
Alexander Graham Bell
Introduction
Alexander Graham Bell occupe une place parmi les inventeurs les plus importants de l'histoire de la civilisation humaine. Ne a Edimbourg, en Ecosse, le 3 mars 1847, il allait transformer la nature fondamentale de la communication humaine, reduisant les distances entre les personnes et les nations d'une maniere que les generations precedentes auraient a peine pu imaginer. L'invention du telephone, pour laquelle Bell recut le brevet americain numero 174 465 le 7 mars 1876, ne represente qu'un chapitre d'une vie remplie d'ambition scientifique et de curiosite intellectuelle inlassable. Pourtant, c'est cette invention, cette percee singuliere dans la transmission de la voix humaine par le fil electrique, qui definit sa place dans l'histoire et le distingue de presque tous les autres scientifiques de son epoque.
Bell n'etait pas simplement un inventeur au sens etroit du terme. Il etait enseignant, philosophe du son, defenseur des personnes qui ne pouvaient pas entendre, etudiant de l'aeronautique, naturaliste, et un homme dont la fascination de toute sa vie pour la science de la parole devait tout a sa remarquable famille. Son pere et son grand-pere avant lui etaient des elocutionnistes, des maitres du langage parle et de ses mecanismes, et la surdite quasi totale de sa mere donnait au jeune Alexander une comprehension profonde et personnelle de ce que signifiait vivre sans entendre. Ces circonstances ont facon l'imagination scientifique d'une maniere que la formation en laboratoire seule n'aurait jamais pu le faire.
L'histoire de Bell est aussi l'histoire d'un homme pris entre deux mondes et deux identites. Il etait ecossais de naissance, canadien d'adoption et americain par destin professionnel. Il inventa le telephone dans la ville de Boston, dans le Massachusetts, l'y breveta et assista a sa transformation d'abord de la vie americaine puis de la vie de tout le monde industrialise. Mais dans son coeur, il restait profondement attache au Canada, et c'est a l'ile du Cap-Breton, en Nouvelle-Ecosse, qu'il retournait chaque ete pendant des decennies, conduisant des experiences sur les rives du lac Bras d'Or et construisant le grand domaine qu'il nomma Beinn Bhreagh, signifiant Belle Montagne en gaelique. Il y mourut en aout 1922, aime et celebre, ayant assiste en une seule vie a la transformation du monde que son invention avait mise en marche.
La Jeunesse a Edimbourg
La ville d'Edimbourg au milieu du XIXe siecle etait un lieu de vitalite intellectuelle considerable, une ville facon par les Lumieres ecossaises qui avaient produit David Hume, Adam Smith et James Watt, et encore animee par la conviction que l'observation rigoureuse et l'enquete rationnelle etaient les cles du progres humain. C'est dans ce monde que naquit Alexander Bell, le deuxieme fils d'Alexander Melville Bell et d'Eliza Grace Symonds Bell, dans une maison au 16 South Charlotte Street, dans le quartier New Town d'Edimbourg.
Le foyer dans lequel naquit le jeune Alexander etait defini avant tout par le langage et la parole. Son grand-pere, Alexander Bell, s'etait etabli a Londres comme un professeur d'elocution tres respecte, un art qui consistait dans l'expression orale correcte et efficace. Son pere, Alexander Melville Bell, avait suivi ses traces, devenant l'un des phoneticiens les plus sophistiques de sa generation, un homme qui passa des decennies a etudier les mouvements anatomiques precis de la gorge, de la langue, du palais et des levres combinant pour produire l'enorme variete de sons qui constituaient la parole humaine.
Le jeune Alexander etait le deuxieme de trois freres. Son frere aine, Melville James Bell, naquit en 1845, et son frere cadet, Edward Charles Bell, arriva en 1848. Les deux freres seraient emportes par la tuberculose alors qu'ils etaient encore jeunes, une tragedie qui allait profondement modifier le cours de la vie d'Alexander et qui finirait par pousser la famille a traverser l'Atlantique a la recherche d'un air plus sain. Mais dans les premieres annees de l'enfance a Edimbourg, les trois garcons Bell grandirent dans un foyer qui bourdonnait d'energie intellectuelle et dans lequel la voix etait l'instrument central de la vie quotidienne.
A l'age de dix ou onze ans, Alexander ajouta le deuxieme prenom Graham en l'honneur d'Alexander Graham, un ami de la famille et ancien eleve de son pere qu'il admirait. Cet ajout ne fut pas une simple formalite sociale mais un geste d'affection et d'identite qui devint permanent.
Sa scolarite formelle a Edimbourg fut breve et pas particulierement distinguee de son propre aveu. Il frequenta la Royal High School, l'une des institutions educatives les plus respectees d'Edimbourg, puis la quitta a environ quinze ans sans avoir obtenu son diplome. Le programme lui semblait trop rigide et trop etroit, insuffisamment sensible a la curiosite et a l'etendue des interets qui le brulaient des son plus jeune age. Il etait fascine par les sciences naturelles, par les mecanismes des organismes vivants, par la physique du son et de l'air et de la vibration, mais l'approche de l'ecole pour ces sujets ne le satisfaisait pas.
La Famille et L'education Dans la Parole Visible
L'accomplissement intellectuel pour lequel Alexander Melville Bell est le plus souvent rappele, et qui se revelerait le plus directement formateur pour son fils, fut la creation d'un systeme qu'il appela la Parole Visible. Melville Bell passa des annees a etudier la facon dont l'appareil vocal humain produisait des sons et developpa progressivement un systeme de notation symbolique qui tentait de representer, pour tout son dans toute langue humaine, la position et le mouvement precis de la bouche, de la langue et des levres necessaires pour produire ce son. En 1864, il avait assemble son systeme en un tableau coherent, et en 1867, il publia ses decouvertes dans un livre intitule Parole Visible : La Science des Alphabets Universels.
L'importance de la Parole Visible pour l'education des sourds fut immediatement evidente pour ceux qui la connurent. Parce que le systeme representait la mecanique physique de la production du son plutot que les sons eux-memes, une personne qui n'avait jamais entendu un mot parle pouvait, en principe, apprendre a lire les symboles de la Parole Visible et reproduire les positions et les mouvements correspondants de la bouche.
Alexander Graham Bell se plongea profondement dans le systeme de Parole Visible de son pere des son jeune age. Il n'apprit pas seulement le systeme de facon exhaustive mais devint l'un de ses demontrateurs pratiques les plus efficaces. Son pere organisait frequemment des demonstrations publiques du systeme dans lesquelles Alexander quittait la piece pendant que Melville Bell prenait des requetes du public pour des mots ou des phrases dans diverses langues, les ecrivait en notation de Parole Visible, puis appelait Alexander pour qu'il lise la notation et produise des sons qu'il n'avait jamais appris. Ces demonstrations stupefaisaient invariablement le public.
L'arrivee En Amerique du Nord
La decision de la famille Bell d'emigrer en Amerique du Nord fut motivee par la tragedie. En 1867, le fils cadet, Edward Charles Bell, mourut de la tuberculose a l'age de dix-neuf ans. Trois ans plus tard, en 1870, le fils aine, Melville James Bell, mourut egalement de la tuberculose. La perte des deux fils de la meme maladie en l'espace de trois ans laissa Melville et Eliza Bell devastes et terrifies pour la sante de leur unique fils survivant Alexander, qui presentait lui-meme des symptomes qui soulevaient des craintes de la meme infection.
Melville Bell avait recu une invitation pour donner des conferences en Amerique du Nord et avait brievement visite le continent. Il etait persuade que le climat là-bas, en particulier au Canada rural, etait plus sain que l'air humide de Grande-Bretagne et pourrait sauver la vie d'Alexander. A l'ete 1870, la famille traversa l'Atlantique et s'installa a Brantford, en Ontario, une petite ville sur la riviere Grand au sud-ouest de Toronto, ou ils s'etablirent dans une maison qu'ils nommerent Melville House a un endroit appele Tutela Heights sur les falaises de la riviere au-dessus de la ville.
Le demenagement s'avera benefique. Le climat canadien, le rythme plus tranquille de la vie, l'air exterieur et peut-etre simplement l'eloignement des pressions et des deuils associes a la Grande-Bretagne contribuerent tous a la guerison d'Alexander. A Brantford, Bell eut le temps de penser et de developper certaines des idees qui meneraient finalement au telephone. Il passa de longues heures dans un petit bureau a Melville House, experimentant avec des appareils acoustiques et reflechissant aux principes de la transmission du son.
En 1871, Melville Bell fut invite a demontrer son systeme de Parole Visible aux enseignants de sourds a Boston, dans le Massachusetts, mais il etait engage dans d'autres engagements et envoya son fils Alexander a sa place. La delegation de cette tache s'avererait etre l'une des decisions les plus decisives de l'histoire de la technologie.
L'enseignement des Sourds a Boston
La ville de Boston au debut des annees 1870 etait un centre d'energie reformiste dans l'education americaine, en particulier dans le domaine de l'education des sourds. L'Ecole Clarke pour Sourds avait ete etablie a Northampton, dans le Massachusetts, en 1867 sous la direction de Gardiner Greene Hubbard et d'autres qui croyaient passionnement que les enfants sourds pouvaient et devaient etre enseignes a parler plutot que de se fier uniquement au langage des signes. Cette philosophie oraliste etait profondement controversee au sein de la communaute des sourds mais avait de puissants avocats a Boston et dans la region environnante.
Quand Bell arriva a Boston en avril 1871 pour demontrer la Parole Visible a l'Ecole de Boston pour Sourds-Muets, dirigee par Sarah Fuller, il fut immediatement reconnu comme un professeur extraordinairement doue. Sa capacite a expliquer la mecanique de la production de la parole, a decomposer les mouvements complexes de l'appareil vocal en composants apprenables, et a amener les etudiants sourds a produire une parole reconnaissable etait remarquable.
A l'automne 1872, Bell s'installa definitivement a Boston, ouvrant sa propre ecole privee de physiologie vocale et d'elocution. Il accepta egalement un poste a l'Universite de Boston comme professeur de physiologie vocale et d'elocution. Parmi les familles qui rechercherent les services d'enseignement de Bell se trouvait celle de Gardiner Greene Hubbard, l'un des fondateurs de l'Ecole Clarke, dont la fille Mabel avait perdu l'ouie a l'age de cinq ans a la suite d'une scarlatine. Et parmi les mecenes financiers de Bell dans son travail experimental se trouvait Thomas Sanders, dont le fils sourd George etait l'un des eleves prives de Bell.
L'arrangement qui s'etablit entre Bell, Hubbard et Sanders etait a la fois personnel et professionnel. Ils formerent ce qu'on appelait l'Association des Brevets Bell, un accord informel en vertu duquel Hubbard et Sanders fourniraient des fonds pour le travail experimental de Bell en echange d'une part de tous les brevets qui en resulteraient.
La Course a L'invention du Telephone
L'histoire de l'invention est rarement aussi simple que les recits qu'on en fait. L'idee de transmettre la voix humaine electriquement n'etait pas l'apanage de Bell. Plusieurs investigateurs en Europe et en Amerique travaillaient dans le meme territoire conceptuel au debut des annees 1870, explorant les proprietes electriques du son et la possibilite d'utiliser le courant electrique pour transporter des signaux vocaux sur des distances. Le plus important d'entre eux, du point de vue de la course aux brevets qui s'avera decisive, etait Elisha Gray, un inventeur et ingenieur electrique ne dans l'Ohio qui deviendrait le rival le plus serieux de Bell pour la priorite dans l'invention du telephone.
La propre voie de Bell vers le telephone passait par son travail sur ce qu'il appelait le telegraphe harmonique, un appareil qui permettrait d'envoyer plusieurs messages telegraphiques simultanement sur un seul fil en attribuant a chaque message une tonalite musicale differente. En travaillant sur ce telegraphe harmonique dans son laboratoire de Boston, avec l'aide indispensable de Thomas Augustus Watson, Bell fit le saut conceptuel qui mena au telephone. Watson etait un mecanicien habile qui apportait a l'association une connaissance pratique de la fabrication electrique et mecanique qui complementait parfaitement l'expertise theorique et acoustique de Bell.
Le moment de revelation qui mena directement au telephone vint d'un accident le 2 juin 1875. Bell et Watson travaillaient dans leur laboratoire, testant l'equipement pour le telegraphe harmonique, quand une languette sur le transmetteur de Watson se coinc. Quand Watson arracha la languette coincee pour la liberer, Bell, qui ecoutait au recepteur dans une autre piece, entendit non seulement le ton attendu mais ce qu'il reconnut comme les harmoniques et le caractere acoustique complexe de la languette arrachee. Le courant ondulatoire avait transporte quelque chose de plus proche de la complexite naturelle du son, et Bell comprit immediatement la signification de ce qu'il avait entendu.
Bell articula sa vision dans une lettre a son pere en mars 1875, decrivant ce qu'il appelait le courant ondulatoire, un courant electrique variant continuellement qui refleterait le motif de variation continue des ondes sonores dans la parole. Ce fut le coeur conceptuel du telephone.
Monsieur Watson Venez Ici
Le matin du 14 fevrier 1876 s'avera etre l'un des jours les plus importants de l'histoire de la technologie americaine, bien que sa pleine signification ne fut pas evidente pendant quelque temps. La demande de brevet de Bell arriva au Bureau des Brevets tot ce jour-la, enregistree comme la cinquieme entree recue. Plus tard ce meme jour, Elisha Gray arriva au meme bureau pour deposer un avis preliminaire concernant un appareil similaire. La soumission de Gray etait le trente-neuvieme element traite ce jour-la.
Le 7 mars 1876, le Bureau des Brevets accorda a Alexander Graham Bell le brevet americain numero 174 465, intitule Amelioration en Telegraphie, couvrant la transmission de sons vocaux au moyen d'un courant electrique ondulatoire. Trois jours plus tard, le 10 mars 1876, Bell et Watson etaient dans leur laboratoire au 5 Exeter Place a Boston, testant le nouvel appareil telephonique que Watson avait construit selon les specifications de Bell.
Bell, seul dans une piece avec le transmetteur, renversa accidentellement de l'acide sulfurique sur ses vetements. Dans ce moment de detresse, il se pencha vers l'instrument et prononca les mots qui allaient devenir la phrase la plus celebre de l'histoire de la communication: Monsieur Watson, venez ici, je veux vous voir. Watson, dans une autre piece avec le recepteur presse contre son oreille, entendit chaque mot distinctement. Il accourut dans le couloir et dit a Bell ce qu'il avait entendu.
Bell enregistra l'evenement dans son carnet de laboratoire ce soir-la avec une precision scientifique caracteristique, notant la date exacte, decrivant l'appareil et sa configuration, et enregistrant ensuite ses propres mots et la reponse de Watson.
Dans les semaines et les mois qui suivirent, Bell et Watson affinerent l'appareil et le demonstrerent publiquement avec un succes croissant. En juin 1876, Bell demontara le telephone a l'Exposition du Centenaire a Philadelphie. L'Empereur du Bresil, Dom Pedro II, appuya le recepteur contre son oreille et entendit la voix de Bell transmise depuis l'autre cote de la salle. Il s'exclama stupefait. La demonstration de Philadelphie transforma le telephone d'une curiosite de laboratoire connue d'une poignee de scientifiques et d'investisseurs en une sensation connue du grand public.
La Bataille des Brevets Avec Elisha Gray
La renommee que le telephone apporta a Bell fut presque immediatement accompagnee de controverses, car Elisha Gray et ses partisans contesterent la priorite du brevet de Bell et disputerent sa claim d'avoir ete le premier a inventer l'appareil. Le litige de brevet qui s'ensuivit fut parmi les plus ferocement contestes de l'histoire du droit americain de la propriete intellectuelle, s'etendant devant les tribunaux pendant pres de deux decennies et generant des centaines de procedures judiciaires.
Ce que les tribunaux determinerent en definitive, dans une serie de decisions s'etendant de la fin des annees 1870 aux annees 1880 et au-dela, c'est que le brevet de Bell etait valide et que Bell avait le droit d'etre reconnu comme l'inventeur du telephone. La Cour supreme des Etats-Unis examina la question et confirma le brevet de Bell. Au moment ou le brevet principal expira en 1893, Bell et sa societe avaient reussi a le defendre contre plus de six cents contestations judiciaires.
Parmi les autres pretendants dont les histoires ont ete evoquees dans les discussions sur la priorite du telephone se trouve Antonio Meucci, un inventeur ne en Italie qui avait developpe un dispositif de communication vocale precoce dans les annees 1850 et 1860. La Chambre des representants des Etats-Unis adopta une resolution en 2002 reconnaissant les contributions de Meucci a l'invention du telephone, bien que cette action legislative ne fut pas une inversion legale des decisions judiciaires anterieures concernant le brevet de Bell.
La Societe Telephonique Bell
L'exploitation commerciale du brevet du telephone commenca presque immediatement apres la demonstration de Philadelphie. En aout 1877, la Societe telephonique Bell fut formellement etablie, avec Gardiner Greene Hubbard comme fiduciaire et avec Bell, Watson, Hubbard et Thomas Sanders comme les quatre principaux actionnaires. La nouvelle societe avait, a sa creation, un total de 778 telephones en service et un seul employe a temps plein, Thomas Watson, qui etait paye trois dollars par jour.
La decision strategique initiale de Hubbard, qui s'avera d'une enorme importance commerciale, fut de louer les instruments telephoniques aux clients plutot que de les vendre directement. Cette approche garda les instruments comme propriete de la societe et la societe comme centre d'un reseau de service en croissance. Le modele de location crea egalement un flux de revenus constant qui grandit a mesure que le nombre d'utilisateurs augmenta.
La croissance dans les premieres annees fut rapide et extraordinaire. Dans les trois mois suivant la creation de la societe, il y avait environ 1 300 telephones en service. Pour le debut de 1880, ce nombre avait atteint 30 000 et continuait d'augmenter rapidement. La Societe telephonique Bell fut reorganisee plusieurs fois a mesure que son champ s'elargissait. Elle devint la Societe telephonique nationale en 1879 et la Societe telephonique americaine Bell en 1880. L'American Telephone and Telegraph Company, etablie en 1885, devint la societe mere a la fin de 1899, devenant finalement ce qu'on appelait familierement AT&T.
Inventions Posterieures et Travail Scientifique
Les decennies qui suivirent le brevet du telephone furent pour Bell une periode d'activite scientifique enorme et variee. Le Prix Volta, decerne par le gouvernement francais en reconnaissance du telephone, lui apporta cinquante mille francs. Bell utilisa cet argent pour etablir le Laboratoire Volta a Washington D.C., une installation de recherche privee dans laquelle lui et deux associes, son cousin Chichester Bell et le scientifique Charles Sumner Tainter, poursuivirent diverses recherches au cours des annees 1880.
Le travail au Laboratoire Volta produisit deux resultats importants. Le premier fut le developpement et le perfectionnement du graphophone, un appareil ameliore d'enregistrement et de reproduction qui s'appuyait sur le phonographe de Thomas Edison en utilisant des cylindres de cire plutot que le papier d'etain d'Edison, obtenant une qualite sonore substantiellement meilleure et une plus grande durabilite.
Le second resultat important de la periode du Laboratoire Volta fut le photophone, que Bell considerait peut-etre comme le plus grand de tous ses inventions, depassant meme le telephone dans son ambition conceptuelle et son anticipation des technologies qui ne se realiseraient pas pratiquement avant de nombreuses decennies. Le photophone etait un appareil qui transmettait le son non pas par le courant electrique porte par un cable mais par un faisceau de lumiere.
Bell et Tainter transmirent avec succes le premier message telephonique sans fil le 3 juin 1880, envoyant de la parole a travers un faisceau de lumiere sur une distance d'environ deux cents metres depuis une fenetre de l'Ecole Franklin a Washington D.C. Bell etait ravi de cet accomplissement et ecrivit avec enthousiasme sur le potentiel du photophone, le decrivant dans une lettre comme la plus grande invention que j'ai jamais faite, plus grande que le telephone. Il voyait dans le photophone la possibilite d'une communication sans fils, sans l'infrastructure des reseaux de cables, libre des limites physiques des conducteurs metalliques.
Les applications pratiques du photophone ne se materialisèrent pas du vivant de Bell. Mais les principes qu'il demontrait sont precisement ceux qui sous-tendent, plus d'un siecle plus tard, les systemes de communication a fibre optique qui transportent maintenant la grande majorite du trafic Internet et des signaux telephoniques du monde.
Le Photophone et Ses Implications
L'histoire du photophone merite un examen plus approfondi, tant parce que Bell lui-meme le considerait si important que parce que ses implications ont grandi plutot que diminue avec le passage du temps. Le principe fondamental que Bell et Tainter elaborerent etait que l'energie sonore pouvait etre convertie en variations d'intensite lumineuse, que la lumiere pouvait etre utilisee comme porteuse d'information de la meme maniere que le courant electrique etait utilise dans le telephone.
Le composant cle qui permit cela du cote recepteur etait le selenium, un metalloide dont la conductivite electrique varie avec l'intensite de la lumiere qui tombe dessus. Cette propriete, connue sous le nom d'effet photoelectrique, avait ete decouverte dans les annees 1870, et Bell etait parmi les premiers chercheurs a reconnaitre son potentiel pour les applications de communication.
Dans le contexte des technologies de communication qui emergerent finalement du developpement des lasers au milieu du XXe siecle, le photophone de Bell semble remarquablement prophetique. Le laser, developpe en 1960, fournit la source de lumiere coherente, stable et intense que Bell n'avait pas, et le developpement de fibres de verre a faible perte fournit le milieu de transmission qui remplacat les faisceaux de lumiere en plein air de Bell. Quand les systemes de communication a fibre optique transportant des signaux modules par laser commencerent a remplacer les systemes telephoniques a fil de cuivre dans les annees 1980 et 1990, ils mettaient en oeuvre a un niveau beaucoup plus eleve de sophistication technique precisement le principe que Bell avait demontre en 1880.
L'aeronautique et L'association Experimentale Aerienne
Parmi les nombreux interets scientifiques de Bell dans les dernieres decennies de sa vie, le probleme du vol plus lourd que l'air occupait une place particulierement importante. Bell avait ete fascine par la possibilite du vol humain depuis au moins les annees 1890, et son approche du probleme etait caracteristique de sa personnalite scientifique plus large: profondement enracinee dans des principes physiques fondamentaux, systematiquement experimentale, collaborative plutot que solitaire, et constamment orientee vers l'application pratique.
La contribution particuliere de Bell a l'aviation precoce fut son etude approfondie de la cellule tetraedrique comme element structural pour des cadres legers et solides. Il commenca a experimenter avec des structures tetraedriques a la fin des annees 1890, construisant des cadres tridimensionnaux elabores a partir de petites cellules triangulaires et testant leurs proprietes de resistance par rapport au poids.
En octobre 1907, Bell avait rassemble autour de lui a Baddeck un groupe de quatre jeunes hommes qui partageaient son interet pour le vol et complementaient sa propre expertise avec des competences et des connaissances qu'il n'avait pas. Il s'agissait de Glenn Hammond Curtiss, un constructeur de moteurs de motos et champion de course de Hammondsport, dans l'Etat de New York; John Alexander Douglas McCurdy, un ingenieur canadien; Frederick Walker Baldwin, un ingenieur canadien connu de ses amis sous le nom de Casey; et le lieutenant Thomas Selfridge de l'armee americaine.
Avec le soutien financier de l'epouse de Bell, Mabel, qui contribua 20 000 dollars de son propre heritage pour financer l'entreprise, les cinq hommes etablirent l'Association Experimentale Aerienne le 1er octobre 1907. L'appareil le plus reussi de l'association fut le Silver Dart, qui le 23 fevrier 1909, avec McCurdy aux commandes, decolla de la glace de la baie de Baddeck et vola environ un demi-mille, devenant le premier vol propulse et controle d'un aeronef plus lourd que l'air au Canada et dans l'Empire britannique en dehors du Royaume-Uni lui-meme.
L'Association Experimentale Aerienne se dissolut formellement en mars 1909, ayant rempli son objectif declare et ayant apporte une contribution substantielle au developpement de l'aviation canadienne et nord-americaine. Curtis continua a etablir l'une des plus importantes societes de fabrication d'aeronefs en Amerique. McCurdy et Baldwin poursuivirent leur travail en aviation au Canada.
Le Travail Avec les Sourds et Helen Keller
Tout au long de toutes ses diverses activites scientifiques, Bell n'abandonna jamais son engagement envers l'education et le bien-etre des sourds. En 1887, il etablit le Bureau Volta a Washington D.C., comme une institution pour l'accroissement et la diffusion des connaissances relatives aux sourds. Bell etait un fervent defenseur de l'oralisme, l'enseignement du langage parle aux personnes sourdes plutot que l'utilisation de la langue des signes comme mode principal de communication.
Ses opinions s'etendaient au-dela de la pedagogie vers un territoire profondement troublant du point de vue de la comprehension contemporaine des droits de l'homme. En 1883, il publia un article intitule Memoire sur la Formation d'une Variete Sourde de la Race Humaine. Ces aspects de l'engagement de Bell avec la culture sourde et l'eugenisme ont ete largement critiques dans les dernieres decennies. En 2010, le Congres international sur l'education des sourds presenta formellement des excuses pour la suppression historique des langues des signes et des cultures sourdes.
En 1887, le pere d'Helen Keller emmena sa fille de six ans, sourde et aveugle, a Washington D.C. pour chercher l'aide d'Alexander Graham Bell, dont le travail aupres des sourds etait largement connu. Bell rencontra la petite Helen et fut immediatement frappe par elle. Il conseilla a la famille de contacter l'Institut Perkins pour Aveugles a Boston. En suivant le conseil de Bell, les Keller contacterent Perkins, qui envoya en Alabama une jeune institutrice nommee Anne Sullivan.
Bell resta un defenseur devoue d'Helen Keller tout au long de sa vie. Il apprit a ecrire sur une machine a ecrire en braille afin de pouvoir communiquer directement avec elle. Elle, a son tour, l'adorait avec une profondeur de sentiment qu'elle exprima eloquemment dans son autobiographie.
Baddeck et L'ile du Cap-Breton
L'endroit qu'Alexander Graham Bell considerait comme son veritable foyer, le paysage qui l'appelait le plus profondement, n'etait pas Edimbourg, ni Londres, ni Boston ni Washington, mais les rives du lac Bras d'Or dans l'ile du Cap-Breton, en Nouvelle-Ecosse. Bell visita la region pour la premiere fois en 1885 lors d'une tournee en Nouvelle-Ecosse, et fut immediatement frappe par sa ressemblance avec les Highlands ecossaises de son enfance.
Il revint l'annee suivante et acquit des terres sur un promontoire surplombant le lac pres du village de Baddeck. Il nomma le domaine Beinn Bhreagh, ce qui signifie Belle Montagne en gaelique, et il resta son endroit le plus aime jusqu'au jour de sa mort.
Le domaine de Beinn Bhreagh grandit au fil des ans pour devenir un ensemble substantiel comprenant la maison principale, des laboratoires, des dependances et finalement des installations d'amarrage pour les diverses embarcations que Bell utilisait dans ses experiences sur le lac. Bell et son epouse Mabel passerent de plus en plus de portions de chaque annee a Beinn Bhreagh, residant finalement la pour la plus grande partie de chaque annee civile.
Bell et Baldwin se consacrerent par la suite aux hydrofoils, construisant une serie d'embarcations a hydrofoil. Le HD-4, complete en 1919, etablit un record mondial de vitesse sur l'eau de 70,86 milles a l'heure dans la baie de Baddeck le 9 septembre 1919, un record qui dura pendant une decennie.
Vie Personnelle et Famille
Alexander Graham Bell epousa Mabel Gardiner Hubbard le 11 juillet 1877. Le mariage fut a la fois une union d'affection mutuelle profonde et un partenariat qui soutint le travail de Bell pendant le reste de sa vie. Mabel etait la fille de Gardiner Greene Hubbard, l'un des principaux mecenes de Bell, et avait ete son etudiante avant de devenir son interet romantique.
Le couple eut quatre enfants. Elsie May Bell naquit en mai 1878 et Marian Hubbard Bell, connue sous le nom de Daisy, naquit en fevrier 1880. Deux fils nes apres ces filles ne survecurent pas a l'enfance. La perte des deux fils fut un chagrin que Bell ne surmonra jamais completement.
Elsie Bell epousa finalement Gilbert H. Grosvenor, qui devint le redacteur en chef de longue date du Magazine National Geographic, reliant les deux institutions avec lesquelles Bell etait le plus publiquement associe, la societe telephonique portant son nom et la Societe National Geographic, par un lien familial.
Bell etait egalement le deuxieme president de la Societe National Geographic, occupant cette fonction de 1898 a 1903. Pendant sa presidence, il travailla a transformer le Magazine National Geographic d'une revue technique aride lue par des geographes professionnels en une publication d'interet general qui atteignait un vaste public grace a des articles attrayants illustres de photographies.
La Mort En 1922
Pour l'ete 1922, Alexander Graham Bell avait soixante-quinze ans et avait travaille dur toute sa longue vie. Sa sante avait decline au cours des mois precedents, bien qu'il eut continue a passer son temps a Beinn Bhreagh. Il souffrait de complications liees a l'anemie pernicieuse, une maladie qui etait mal comprise a l'epoque et pour laquelle il n'existait pas de traitement fiable.
Bell mourut aux premieres heures du 2 aout 1922, a Beinn Bhreagh, avec Mabel a ses cotes. Sa mort fut paisible. Il avait soixante-quinze ans. Il fut enterre au sommet de la montagne au-dessus du domaine, dans un endroit qui commandait une vue sur le lac et les collines qu'il avait aimes si profondement. Mabel, qui avait ete sa compagne, son soutien et sa confidente la plus proche pendant quarante-cinq ans de mariage, ne lui survit que cinq mois. Elle mourut le 3 janvier 1923 et fut enterree aux cotes de son mari sur la colline de Beinn Bhreagh.
Le tribut rendu a Bell par la societe telephonique qui portait son nom fut caracteristique de l'ere industrielle que son invention avait contribue a creer. Au moment exact de son enterrement, tous les telephones aux Etats-Unis et au Canada furent silencieux pendant une minute.
L'heritage et L'impact Sur la Communication
L'heritage d'Alexander Graham Bell est, au sens le plus litteral, le monde dans lequel nous vivons. La technologie qu'il inventa et breveta en 1876 n'etait pas simplement un appareil utile parmi d'autres mais la matrice dont grandit toute l'infrastructure des telecommunications modernes: les reseaux telephoniques, les systemes radio, les cables a fibre optique, les reseaux cellulaires mobiles, l'Internet lui-meme.
Le nom de Bell survit dans les systemes de mesure de la science acoustique. L'unite appelee bel, et sa dixieme partie plus couramment utilisee le decibel, mesurent l'intensite relative des sons et des signaux dans une echelle logarithmique. Ces unites, nommees en l'honneur de Bell, sont utilisees partout dans l'acoustique, le genie audio, les telecommunications et le traitement du signal.
Les Laboratoires Bell etablis par AT&T au XXe siecle devinrent l'une des institutions de recherche scientifique les plus productives de l'histoire de la technologie, contribuant au developpement du transistor, de la theorie de l'information, du laser, de la telephonie cellulaire et de nombreuses autres technologies fondamentales du monde moderne.
Le photophone, l'invention que Bell lui-meme considerait comme la plus grande de toutes, a obtenu une vindication posthume qu'il n'a pas vecu pour voir. Les principes qu'il demontrait en 1880 sont maintenant mis en oeuvre dans les systemes de communication a fibre optique qui transportent le trafic Internet mondial, codes comme des impulsions laser plutot que la lumiere solaire reflechie que Bell utilisait mais bases sur le meme principe fondamental d'utiliser la lumiere pour transporter des informations.
L'heritage de Bell dans l'education des sourds est plus conteste et plus complexe que son heritage dans les telecommunications ou l'aviation. En 2010, le Congres international sur l'education des sourds reconnut formellement le tort cause par les politiques oralistes que Bell avait defendues, adoptant une resolution presentant des excuses pour la suppression historique des langues des signes et des cultures sourdes.
Conclusion
Alexander Graham Bell etait un homme de son temps a bien des egards, facon par les valeurs et les hypotheses victoriennes du monde dans lequel il grandit, y compris certaines hypotheses que la comprehension contemporaine a a juste titre remises en question. Mais il etait aussi, dans les aspects les plus importants, en avance sur son temps, un scientifique dont l'imagination atteignait des technologies et des possibilites que son ere ne pouvait pas encore realiser.
Il naquit dans une famille qui avait fait de la science et de l'art de la parole humaine sa vocation definitoire, et il etendit cette vocation a des domaines entierement nouveaux, appliquant la comprehension du son que son pere et son grand-pere avaient cultivee a des problemes que ni l'un ni l'autre n'aurait pu imaginer. Il donna au monde un moyen de parler a travers la distance, et ce faisant, il changea le monde plus profondement et plus durablement que presque tout autre individu dans l'histoire de la technologie.
Il etait enseignant avant d'etre inventeur, et il resta enseignant tout au long de sa vie, qu'il enseignat a des etudiants sourds la mecanique du langage parle, aux lecteurs du Magazine National Geographic les merveilles du monde naturel, ou aux jeunes ingenieurs de l'Association Experimentale Aerienne les methodes systematiques de la recherche aeronautique pratique.
Il etait un homme qui ecoutait. C'etait peut-etre la caracteristique la plus profonde de sa personnalite scientifique, la qualite qui explique le mieux la nature particuliere de son plus grand accomplissement. Dans un monde ou les voix les plus fortes commandent le plus souvent l'attention, Bell tournait son oreille avec une sensibilite presque surnaturelle vers les phenomenes les plus discrets, vers les faibles sons transmis par un appareil experimental imparfait, vers les signatures acoustiques complexes de la parole humaine.
Il est enterre sur la Belle Montagne a Baddeck, surplombant les eaux qu'il aimait, dans le pays qu'il appelait chez lui. Le silence qui s'abattit sur les reseaux telephoniques d'Amerique du Nord au moment de son enterrement fut, a sa maniere, le temoignage le plus eloquent de son accomplissement: l'instrument qu'il avait fait parler se taisant en son honneur, un vaste requiem technologique pour l'homme qui lui avait appris a porter la voix humaine.
Sources
www.countryreports.org
www.loc.gov/collections/alexander-graham-bell-papers/about-this-collection/
www.loc.gov/collections/alexander-graham-bell-papers/articles-and-essays/inventor-and-scientist/
www.loc.gov/collections/alexander-graham-bell-papers/articles-and-essays/timeline/1847-to-1868/
www.loc.gov/item/who-is-credited-with-inventing-the-telephone/
www.loc.gov/loc/lcib/9904/bell.html
parks.canada.ca/culture/designation/lieu-site/beinn-bhreagh-hall
www.invent.org/inductees/alexander-graham-bell
www.disabilitymuseum.org/dhm/edu/essay.html?id=59
socialwelfare.library.vcu.edu/issues/alexander-graham-bell-role-oral-education/
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www.pc.gc.ca/apps/dfhd/page_nhs_eng.aspx?id=15395
americanhistory.si.edu/explore/exhibitions/americas-listening/online/bells-graphophone
Mots-Cles
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Le Telephone Se Repand Dans le Monde
La rapidite avec laquelle le telephone est passe d'une curiosite de laboratoire a un instrument ubiquitaire de la vie quotidienne fut remarquable meme selon les normes accelerees de l'ere industrielle. Dans l'annee qui suivit la demonstration du Centenaire de Philadelphie, la Societe telephonique Bell avait loue plus d'un millier d'instruments et recevait des demandes d'entreprises dans toutes les grandes villes americaines. En cinq ans, des centrales telephoniques fonctionnaient non seulement dans tout les Etats-Unis mais en Grande-Bretagne, en Europe et dans certaines parties de l'Asie et de l'Amerique latine.
Les defis techniques impliques dans la construction d'un reseau telephonique operationnel etaient considerables. Les premiers instruments telephoniques etaient fragiles, leur portee etait limitee et la qualite de la voix qu'ils produisaient etait souvent mediocre. Les interferences electriques provenant d'autres circuits, de lignes electriques et de sources atmospheriques degradaient les signaux qui voyageaient sur les fils. Les centraux qui connectaient plusieurs abonnes necessitaient une commutation manuelle par des operateurs qui connectaient les appels en branchant physiquement des cables dans des tableaux de commutation, un processus a forte intensite de main-d'oeuvre qui ne pouvait pas se deverrouiller indefiniment.
Chacun de ces problemes fut aborde dans les annees qui suivirent le brevet original de Bell par un processus de developpement technique continu dans lequel Bell lui-meme joua un role decroissant mais toujours important. Bell continua a travailler sur la technologie telephonique tout au long de la fin des annees 1870 et jusqu'aux annees 1880, ameliorant la sensibilite des recepteurs, experimentant avec differents materiaux et configurations de membrane, et explorant des moyens d'etendre la portee sur laquelle le telephone pouvait fonctionner de maniere fiable.
Pour 1886, dix ans apres le brevet, il y avait environ 150 000 abonnes au telephone aux Etats-Unis, et l'instrument etait devenu une caracteristique etablie de la vie des affaires americaine. La telephoniste, generalement une jeune femme, etait devenue une categorie professionnelle reconnue et un type social, la voix au bout du fil qui connectait les appelants a leurs destinations et fournissait, incidemment, une presence humaine qui adoucissait l'experience technologique pour les appelants qui s'adaptaient encore a la nouveaute de la communication electrique.
L'expansion internationale du telephone introduisit l'invention de Bell dans des societes tres differentes de l'Amerique en cours d'industrialisation ou elle etait nee. En Grande-Bretagne, le telephone rencontra un environnement reglementaire facon par le systeme telegraphique controle par le gouvernement, et le developpement du service telephonique britannique fut en consequence plus lent et plus contraint qu'en Amerique. En Europe continentale, les monopoles gouvernementaux sur les telecommunications creerent des obstacles similaires au developpement prive rapide. Dans chaque contexte national, le telephone fut adapte aux conditions juridiques, commerciales et culturelles existantes.
La centrale telephonique elle-meme etait devenue un employeur significant de femmes, offrant une forme de travail de bureau accessible aux femmes instruites a une epoque ou la plupart des professions leur etaient fermees. Les conversations qui circulaient dans ces circuits, les affaires transactees, les familles reconnectees, les urgences traitees, etaient le tissu d'une nouvelle realite sociale que Bell avait contribue a creer.
Bell Comme Scientifique et Penseur
Il serait une erreur de comprendre Alexander Graham Bell principalement comme un inventeur, un homme qui construisait des choses specifiques et passait ensuite a la construction d'autres choses. Il etait plus profondement un scientifique, un homme qui abordait le monde naturel avec une curiosite systematique et qui croyait que l'observation patiente et rigoureuse des phenomenes naturels etait le seul chemin fiable vers la comprehension et vers les applications pratiques que cette comprehension pouvait permettre.
Ses interets scientifiques etaient extraordinairement larges. Il etait authentiquement engage dans des questions de biologie, de genetique et d'elevage d'animaux qui n'avaient rien a voir directement avec son travail sur la technologie de communication. Il maintenait des interets soutenus en meteorologie et en sciences atmospheriques. Il lisait largement en mathematiques, en physique et en chimie, et se tenait informe des developpements dans des domaines eloignes de ses propres specialites.
Son approche du travail scientifique se caracterisait par une combinaison inhabituelle d'audace theorique et de patience pratique. Il etait pret a concevoir des possibilites qui semblaient extravagantes ou impratiques pour ses contemporains, la transmission de la parole par la lumiere plutot que par le fil etant l'exemple le plus dramatique, mais il etait egalement pret a passer des mois ou des annees dans le travail experimental minutieux et tedieux requis pour tester si ces possibilites pouvaient etre realisees.
Ses carnets de laboratoire, comprenant plus de deux cents volumes compiles au cours des decennies de 1879 a 1922, revelent un esprit qui se deplacait entre la vision conceptuelle large et le detail technique meticuleux avec une facilite remarquable. Bell mesurait soigneusement, reconnaissait l'importance de quantifier ses observations plutot que de les laisser au niveau de l'impression qualitative, et comprenait que la reproductibilite des resultats experimentaux dependait de la precision et de la coherence des mesures effectuees.
L'orientation collaborative de Bell etait connectee a une autre caracteristique de sa personnalite scientifique: son extraordinaire generosite dans le partage du credit et de la reconnaissance. Il etait sincerement reconnaissant envers Watson et reconnaissait constamment sa contribution indispensable au developpement du telephone. Il partageait le credit avec ses collegues du Laboratoire Volta pour les brevets du graphophone. Il s'assurait que McCurdy et Baldwin recevaient la reconnaissance appropriee pour le Silver Dart.
Le Monde Que Bell a Cree et Ses Contradictions
Le monde que le telephone d'Alexander Graham Bell a contribue a creer etait un monde d'interconnexion acceleree et de complexite croissante. Le reseau telephonique grandit non seulement quantitativement, ajoutant plus d'abonnes et plus de centraux, mais qualitativement, permettant de nouveaux types d'organisation sociale et economique que le monde preindustriel n'avait pas ete capable de soutenir.
L'emergence de la ville moderne comme organisme social fonctionnel dependait en partie du telephone. La coordination d'activites industrielles et commerciales complexes a travers les distances physiques d'une grande ville avait ete difficile et lente en utilisant des methodes de communication anterieures. Le telephone permit de gerer les operations en temps reel, de repondre rapidement aux urgences et de maintenir le type de flux continu d'informations que les organisations complexes requraient.
Le telephone contribua egalement a la transformation de la vie domestique. A mesure que le service telephonique se repandit des entreprises vers les menages dans les annees 1890 et au debut du XXe siecle, il changea la facon dont les familles maintenaient le contact, la facon dont les voisins et les amis restaient en contact, la facon dont les reseaux sociaux etaient maintenus a travers les distances des villes et banlieues en croissance.
L'infrastructure des services d'urgence que la plupart des societes modernes considerent comme acquise, la capacite d'appeler la police, les pompiers ou les services d'ambulance par telephone et de recevoir une reponse rapide, fut rendue possible par le telephone. Avant le telephone, signaler un incendie ou une urgence medicale necessitait d'aller physiquement chercher de l'aide, un processus qui pouvait prendre de nombreuses minutes et qui etait souvent fatalement lent.
Honneurs et Reconnaissance
La reconnaissance qui parvint a Alexander Graham Bell pendant sa vie fut etendue, internationale et a certains egards presque genante dans son abondance. Il recut des diplomes honoraires de nombreuses universites, notamment son alma mater l'Universite d'Edimbourg, l'Universite Harvard, l'Universite Yale et beaucoup d'autres. Il fut elu membre de societes scientifiques en Grande-Bretagne, en Amerique, en France et dans d'autres pays.
Parmi les honneurs les plus importants figuraient le Prix Volta lui-meme, decerne par le gouvernement francais en 1880, qui fut le fondement financier de son travail subsequent au Laboratoire Volta; la Medaille Albert de la Royal Society of Arts, l'un des honneurs scientifiques les plus prestigieux en Grande-Bretagne; la Medaille Hughes; et la Medaille Elliott Cresson de l'Institut Franklin de Philadelphie.
Bell etait un membre fondateur puis deuxieme president de la Societe National Geographic, et son travail dans cette capacite etait aussi significatif que beaucoup de ses realisations explicitement scientifiques. Quand son beau-pere Gardiner Greene Hubbard mourut en 1897, Bell lui succeda comme president de la Societe, occupant ce poste de 1898 a 1903. Pendant sa presidence, il travailla a transformer le Magazine National Geographic d'une revue technique aride en une publication d'interet general.
La relation de Bell avec la presse, qui etait a certains egards mal a l'aise, fut dans l'ensemble geree avec intelligence. Bell ne recherchait pas l'attention des medias, mais ne l'evitait pas non plus quand elle servait ses objectifs de promotion du telephone ou du photophone ou du travail de la Societe National Geographic.
L'influence de Bell Sur L'invention Subsequent
La relation entre le travail de Bell et l'histoire plus large de l'invention technologique a la fin du XIXe et au debut du XXe siecle est a la fois directe et indirecte. Directement, ses brevets de telephone et la Societe telephonique Bell qu'il aida a creer etablirent l'infrastructure et le modele commercial pour toute l'industrie des telecommunications. Indirectement, sa vie et son oeuvre servirent d'exemple et d'inspiration pour les generations suivantes d'inventeurs et de scientifiques qui travaillerent dans des domaines connexes.
La demonstration de Bell qu'il etait possible de transmettre du son electricement ouvrit une porte conceptuelle par laquelle les investigateurs subsequents passerent avec une ambition et une sophistication toujours croissantes. Le developpement de la telegraphie sans fil par Guglielmo Marconi dans les annees 1890, l'emergence de la radiodiffusion dans les annees 1910 et 1920, le developpement de l'enregistrement et de la reproduction sonore par Edison et par le propre Laboratoire Volta de Bell, l'invention de l'amplificateur a tube a vide qui rendit pratiques la telephonie longue distance et la radiodiffusion, tous ces evenements peuvent etre traces dans une lignee intellectuelle relativement directe au travail que Bell fit a Boston dans les annees 1870.
Les Laboratoires Bell etablis par AT&T au XXe siecle devinrent l'une des institutions de recherche scientifique les plus productives de l'histoire de la technologie, contribuant au developpement du transistor, de la theorie de l'information, du laser, de la telephonie cellulaire et de nombreuses autres technologies fondamentales du monde moderne. Le transistor, invente aux Laboratoires Bell en 1947, l'annee du centenaire de la naissance d'Alexander Graham Bell, fut le composant fondamental de la revolution de l'electronique numerique qui crea les industries modernes de l'informatique et des communications.
La Question de la Priorite
La question de savoir qui merite vraiment le credit pour avoir invente le telephone n'a jamais ete completement resoule a la satisfaction de toutes les parties, et ne le sera probablement jamais. Le dossier historique est suffisamment clair dans ses lignes essentielles: Bell fut le premier a recevoir un brevet couvrant le principe cle du telephone, il fut le premier a demontrer un telephone qui fonctionnait, et les tribunaux confirmerent constamment sa priorite contre toutes les contestations juridiques.
Mais le dossier historique montre egalement clairement que l'invention ne fut pas realisee isolement, que plusieurs investigateurs s'approchaient du meme objectif a partir de directions similaires a peu pres au meme moment, et que la difference entre le succes de Bell et les echecs de ses rivaux fut une question de mois ou, dans certains cas, d'heures.
Antonio Meucci, un inventeur ne en Italie qui avait developpe un dispositif de communication vocale precoce dans les annees 1850 et 1860, merite egalement une reconnaissance respectueuse. La Chambre des representants des Etats-Unis adopta une resolution en 2002 reconnaissant ses contributions, bien que cette action legislative ne fut pas une inversion legale des decisions anterieures concernant le brevet de Bell.
Le philosophe et historien de la technologie noterait que l'invention du telephone, comme la plupart des inventions transformatrices, ne fut pas un seul acte discret mais la culmination d'un long processus de developpement cumulatif auquel contribuerent de nombreux investigateurs, et que la designation d'un seul inventeur comme le createur du telephone est a certains egards une simplification juridique et narrative d'une realite historique plus complexe.
La Memoire Historique et la Legende Bell
La facon dont Alexander Graham Bell est rappele dans le siecle qui a suivi sa mort revele beaucoup sur la facon dont les societes creent et entretiennent des legendes du progres technologique. Bell a ete celebre dans des biographies et des films, commemore sur des timbres-poste et des monnaies, honore dans les noms de rues et de batiments et de prix, et enseigne a des generations d'ecoliers comme l'inventeur-heros paradigmatique dont le genie inspire a change le monde.
Cette tradition celebratoire n'est pas sans fondement; les realisations de Bell etaient genuinement extraordinaires, et le telephone changea genuinement le monde. Mais la legende a parfois ete construite au detriment de la complexite historique, simplifiant l'histoire de l'invention du telephone en un recit de genie individuel qui obscurcit la realite collaborative, contestee et contingente de la facon dont la technologie a reellement vu le jour. Elle a egalement parfois obscurci les aspects les plus troublants de l'heritage de Bell, notamment son role dans la promotion de l'oralisme dans l'education des sourds et ses associations avec la pensee eugeniste.
Une memoire historique plus complete et plus honnete de Bell tiendrait ensemble ses veritable accomplissements et ses veritables echecs, ses dons extraordinaires en tant qu'inventeur et scientifique et les facons dont ces dons etaient facon et limites par les hypotheses et les prejudices de son ere.
La Correspondance de Bell et Ses Journaux
L'un des aspects moins connus mais les plus revelateurs du caractere et de la vie intellectuelle de Bell est l'extraordinaire etendue et la profondeur de sa correspondance. Bell fut un prolifique ecrivain de lettres qui maintint une correspondance active avec des scientifiques, des artistes, des politiciens, des enseignants, des inventeurs et des personnes ordinaires tout au long de sa vie adulte. La collection des Papiers de la Famille Alexander Graham Bell a la Bibliotheque du Congres contient des milliers de lettres que Bell a ecrites et recues.
Les lettres de Bell a sa famille, notamment celles ecrites a Mabel pendant leurs frequentes separations, revelent un homme d'affection profonde et d'expression eloquente, quelqu'un qui pouvait decrire la beaute d'un coucher de soleil sur le lac Bras d'Or avec la meme precision descriptive qu'il employait pour enregistrer les resultats d'une experience de photophone. Les lettres a ses collegues scientifiques montrent un homme egalement a l'aise pour discuter de mathematiques avancees, de strategie commerciale ou echanger des anecdotes personnelles.
Les journaux que Bell tenait pendant une grande partie de sa vie adulte sont egalement revelateurs. Contrairement a ses carnets de laboratoire, qui sont essentiellement des registres d'observations et d'experiences, ses journaux ont un caractere plus reflexif, melant des observations sur la nature et le temps avec des reflexions sur la science et la technologie et le progres humain. Ce sont les journaux d'un homme qui pensait avec une egale profondeur sur le monde physique et le monde humain.
Le Lac Bras D'or et L'esprit du Lieu
Il y a une dimension de la vie d'Alexander Graham Bell qui merite attention et qui ne s'insere pas facilement dans les categories de l'invention ou de la science ou de l'education mais qui semble essentielle pour comprendre l'homme dans sa totalite: sa relation avec le monde physique de l'ile du Cap-Breton et du lac Bras d'Or.
Bell etait un homme de sensibilite sensorielle intense, un homme pour qui le monde du son et de la lumiere et de la texture et de la temperature etait vivant et attrayant d'une maniere qui allait au-dela de l'appreciation scientifique des phenomenes physiques. Il aimait la musique non seulement comme un physicien l'aime mais comme un auditeur l'aime, de tout son corps et de son etre emotionnel. Il aimait le paysage du Cap-Breton avec une profondeur d'attachement qui n'etait pas seulement esthetique mais quelque chose de plus proche du spirituel.
Le lac Bras d'Or est l'un des plans d'eau les plus beaux d'Amerique du Nord, un bras de mer presque ferme qui se trouve dans l'ile du Cap-Breton comme un ocean sans sortie, relie maree a l'Atlantique par deux etroits canaux mais autrement contenu par les collines de l'ile. Ses eaux sont claires et profondes, ses rives variees et intactes, et la qualite de la lumiere sur sa surface change constamment avec le temps et la saison d'une maniere qui recompense une observation longue et patiente. Bell l'observa pendant des decennies.
Quand Bell mourut l'ete 1922 et fut enterre au sommet de Beinn Bhreagh surplombant le lac et les collines qu'il avait aimes pendant pres de quarante ans, le choix du lieu de sepulture etait non seulement sentimental mais entierement approprie a l'homme qu'il avait ete. Il avait trouve dans le Cap-Breton quelque chose que la renommee ne pouvait pas procurer: un paysage qui repondait a ses exigences les plus profondes de beaute et de solitude et de liberte intellectuelle.
L'education et la Pedagogie de Bell
Une dimension de la vie et de l'heritage de Bell qui merite une emphase supplementaire est son engagement envers l'education au sens le plus large. Bell etait un educateur naturel, un homme pour qui l'acte de partager la connaissance et la comprehension etait aussi naturel et satisfaisant que l'acte de decouvrir cette connaissance en premier lieu.
Bell comprenait l'education non pas comme la transmission de faits mais comme la culture de la curiosite et de la capacite d'investigation. Ses propres pratiques educatives avec les etudiants sourds refletaient cette comprehension: il ne leur montrait pas simplement comment deplacer les muscles de leur bouche dans les bons motifs pour produire des sons, mais il essayait de leur donner une comprehension de la mecanique sous-jacente qui leur permettrait de continuer a apprendre et a s'ameliorer de maniere independante.
Sa relation avec Helen Keller illustre cette philosophie educative dans sa plus haute expression. Bell n'etait pas le professeur direct de Keller, cet honneur appartient a Anne Sullivan, mais c'est Bell qui reconnut le potentiel de Keller quand elle avait six ans et qui prit la decision de connecter la famille Keller avec les ressources qui pourraient aider Keller a le realiser. Et c'est Bell qui, pendant les trente-cinq annees suivantes, continua a soutenir le developpement intellectuel et la carriere litteraire de Keller.
Bell et la Musique
Un aspect du caractere de Bell que ses biographes ont souvent note est son habitude de jouer du piano tard dans la nuit, quand le reste de la maisonnee dormait. Bell etait un pianiste competent qui avait etudie la musique depuis son enfance a Edimbourg, et la musique resta une passion tout au long de sa vie. Mais ses sessions de piano nocturnes n'etaient pas simplement des sessions de pratique ou de plaisir relaxant. Selon ses propres descriptions et celles de ceux qui le connaissaient bien, elles tendaient a etre des sessions d'improvisation dans lesquelles Bell explorait des sequences harmoniques, experimentait avec des combinaisons d'accords, et suivait ou ses doigts et son oreille le menaient sans plan ni but predetermine.
Il est tentant de voir dans ces sessions de piano nocturnes un parallele avec son travail scientifique: la meme disposition a suivre la curiosite sans savoir a l'avance ou cela menerait, la meme sensibilite acoustique qui lui faisait ecouter avec tant d'attention et d'interet les sons qu'il produisait, la meme capacite a se deplacer librement entre structure et improvisation.
La connexion entre musique et science fut toujours tres reelle pour Bell. Le son etait l'objet de ses investigations scientifiques les plus importantes, et la musique etait la forme dans laquelle les etres humains avaient organise le son avec le plus de puissance et de beaute. Bell voyait la musique non pas comme quelque chose de separe de la science mais comme l'un de ses domaines d'application, la region ou les principes physiques du son se transformaient en experience esthetique et emotionnelle.
L'heritage Canadien de Bell
La connexion de Bell avec le Canada fut plus profonde et plus durable que le recit centre sur le telephone ne le suggere souvent. La recuperation de sa sante au Canada dans les premieres annees de la decennie 1870 lui donna non seulement la vie mais aussi l'espace et le temps pour developper les idees qui meneraient au telephone. Brantford, en Ontario, fut l'endroit ou il concut le principe fondamental du telephone et ou il eut le premier echange unidirectionnel longue distance sur un fil telegraphique.
Le Canada a celebre cet heritage avec une considerable fierte. Le Site historique national Alexander Graham Bell a Baddeck, entretenu par Parcs Canada, est l'un des sites du patrimoine scientifique les plus importants du pays. Le musee du site, avec sa collection du Silver Dart original et d'autres reliques de l'activite inventive de Bell au Cap-Breton, attire des visiteurs du monde entier.
La designation de Beinn Bhreagh Hall comme site historique national fut appropriee non seulement comme reconnaissance de Bell mais comme reconnaissance des contributions du Cap-Breton et de la Nouvelle-Ecosse a l'histoire de la technologie. Le premier vol motorise et controle au Canada, le premier hydrofoil de haute vitesse, de nombreuses des experiences aerodynamiques les plus innovantes de Bell dans la periode apres le telephone, tous eurent lieu dans ou pres de Baddeck.
Reflexions Finales
L'histoire d'Alexander Graham Bell est, en fin de compte, une histoire sur la condition humaine elle-meme: sur la capacite des personnes a accomplir des choses qui transcendent les limitations de leur temps et de leur lieu, et sur les facons dont ces memes personnes restent piengees dans les hypotheses et les prejuges du monde dans lequel elles ont grandi.
Bell transcenda les limitations de son ere dans le laboratoire et dans la salle de classe et dans l'atelier mecanique. Il resta pienge dans les limitations de son ere dans ses attitudes envers les sourds comme groupe culturel et dans ses associations avec la pensee eugeniste.
Une memoire historique complete et honnete de Bell tiendrait ensemble ses accomplissements genuins et ses echecs genuins. Elle celebrerait le telephone et le photophone aux cotes de la reconnaissance que sa plaidoirie contribua a des politiques qui supprimerent les langues des signes et les cultures sourdes pendant des decennies. Elle honorerait son role dans la connexion d'Anne Sullivan a Helen Keller aux cotes de la conscience que ses engagements plus larges causerent du tort.
Et elle tiendrait, aux cotes de tout cela, l'image de l'homme qui repose enterre au sommet de la Belle Montagne au-dessus du lac qu'il aimait, le scientifique qui jouait du piano a minuit et elevait des moutons et construisait des cerfs-volants tetraedriques et des hydrofoils et enseignait aux sourds a parler et transmettait de la voix a travers la lumiere, l'homme qui changea le plus profondement et le plus durablement la facon dont les etres humains s'appellent les uns les autres a travers les distances qui les separent.
La Science du Son et Sa Transmission Electrique
Pour comprendre veritablement l'importance de l'accomplissement de Bell, il est necessaire d'apprecier la nature des defis techniques qu'il a surmontes dans le processus d'invention du telephone. Le probleme de la transmission electrique de la parole n'etait pas simplement le probleme d'envoyer un signal a travers un cable, quelque chose que la telegraphie avait deja accompli. C'etait le probleme de transmettre non pas un signal binaire de points et de tirets mais un phenomene acoustique d'une complexite extraordinaire: la voix humaine dans tout son spectre de frequences, d'amplitudes et d'inflexions en variation continue.
La parole humaine, quand elle est analysee comme un phenomene physique, consiste en un melange en constante evolution de frequences sonores qui se superposent et se modulent les unes les autres a une cadence de plusieurs changements par seconde. Un seul phoneme, l'unite minimale de son dans une langue, peut impliquer des frequences allant de moins de cent vibrations par seconde a plusieurs milliers de vibrations par seconde, toutes se produisant simultanement et dans des proportions specifiques qui caracterisent ce son particulier et le distinguent d'autres sons.
Transmettre ce phenomene electriquement necessitait non pas simplement d'allumer et d'eteindre un courant electrique, comme dans la telegraphie, mais de produire un courant qui variait en magnitude d'une maniere exactement analogue aux variations de pression de l'air produites par les vibrations de la parole. Un courant dont la magnitude oscillait rapidement au meme rythme que les vibrations de l'air, et avec les memes proportions relatives de differentes composantes de frequence, reproduirait a l'extremite receptrice, quand il serait reconverti en vibrations mecaniques, le meme motif de pression de l'air que le locuteur avait cree.
Cette idee du courant electrique ondulatoire qui variait continuellement en proportion a la pression sonore etait l'idee centrale du telephone de Bell, et c'etait celle qui distinguait son approche de l'approche du telegraphe harmonique que lui et ses rivaux poursuivaient egalement. Le telegraphe harmonique assignait une frequence fixe a chaque canal de communication et ne comprenait que des signaux sous forme de presence ou d'absence de cette frequence. Le telephone de Bell utilisait le spectre complet de variation de courant possible pour reproduire le spectre complet de variation acoustique dans la parole.
La demonstration experimentale que ce principe pouvait fonctionner vint du fameux accident du 2 juin 1875, quand la languette de Watson produisit des sons plus complexes que prevu que Bell entendit de l'autre cote de la ligne. Mais le saut de cet accident revelateur a un appareil de travail capable de transmettre de la parole intelligible necessita des mois de travail experimental minutieux.
Bell et L'expansion des Telecommunications
La periode comprise entre la fondation de la Societe telephonique Bell en 1877 et la mort de Bell en 1922 fut temoin d'une expansion des telecommunications qui aurait ete inimaginable pour quiconque vivant au moment du premier appel telephonique de Bell en 1876. Le telephone lui-meme se developpa de centaines d'instruments a des dizaines de millions. La radio emerga dans les annees 1890 comme une nouvelle forme de communication electrique sans fil, et dans les annees 1920 la radiodiffusion etait devenue un media de masse capable d'atteindre simultanement des millions d'auditeurs.
Bell fut temoin de la majeure partie de ce processus d'expansion. Il vit naitre la radio, vit les premieres automobiles, vit les premiers avions. Il vecut assez longtemps pour voir l'industrie qu'il avait creee avec son brevet de telephone devenir l'une des plus grandes entreprises au monde. Il vecut assez longtemps pour voir ses propres experiences de vol a Baddeck etre depassees par des avions de metal capables de traverser l'Atlantique.
Le siecle dans lequel Bell inventa le telephone fut le siecle au cours duquel les etres humains developperent pour la premiere fois les moyens de communiquer entre eux a des vitesses s'approchant de la vitesse de la lumiere et a des echelles embrassant la planete entiere. Bell fut l'un des architectes de cette transformation, le plus important des architectes en ce qui concerne specifiquement la technologie de la communication, et son role dans ce processus justifie completement la position qui lui est accordee dans les pantheons de la science et de la technologie de son siecle.
L'elocution et L'art de la Parole Publique
La tradition familiale d'elocution dans laquelle Bell naquit et grandit etait, dans la Grande-Bretagne du XIXe siecle, une pratique sociale d'une considerable importance. L'elocution n'etait pas simplement l'enseignement de parler correctement au sens technique d'articuler avec clarte et de suivre les conventions grammaticales. C'etait l'art et la discipline d'utiliser la voix comme instrument de persuasion, d'emotion et d'expression artistique.
Le grand-pere de Bell, Alexander Bell de Londres, fut l'un des praticiens les plus respectes de cet art dans la premiere moitie du XIXe siecle. Ses methodes et techniques d'enseignement attirerent des etudiants de toute la Grande-Bretagne, dont des acteurs, des avocats, des politiciens et toute personne pour qui l'efficacite de la voix parlee etait d'une importance pratique. Melville Bell suivit dans cette tradition mais la porta dans une direction plus scientifique, s'interessant de plus en plus aux principes mecaniques et anatomiques sous-jacents a la production de la parole.
Alexander Graham Bell herita des deux predecesseurs le respect de la parole comme art et la comprehension de la parole comme science. La combinaison de ces deux orientations, l'appreciation esthetique de la voix parlee et l'analyse scientifique des mecanismes qui la produisaient, etait exactement ce que necessitait quelqu'un qui se proposait de transmettre la parole electriquement. Pour transmettre la parole, il fallait d'abord la comprendre completement, a la fois dans ses dimensions esthetiques et dans ses dimensions mecaniques.
Les Implications Philosophiques du Telephone
L'invention du telephone a des implications philosophiques qui vont bien au-dela de ses applications pratiques evidentes. En permettant la communication instantanee et personnelle entre des individus separes par de grandes distances, le telephone a souleve des questions fondamentales sur la nature de la presence, de la communaute et de l'identite.
Avant le telephone, la communication entre des personnes geographiquement separees etait inherement differee: les lettres prenaient des jours ou des semaines a arriver, les telegrammes etaient brefs et impersonnels, et la communication en temps reel necessitait la presence physique. La communaute humaine dans le sens le plus intime, les conversations spontanees, les interactions nuancees, l'echange de nouvelles instantanees, tout cela etait limite par la necessite de la co-presence physique.
Le telephone a change cette equation fondamentale. En permettant aux gens de se parler instantanement a travers des distances auparavant insupportables, il a cree de nouvelles formes de communaute et de nouvelles formes de relation qui ne dependaient plus de la proximite geographique. Le chercheur qui travaillait a Chicago pouvait discuter de ses decouvertes avec un collegue a Boston en temps reel, sans attendre que les lettres traversent les Appalaches. La mere a New York pouvait parler a sa fille a San Francisco comme si elles etaient dans la meme piece.
Bell lui-meme reflechit a ces implications dans ses lettres et ses journaux, reconnaissant que ce qu'il avait cree etait non seulement un appareil utile mais un changement dans la nature meme de la communication humaine. Il etait fasine par les facons dont le telephone changeait non seulement ce que les gens pouvaient faire mais comment ils percevaient l'espace et la distance et la communaute. Ces reflexions sur les implications sociales et philosophiques de son invention montrent un homme dont la curiosite s'etendait bien au-dela des questions techniques etroites a ce qui semblait etre une comprehension plus large de la condition humaine et de ses possibilites.
Le Telephone et les Transformations de la Vie Quotidienne
Peu de technologies ont penetre aussi profondement dans la vie quotidienne des etres humains en si peu de temps que le telephone. Dans l'espace d'une seule generation apres l'invention de Bell, le telephone passa d'une curiosite scientifique a un instrument indispensable des affaires modernes; dans l'espace de deux generations, il commenca son entree dans les foyers; en trois generations, il etait devenu une part si essentielle de la vie quotidienne que son absence etait inimaginable.
Les premiers utilisateurs du telephone furent principalement des entreprises et des professionnels qui avaient besoin de communiquer rapidement a distance. Les medecins l'utilisaient pour recevoir des appels urgents de patients; les avocats l'utilisaient pour coordonner avec leurs clients; les marchands l'utilisaient pour passer des commandes et suivre des expeditions; les journalistes l'utilisaient pour rapporter des nouvelles se produisant loin de la salle de redaction. Pour tous ces usages, le telephone fournissait un avantage de vitesse sur l'alternative du message ecrit qui etait si dramatique qu'il justifiait le cout, alors considerable, du service telephonique.
A mesure que les couts baissaient et que le reseau se developpait, le telephone commenca a entrer dans les foyers, d'abord des riches puis, progressivement, de la classe moyenne et finalement de presque tous dans les societes industrialisees. Ce processus, qui prit des decennies a s'accomplir, transforma la vie sociale d'une maniere que Bell avait vaguement anticipe mais qu'il aurait eu du mal a predire dans sa totalite. Les relations sociales qui dependaient de la proximite physique commencerent a englober des distances plus grandes sans sacrifier l'immédiateté et la personnalite de la communication face a face, du moins dans la dimension auditive.
Le telephone rendit possible la coordination sociale spontanee a distance. Dans le monde pre-telephone, organiser une rencontre avec quelqu'un qui vivait a plusieurs quartiers de distance necessitait d'envoyer un message ecrit ou de lui rendre visite en personne, deux processus qui prenaient du temps et de l'energie. Le telephone reduisit le cout de ce type de coordination sociale a un appel de quelques minutes, rendant le type de vie sociale qui n'etait auparavant possible qu'entre personnes vivant tres pres les unes des autres accessible a une partie beaucoup plus large de la population.
Cette transformation des schemas de sociabilite fut l'un des effets sociaux les moins discutes mais potentiellement les plus profonds du telephone. Les sociologues qui etudient l'histoire des reseaux sociaux ont suggere que le telephone joua un role important dans l'expansion des groupes sociaux au-dela des limites du quartier local, permettant aux gens de maintenir des amities et des relations familiales a travers des distances que le monde pre-telephone aurait rendues socialement infranchissables.
Les Implications Pour la Langue et la Communication
Une des dimensions moins examinees mais reellement significatives de l'impact culturel du telephone etait sa relation avec la langue elle-meme. Le telephone comme medium de communication avait des proprietes distinctives qui facon la facon dont les gens se parlaient d'une maniere qui alterat subtilement mais reellement la texture de la langue parlee.
Parce que la communication telephonique etait, dans les premieres decennies, un medium relativement couteux et souvent techniquement imparfait, elle avait tendance a favoriser certains types de communication et a en defavoriser d'autres. La clarte et la brievete valorisees dans la communication telephonique precoce, la necessite de parler directement dans le microphone, d'articuler clairement, d'organiser ses pensees de maniere concise parce que la ligne coutait de l'argent et que la connexion pouvait echouer, creerent toutes des conventions de langue parlee dans les contextes telephoniques qui etaient differentes des conventions de la conversation en face a face.
Bell, dont le contexte professionnel etait dans la science de la langue parlee et dont le pere avait consacre sa vie a la cultivation d'une parole claire et efficace, aurait apprecie cette dimension de l'influence du telephone sur l'utilisation de la langue. Le telephone necessitait que les locuteurs soient plus deliberes, plus organises et plus attentifs a la clarte de leur articulation que la conversation informelle en face a face ne l'exigeait generalement, parce que l'auditeur a l'autre bout ne pouvait pas s'appuyer sur des indices visuels, ne pouvait pas voir le visage, les mains ou le langage corporel du locuteur, et devait reconstruire le sens des mots parles a partir de signaux acoustiques seuls.
Cette compréhension acoustique de la parole prononce, depouillée de son contexte visuel, etait a certains egards un retour aux conditions que Bell avait etudiées en enseignant aux etudiants sourds, qui recevaient egalement des signaux de parole depouilles de leur contexte visuel et apprenaient a interpreter la signification a partir de l'information acoustique seule. La comprehension profonde de Bell des proprietes acoustiques de la parole, developpee au cours d'annees de travail avec des etudiants sourds et avec la Parole Visible, etait directement pertinente a la conception d'instruments telephoniques capables de transmettre la parole avec une fidelite suffisante pour etre comprise.
La Competition Dans les Telecommunications Apres Bell
L'expiration des principaux droits de brevet de Bell en 1893 et 1894 ouvrit le champ des telecommunications a la concurrence pour la premiere fois depuis la fondation de la Societe telephonique Bell. Ce qui suivit fut une periode d'expansion explosive a mesure que des centaines de societes telephoniques independantes surgirent dans des villes et des villages a travers les Etats-Unis, beaucoup d'entre elles offrant du service dans des domaines que le systeme Bell avait negliges ou ignores comme pas suffisamment rentables.
La concurrence fut benefique pour les consommateurs a court terme, car les prix baissaient et le service se developpait dans des domaines et des groupes de clients qui n'avaient pas auparavant pu se permettre le telephone. Mais elle crea egalement une confusion considerable, car les abonnes de differentes societes ne pouvaient souvent pas se joindre parce que les reseaux de differentes societes n'etaient pas interconnectes. Dans certaines villes, les entreprises se voyaient contraintes de souscrire a plusieurs services telephoniques pour pouvoir communiquer avec differents groupes de clients.
La consolidation du marche telephonique americain, motivee en partie par la strategie d'acquisition agressive d'AT&T sous la direction de Theodore Vail et en partie par la logique economique des reseaux de telecommunications, aboutit finalement au retablissement de la dominance de Bell. Mais le defi de la concurrence post-brevet aida a former le caractere du secteur des telecommunications pour les generations suivantes, etablissant un precedent pour la tension entre les monopoles de reseau qui fournissent de l'efficacite et les structures concurrentielles qui fournissent du dynamisme et de l'innovation.
Les Derniers Travaux et Reflections
Les dernieres annees de la vie de Bell a Beinn Bhreagh furent une periode de reflexion aussi bien que d'experimentation continue. Il retourna aux questions qui l'avaient occupe pendant des decennies, revoyant ses travaux sur les hydrofoils et les structures tetraedriques et l'education des sourds avec le benefice d'une longue perspective. Ses journaux de ces annees montrent un homme qui n'avait pas perdu sa curiosite ou son engagement envers la methode scientifique, mais qui pensait avec une plus grande tranquillite que dans ses annees plus jeunes et plus actives a la place de son travail dans la plus grande trajectoire du progres humain.
Bell etait conscient qu'il avait vecu pour voir le monde qu'il avait contribue a creer. Le telephone qu'il avait invente dans un petit laboratoire a Boston avait, dans sa vie, transforme la communication sur l'ensemble du continent americain et dans une grande partie du monde. Les avions qu'il avait contribue a developper a travers l'Association Experimentale Aerienne avaient, dans sa vie, traverse les oceans et commence a transformer le transport de maniere qu'il pouvait a peine imaginer. La radio, dont le principe etait liee au photophone qu'il avait developpe en 1880, avait, dans sa vie, cree de nouvelles formes de communication de masse qui transformaient la politique et la culture.
Voir tout cela, et savoir qu'il y avait contribue, devait avoir ete une experience d'une satisfaction extraordinaire et aussi, peut-etre, d'une certaine humilite. Car Bell savait, mieux que quiconque, combien ces accomplissements avaient depends des contributions des autres, combien ils avaient depends de la contingence et du timing, combien ils avaient depends de circonstances et de coincidences qu'aucune vision individuelle n'aurait pu entierement prevoir ou planifier. Il etait reconnaissant pour ce que la vie lui avait donne, et il etait conscient que d'autres, meritant egalement la reconnaissance, n'avaient pas recu ce dont ils auraient eu besoin pour realiser leurs visions.
Ces pensees sur la contingence et la collaboration et le hasard dans l'histoire de l'invention etaient caracteristiques d'un homme qui avait vecu avec une intelligence et une reflexivite profondes les contradictions et les paradoxes de sa propre carriere. Bell avait gagne la course aux brevets du telephone par une marge de quelques heures; il avait devance un rival dont la vision etait a bien des egards similaire a la sienne; il avait beneficie de circonstances, notamment du soutien financier de Hubbard et Sanders et de la competence pratique de Watson, sans lesquelles sa vision n'aurait peut-etre jamais ete realisee.
Et pourtant le telephone etait aussi genuinement son invention, le fruit de sa comprehension unique du son comme phenomene physique et mecanis, de sa vision de la corrente ondulatoria comme medium pour transporter la complexite acoustique de la parole humaine, de sa perseverance dans la poursuite de cet objectif malgre les pressions de ses mecenes pour se concentrer sur le telegraphe harmonique plus immediatement commercial. Les deux choses etaient vraies: le telephone etait le produit d'un effort collaboratif et contingent, et c'etait aussi l'accomplissement d'une vision genuinement originale d'un homme remarquable.
La Question de L'authenticite Dans L'histoire Technologique
La facon dont les societes racontent l'histoire de leurs inventions revele autant sur leurs valeurs et leurs priorities que sur les faits de ce qui s'est passe. Dans le cas d'Alexander Graham Bell et du telephone, la tension entre le recit heroique et la realite plus complexe et collaborative de l'invention a fait l'objet d'une attention scholarly importante depuis des decennies.
Le recit heroique de l'invention du telephone, le jeune Ecossais immigrant qui, apres des annees d'efforts patients, produit une percee scientifique qui change le monde dans un moment de vision inspiree, est seduisant et pas entierement faux. Bell etait jeune, il etait immigrant, ses efforts etaient patients et perseverants, et la percee etait genuinement transformatrice. Mais le recit dans sa forme simplifiee laisse de cote trop de choses essentielles: la contribution de Watson, le role de Hubbard et Sanders, les paralleles avec le travail de Gray et d'autres, la dependance aux travaux anterieurs de Helmholtz et d'autres, et les elements de chance et de timing qui separerent Bell de ses rivaux.
Une comprehension plus riche et plus precise de l'histoire du telephone reconnait Bell comme le personnage central d'un effort collectif plus large, quelqu'un dont la vision et la perseverance et le talent etaient genuinement remarquables mais dont l'accomplissement etait aussi le produit d'un environnement scientifique, commercial et social qui avait cree les conditions dans lesquelles cet accomplissement etait possible. Cette reconnaissance plus nuancee ne diminue pas Bell, elle l'humanise, le placant dans son contexte historique et lui donnant la stature d'un homme qui a fonctionne avec excellence dans des circonstances historiques plutot que celle d'un heros mythique qui aurait pu accomplir la meme chose dans n'importe quelles circonstances.
Bell lui-meme, dans ses lettres et ses journaux, avait tendance a voir sa propre reussite de cette maniere plus contextuelle. Il reconnait explicitement et generalement sa dette envers Watson, envers Hubbard et Sanders, envers les travaux anterieurs de Helmholtz. Il reconnaissait la chance qui avait joue un role dans plusieurs moments critiques de son parcours, notamment l'accident de la languette coincee qui avait fourni la demonstration experimentale du principe de la corrente ondulatoria. Il etait conscient que la priorite de quelques heures dans le depot du brevet etait un avantage mince et contingent sur lequel son pretention a etre l'inventeur du telephone reposait en partie.
Cette conscience de la contingence dans sa propre histoire ne diminuait pas sa fierte dans ses accomplissements, mais elle lui donnait une certaine modestie qu'il retrouvait dans les dernieres annees de sa vie, une capacite a apprendre et a recevoir les contributions des autres avec grace et reconnaissance.
Bell et L'avenir de la Communication
L'une des choses les plus fascinantes a considerer, en contemplant la vie et les realisations d'Alexander Graham Bell, est la question de ce qu'il aurait pense des technologies de communication du XXIe siecle. Le telephone qu'il a invente a ete suivi par la radio, la television, Internet, les smartphones, les reseaux sociaux, les technologies de communication video en temps reel, et d'innombrables autres innovations que meme l'imagination de Bell n'aurait peut-etre pas pu anticiper dans leur totalite.
Pourtant, les principes qui sous-tendent ces technologies modernes sont, dans de nombreux cas, des extensions et des elaborations des principes que Bell lui-meme avait identifies et commence a explorer. La fibre optique realise la vision du photophone. La telephonie cellulaire etend le telephone sans fil que Bell avait commence a imaginer avec son photophone. Internet cree le type de reseau mondial de communication instantanee que Bell avait anticipe comme une possibilite future quand le reseau telephonique commencait a se developper.
Bell aurait vraisemblablement ete ravi par ces developpements, non pas parce qu'ils valident ses previsions specifiques, mais parce qu'ils represented la continuation de la trajectoire qu'il avait identi fiee et contribue a lancer: l'expansion des capacites humaines pour la communication a travers la distance, la reduction des barrieres que le temps et l'espace imposent a la connexion humaine, la democratisation des outils de communication qui permettent aux personnes ordinaires de se connecter les unes avec les autres de maniere qui etaient autrefois reservees aux elites.
Cette vision d'une communication elargie et democratisee etait au coeur de l'enthousiasme de Bell pour ses propres inventions. Il n'inventait pas pour des raisons purement commerciales, bien que les recompenses commerciales aient ete bienvenues, ni pour des raisons purement scientifiques, bien que la satisfaction scientifique ait ete profonde. Il inventait parce qu'il croyait genuinement que la capacite des gens a se connecter et a communiquer les uns avec les autres etait fondamentale pour leur humanite et que les technologies qui elargissaient cette capacite faisaient du bien dans le monde.
Cette croyance, enracine dans des decennies d'enseignement aux sourds et dans la conviction que meme les personnes dont les organes sensoriels etaient impaires avaient le meme besoin et le meme droit a la communication et a la connexion que tout le monde, fut l'impulsion morale derriere son travail aussi coheremment que n'importe quelle curiosite purement scientifique. Bell etait, a son meilleur, un homme qui croyait que la science et la technologie etaient au service de la condition humaine et qui agissait en consequence de cette croyance.
C'est cet engagement envers la communication humaine comme valeur fondamentale, aussi bien que ses accomplissements techniques specifiques, qui justifie le grand honneur que les generations subsequentes ont rendu a Alexander Graham Bell. Et c'est cet engagement qui rend son heritage, malgre toute sa complexite et ses contradictions, worthy de commemoration et d'etude par toutes les personnes qui vivent dans le monde de communication plus riche et plus inter-connecte qu'il a contribue a creer.
L'heritage des Laboratoires Volt a et de la Recherche
Le Laboratoire Volta que Bell etablit a Washington D.C. avec l'argent du Prix Volta francais represente un modele important dans l'histoire de la recherche scientifique privee. En creant une installation de recherche dotee de ressources financieres independantes et d'un mandat de poursuivre des objectifs scientifiques definis par les chercheurs eux-memes plutot que par des sponsors commerciaux ou gouvernementaux, Bell anticipa la structure des institutions de recherche privees qui allaient jouer un role si important dans le developpement technologique du XXe siecle.
Le travail produit au Laboratoire Volta, notamment le graphophone et le photophone, illustre a la fois les forces et les limites de ce modele. Le graphophone, qui ameliorait le phonographe d'Edison en utilisant des cylindres de cire plutot que du papier d'etain, etait un accomplissement technique genuinement important qui conduisit a une industrie commerciale viable. Le photophone, qui etait scientifiquement plus ambitieux et conceptuellement plus profond, ne produisit pas d'applications commerciales immédiates mais posa les bases des technologies qui viendraient plus tard.
Cette combinaison d'innovation pratique a court terme et de vision plus longue terme qui ne pouvait pas encore etre realisee est caracteristique des meilleurs programmes de recherche fondamentale. Bell comprenait que la recherche la plus importante n'est pas toujours celle qui produit des resultats applicables immediatement mais parfois celle qui identifie et demontre des principes qui n'auront de consequences pratiques que lorsque d'autres technologies necessaires auront ete developpees.
Les Laboratoires Bell d'AT&T, qui etaient nommes en l'honneur de l'inventeur du telephone, ont incarne ce modele de recherche mixte, combinant l'investigation fondamentale avec le developpement applique d'une maniere qui a produit un catalogue extraordinaire d'innovations au cours du XXe siecle. La creation des Laboratoires Bell peut etre vue comme une institutionnalisation a grande echelle de l'approche que Bell avait pionniere au Laboratoire Volta, et le succes extraordinaire des Laboratoires Bell dans la creation de technologies fondamentales peut etre vu comme une validation retrospective de cette approche.
Bell et la Communaute Scientifique de Son Temps
Alexander Graham Bell ne travaillait pas dans l'isolement mais etait profondement immerge dans la communaute scientifique de son epoque, a la fois comme contributeur actif et comme membre engage. Il etait membre de nombreuses societes scientifiques aux Etats-Unis et en Europe, correspondait avec des scientifiques sur plusieurs continents, et se tenait informe des developpements dans les domaines adjacents aux siens.
Sa relation avec Joseph Henry, le directrespected de l'Institution Smithsonian, etait particulierement importante dans les annees avant l'invention du telephone. Bell visita Henry en mars 1875 et lui decrivit ses idees pour un telephone. Henry, l'un des scientifiques les plus respectes d'Amerique, ecouta attentivement et offrit des paroles encourageantes, conseillant a Bell de continuer son travail malgre les difficultes techniques. Ces paroles d'encouragement d'un scientifique etabli furent importantes pour Bell a un moment ou il faisait face a des pressions de ses mecenes pour se concentrer sur les applications commerciales les plus immediates du telegraphe harmonique.
Bell etait egalement en communication avec des scientifiques en Europe qui travaillaient sur des problemes similaires, bien que le niveau de communication scientifique transatlantique etait alors bien plus lent et moins complet qu'il ne le serait plus tard dans le siecle. Il etait au courant des travaux de Helmholtz en Allemagne sur la synthese acoustique et de ceux d'autres experimentateurs qui exploraient les proprietes electriques du son. Cette conscience du travail des autres, combinee a sa propre compréhension unique de la physique acoustique et de la physiologie vocale, lui permettait de situer ses propres idees dans le contexte plus large de la science acoustique et electrique de son epoque.
Apres l'invention du telephone et la reconnaissance qui s'ensuivit, Bell devint une figure encore plus centrale dans les cercles scientifiques, a la fois comme source de conseils et de soutien pour les jeunes scientifiques et comme interlocuteur respecte dans les debats sur les grandes questions de physique et d'ingenierie de l'epoque. Sa presidence de la Societe National Geographic lui donna une plateforme pour promouvoir la science et l'exploration aupres du grand public, un role qu'il remplissait avec enthousiasme et efficacite.
Le Bras D'or Lake et L'esprit du Laboratoire En Plein Air
Le lac Bras d'Or offrait a Bell un laboratoire naturel d'une richesse exceptionnelle. Ses eaux quasi fermees et ses conditions meteo relativement previsibles en faisaient un endroit ideal pour tester des bateaux et des hydrofoils. La topographie variee de ses rives et de ses environs, avec des vallees, des collines et des zones ouvertes, fournissait des conditions diverses pour les experiences sur les cerfs-volants et les structures tetraedriques. Et la communaute locale de Baddeck, dont Bell s'etait fait des amis au fil des annees, fournissait une main-d'oeuvre qualifiee et une base de soutien sociale qui facilitait les travaux pratiques.
Bell employait des artisans et des mecaniciens locaux dans ses laboratoires de Beinn Bhreagh, et ces employes developperent souvent des competences specialisees dans les domaines specifiques de son travail: fabrication d'ailes pour ses cerfs-volants et ses avions, construction de coques pour ses bateaux experimentaux, entretien des equipements electriques et mecaniques dans ses laboratoires. Cette infrastructure locale, souvent invisible dans les recits de ses realisations, etait une partie essentielle de la capacite de Bell a maintenir un programme de recherche actif et productif pendant des decennies a Beinn Bhreagh.
La beaute naturelle de l'environnement de Baddeck n'etait pas separee de l'environnement scientifique mais une partie integrante de celui-ci. Bell observait les mouettes et les fous de Bassan pour comprendre leurs mecanismes de vol. Il etudait les vents et les courants du lac pour concevoir ses experiences d'hydrofoil. Il examinait la vegetation et la faune de ses terres pour comprendre les principes ecologiques que ses experiences d'agriculture et d'elevage tentaient d'ameliorer. La nature n'etait pas le fond devant lequel sa science se deroulait mais un interlocuteur actif dans sa recherche scientifique.
Cette integration de l'observation naturelle dans le travail scientifique formal etait caracteristique de la tradition naturaliste du XIXe siecle dans laquelle Bell avait ete forme, et elle contrastait avec la tendance croissante au XXe siecle a confiner la science dans des laboratoires specialises coupes de l'environnement naturel. Bell croyait, et sa carriere le confirmait, que l'observation attentive du monde naturel pouvait fournir des idees qui complementaient et enrichissaient les investigations plus controlees du laboratoire formel.
Les Enfants de Bell et Leur Heritage
Les deux filles qui survecurent a Bell et a Mabel, Elsie et Marian, grandirent dans un foyer exceptionnel ou la science et la culture et l'exploration du monde etaient les normes quotidiennes plutot que des curiosites occasionnelles. Leur enfance fut marquee par la presence constante de personnes interessantes, depuis les scientifiques et les ingenieurs qui visitaient Beinn Bhreagh jusqu'aux personnalites politiques et culturelles que les voyages et les activites de Bell leur presentaient. Elles gruperent dans une atmosphere d'ouverture intellectuelle et de curiosite qui laisserait des marques durables sur leurs personnalites et leurs carrieres.
Elsie Bell epousa Gilbert H. Grosvenor en 1900, dans une union qui connecta deux familles d'intellectuels devoues et qui produisit plusieurs descendants remarquables. Grosvenor, sous la presidence de Bell a la Societe National Geographic, transforma le magazine en la publication qu'elle est devenue, et la vision editoriale qu'il developpa avec le soutien et la guidance de Bell definit le caractere du magazine pour les generations suivantes. L'heritage de Bell dans le journalisme scientifique et la communication populaire de la science passa ainsi, partiellement, a travers la famille Grosvenor.
Marian Bell epousa David Fairchild, un botaniste et explorateur de plantes remarquable qui parcourut le monde pour identifier et introduire des plantes alimentaires et ornementales aux Etats-Unis et qui contribua de maniere significant a l'agriculture americaine et a la preservation de la diversite des plantes. L'engagement de Fairchild avec la botanique et la diversite biologique complementait les propres interets de Bell en elevage et en genetique animale, et les deux hommes partagaient une curiosite commune pour les forces biologiques qui determinent la forme et le comportement des organismes vivants.
A travers ses enfants et ses gendres, Bell laissa un heritage intellectuel qui s'etendait au-dela de ses propres inventions pour englober le journalisme scientifique, la botanique, l'exploration, et de nombreux autres domaines de l'accomplissement humain. Cet heritage familial, moins visible que le telephone et le photophone mais tout aussi reel, est une partie importante de la totalite de ce que Bell a contribue au monde.
Bell lui-meme etait profondement conscient que l'heritage qu'il laisserait n'etait pas seulement technologique mais aussi humain: les personnes qu'il avait formes, les idees qu'il avait inspirees, les connexions qu'il avait facilitees entre des personnes qui autrement ne se seraient peut-etre jamais rencontrees. Il voyait son role dans la connexion d'Anne Sullivan a Helen Keller comme l'un des accomplissements les plus importants de sa vie, non pas parce qu'il avait fait quelque chose de techniquement difficile, mais parce qu'il avait reconnu un potentiel humain extraordinaire et facilite les conditions pour son realisation. C'est dans ce geste, modeste techniquement mais immense humainement, que le caractere le plus profond de Bell se revele.
L'impact Economique du Telephone Sur le Monde Moderne
L'impact economique du telephone depassa de loin tout ce que Bell ou ses contemporains auraient pu anticiper. La technologie crea non seulement une nouvelle industrie, les telecommunications, mais rendit possibles de nouvelles formes d'organisation economique qui n'avaient pas ete realisables avant son existence. Les grandes entreprises qui emergèrent dans les dernieres decennies du XIXe siecle et les premieres decennies du XXe siecle, les conglomerats industriels qui coordonnaient des operations dans plusieurs villes et etats, les institutions financieres qui gereraient des transactions mondiales, les organisations gouvernementales qui administraient de vastes programmes nationaux, toutes ces formes d'organisation a grande echelle etaient facilitees et en partie rendues possibles par le telephone.
L'argument economique pour l'adoption du telephone etait immediat et convaincant pour les entreprises: la capacite de communiquer instantanement avec des fournisseurs, des clients, des employes et des partenaires commerciaux a distance reduisait les couts de coordination et accelerait la prise de decision d'une maniere qui se traduisait directement par des avantages competitifs. Une entreprise avec le telephone pouvait repondre plus rapidement aux evenements du marche, coordonner ses operations plus efficacement et maintenir des relations plus etroites avec un plus grand nombre de parties prenantes qu'une entreprise sans telephone. Ces avantages etaient suffisamment substantiels pour que l'adoption du telephone se propager rapidement dans le secteur des affaires meme quand les couts d'installation et de service etaient encore considerables.
L'impact du telephone s'etendait egalement aux marches financiers, ou il accelera la transmission des informations sur les prix et les conditions du marche d'une maniere qui rendit les marches plus efficaces mais aussi plus volatils. Les traders et les investisseurs avec acces au telephone pouvaient reagir aux nouvelles du marche plus rapidement que ceux qui dependaient du telegraphe ou des messagers, creant de nouveaux types d'avantage informatif qui ont redessine les contours de la competition financiere.
Dans un sens plus large, le telephone contribua a ce que les economistes appellent la reduction des couts de transaction: les couts en temps, en effort et en ressources necessaires pour identifier les partenaires commerciaux potentiels, negocier des accords, et coordonner des activites economiques. En reduisant ces couts, le telephone rendit rentables des formes d'organisation economique et des types de transactions commerciales qui avaient ete trop couteux a realiser avant son existence. C'est en ce sens que le telephone, comme d'autres technologies de communication fondamentales avant et apres lui, a ete un catalyseur de la croissance economique plus large plutot que simplement une nouvelle industrie en lui-meme.
Bell a cree ce catalyseur. Il a fourni l'outil qui a permis a d'autres de creer la richesse et l'organisation economique qui ont defini le monde moderne. Et il a fait cela en suivant sa curiosite, en poursuivant sa vision, en collaborant avec des partenaires dont les competences complementaient les siennes, et en perseverant face a des obstacles techniques et commerciaux qui auraient decourage un homme moins determine. Son histoire est, dans ce sens, un modele pour les inventeurs et les entrepreneurs de toutes les epoques, non pas parce que son chemin peut etre exactement reproduit, mais parce que les qualites qui lui ont permis de reussir, la curiosite, la perseverance, la collaboration et la vision, sont des qualites atemporelles qui restent pertinentes dans chaque ere d'innovation technologique.

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