFA etait l'expression la plus visible de cet engagement, mais elle s'inscrit dans une strategie d'investissement sportif plus large qui englobe la Formule 1, le tennis, le golf, le squash, le football de plage, les sports equestres et le developpement via l'Aspire Academy de talents sportifs tant du Qatar que du monde en developpement.

La Coupe du monde de football 2022 de la FIFA reste l'evenement sportif definitif de l'histoire du Qatar, et peut-etre de l'histoire du sport arabe. Lorsque la candidature du Qatar a la FIFA a reussi en decembre 2010, la decision a ete simultanement celebree a Doha et accueillie avec un scepticisme et des critiques soutenus sur la scene internationale, un scepticisme quant a la capacite du pays a livrer les infrastructures qu'une Coupe du monde exige, des critiques sur le processus par lequel les droits d'organisation ont ete attribues, et des preoccupations concernant l'organisation de l'evenement sportif le plus grand du monde dans un pays ou les temperatures estivales rendent la competition en plein air dans le creneau traditionnel de juin a juillet litteralement dangereuse pour la sante. La reponse du Qatar au probleme de temperature a ete de deplacer le tournoi en novembre-decembre, un changement qui a necessite la renegociation du calendrier de chaque grande ligue de football europeenne.

Les huit stades construits ou renoves pour le tournoi representent l'un des investissements les plus concentres en infrastructure sportive de l'histoire de la Coupe du monde. Le Stade Lusail, la structure de 89 000 places qui a accueilli la finale entre l'Argentine et la France, l'une des plus dramatiques de l'histoire de la Coupe du monde, decidee lors du formidable retour de Kylian Mbappe et finalement conclue aux tirs au but, a ete concu avec une forme de toit referencant la traditionnelle lanterne fanar. Le Stade Al Bayt a Al Khor, 40 kilometres au nord de Doha, a ete facon en forme d'une grande tente bedouine traditionnelle. Le Stade international Khalifa, le plus ancien des sites majeurs du Qatar construit en 1976 et substantiellement renove pour la Coupe du monde, ancre le complexe sportif Aspire Zone au centre de Doha. Le Stade Education City, adjacent au campus de la Fondation Qatar, comportait une facade de revetement a motifs islamiques geometriques qui captait la lumiere differemment a differentes heures de la journee.

La technologie de climatisation deployee dans les stades de la Coupe du monde merite d'etre reconnue comme un veritable exploit d'ingenierie. Les ingenieurs et chercheurs qatariens, s'appuyant sur des travaux menes a l'Universite du Qatar et en partenariat avec des firmes d'ingenierie allemandes, ont developpe un systeme de refroidissement de district pour les environnements de stade qui utilise l'electricite generee par l'energie solaire pour produire de l'eau refroidie, distribuee via des diffuseurs sous les sieges qui creent une enveloppe d'air frais autour du terrain et des zones de spectateurs. Le resultat a ete un football en plein air en novembre au Qatar a des temperatures de jeu d'environ 22 a 24 degres Celsius.

Aspire Academy, etablie en 2004 sur le campus Aspire Zone qui abrite egalement le Stade Khalifa et l'Aspire Dome, est l'un des programmes de developpement sportif les plus ambitieux du monde. L'Academie recrute et developpe de jeunes athletes qatariens dans une gamme de sports, fournissant un coaching de classe mondiale, des installations et un soutien educatif. Sa portee internationale s'est etendue grace au programme Football Dreams, qui pendant plus d'une decennie a detecte de jeunes talents footballistiques a travers l'Afrique, l'Asie du Sud-Est et l'Amerique centrale, amenant un groupe selectionne a Doha pour un entrainement de developpement. La victoire de l'equipe nationale qatarienne de football a la Coupe d'Asie AFC en 2019, la premiere fois que le Qatar avait remporte le tournoi et un resultat qui a choque la plupart des observateurs, etait en partie une validation de l'investissement a long terme dans le programme Aspire.

La Formule 1 a etabli une presence au Qatar qui reflete l'attrait du pays pour l'exposition mediatique mondiale qui accompagne l'organisation de grands evenements sportifs internationaux. Le Grand Prix du Qatar est revenu au calendrier de la Formule 1 en 2021 et est devenu un rendez-vous regulier. Le Circuit international de Lusail, situe dans la nouvelle ville au nord de Doha, accueille la course, et le cadre nocturne desertique, la piste brillamment illuminee contre l'obscurite, le son des moteurs de F1 rebondissant sur le sable du terrain environnant, cree un spectacle qui a ete enthusiastiquement accueilli par les pilotes, les equipes et les audiences televisuelles du sport.

Informations Pratiques

L'aeroport international Hamad, qui a remplace l'ancien aeroport international de Doha en 2014, s'est en un temps remarquablement court etabli comme l'un des meilleurs aeroports du monde. Les World Airport Awards de Skytrax l'ont classe parmi les cinq meilleurs aeroports du monde, et la preuve de cette reputation est immediatement evidente pour le voyageur arrivant : le terminal est un vaste espace baigne de lumiere dont l'architecture reussit simultanement a impressionner et a calmer, ses formes de toit courbes et ses proportions genereuses creant un environnement qui reduit plutot qu'intensifie l'anxiete du voyage de transit. L'aeroport contient un hotel cinq etoiles au sein meme du batiment du terminal, une piscine de 25 metres, un terrain de squash, d'importants espaces de vente hors taxes organises autour de la sculpture centrale Grande Oryx, et l'immediatement reconnaissable sculpture d'ours jaune intitulee Untitled de l'artiste suisse Urs Fischer qui est devenue l'un des objets les plus photographies du Qatar.

Qatar Airways, operant depuis l'aeroport international Hamad comme son hub mondial, s'est etabli comme l'une des deux ou trois meilleures compagnies aeriennes au monde selon le jugement coherent des sondages passagers Skytrax. Le produit en classe affaires de la compagnie, commercialise sous le nom de Qsuites, a redefini le modele de suite privee pour les voyages long-courriers en classe affaires, avec des suites entierement closes, des lits doubles pour les couples voyageant ensemble, et un niveau de confidentialite et de finition qui correspond ou depasse les meilleurs produits concurrents. Qatar Airways dessert actuellement plus de 160 destinations sur six continents, et sa position comme principal transporteur hub via Doha en fait un connecteur crucial pour les voyageurs entre des regions qui necessiteraient sinon plusieurs correspondances.

Le Qatar dispose d'un systeme de visa genuinement favorable aux visiteurs. Les detenteurs de passeports de plus de 95 nationalites peuvent obtenir un visa gratuit a l'arrivee a l'aeroport international Hamad, valable 30 jours avec possibilite de prolongation. Les citoyens de la plupart des pays de l'Union europeenne, des Etats-Unis, du Canada, de l'Australie, de la Nouvelle-Zelande, du Japon, de la Coree du Sud et de nombreux autres pays sont inclus dans la categorie d'entree sans visa. Le Qatar dispose egalement d'un genereux programme de stopover gratuit pour les passagers de Qatar Airways qui permet aux voyageurs de passer jusqu'a cinq jours au Qatar sans frais de billet supplementaires lors d'un transit vers une autre destination.

Le riyal qatarien, arrime au dollar americain a un taux fixe de 3,64 riyals par dollar, est la monnaie du pays. L'arrimage au dollar signifie que les taux de change par rapport aux principales devises sont stables et previsibles. Les especes sont largement acceptees, les cartes de credit sont acceptees universellement dans les hotels, restaurants, centres commerciaux et la plupart des commerces, et les distributeurs automatiques distribuant des riyals sont ubiquitaires dans tout Doha.

L'arabe est la langue officielle du Qatar, et l'arabe classique a une signification dans le contexte islamique qui va bien au-dela de sa fonction de medium de communication quotidienne. Mais pour le voyageur, la realite pratique est que l'anglais est presque universellement parle dans les contextes ou les touristes et les visiteurs d'affaires operent : hotels, restaurants, services de taxi, musees, boutiques et la plupart des environnements professionnels. Apprendre quelques mots d'arabe, le salut As-salamu alaykum, la reponse Wa alaykum assalam, les remerciements Shukran, la politesse Afwan, sera accueilli avec une chaleur genuinement sincere, car les Qatariens apprecient et respectent l'interet des etrangers pour leur langue et leur culture.

Le Metro de Doha, ouvert en 2019 et officiellement nomme Qatar Rail Metro, fournit des transports publics rapides, propres et climatises reliant les principales zones de Doha le long de trois lignes : la Ligne Rouge allant d'Al Wakra au sud a travers le centre de Doha jusqu'a Lusail au nord, la Ligne Or reliant les zones residentielles de l'ouest au centre-ville et a Education City, et la Ligne Verte desservant les quartiers d'Al Mansoura et d'Al Rifaa. Le metro est parmi les systemes ferroviaires urbains les plus modernes du monde, sans conducteur et automatise, avec des conceptions de stations commissionnees aupres d'architectes internationalement reconnus. Le metro n'atteint pas encore toutes les principales destinations touristiques de Doha, le Souq Waqif, le Musee d'Art islamique et West Bay etant tous accessibles a pied depuis les stations de metro, mais des extensions continuent d'elargir le reseau.

Le meilleur moment pour visiter le Qatar se situe entre la mi-novembre et le debut mars, lorsque les temperatures diurnes varient generalement de 18 a 26 degres Celsius, les soirees sont agreables, et les espaces exterieurs de Doha, du desert et de la cote peuvent etre profites sans limitation liee a la chaleur. Cette fenetre inclut egalement la periode de pointe pour les evenements exterieurs, les festivals culturels, les courses de chameaux et les divers evenements sportifs internationaux qui se concentrent dans le calendrier du Qatar pendant la saison agreable. La securite au Qatar n'est pas une preoccupation qui necessite d'occuper le voyageur. Le Qatar se classe constamment parmi les pays les plus surs au monde par les mesures de criminalite, et l'experience des residents et des visiteurs confirme cette evaluation.

Durabilite et Avenir

La relation du Qatar avec la durabilite environnementale est peut-etre la plus intellectuellement difficile de toutes les contradictions que ce pays presente au visiteur reflechi. D'un cote, le Qatar affiche l'une des empreintes carbone per capita les plus elevees de la planete, consequence des processus energivores de liquefaction et d'exportation du gaz naturel, des enormes demandes en electricite de la climatisation d'une ville desertique de millions d'habitants, du cout energetique de la desalinisation de pratiquement toute l'eau douce du pays, et des importations d'aviation longue distance qui approvisionnent un pays qui ne produit presque rien de sa propre nourriture. D'un autre cote, le Qatar a articule des objectifs ambitieux de transition vers les energies renouvelables, investi substantiellement dans le developpement de l'energie solaire, mis en oeuvre des normes de durabilite pour les nouvelles constructions, et se positionne sur la scene internationale comme engage dans une production et une gestion responsables de l'energie.

La Vision nationale du Qatar 2030, publiee en 2008 et elaboree dans des strategies nationales de developpement subsequentes, etablit le cadre dans lequel les decideurs politiques du pays sont supposes prendre des decisions. La Vision identifie quatre piliers du developpement durable : le developpement humain, le developpement social, le developpement economique et le developpement environnemental. Du cote economique, le defi central est la diversification loin des revenus en hydrocarbures vers une economie du savoir capable de soutenir les niveaux de vie qatariens meme si la transition energetique mondiale reduira eventuellement la demande de combustibles fossiles.

La situation en eau douce du Qatar illustre a la fois l'ingeniosite et l'intensite en ressources de la vie dans cette partie du monde. Il n'y a pas de rivieres, pas de lacs, pas de sources d'eau de surface fiables au Qatar. Les aquiferes limites sous la peninsule se vident plus vite qu'ils ne se rechargent, et leur salinite croissante les rend impropres a la plupart des usages. Toute l'alimentation en eau potable du Qatar provient d'usines de desalinisation d'eau de mer le long de la cote, dont l'installation de Ras Abu Fontas pres de Doha est la plus grande. Ces usines sont energivores par definition et leur fonctionnement contribue significativement a l'empreinte carbone du Qatar.

Le developpement des energies renouvelables s'est considerablement accelere depuis 2020. La centrale solaire Al Kharsaah, la plus grande au Qatar, a une capacite d'environ 800 megawatts et a ete concue comme la pierre angulaire de l'objectif declare du Qatar de produire 20 pour cent de son electricite a partir de sources renouvelables d'ici 2030. La tension fondamentale demeure : le Qatar est simultanement l'un des plus grands exportateurs de gaz naturel liquefie au monde, avec des plans d'expansion qui augmenteraient considerablement sa capacite de production de GNL au cours des annees 2020, et un pays engage dans une transition energetique mondiale qui doit eventuellement reduire la demande de GNL.

L'heritage de la Coupe du monde en matiere de durabilite est une question pratique plus immediate. Le Qatar a construit huit stades pour un tournoi qui en necessitait huit, ce qui represente un programme de construction plus rationnel que certaines Coupes du monde precedentes ou les pays hotes ont construit des venues qui sont devenues des elephants blancs couteux. Plusieurs des stades du Qatar ont ete concus avec des gradins superieurs modulaires pouvant etre retires apres le tournoi, reduisant la capacite d'accueil a des tailles plus appropriees pour la ligue de football domestique du Qatar. L'un des stades, le Stade 974 (nomme pour l'indicatif telephonique international du Qatar), a ete entierement construit a partir de conteneurs d'expedition et a ete concu des le depart pour etre demonte et recycle apres la Coupe du monde. Le stade a ete effectivement demonte apres le tournoi, et le Qatar a propose de faire don des composants modulaires a des pays en developpement pour des infrastructures sportives.

Ce a quoi le Qatar ressemblera en 2050, lorsque les objectifs de Vision 2030 du pays auront ete testes contre la realite, lorsque la transition energetique mondiale sera considerablement plus avancee, lorsque les consequences demographiques de decennies d'immigration geree auront remodele la societe de manieres pas encore entierement visibles, est une question sur laquelle les Qatariens reflechissent avec une certaine urgence. Les extraordinaires reserves de gaz du pays ne s'epuiseront pas de sitot, mais le marche de ces reserves peut se reduire de manieres imprevisibles a mesure que les couts des energies renouvelables continuent de baisser et que l'adoption des vehicules electriques reduit la demande mondiale de petrole et de gaz.

L'heritage de la Peche Aux Perles

Aucun recit du Qatar ne transmet adequatement ce que le pays a surmonte sans passer du temps sur la realite de la peche aux perles, l'industrie qui a soutenu la societe qatarienne pendant des siecles avant le petrole et qui definit le coeur emotionnel de l'identite nationale meme aujourd'hui. La peche aux perles n'etait pas une occupation romantique. Elle etait dangereuse, physiquement brutale, economiquement exploitatrice et essentielle. Les gisements de perles du golfe Arabique, ou les courants, la temperature de l'eau et la composition minerale particuliere du fond marin se combinent pour produire des huitres portant des perles d'une qualite exceptionnelle, etaient le moteur du commerce du Golfe depuis au moins le premier siecle de notre ere jusqu'au debut du vingtieme siecle. Les perles qatariennes se distinguaient par leur lustre particulierement fin, leur rondeur et la qualite particuliere de leur nacre, les couches de carbonate de calcium secretees par l'huitre autour d'un irritant qui creent la surface irisee caracteristique de la perle. Au dix-neuvieme siecle, les bateaux de peche aux perles qatariens et leurs equipages etaient reconnus dans tout le monde commercial de Bombay a Bassora en passant par Venise comme producteurs des plus fines perles naturelles disponibles.

La saison de la peche aux perles courait d'environ avril a octobre, pendant les mois les plus chauds de l'annee, quand les huitres etaient les plus actives et les gisements de perles les plus productifs. Un equipage typique de peche aux perles comprenait le nakhodha (capitaine et proprietaire du navire), les ghawasin (plongeurs) et les sibs (haleurs, responsables de remonter le plongeur a la surface a la fin de chaque plongee). Un plongeur descendait sur un lest en pierre suspendu a une corde, clampait une pince-nez en os animal ou en ecaille de tortue sur ses narines, et travaillait sur le fond marin a recolter des huitres aussi longtemps qu'il pouvait retenir sa respiration, generalement une a trois minutes, bien que des plongeurs experimentes pouvaient depasser quatre minutes grace a des annees de pratique. Lorsqu'il ne pouvait plus retenir sa respiration, il tirait une corde pour signaler au haleur en surface, qui le remontait rapidement. En une seule journee de travail, un plongeur pouvait effectuer quarante a soixante plongees. Le cout physique sur une saison entiere etait severe : des tympans perfores, des yeux en saignement, des blessures de requins et de meduses, et les effets cumulatifs de l'ivresse des profondeurs due aux plongees repetees entre cinq et quinze metres etaient courants. La noyade et les attaques de requins, bien que moins frequentes que l'imagination populaire ne le suggere, etaient des risques reels que chaque famille de peche aux perles comprenait.

La structure economique de l'industrie de la peche aux perles etait systematiquement lestee contre les plongeurs. La plupart des plongeurs travaillaient sur un systeme d'avance sur salaire, le salaf, dans lequel le nakhodha fournissait une avance en especes au debut de la saison a valoir sur la part attendue des gains du plongeur sur la recolte de perles. Puisque l'avance etait faite aux tarifs evalues par le nakhodha et que la recolte de perles etait sujette a des fluctuations naturelles, les plongeurs finissaient frequemment la saison en dette plutot qu'en benefice, leur dette reportee pour les lier au meme bateau pour l'annee suivante. Les capitaines de peche aux perles et les marchands qui financaient les bateaux et vendaient les perles aux acheteurs indiens et europeens accumulaient des richesses considerables ; les plongeurs et les haleurs qui rendaient l'industrie possible travaillaient dans des conditions proches du servage.

L'effondrement du marche des perles naturelles entre les annees 1920 et 1940 etait donc une catastrophe economique qui contenait aussi en elle un element de liberation de l'un des systemes de travail les plus exploiteurs que le Golfe ait connu. Kokichi Mikimoto, l'entrepreneur japonais qui a perfectionne la technique d'ensemencement des huitres pour produire des perles de culture commercialement a partir des annees 1890, a cree une industrie capable de produire des perles de qualite visuellement identique aux perles naturelles a une fraction infime du prix. Dans les annees 1930, les perles de culture japonaises avaient inonde les marches mondiaux, le prix des perles naturelles s'etait effondre, et les flottes de peche aux perles du Qatar et du Golfe etaient immobilisees. La periode de transition entre l'effondrement de l'economie des perles et le debut de revenus petroliers significatifs au Qatar a la fin des annees 1940 et 1950 etait une periode de veritable pauvrete et de difficultes. Des families qui avaient gagne des moyens de subsistance modestes mais reels de la mer se sont retrouvees sans revenus dans un environnement desertique qui offrait peu d'alternatives.

La memoire de la peche aux perles est portee dans le Qatar contemporain avec une combinaison de fierte et de melancolie. Fierte pour les competences, l'endurance et l'ingeniosite des hommes qui plongeaient ; melancolie pour les duretes qu'ils enduraient et la vulnerabilite d'une societe dont toute la base economique reposait sur la demande continue d'un produit de luxe. La tradition de la peche aux perles est commemoree dans la musique, la poesie et les arts visuels ; elle fournit au Musee national du Qatar certaines de ses expositions les plus emotionnellement resonantes ; et elle rappelle aux Qatariens que la prosperite du present est recente, gagnee durement, et qu'il ne faut pas la tenir pour acquise.

Shopping et Marches

Le shopping au Qatar occupe une place disproportionneement grande dans la culture de loisirs quotidienne, pour la raison evidente que la combinaison d'une chaleur estivale extreme, d'espaces publics exterieurs limites et de l'enorme pouvoir d'achat des consommateurs qatariens nationaux et des expatries bien remuneres a fait du centre commercial climatise la forme dominante d'espace social public dans la ville. Le Qatar a construit des centres commerciaux d'une ambition et d'une echelle veritables : Villaggio Mall, dans le quartier d'Aspire Zone, a ete concu pour ressembler a une ville de la Renaissance italienne, avec des plafonds vouteates peints pour representer un ciel bleu avec des nuages passants, des tours en gondole sur un canal interieur, et des facades reproduisant l'architecture de Venise. Le Mall of Qatar, l'un des plus grands du pays, contient un parc a theme interieur a pleine echelle cote a cote avec des centaines de points de vente au detail. Place Vendome Mall, a Lusail City, s'inspire du quartier du luxe parisien.

Pour le visiteur cherchant quelque chose au-dela du shopping de marques internationales, les experiences commerciales les plus gratifiantes du Qatar se trouvent dans les marches specialises et les environnements patrimoniaux. Le souk de l'or au sein du Souq Waqif vend des bijoux qatariens et du Golfe traditionnels en or jaune de 21 et 22 carats, l'or a haut carat typique des traditions de bijouterie du Golfe, dans des designs allant de la filigrane traditionnelle au contemporain. Les boutiques d'antiquites qui longent certaines ruelles du Souq Waqif offrent un assortiment parfois veritablement ancien d'objets du patrimoine du Golfe : cafetieresen laiton et brule-parfums, bijoux en argent qatarien ancien, armements traditionnels, poids et paniers de plongee aux perles, photographies d'epoque, et l'occasionnel veritable antique au milieu des reproductions decoratives. Les prix necessitent une negociation, l'authentification exige de l'expertise, mais la flanerie elle-meme est un plaisir.

Les dattes qatariennes, le safran, le loomi (citrons secs) et les melanges d'epices baharat constituent d'excellents souvenirs alimentaires et peuvent etre trouves aussi bien dans la section des epices du Souq Waqif que chez des detaillants alimentaires specialises a travers la ville. L'encens qatarien, brule dans des brule-parfums traditionnels appeles mabkhara, est un produit authentiquement du Golfe avec a la fois une signification ceremonielle et un parfum d'une ancienne beaute desertique. La poterie qatarienne traditionnelle, les paniers tisses et les textiles produits par des cooperatives artisanales qatariennes soutenues par le programme de patrimoine culturel de Qatar Museums representent une autre categorie de souvenirs localement significatifs, moins largement disponibles que les articles de masse trouve dans les boutiques de cadeaux des hotels mais qui valent la peine d'etre recherches.

Pour le voyageur sensible a toute cette complexite, le Qatar offre dans un seul petit pays une version concentree de bon nombre des questions les plus importantes du monde contemporain : sur l'economie politique de l'energie et du climat, sur les droits et les conditions des travailleurs migrants dans les chaines d'approvisionnement mondiales, sur la relation entre la tradition culturelle et la modernisation rapide, sur les usages de la richesse et les limites de ce que la richesse peut acheter. Le Qatar offre ces questions dans un cadre d'une beaute genuine, d'une hospitalite extraordinaire et d'une profondeur culturelle que la reputation du pays dans certains milieux pour un luxe de nouvelle construction sans ame ne parvient absolument pas a saisir. Allez au-dela des tours de West Bay et des boutiques des centres commerciaux. Promenez-vous dans les ruines d'Al Zubarah dans le calme matinal. Asseyez-vous dans le Musee d'Art islamique tandis que la lumiere de fin d'apres-midi se deplace sur la facade en calcaire et que l'horizon de l'autre cote de la baie commence a prendre vie. Buvez du the karak dans un kiosque en bord de rue tandis que la ville se deplace autour de vous dans sa vie multicouche, multilingue et improbable. Le Qatar est l'un des endroits les plus interessants de la planete a l'un des moments les plus interessants de son histoire. Le voyageur qui arrive avec une curiosite authentique ne sera pas decu.

Mots-Cles