
Guide de Voyage Complet En Afrique du Sud
Introduction : L'afrique du Sud, Au Bout du Monde et Au Coeur de Tout
Il existe peu de destinations sur terre capables de saisir l'imagination avec autant de force que l'Afrique du Sud. À l'extrémité australe du continent africain, là où l'océan Atlantique rencontre l'océan Indien dans une étreinte tumultueuse, se déploie un pays d'une diversité presque incroyable : forêts subtropicales côtières et déserts semi-arides du Karoo, sommets enneigés du Drakensberg et savanes infinies où paissent les éléphants, vignobles d'une rare élégance à Stellenbosch et townships résonnant des rythmes effrénés de l'amapiano. Onze langues officielles, plus de cinquante millions d'habitants issus de dizaines de peuples et de traditions, une histoire marquée par des siècles de conquête, de résistance et de résilience — l'Afrique du Sud est tout cela à la fois.
Le voyageur qui pose le pied à l'aéroport international O.R. Tambo de Johannesburg ou à celui du Cap est immédiatement saisi par cette complexité. Les contrastes y sont saisissants : des gratte-ciel ultramodernes s'élèvent aux côtés de quartiers informels, des restaurants gastronomiques primés partagent la même rue que des étals de rue proposant du braai fumant, et dans les réserves privées du Grand Kruger, des lions paressent à quelques kilomètres de communautés rurales dont le quotidien n'a guère changé depuis des générations. Plutôt que de déstabiliser, ces contrastes font de l'Afrique du Sud un lieu d'une richesse humaine et culturelle extraordinaire, un pays en perpétuelle conversation avec lui-même, cherchant à réconcilier un passé douloureux avec un présent en plein essor.
Ce guide de voyage vous propose une immersion totale dans ce pays fascinant. De la Table Mountain du Cap, patrimoine mondial de l'UNESCO dominée par son célèbre nuage en nappe, aux plaines de brousse du Parc Kruger où l'on peut observer les Cinq Grands — lion, léopard, éléphant, buffle et rhinocéros — en passant par les lagunes parsemées de flamants roses de la Route des Jardins, les vignobles de Franschhoek et les plages dorées de Durban, l'Afrique du Sud offre une expérience de voyage complète et inoubliable. C'est aussi un pays où le poids de l'histoire se fait constamment sentir, où les musées de l'apartheid, les cellules de Robben Island et les rues de Soweto parlent d'un passé que le monde entier a suivi avec une attention et une émotion intenses, et d'une transition vers la démocratie qui reste l'une des plus remarquables du XXe siècle.
Préparez-vous à être surpris, ému, ébloui.
Geographie et Paysages : Un Continent En Miniature
L'Afrique du Sud occupe la pointe méridionale du continent africain, couvrant une superficie d'environ 1 221 037 kilomètres carrés, soit un peu moins de deux fois la France métropolitaine. Elle partage ses frontières terrestres avec la Namibie au nord-ouest, le Botswana et le Zimbabwe au nord, et le Mozambique et l'Eswatini (anciennement Swaziland) au nord-est. Elle entoure complètement le royaume du Lesotho, enclave montagneuse nichée au coeur du pays. Au sud et à l'est, le pays est baigné par l'océan Indien, tandis que la côte ouest est balayée par les eaux froides de l'océan Atlantique, influencées par le courant de Benguela remontant des profondeurs de l'Antarctique.
Cette double façade maritime donne naissance à deux régimes climatiques très distincts. Sur la côte atlantique, de Cape Town à la frontière namibienne, le courant froid engendre un climat méditerranéen sec l'été et pluvieux l'hiver, idéal pour la viticulture. Sur la côte indocéanienne, de Port Elizabeth à la frontière mozambicaine, des eaux plus chaudes alimentent un climat subtropical humide, propice aux forêts denses et aux stations balnéaires animées. Entre ces deux façades, l'intérieur du pays est divisé par le Grand Escarpement, une chaîne de montagnes qui sépare le plateau intérieur, le Highveld, des terres basses côtières du Lowveld.
Le Highveld, le plateau intérieur qui s'étend à une altitude moyenne de 1 400 à 1 800 mètres, couvre la majeure partie du pays et correspond aux provinces de Gauteng, du Free State et d'une partie du Mpumalanga et du Northern Cape. C'est ici que se trouvent Johannesburg et Pretoria, les deux plus grandes villes du pays, et que l'on exploite les mines d'or et de diamants qui ont façonné l'histoire économique de l'Afrique du Sud. Les hivers y sont froids et secs, avec des nuits parfois glaciales, et les étés chauds et orageux, avec des averses spectaculaires en fin d'après-midi.
Les Montagnes Drakensberg, dont le nom afrikaans signifie littéralement la montagne du Dragon, constituent l'élément le plus spectaculaire du Grand Escarpement. Elles s'étendent sur près de 1 000 kilomètres du nord-est de la province du Cap (Eastern Cape) jusqu'à Limpopo, formant une barrière naturelle impressionnante entre le Highveld et le KwaZulu-Natal. Le point culminant d'Afrique du Sud se trouve au Thabana Ntlenyana, en territoire Lesotho, à 3 482 mètres, mais plusieurs sommets sud-africains dépassent les 3 000 mètres. Le Drakensberg est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, aussi bien pour ses paysages spectaculaires que pour ses milliers de peintures rupestres réalisées par les San, les chasseurs-cueilleurs qui peuplèrent ces montagnes pendant des millénaires.
La Région Florale du Cap, également connue sous le nom de Fynbos Biome, est l'une des six régions florales du monde reconnues par les botanistes, et la seule qui soit entièrement contenue dans les frontières d'un seul pays. Cette région, concentrée autour de la Péninsule du Cap et de la côte sud-ouest, abrite plus de 9 000 espèces de plantes, dont près de 70 % sont endémiques, c'est-à-dire qu'on ne les trouve nulle part ailleurs sur terre. Le terme fynbos, qui signifie fin arbuste en afrikaans, désigne une végétation basse, dense et souvent aromatique dominée par les protées, les éricacées et les restionacées. La fleur nationale de l'Afrique du Sud, la protée royale (Protea cynaroides), est l'emblème le plus célèbre de cet écosystème d'une richesse exceptionnelle.
La Province du Cap occidental (Western Cape) regroupe plusieurs des paysages les plus emblématiques du pays. La Péninsule du Cap, longue langue de terre qui s'étire vers le sud depuis Cape Town jusqu'au Cap de Bonne-Espérance, est un sanctuaire naturel d'une beauté sauvage, balayé par des vents violents et parsemé de plages isolées, de colonies de manchots et de colonies de babouins harcelant parfois les touristes imprudents. Plus à l'est, la Route des Jardins (Garden Route) longe la côte sur environ 300 kilomètres entre Mossel Bay et Storms River, offrant une succession de paysages enchanteurs : forêts tempérées d'anciens yellowwood, lacs côtiers, lagunes aux eaux émeraude et plages parfaites.
Le Karoo, vaste région semi-aride qui couvre près d'un tiers du territoire national, est souvent sous-estimé par les voyageurs pressés mais réserve des expériences inoubliables à ceux qui prennent le temps de s'y attarder. Ses plaines infinies de végétation xérophyte, ses formations rocheuses sculptées par l'érosion, ses fermes aux allures de bout du monde et ses ciels nocturnes d'une pureté absolue, exempts de toute pollution lumineuse, en font une destination de plus en plus prisée des astronomes amateurs et des voyageurs en quête de solitude et de grandeur.
Le KwaZulu-Natal, à l'est, présente une autre facette encore de la géographie sud-africaine : une côte tropicale chaude baignée par l'Indien, des vallées luxuriantes, et à l'intérieur, les contreforts du Drakensberg qui s'élèvent dans une série de falaises et d'amphithéâtres vertigineux. Le Nord-Est du pays, le Limpopo et le Mpumalanga, abrite le Parc Kruger et la région du bush africain par excellence, avec ses acacias, ses baobabs et ses troupeaux d'animaux sauvages.
Histoire : Des Origines de L'humanite a la Nation Arc-En-Ciel
Les Premiers Habitants : San et Khoïkhoï
L'histoire de l'Afrique du Sud commence il y a des dizaines de millénaires avec les San, également connus sous le nom de Bochimans, dont les ancêtres sont considérés par les généticiens comme parmi les groupes humains les plus anciens de la planète. Ces chasseurs-cueilleurs, qui vivaient en petits groupes nomades, parcouraient les savanes, les montagnes et les zones côtières de l'Afrique australe depuis au moins 100 000 ans. Ils développèrent une connaissance extraordinairement sophistiquée de leur environnement naturel, maîtrisant les plantes médicinales, les habitudes des animaux et les cycles des saisons avec une précision que les botanistes et les zoologistes modernes continuent d'admirer.
L'art rupestre des San constitue l'un des patrimoines culturels les plus précieux d'Afrique du Sud. Des dizaines de milliers de peintures et de gravures, réalisées sur des rochers et dans des abris naturels, témoignent d'une culture spirituelle et esthétique d'une richesse remarquable. Ces oeuvres, souvent représentant des animaux comme l'éland, des figures humaines en pleine danse, ou des êtres mi-humains mi-animaux qui reflètent les visions chamaniques induites par des états de transe, sont particulièrement concentrées dans le Drakensberg et le Cederberg. Loin d'être de simples représentations naturalistes, elles forment un langage visuel complexe lié aux rituels de guérison et aux pratiques spirituelles des communautés San.
Les Khoïkhoï, proches parents des San et souvent confondus avec eux sous le terme générique de Khoïsan, étaient quant à eux des pasteurs nomades qui gardaient des troupeaux de bovins et de moutons. Ils occupaient principalement les zones côtières et les régions mieux arrosées du sud-ouest du pays. Ce sont eux que les Européens rencontrèrent en premier lorsqu'ils commencèrent à fréquenter le Cap, et leurs relations avec les nouveaux arrivants furent dès le début marquées par une méfiance bien fondée.
L'expansion Bantoue et la Diversité des Royaumes
À partir d'environ le IIIe siècle de notre ère, les peuples de langue bantoue commencèrent à migrer vers le sud depuis les régions forestières de l'Afrique centrale et occidentale, apportant avec eux l'agriculture, l'élevage et la métallurgie du fer. Cette migration, progressive et étalée sur plusieurs siècles, transforma profondément le peuplement de l'Afrique australe. Les groupes Nguni, ancêtres des Zoulous et des Xhosa actuels, s'installèrent principalement sur la côte orientale, tandis que les groupes Sotho-Tswana colonisèrent le plateau intérieur.
Ces peuples organisèrent rapidement des sociétés complexes, avec des chefferies, des royaumes et des réseaux commerciaux étendus. La grande cité de Mapungubwe, dans l'actuelle province de Limpopo, fut l'une des premières cités-États de la région, florissante entre le Xe et le XIIIe siècle. Elle commerçait avec les marchands arabes et indiens par l'intermédiaire du port de Sofala (dans l'actuel Mozambique), exportant de l'or et de l'ivoire. Mapungubwe est aujourd'hui classée au patrimoine mondial de l'UNESCO et ses fouilles archéologiques continuent de révéler la sophistication de cette civilisation précoloniale.
L'arrivée des Portugais et L'ère des Explorations
En 1488, le navigateur portugais Bartolomeu Dias devient le premier Européen connu à doubler le cap méridional de l'Afrique, que le roi Jean II du Portugal baptise Cape of Good Hope (Cap de Bonne-Espérance), non pas parce qu'il y faisait bon vivre, mais parce que ce passage ouvrait les espoirs de trouver une route maritime vers les Indes. La traversée avait été brutale : Dias et son équipage avaient été emportés par une tempête terrible et avaient perdu de vue les côtes pendant des jours avant de retrouver leur route. L'expédition s'arrêta un peu plus à l'est, à Kwaaihoek, où Dias planta un padrão (une croix de pierre) pour marquer la limite de son exploration.
Neuf ans plus tard, en 1497, Vasco de Gama réussit le voyage complet vers l'Inde, passant par le Cap et longeant la côte orientale de l'Afrique. Son voyage ouvrit la voie au commerce maritime qui allait transformer les équilibres mondiaux et, à terme, conduire à la colonisation de l'Afrique du Sud. Les Portugais s'intéressèrent toutefois peu à la région du Cap, préférant établir leurs comptoirs plus au nord, sur la côte mozambicaine. C'est aux Hollandais que revint l'initiative de s'y installer durablement.
La Compagnie des Indes Orientales Hollandaise et la Fondation du Cap
En 1652, Jan van Riebeeck, au service de la Compagnie des Indes Orientales Hollandaise (la VOC, Vereenigde Oost-Indische Compagnie), débarqua à la baie de la Table avec trois navires et pour mission d'établir une station de ravitaillement pour les navires faisant la route entre les Pays-Bas et l'Asie. L'objectif initial n'était pas de coloniser mais simplement de cultiver des légumes frais et d'abreuver les équipages épuisés. Très rapidement, cependant, la colonie du Cap prit de l'ampleur, attirant des colons hollandais, français et allemands.
Les réfugiés huguenots français, fuyant les persécutions religieuses qui suivirent la révocation de l'Édit de Nantes en 1685, arrivèrent en Afrique du Sud dès 1688, s'installant principalement dans la vallée de Franschhoek (qui signifie coin français en néerlandais). Ils apportèrent avec eux leur savoir-faire viticole et posèrent les fondations de l'industrie vinicole qui prospère encore aujourd'hui. La VOC importa également des esclaves d'Indonésie, de Malaisie, de l'Inde et de Madagascar pour travailler dans la colonie. Ces esclaves, mêlant leurs cultures, leurs langues et leurs religions, donnèrent naissance à la communauté malayo-capetownienne (Cape Malay), dont la culture, la cuisine et les mosquées caractéristiques du quartier de Bo-Kaap au Cap témoignent encore de cette histoire complexe.
La langue afrikaans, l'une des onze langues officielles de l'Afrique du Sud actuelle, est un produit direct de cette période. Née dans les cuisines et les cours des fermes du Cap, elle est une simplification et une transformation du néerlandais du XVIIe siècle, enrichie de mots empruntés au malais, au portugais, aux langues khoïkhoï et aux diverses langues bantoues. Aujourd'hui parlée par environ sept millions de personnes comme première langue, l'afrikaans est la langue maternelle d'une grande partie des communautés coloured (métisses) ainsi que d'une partie de la communauté blanche.
Les Boers, le Grand Trek et les Guerres de Conquête
Au fil des générations, les colons blancs, de plus en plus éloignés culturellement de leur pays d'origine et développant une identité propre au contact de la terre africaine, prirent le nom de Boers (agriculteurs en néerlandais) ou de trekboers. Nomades impénitents, ils repoussaient sans cesse les frontières de la colonie, conduisant leurs troupeaux toujours plus loin, entrant en conflit avec les peuples autochtones Khoïkhoï, San et Xhosa pour le contrôle des terres et des pâturages.
Après la prise de contrôle de la colonie du Cap par les Britanniques (définitivement en 1806), les tensions entre les Boers et l'administration britannique s'accentuèrent, notamment à cause de l'abolition de l'esclavage en 1834 et du sentiment des Boers que leurs valeurs et leur mode de vie étaient menacés. C'est dans ce contexte que débuta, à partir de 1836, le Grand Trek, l'une des épopées fondatrices de l'identité afrikaner. Des milliers de familles boers, les Voortrekkers (pionniers), chargèrent leurs biens sur des chariots couverts et s'enfoncèrent vers l'intérieur du continent, traversant les montagnes du Drakensberg pour atteindre les plaines du Natal et le Highveld.
Ce mouvement de colonisation interne entraîna de violents conflits avec les peuples africains que les Voortrekkers rencontrèrent sur leur route. Le plus dramatique de ces affrontements eut lieu lors de la bataille de la Rivière de Sang (Blood River) le 16 décembre 1838, quand une force de 464 Voortrekkers, commandés par Andries Pretorius, affronta une armée zouloue estimée à environ 10 000 guerriers. La victoire des Boers, qu'ils attribuèrent à une intervention divine (ils avaient fait voeu de commémorer ce jour si Dieu leur accordait la victoire), s'inscrivit durablement dans la mythologie nationaliste afrikaner et fut longtemps célébrée sous le nom de Jour du Voeu. La date du 16 décembre est aujourd'hui une fête nationale appelée Jour de la Réconciliation, témoignant du changement de perspective apporté par la démocratie.
Le Royaume Zoulou et la Guerre Anglo-Zouloue
Parmi les peuples bantoues qui peuplaient l'Afrique australe au début du XIXe siècle, les Zoulous occupent une place particulière dans l'histoire et l'imaginaire mondial. Sous la direction du roi Shaka, qui prit le pouvoir vers 1816, le royaume zoulou se transforma en une puissance militaire redoutable. Shaka réforma radicalement l'armée, substituant aux courtes sagaies de jet une courte lance d'estoc (l'assegai iklwa) complétée d'un grand bouclier, et développa des tactiques de combat en formation (la célèbre tactique de la corne de buffle, ou impondo zankomo) qui permettaient d'encercler l'ennemi et de l'anéantir. En une décennie, les armées zoulous (les impis) soumirent ou dispersèrent des dizaines de peuples voisins, dans une période de bouleversements connus sous le nom de Mfecane.
La confrontation entre le puissant empire zoulou et la puissance coloniale britannique était inévitable. En 1879, la guerre Anglo-Zouloue éclata, conduisant à l'une des batailles les plus célèbres de l'histoire coloniale : la bataille d'Isandlwana, le 22 janvier 1879, où une armée zouloue d'environ 20 000 guerriers anéantit une colonne britannique de plus de 1 300 soldats et supplétifs africains. Cette défaite cinglante choqua l'Empire britannique et reste à ce jour la plus lourde défaite infligée par une force africaine à l'armée coloniale britannique. Si les Britanniques finirent par remporter la guerre grâce à leur supériorité numérique et technologique, la bataille d'Isandlwana demeura un symbole de résistance et de fierté pour les Zoulous.
L'or et les Diamants : La Naissance D'une Économie Extractive
La découverte de diamants à Kimberley en 1867, puis d'or sur le Witwatersrand (la Crête des Eaux Blanches) en 1886, transforma radicalement le destin de l'Afrique du Sud et attira des dizaines de milliers d'aventuriers, d'entrepreneurs et d'ouvriers du monde entier. La ruée vers les mines de diamants de Kimberley fut à l'origine de la fortune colossale de Cecil Rhodes, entrepreneur britannique qui fonda la De Beers Consolidated Mines et se forgea une ambition politique à la hauteur de ses appétits économiques, rêvant d'un empire britannique continu du Cap au Caire.
La découverte de l'or dans la région qui deviendrait Johannesburg (surnommée Egoli, la ville de l'or, en zoulou) provoqua un afflux encore plus massif de population. Des immigrants venus d'Europe, d'Australie, des États-Unis et d'ailleurs, les Uitlanders (étrangers en afrikaans), devinrent rapidement majoritaires sur les terres de la République du Transvaal, gouvernée par les Boers sous la direction du président Paul Kruger. Les tensions entre ces immigrants, soutenues par les intérêts économiques britanniques, et le gouvernement boer conduisirent inéluctablement à la guerre.
La Guerre Anglo-Boer et Ses Conséquences
La Guerre Anglo-Boer (1899-1902), appelée aussi la Seconde Guerre Boer, fut l'un des conflits les plus meurtriers et les plus controversés de l'histoire coloniale britannique. Les forces boers, bien que numériquement inférieures, menèrent une guérilla brillante pendant près de trois ans, infligeant des défaites humiliantes à une armée britannique pourtant considérée comme l'une des plus puissantes du monde. La réponse britannique fut impitoyable : les fermes boers furent brûlées, les troupeaux massacrés, et les femmes et enfants boers ainsi que des milliers d'Africains noirs furent enfermés dans des camps de concentration où les conditions sanitaires déplorables provoquèrent la mort de plus de 26 000 civils boers (dont une majorité d'enfants) et d'un nombre encore plus élevé d'Africains noirs, dont la tragédie fut longtemps ignorée par l'historiographie dominante.
C'est pendant la Guerre Anglo-Boer qu'un jeune avocat indien du nom de Mohandas Karamchand Gandhi commença à développer ses idées de résistance non-violente. Gandhi, qui s'était installé en Afrique du Sud en 1893 pour défendre les droits de la communauté indienne, organisa un corps d'ambulanciers (l'Indian Ambulance Corps) pendant la guerre et continua son combat politique en Afrique du Sud jusqu'en 1914, avant de rentrer en Inde où il deviendrait le Mahatma.
L'apartheid : Le Système de la Honte
La mise en place de l'apartheid à partir de 1948, lorsque le Parti national (entièrement afrikaner) remporta les élections avec un programme explicitement fondé sur la séparation raciale, représente l'épisode le plus sombre et le plus honteux de l'histoire moderne de l'Afrique du Sud. Le mot apartheid, qui signifie séparation en afrikaans, désigna un système légal de discrimination raciale totale, qui allait bien au-delà de la ségrégation informelle qui existait déjà.
La Loi sur l'Enregistrement de la Population (Population Registration Act) de 1950 classa chaque habitant du pays dans une catégorie raciale : blanc, Africain (noir), coloured (métis) ou indien. La Loi sur les Zones de Groupe (Group Areas Act) assigna chaque groupe racial à des zones résidentielles distinctes, forçant des centaines de milliers de personnes à quitter leurs maisons et leurs quartiers. Les Pass Laws (lois sur les laissez-passer) obligèrent les Africains noirs à porter en permanence un livret de référence (dompas) qui contrôlait tous leurs déplacements. Les bantoustans, soi-disant homelands, furent créés comme pseudo-États dans des zones rurales pauvres où les Africains noirs furent théoriquement relocalisés, leur déniant ainsi leur citoyenneté sud-africaine.
L'African National Congress, fondé en 1912 (initialement sous le nom de South African Native National Congress), s'imposa progressivement comme le principal mouvement de résistance. Dans les années 1950 et 1960, sous la direction de leaders comme Albert Luthuli, Oliver Tambo et le jeune Nelson Mandela, l'ANC mena une résistance non-violente. Mais après le massacre de Sharpeville en mars 1960, où la police ouvrit le feu sur une foule de manifestants pacifiques tuant 69 personnes, l'ANC fut banni et son aile militaire, Umkhonto we Sizwe (La Lance de la Nation) fut créée. Mandela fut arrêté en 1962 et condamné en 1964 à la prison à vie lors du procès de Rivonia.
Le Soulèvement de Soweto et les Années Noires
Le 16 juin 1976 représente l'un des tournants les plus dramatiques de la résistance à l'apartheid. Ce jour-là, des milliers d'écoliers noirs du township de Soweto (South Western Townships), près de Johannesburg, descendirent dans les rues pour protester contre une nouvelle directive gouvernementale imposant que la moitié de l'enseignement se fasse en afrikaans, langue perçue comme celle de l'oppresseur. La police ouvrit le feu sur les manifestants. L'image du jeune Hector Pieterson, 13 ans, mort dans les bras d'un camarade sous le regard de sa soeur en larmes, prise par le photographe Sam Nzima, fit le tour du monde et devint l'une des photographies les plus emblématiques du XXe siècle.
Steve Biko, le fondateur du mouvement de Conscience Noire (Black Consciousness Movement), qui affirmait que la libération psychologique des Noirs était indispensable à leur libération politique, fut arrêté en août 1977. Il mourut dans une prison de Pretoria le 12 septembre 1977, des suites de coups reçus pendant son interrogatoire. Sa mort provoqua une indignation internationale et renforça la campagne pour les sanctions contre le régime de l'apartheid.
De la Prison À la Présidence : Mandela et la Transition
Pendant les années 1980, la résistance intérieure s'intensifia, les sanctions internationales s'alourdirent, et l'économie sud-africaine commença à se gripper sérieusement. Le président F.W. de Klerk, prenant acte de la situation, fit une annonce historique devant le Parlement le 2 février 1990 : l'ANC et les autres organisations politiques bannis seraient légalisés, et Nelson Mandela, emprisonné depuis 27 ans sur l'île de Robben Island et dans d'autres prisons, serait libéré.
Le 11 février 1990, Nelson Mandela, alors âgé de 71 ans, sortit de la prison Victor Verster près du Cap la main dans celle de son épouse Winnie, le poing levé. Des millions de personnes dans le monde regardèrent en direct cette scène chargée d'une émotion quasi universelle. Les négociations qui suivirent entre l'ANC et le gouvernement, dans un contexte de violences persistantes notamment entre partisans de l'ANC et de l'Inkatha Freedom Party en KwaZulu-Natal, furent longues et difficiles.
Le 27 avril 1994, lors des premières élections démocratiques de l'histoire de l'Afrique du Sud, des millions de Sud-Africains noirs firent la queue pendant des heures pour voter pour la première fois de leur vie. Le Jour de la Liberté, comme cette date est toujours célébrée chaque année, fut l'un des moments les plus émouvants du XXe siècle politique. L'ANC remporta les élections avec 62 % des voix, et Nelson Mandela devint le premier président démocratiquement élu de l'Afrique du Sud.
Mandela, dont la grandeur morale avait déjà été reconnue dans le monde entier (il avait reçu le Prix Nobel de la Paix en 1993 conjointement avec F.W. de Klerk), incarna le concept de réconciliation avec une grâce et une dignité qui firent de lui une figure morale planétaire. Il porta le maillot des Springboks lors de la finale de la Coupe du Monde de Rugby en 1995 (que l'Afrique du Sud remporta, à Johannesburg, sous les yeux d'un pays uni comme jamais), et cet acte symbolique resta dans toutes les mémoires. La Commission Vérité et Réconciliation, présidée par l'archevêque Desmond Tutu, permit à des victimes de l'apartheid de témoigner publiquement de leurs souffrances et à certains auteurs de crimes d'obtenir l'amnistie en échange d'une divulgation complète de leurs actes.
Mandela dirigea le pays jusqu'en 1999, refusant de briguer un deuxième mandat. Ses successeurs, Thabo Mbeki et Kgalema Motlanthe, furent suivis par Jacob Zuma, dont la présidence (2009-2018) fut entachée par une corruption endémique et une mauvaise gouvernance qui fragilisèrent profondément les institutions et l'économie. Cyril Ramaphosa, élu à la tête de l'ANC en 2017 et devenu président en 2018, prit le pouvoir avec pour mission de nettoyer les écuries et de relancer une économie à genoux. Les défis restent immenses : chômage de masse (officiellement plus de 30 % mais bien davantage selon les estimations alternatives), inégalités économiques parmi les plus élevées au monde (l'Afrique du Sud a l'un des indices de Gini les plus élevés de la planète), criminalité, délestages électriques chroniques et infrastructure défaillante. Pourtant, l'Afrique du Sud reste une démocratie fonctionnelle, dotée d'une presse libre, d'une justice indépendante et d'une société civile active, qui continue de chercher son chemin vers la promesse de la Nation Arc-en-ciel.
Le Cap : Au Bout du Monde, Une Ville Qui Rêve
Table Mountain : Le Totem du Cap
Il est presque impossible de parler du Cap (Cape Town, ou Kaapstad en afrikaans) sans commencer par la Table Mountain, ce plateau granitique et gréseux qui domine la ville de ses 1 086 mètres et constitue l'un des paysages urbains les plus spectaculaires du monde. Classée parmi les Sept Nouvelles Merveilles de la Nature, inscrite au coeur du Parc National de la Table Mountain qui fait partie du Patrimoine Mondial de l'UNESCO (dans le cadre de la Région Florale du Cap), la montagne est visible depuis 200 kilomètres en mer, ce qui en faisait depuis des siècles un repère inestimable pour les navigateurs.
La façon la plus rapide d'atteindre le sommet est le téléphérique à cabine rotative, inauguré en 1929 et modernisé à plusieurs reprises depuis, dont la cabine tourne lentement pendant la montée offrant une vue à 360 degrés. En haut, un réseau de sentiers balisés permet de se promener sur le plateau, où une végétation de fynbos d'une richesse extraordinaire réserve des surprises à chaque pas. Plus de 2 200 espèces végétales y ont été répertoriées, ce qui en fait l'un des endroits les plus riches en biodiversité par kilomètre carré sur la planète, surpassant de nombreuses forêts tropicales. Les randonneurs plus ambitieux peuvent gravir la montagne à pied par le sentier de Platteklip Gorge, le plus fréquenté et le plus accessible, qui offre des vues splendides sur la ville et la baie de la Table.
Le sommet de la Table Mountain est souvent couvert par le célèbre nuage en nappe, que les habitants appellent affectueusement le Tablecloth (la nappe de table) : lorsque le vent du sud-est souffle fort, un nuage blanc et spectaculaire roule par-dessus le rebord de la montagne, se dissipant dans l'air chaud qui monte des versants. Ce spectacle météorologique est l'une des images les plus caractéristiques du Cap.
La Péninsule du Cap : Une Randonnée Au Bout du Monde
Au sud de la ville, la Péninsule du Cap s'étire vers le sud comme un doigt pointé vers l'Antarctique. La Chapman's Peak Drive, route côtière taillée dans la falaise au-dessus de l'océan Atlantique, est considérée comme l'une des plus belles routes du monde, offrant des vues spectaculaires sur les vagues qui se brisent contre les rochers déchiquetés en contrebas. La réserve naturelle du Cap de Bonne-Espérance protège l'extrémité de la péninsule, un vaste espace sauvage où les babouins chacma, les autruches, les zèbres de montagne du Cap et les renards à chabraque déambulent librement.
Le Cap de Bonne-Espérance lui-même, bien que souvent cité comme la pointe la plus méridionale de l'Afrique (ce qui est inexact : ce titre appartient au Cap des Aiguilles, environ 150 kilomètres plus à l'est), est l'un des sites les plus chargés d'histoire de l'Afrique du Sud. C'est là que les courants de l'Atlantique et de l'Indien se rencontrent symboliquement, même si la rencontre réelle des deux océans se produit au Cap des Aiguilles.
À Boulder's Beach, dans la banlieue de Simon's Town, une colonie de manchots africains (Spheniscus demersus), espèce menacée également appelée manchot du Cap ou manchot du Sénégal, s'est installée dans les années 1980 et compte aujourd'hui plus de 3 000 individus. La possibilité d'observer ces oiseaux attachants à quelques mètres de distance, se dandinant sur la plage ou nageant avec une agilité surprenante dans les eaux froides, est l'une des expériences les plus populaires du Cap.
Robben Island : Un Lieu de Mémoire Essentiel
À environ 11 kilomètres au large du Cap, l'île de Robben Island fut pendant des siècles un lieu de relégation et d'emprisonnement. Classée au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1999, elle est aujourd'hui un musée vivant dont les guides sont souvent d'anciens prisonniers politiques, capables de raconter leur expérience avec une intensité et une authenticité que nulle mise en scène ne saurait remplacer. C'est ici que Nelson Mandela passa 18 de ses 27 années d'emprisonnement, dans une cellule de 2,1 mètres sur 2,1 mètres (environ 4,5 mètres carrés) où il dormait sur un mince matelas à même le sol. La visite de cette cellule est l'un des moments les plus émouvants que l'on puisse vivre en Afrique du Sud.
Le V&a Waterfront et le Coeur Animé du Cap
Le Victoria & Alfred Waterfront, ancré dans l'histoire maritime du Cap depuis 1860, a été transformé en l'une des destinations touristiques les plus réussies d'Afrique. Ce port encore actif (on y voit régulièrement des chalutiers et des bateaux de recherche scientifique) abrite des centaines de boutiques, de restaurants, de cafés, de galeries d'art et d'hôtels, le tout animé par les musiciens de rue et les marchés. Le Two Oceans Aquarium y présente la faune marine extraordinaire qui peuple les deux océans baignant l'Afrique du Sud.
Bo-Kaap : Les Couleurs de L'héritage Malayo-Cap-Townien
Perché sur les pentes du Signal Hill, le quartier de Bo-Kaap est l'un des plus photogéniques et l'un des plus historiquement significatifs du Cap. Ses maisons aux façades peintes dans des jaunes intenses, des bleus turquoise, des verts émeraude et des roses vifs forment des rues d'une gaieté visuelle saisissante. Mais Bo-Kaap est bien plus qu'un décor pour photographies : c'est le coeur historique de la communauté malayo-capetownienne (Cape Malay), descendants des esclaves et des exilés politiques amenés d'Indonésie, de Malaisie et d'Inde par la VOC hollandaise.
La communauté malayo-capetownienne a préservé une culture distincte et riche, marquée par sa foi musulmane (le premier appel à la prière du muezzin en Afrique du Sud a retenti à Bo-Kaap), ses traditions culinaires (les koesisters, petits beignets épicés et sucrés, ou le bobotie épicé, sont des spécialités emblématiques) et ses pratiques artisanales. Le Musée Bo-Kaap raconte l'histoire fascinante de cette communauté dans une maison soigneusement restaurée.
Camps Bay, les Plages de Clifton et le Coucher de Soleil Sur Lion's Head
À l'ouest de la ville, la route côtière de Sea Point mène aux plages célèbres de Clifton (quatre plages distinctes séparées par des rochers et protégées du vent du sud-est) et à Camps Bay, avec ses restaurants en terrasse face à l'Atlantique et son ambiance de dolce vita. Le soleil se couchant derrière Lion's Head, la montagne qui veille sur ces plages de l'autre côté, offre l'un des plus beaux spectacles naturels quotidiens du Cap.
Le Long Street, avec ses librairies de livres d'occasion, ses bars, ses hostels et ses boutiques de mode, représente le côté bohème et animé du Cap. Le Musée du District Six, dans le centre-ville, raconte avec une force émotionnelle intense l'histoire des expulsions forcées qui, sous l'apartheid, vidèrent ce quartier métis et coloré de ses 60 000 habitants, rasant leurs maisons pour construire des logements réservés aux Blancs. Aujourd'hui, grâce à des décennies de lutte, certains habitants revenus du mouvement District Six ont pu récupérer leurs terres.
Les Vignobles de Constantia, une des plus anciennes régions viticoles de l'hémisphère sud (le domaine de Groot Constantia fut fondé en 1685), se trouvent à seulement 20 minutes du centre du Cap et offrent un havre de sérénité entre les vignes.
Les Aventures Autour du Cap
À Gansbaai, à environ deux heures au sud-est du Cap, une industrie touristique unique s'est développée autour des requins blancs qui fréquentent les eaux entre le continent et l'île Dyer. La plongée en cage avec les grands requins blancs est une expérience réservée aux âmes bien trempées mais inoubliable pour ceux qui osent. La saison optimale s'étend de juin à septembre.
Hermanus, petite ville côtière à environ 120 kilomètres au sud-est du Cap, est considérée comme l'un des meilleurs endroits du monde pour l'observation des baleines depuis la terre ferme. Entre juin et novembre, les baleines franches australes (Eubalaena australis) viennent mettre bas et allaiter leurs petits dans la baie Walker Bay, offrant des spectacles extraordinaires depuis les falaises. La ville a même un crieur de baleines (whale crier) officiel qui signale les observations aux habitants et touristes en sonnant de la corne.
Le Parc Kruger et le Bush Africain : Au Royaume des Grands Animaux
La Légende du Kruger
Avec ses 19 485 kilomètres carrés, le Parc National Kruger est l'une des plus grandes réserves naturelles d'Afrique et l'un des sanctuaires de faune sauvage les plus riches et les plus accessibles du monde. Établi en 1898 par le président de la République du Transvaal Paul Kruger (dont il porte le nom), agrandi et réorganisé après la Guerre Anglo-Boer, le Parc Kruger s'étend du nord au sud sur environ 350 kilomètres et d'est en ouest sur environ 60 kilomètres, longeant la frontière avec le Mozambique. Sa superficie est comparable à celle du pays de Galles, ou à celle des Pays-Bas.
Le Kruger représente la quintessence de l'expérience safari africaine. Il abrite les Cinq Grands (Big Five), expression inventée à l'origine par les chasseurs pour désigner les cinq animaux les plus difficiles et dangereux à chasser à pied : le lion, le léopard, l'éléphant d'Afrique, le buffle du Cap et le rhinocéros. Mais le Kruger, c'est bien plus encore : plus de 500 espèces d'oiseaux, plus de 100 espèces de reptiles, plus de 150 espèces de mammifères dont le lycaon (chien sauvage peint), l'une des espèces les plus menacées d'Afrique, le guépard, la hyène tachetée, le gnou bleu, le zèbre de Burchell, la girafe, l'hippopotame, le crocodile du Nil et des dizaines d'espèces d'antilopes.
Les Safaris : L'art de la Lecture du Bush
Le safari dans le Parc Kruger se pratique de plusieurs façons. La plus répandue est le safari en voiture personnelle : le parc est ouvert aux visiteurs en véhicule privé, qui empruntent un réseau de routes goudronnées et de pistes en terre pour aller à la rencontre des animaux. Cette formule, économique et flexible, donne une liberté extraordinaire mais demande une certaine patience et un apprentissage de la lecture du bush. Les heures d'or sont celles qui suivent l'aube et celles qui précèdent le coucher du soleil, quand les animaux sont les plus actifs et que la lumière est la plus belle pour la photographie.
Les safaris guidés en Jeep avec un guide naturaliste diplômé constituent une expérience incomparablement plus riche. Le guide sait lire les traces, interpréter les signaux d'alarme des animaux (le cri strident des impala qui détecte un prédateur, le comportement agité des oiseaux qui signale une présence félide), décoder les marques de griffes sur les troncs d'arbres, et positionner le véhicule pour observer les animaux dans les meilleures conditions sans les déranger. Certains camps proposent des safaris pédestres (walking safaris) avec un guide et un garde armé, une expérience d'une intensité particulière qui oblige à ralentir, à faire confiance à ses sens et à voir le bush d'un oeil nouveau.
Le parc est divisé en plusieurs zones écologiques, chacune avec ses propres caractéristiques et sa propre faune. Le sud du parc, avec ses forêts de mopane et ses rivières permanentes comme la Sabie et la Crocodile, est le plus riche en faune et en visiteurs. Le nord, plus reculé et plus sauvage, offre des paysages plus ouverts de mopanenveld et de plus grandes chances d'observer des espèces plus rares comme le rare chien sauvage ou les bandes de lycaons.
Les Réserves Privées : Le Luxe du Bush
Autour du Parc Kruger, et reliées à lui par des zones sans clôture, une série de réserves privées offrent une expérience safari d'un niveau de luxe et d'intimité hors pair. Les plus célèbres sont la réserve de Sabi Sands, au sud-ouest du parc (réputée pour ses observations fréquentes de léopards, animaux normalement très discrets qui, ici habitués à la présence des véhicules, se laissent observer de très près), et la réserve de Timbavati, célèbre pour ses lions blancs, une anomalie génétique qui produit des individus d'une beauté saisissante.
Dans ces réserves privées, les lodges luxueux — certains parmi les meilleurs au monde — proposent une expérience totale : véhicules de safari exclusifs avec guide et pisteur, safaris de nuit (impossibles dans le parc national), repas gastronomiques sous les étoiles, spas, et une densité d'activités incomparable. Ces séjours ont un coût élevé, parfois plusieurs milliers d'euros par nuit et par personne, mais ils représentent pour beaucoup de voyageurs l'expérience de leur vie.
La Route Panoramique du Mpumalanga
À l'ouest du Parc Kruger, la province du Mpumalanga offre l'un des panoramas les plus spectaculaires d'Afrique du Sud : la Route Panoramique (Panorama Route), qui longe le bord du Grand Escarpement et offre des vues vertigineuses sur le Lowveld, le pays bas boisé qui s'étend vers le Mozambique.
Le Canyon de la Rivière Blyde (Blyde River Canyon), troisième canyon du monde par sa taille et premier parmi les canyons verts (ses parois sont couvertes d'une végétation luxuriante alimentée par les pluies tropicales), est le joyau de la Route Panoramique. Long d'environ 26 kilomètres et profond de jusqu'à 800 mètres, il offre des points de vue spectaculaires depuis le Lisbon Falls, les Trois Rondavels (trois formations rocheuses arrondies qui ressemblent aux huttes traditionnelles rondes d'Afrique du Sud) et le Wonderview. La Fenêtre de Dieu (God's Window), un point de vue au bord d'une falaise abrupte, offre par temps clair une vue qui semble s'étendre jusqu'au Mozambique.
Les Puits de Bourke (Bourke's Luck Potholes), à la confluence des rivières Treur et Blyde, sont une curiosité géologique étonnante : des séries de cylindres creusés dans la roche dorée par des tourbillons d'eau et de gravier sur des millions d'années, créant des formes sculpturales abstraites d'une grande beauté.
La Route des Jardins : Le Paradis Vert de la Cote Sud
Une Route Légendaire
La Route des Jardins (Garden Route) est sans doute l'itinéraire routier le plus célèbre et le plus populaire d'Afrique du Sud. Longue d'environ 300 kilomètres, elle s'étend de Mossel Bay à l'ouest jusqu'à Storms River à l'est, longeant une côte d'une beauté incomparable : plages de sable fin, forêts tempérées millénaires, lacs côtiers, lagunes et estuaires grouillant de vie sauvage. Le nom vient de la végétation luxuriante qui caractérise cette région, arrosée à la fois par les pluies venues de l'Atlantique et celles venues de l'Indien, et qui contraste magnifiquement avec la sécheresse du Karoo tout proche à l'intérieur des terres.
Wilderness et Victoria Bay : Surf et Sérénité
La petite ville de Wilderness, dont le nom seul évoque l'aventure, est nichée entre le lac Wilderness, un lac côtier alimenté par plusieurs rivières et séparé de l'océan par un cordon dunaire, et l'océan Indien. C'est un paradis pour les amateurs de kayak, de paddleboard et d'observation des oiseaux (plus de 280 espèces ont été recensées dans les lagunes et forêts environnantes). La plage de Wilderness elle-même est une longue bande de sable blanc balayée par des vagues régulières.
À quelques kilomètres à l'est de George (la principale ville de la région, dotée d'un aéroport desservant le Cap et Johannesburg), Victoria Bay est l'une des meilleures vagues de surf d'Afrique du Sud, une gauche puissante qui déferle sur un fond rocheux dans une petite anse protégée. Bien que petite, la plage de Victoria Bay est l'une des plus pittoresques de la Route des Jardins, entourée de falaises boisées et souvent animée par une faune marine abondante.
Knysna : La Lagune Aux Huîtres
Knysna est souvent considérée comme le joyau de la Route des Jardins. La ville est construite autour d'une lagune spectaculaire de 17 kilomètres de long, séparée de l'océan par deux falaises de grès rouge (les Heads) entre lesquelles passe un chenal étroit et turbulent. La lagune de Knysna est l'un des systèmes estuariens les plus riches en biodiversité d'Afrique, abritant plus de 200 espèces de poissons, des hippopotames (l'une des dernières populations côtières d'Afrique du Sud), des phoques, des dauphins et de nombreux oiseaux.
Knysna est célèbre pour ses huîtres, cultivées dans les eaux fraîches et propres de la lagune. Le Knysna Oyster Festival, organisé chaque juillet, attire des amateurs de fruits de mer et des visiteurs de toute l'Afrique du Sud. La réserve naturelle de Featherbed, accessible uniquement par bateau depuis le quai de Knysna, offre une expérience de randonnée guidée dans une propriété privée au bord de la lagune, avec des vues extraordinaires sur les Heads et l'océan.
L'Éléphant de Knysna, devenu un mythe, mérite une mention particulière : la forêt de Knysna, l'une des rares forêts tempérées d'Afrique du Sud, abritait autrefois des centaines d'éléphants. La chasse et la déforestation réduisirent leur nombre à la quasi-extinction. Aujourd'hui, selon les experts, il ne subsiste peut-être qu'un seul éléphant sauvage dans ces forêts, une femelle solitaire dont les traces sont parfois aperçues mais dont la présence est devenue presque mythologique.
Tsitsikamma : Le Saut Dans le Vide
Le Parc National de Tsitsikamma, qui s'étend sur 80 kilomètres de côte entre Storms River et Nature's Valley, est l'un des joyaux du réseau des parcs nationaux sud-africains. Ses forêts millénaires d'yellowwood géants (Podocarpus falcatior), dont certains spécimens ont plus de 800 ans et atteignent 60 mètres de hauteur, ses gorges profondes, ses falaises battues par l'océan et ses canyons fluviaux créent des paysages d'une beauté presque irréelle.
Storms River Mouth, le principal camp du parc, permet d'accéder à des sentiers côtiers spectaculaires et à un pont suspendu sur la gorge de la Storms River. Mais ce qui a rendu Tsitsikamma mondialement célèbre, c'est le pont Bloukrans, situé à l'extérieur du parc mais à proximité : avec une hauteur de 216 mètres au-dessus de la rivière Bloukrans, il abrite le saut à l'élastique commercial le plus haut du monde (bungee jumping). L'expérience, qui attire des milliers d'aventuriers chaque année, dure exactement quelques secondes de chute libre absolument terrifiante et inoubliable.
Le sentier de randonnée Otter Trail, qui longe la côte du parc sur 42,5 kilomètres, est considéré par de nombreux randonneurs comme l'un des plus beaux sentiers d'Afrique du Sud. Limité à une douzaine de participants par jour et réservé longtemps à l'avance, il passe par des plages isolées, des forêts denses et des rivières qu'il faut parfois traverser à gué.
Plettenberg Bay et la Faune Marine
Plettenberg Bay, à mi-chemin de la Route des Jardins, est la station balnéaire la plus huppée de la région, avec ses hôtels de luxe, ses restaurants gastronomiques et ses boutiques tendance. Mais au-delà du glamour, la baie de Plettenberg est un sanctuaire marin exceptionnel. Entre juin et novembre, des baleines franches australes et des baleines à bosse fréquentent la baie. Des dauphins communs et des dauphins à gros nez sont présents toute l'année, et des otaries de Cape Fur colony établissent des colonies sur les rochers de l'estuaire de la Keurbooms. Des tours en bateau permettent d'observer ces animaux de près dans leur milieu naturel.
Les Vignobles du Cap : Le Vin Comme Art de Vivre
Stellenbosch : La Capitale du Vin Sud-Africain
À seulement 50 kilomètres à l'est du Cap, la ville de Stellenbosch est le coeur battant de la viticulture sud-africaine. Fondée en 1679, c'est la deuxième plus ancienne ville européenne d'Afrique du Sud après Le Cap, et elle a conservé une belle collection d'architecture Cape Dutch (baroque hollandaise adaptée au contexte africain), avec ses façades blanches ornées de pignons en volutes caractéristiques encadrées d'immenses arbres de plein vent.
La région viticole de Stellenbosch, bénéficiant d'un microclimat méditerranéen tempéré par sa proximité de l'océan, produit certains des meilleurs vins d'Afrique du Sud : des Cabernet Sauvignon puissants et élégants, des Merlot fruités, des Syrah épicées et des vins blancs vifs à base de Chenin Blanc (le cépage blanc le plus planté du pays) et de Sauvignon Blanc. Les domaines viticoles (wine estates) qui entourent la ville sont parmi les plus beaux et les plus réputés du pays : Vergelegen, Rustenberg, Meerlust, Kanonkop, Jordan et des dizaines d'autres accueillent des visiteurs pour des dégustations commentées et des visites de caves.
La ville elle-même mérite une exploration à pied : la rue Dorp Street avec ses maisons historiques, les rues bordées de chênes centenaires et le Braak (la place centrale, une ancienne prairie communale) forment un centre-ville d'une rare élégance. L'Université de Stellenbosch, fondée en 1918 et principale université afrikaans du pays, apporte une atmosphère estudiantine animée à cette ville par ailleurs tranquille.
Franschhoek : La Vallée des Saveurs
Si Stellenbosch est la capitale du vin, Franschhoek (coin français en néerlandais) est la capitale gastronomique de l'Afrique du Sud, et peut-être de tout le continent africain. Nichée dans une vallée entourée de montagnes imposantes, à environ 30 kilomètres à l'est de Stellenbosch, cette petite ville de moins de 20 000 habitants abrite une concentration extraordinaire de restaurants de classe mondiale, de domaines viticoles d'exception et d'hôtels boutique élégants.
Les huguenots français qui s'y installèrent en 1688 fuyaient les persécutions religieuses qui suivirent la révocation de l'Édit de Nantes. Ils apportèrent dans leurs bagages leur culture, leur langue (rapidement absorbée par le néerlandais environnant, mais dont les noms de famille — de Villiers, du Plessis, du Toit, Joubert, Cronje — survivent dans toute l'Afrique du Sud francophone) et surtout leur savoir-faire viticole. Le Musée Huguenot de Franschhoek raconte cette histoire fascinante dans le cadre d'une belle propriété historique.
La rue principale de Franschhoek, sur deux kilomètres, aligne des restaurants qui ont régulièrement leur place dans les listes des meilleures tables du monde. Les cuisines y fusionnent les traditions culinaires africaines, malayo-cap-townienne, française et internationale avec une créativité et une maîtrise technique impressionnantes. Le Franschhoek Cap Classique & Champagne Festival, organisé chaque mois de novembre, célèbre le méthode cap classique (l'équivalent sud-africain du champagne) produit dans de nombreux domaines de la vallée.
Paarl et le Pinotage
Paarl, la troisième grande ville de la région viticole du Cap, est célèbre notamment pour le Monument de la Langue Afrikaans, érigé en 1975 sur les pentes du Paarl Mountain, et pour ses domaines viticoles d'où est originaire l'Alléé Bleue. Mais Paarl est aussi le lieu où fut créé le Pinotage, le cépage le plus emblématiquement sud-africain. Créé dans les années 1920 par le professeur Abraham Izak Perold de l'Université de Stellenbosch, le Pinotage est un croisement entre le Pinot Noir et le Cinsault (appelé localement Hermitage, d'où le nom). Ce cépage donne des vins charnus, aux arômes complexes mêlant fruits rouges, fumée et épices, qui expriment au mieux leur plein potentiel dans les régions viticoles du Cap.
Kwazulu-Natal : Zoulou, Indien et Tropical
Durban : La Ville des Saveurs
Durban, la troisième plus grande ville d'Afrique du Sud et le port le plus fréquenté d'Afrique, est une ville portuaire tropicale d'une énergie et d'une saveur uniques. Avec ses palmiers, ses plages de sable doré baignées par l'Indien, son architecture Art Déco et sa population mêlant Zoulous, Indiens, Blancs et métis, Durban est l'une des villes les plus multiculturelles d'Afrique.
La communauté indienne de Durban est la plus grande hors du sous-continent indien, forte de plus d'un million de personnes. Les ancêtres de cette communauté furent amenés d'Inde par les colons britanniques entre 1860 et 1911 pour travailler dans les plantations de canne à sucre du Natal. Ils apportèrent avec eux leurs traditions, leur cuisine et leur foi (hindouisme et islam principalement), créant une culture indienne à la fois fidèle à ses origines et profondément enracinée dans la réalité sud-africaine. Le Victoria Street Market, dans le centre de Durban, est le plus grand marché d'Asie du Sud hors d'Asie, avec ses épices, ses tissus, ses bijoux et ses restaurants qui embaument l'air de parfums exotiques.
Le bunny chow, l'invention culinaire la plus célèbre de Durban, est un curry savoureux servi dans un pain de mie vidé de sa mie. Né dans les années 1940 dans les restaurants indiens de Grey Street (la rue principale du quartier indien), ce plat populaire est aujourd'hui vendu dans toute l'Afrique du Sud et est devenu l'un des symboles de la gastronomie de rue sud-africaine. La légende dit qu'il fut inventé pour permettre aux travailleurs noirs de l'apartheid, qui n'avaient pas le droit d'entrer dans les restaurants, d'emporter leur repas facilement.
Le Golden Mile de Durban, le front de mer, avec ses plages animées, ses aquariums, ses parcs d'attractions et ses restaurants de poisson, est le visage le plus touristique de la ville. Les habitants de Durban sont fiers de leurs vagues, certaines des meilleures d'Afrique du Sud pour le surf.
Le Drakensberg : Le Toit du Kwazulu-Natal
La section KwaZulu-Natal du Drakensberg, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO sous le nom de Parc uKhahlamba-Drakensberg, est parmi les plus spectaculaires. Les falaises basaltiques de l'Amphithéâtre, dans le Parc Royal Natal, s'élèvent verticalement sur plus de 1 200 mètres au-dessus de la vallée, formant un des panoramas les plus majestueux d'Afrique du Sud. La rivière Tugela, qui naît sur ce plateau, plonge en plusieurs cascades dont la Tugela Falls (948 mètres de chute totale) est l'une des plus hautes du monde.
Cathedral Peak, dans le secteur central du Drakensberg, est l'un des endroits les plus prisés pour la randonnée de plusieurs jours. Des sentiers parfois techniques mènent à des paysages de haute montagne d'une beauté sauvage, avec des vues qui s'étendent sur des centaines de kilomètres par temps clair. Mais le Drakensberg KwaZulu-Natal est aussi l'un des plus grands musées d'art rupestre san du monde : on y recense plus de 40 000 figures peintes réparties dans des centaines d'abris sous roche, dont certains parmi les plus élaborés et les mieux conservés du continent.
iSimangaliso et Hluhluwe-iMfolozi : La Faune du KwaZulu-Natal
Le Parc Humide d'iSimangaliso (iSimangaliso Wetland Park), classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1999, est l'un des joyaux des parcs nationaux d'Afrique du Sud. Situé sur la côte nord du KwaZulu-Natal, il s'étend sur 332 000 hectares, couvrant une remarquable mosaïque d'habitats : lacs, marais, forêt côtière, plages de sable, récifs coralliens et forêt de mangroves. C'est l'un des rares endroits au monde où l'on peut observer des hippopotames et des crocodiles du Nil à quelques minutes de plage où pondent les tortues luths, espèce menacée qui choisit les plages d'iSimangaliso pour ses nidifications.
La réserve de gibier Hluhluwe-iMfolozi, à une heure de route à l'intérieur des terres, est la plus ancienne réserve naturelle d'Afrique du Sud (fondée en 1895) et possède un titre de gloire unique dans l'histoire de la conservation africaine : c'est ici que fut mené, dans les années 1960 et 1970, le projet Opération Rhinocéros Blanc, qui permit de sauver le rhinocéros blanc du bord de l'extinction. À partir d'une population d'à peine 50 individus au début des années 1950, les rangers et biologistes d'Hluhluwe-iMfolozi reconstituèrent une population qui compte aujourd'hui plusieurs milliers d'animaux, et redistribuèrent des individus dans toute l'Afrique du Sud et à travers le monde. La réserve abrite aujourd'hui les deux espèces de rhinocéros d'Afrique (blanc et noir, tous deux gravement menacés par le braconnage pour leurs cornes).
Johannesburg et Gauteng : Le Moteur de L'afrique du Sud
La Ville D'or
Johannesburg, surnommée Egoli (la ville de l'or) par les Zoulous et Joburg ou Jozi par ses habitants, est la plus grande ville d'Afrique du Sud et le moteur économique du continent africain. Fondée en 1886 sur les gisements aurifères du Witwatersrand, elle est passée en moins d'une décennie de camp minier chaotique à ville cosmopolite de plusieurs dizaines de milliers d'habitants, attirant des aventuriers, des entrepreneurs et des travailleurs du monde entier. Aujourd'hui, dans l'agglomération de Johannesburg-Pretoria (connue sous le nom de Gauteng, qui signifie lieu de l'or en sesotho), vivent près de 15 millions de personnes, ce qui en fait l'une des dix plus grandes zones urbaines d'Afrique.
Johannesburg est une ville qui ne cesse de se réinventer. Elle n'est pas une destination de cartes postales au sens traditionnel du terme : elle n'a pas de plage, pas de montagne emblématique, pas d'ancien quartier colonial soigneusement restauré. Ce qu'elle offre, en revanche, c'est une énergie brute, créative et irrésistible, une gastronomie diversifiée et sophistiquée, des musées et des lieux culturels d'une importance historique mondiale, et une scène artistique, musicale et architecturale en plein bouillonnement.
Soweto : Le Coeur de la Résistance
Soweto, acronyme de South Western Townships, est bien plus qu'un simple quartier de Johannesburg. C'est un symbole, une légende, un lieu de pèlerinage pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la résistance à l'oppression. Avec ses plus d'un million et demi d'habitants, Soweto est une ville dans la ville, avec sa propre culture, ses propres héros et ses propres monuments.
La Rue Vilakazi, dans le quartier d'Orlando West, détient un record unique au monde : c'est la seule rue au monde où ont vécu deux lauréats du Prix Nobel de la Paix. Nelson Mandela habita au numéro 8115 de la rue Vilakazi (sa maison, transformée en musée, est aujourd'hui l'une des attractions les plus visitées d'Afrique du Sud) et Desmond Tutu habita quelques numéros plus loin. La maison de Mandela, simple construction en briques rouges, est à la mesure de l'homme : sobre, sans ostentation, profondément humaine.
Le Musée Hector Pieterson, du nom du jeune garçon de 13 ans dont la mort lors du soulèvement du 16 juin 1976 fit le tour du monde, est l'un des musées les plus émouvants et les plus importants d'Afrique du Sud. Il raconte avec une précision documentaire et une force émotionnelle saisissantes les événements du soulèvement de Soweto, replacés dans le contexte plus large de l'apartheid. La photographie de Sam Nzima, qui immortalisa le jeune Hector dans les bras de Mbuyisa Makhubu, sa soeur Antoinette courant à côté en larmes, est reproduite en grand format à l'entrée du musée. Antoinette Pieterson a participé à la conception du musée et continue parfois à accueillir les visiteurs.
Soweto est aussi un lieu vivant, en pleine mutation. De nombreuses parties des anciens townships se sont transformées en quartiers de classe moyenne, avec des restaurants branchés, des galeries d'art, des centres commerciaux et une vie nocturne animée. Les shebeen (bars informels, interdits sous l'apartheid mais qui furent des lieux essentiels de socialisation et de résistance) ont souvent été transformés en établissements légaux prospères. Les tours des mines d'or qui jalonnent l'horizon de Soweto rappellent à chaque instant l'histoire de l'exploitation qui est à l'origine de cette ville.
Le Musée de L'apartheid et la Colline Constitution
Le Musée de l'Apartheid, situé en bordure de Soweto à l'entrée du Gold Reef City, est l'un des meilleurs musées d'histoire de l'Afrique et l'une des expériences muséales les plus puissantes du monde. Conçu par un collectif d'architectes et de designers qui ont réfléchi aussi bien à la forme de l'espace qu'au contenu, il raconte l'histoire de l'apartheid depuis ses origines jusqu'à sa fin, à travers des photographies, des films, des documents d'archives, des témoignages enregistrés et des installations artistiques. L'entrée est déjà une expérience symbolique : les visiteurs reçoivent au hasard un billet classifié blanc ou non-blanc (non-white) et entrent dans le musée par des portes différentes, séparés les uns des autres pendant les premières minutes de la visite, pour ressentir viscéralement, l'espace d'un instant, ce que la ségrégation signifiait dans la vie quotidienne.
Sur la Colline Constitution, une ancienne prison victorienne qui servit de lieu de détention et de torture sous l'apartheid (Nelson Mandela y fut temporairement emprisonné) a été transformée en l'un des symboles les plus puissants de la démocratie sud-africaine. La Cour Constitutionnelle d'Afrique du Sud, instituée en 1994 comme gardienne de la Constitution de 1996 (considérée par de nombreux juristes comme l'une des constitutions les plus progressistes du monde), y a été construite en intégrant délibérément des briques de l'ancienne prison. Le bâtiment, conçu par une équipe d'architectes dirigée par Janina Masojada, Paul Wygers et Andrew Makin, est une oeuvre d'art autant qu'un palais de justice, dont les couloirs et la salle d'audience sont ornés d'oeuvres d'artistes sud-africains.
Le Quartier de Maboneng et le Renouveau Culturel de Johannesburg
Le quartier de Maboneng (qui signifie lieu de lumière en sesotho), situé dans les anciens entrepôts industriels du centre-est de Johannesburg, est devenu depuis les années 2010 l'épicentre de la scène créative et artistique de la ville. Studios d'artistes, galeries d'art contemporain, restaurants gastronomiques, cafés branchés, ateliers d'artisanat et espaces de co-working s'y côtoient dans un mélange caractéristique de créativité africaine contemporaine et de cool urbain mondialisé. Le Arts on Main, l'un des premiers projets de réhabilitation de Maboneng, accueille chaque dimanche un marché où artistes, designers et producteurs alimentaires locaux proposent leurs créations.
Le Berceau de L'humanité
À environ 50 kilomètres au nord-ouest de Johannesburg, dans un paysage de collines et de grottes calcaires, se trouve l'un des sites paléontologiques les plus importants du monde : le Berceau de l'Humanité (Cradle of Humankind), inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1999. Les grottes de Sterkfontein, Swartkrans, Kromdraai et leurs environs ont livré depuis les années 1930 une quantité extraordinaire de fossiles d'hominidés qui ont profondément transformé notre compréhension de l'évolution humaine.
C'est à Sterkfontein que fut découvert en 1947 le crâne presque complet de Mrs Ples (Plesianthropus transvaalensis), un Australopithecus africanus qui vécut il y a environ 2,5 millions d'années. Et c'est dans la grotte Rising Star, dans la même région, qu'une équipe dirigée par le paléontologue Lee Berger annonça en 2015 la découverte de Homo naledi, une nouvelle espèce d'hominidé qui vivait il y a environ 300 000 ans, présentant un mélange déconcertant de traits primitifs et modernes et jetant une lumière nouvelle et complexe sur l'arbre évolutif humain. Les fouilles continuent, et chaque saison apporte de nouvelles découvertes.
Le Maropeng Visitor Centre, construit à l'entrée du site, est un musée moderne et interactif qui présente l'histoire de l'évolution humaine d'une façon accessible et fascinante. La visite des grottes de Sterkfontein, accompagnée d'un guide, permet de voir in situ les strates géologiques qui ont préservé ces trésors paléontologiques pendant des millions d'années.
Pretoria : La Ville des Jacarandas
Pretoria (officiellement rebaptisée Tshwane, bien que Pretoria reste le nom couramment utilisé), capitale administrative de l'Afrique du Sud (le gouvernement y a son siège, tandis que le Parlement est au Cap et la Cour Suprême à Bloemfontein), est une ville de caractère très différent de Johannesburg. Plus calme, plus verte, plus ordonnée, elle est dominée par ses immenses jacarandas qui, en octobre et novembre, couvrent la ville d'un voile violet absolument féerique, valant à Pretoria le titre de Ville des Jacarandas.
Les Bâtiments de l'Union, conçus par l'architecte Herbert Baker et inaugurés en 1913, sont le siège de la présidence et l'un des ensembles architecturaux les plus élégants d'Afrique du Sud. Construits en grès rose de Transvaal, ils dominent la ville depuis la colline de Meintjies Kop, entourés de jardins en terrasses. C'est devant ces bâtiments que Nelson Mandela prêta serment en tant que président le 10 mai 1994, en présence de représentants du monde entier.
Gastronomie Sud-Africaine : Un Festin de Saveurs et de Cultures
Le Braai : Bien Plus Qu'un Barbecue
Si l'Afrique du Sud avait une seule institution nationale capable de transcender les barrières culturelles, linguistiques et raciales qui ont si longtemps divisé le pays, ce serait le braai. Le mot afrikaans, qui désigne à la fois le gril sur lequel on cuit et l'acte de faire griller, est bien plus qu'une simple méthode de cuisson : c'est un rituel social, un moment de partage, une philosophie de vie. On ne dit pas qu'on va faire un barbecue en Afrique du Sud : on va faire un braai.
Le braai se fait au feu de bois ou aux braises de bois dur (jamais au gaz, selon les puristes), et implique une certaine durée, une certaine patience et beaucoup de convivialité. Les saucisses boerewors (littéralement saucisses de fermier, faites de boeuf ou d'agneau épicé avec de la coriandre, du noix de muscade et d'autres épices) sont la star incontestée du braai, mais on y fait aussi griller des brochettes de sosaties (agneau mariné à la sauce satay avec du piment et des abricots), des côtelettes d'agneau, du poulet, du maïs frais, et parfois du gibier. Le pap, une bouillie de maïs épaisse similaire à la polenta, accompagne traditionnellement le braai, ainsi que la chakalaka, un condiment épicé de légumes.
La Cuisine Malayo-Cap-Townienne : L'héritage des Épices
La cuisine malayo-capetownienne (Cape Malay cuisine), née dans les cuisines des esclaves et des exilés amenés d'Asie du Sud-Est par la VOC, est l'une des contributions culinaires les plus distinctives et les plus savoureuses de l'Afrique du Sud à la gastronomie mondiale. Elle se caractérise par un usage sophistiqué des épices (curry, cumin, curcuma, cardamome, gingembre, noix de muscade) tempéré par des notes sucrées (abricots secs, feuilles de laurier, sucre brun), créant des plats aux saveurs complexes et enveloppantes.
Le bobotie est le plat le plus emblématique de cette tradition culinaire : un hachis de viande (souvent un mélange boeuf-agneau) épicé et parfumé, cuit dans un moule avec sur le dessus une crème aux oeufs dorée au four. Souvent accompagné de riz jaune au curcuma avec des raisins secs et de la noix de coco, le bobotie est consideré comme le plat national informel de l'Afrique du Sud, une sorte d'équivalent afrikaner du pot-au-feu français ou du risotto italien. La koeksister, petite tresse de pâte frite puis trempée dans un sirop sucré et épicé, est l'un des desserts les plus populaires de la cuisine cap-townienne.
Biltong, Boeuf Séché et Autres Délices
Le biltong est l'une des collations les plus populaires d'Afrique du Sud. Ce boeuf (ou venaison) séché, mariné dans le vinaigre et assaisonné de sel, de poivre et de coriandre avant d'être séché à l'air libre pendant plusieurs jours, est un en-cas omniprésent dans les maisons, les voitures et les stades de sport. Différent du beef jerky américain par sa texture plus moelleuse et son assaisonnement plus subtil, le biltong est l'objet d'un véritable culte en Afrique du Sud, avec des spécialités régionales et des recettes familiales jalousement gardées.
L'umngqusho, un ragoût de maïs concassé et de haricots noirs, était l'un des plats préférés de Nelson Mandela. Ce plat nourrissant et simple, originaire de la cuisine xhosa, est un emblème de la cuisine traditionnelle africaine qui connaît un regain de popularité dans les restaurants contemporains qui s'intéressent aux traditions culinaires précoloniales.
Le pudding malva (malva pudding), un pudding au four à base de confiture d'abricot, de beurre et d'oeufs, nappé d'une sauce à la crème et au beurre, est le dessert afrikaner par excellence, lourd, réconfortant et absolument délicieux. Il est servi chaud dans presque tous les restaurants traditionnels du pays.
Le peri-peri (ou piri-piri), la sauce à base de piment africain qui a conquis le monde notamment grâce à la chaîne de restaurants Nando's (fondée à Johannesburg en 1987 par des entrepreneurs d'origine portugaise et mozambicaine), est omniprésente en Afrique du Sud. Les poulets marinés au peri-peri, cuits à la braise ou au four, sont l'un des plats de fast-food les plus populaires du pays.
Les Vins Sud-Africains
L'industrie vinicole sud-africaine, forte de plus de 350 ans d'histoire, produit aujourd'hui des vins qui figurent régulièrement parmi les meilleurs au monde. Le Chenin Blanc (appelé localement Steen), le cépage blanc le plus planté du pays, donne des vins d'une grande diversité, du sec et minéral au demi-doux opulent, en passant par des vins effervescents de méthode traditionnelle. Le Pinotage, cépage autochtone, offre des expressions très diverses selon le terroir et le vigneron. Le Cabernet Sauvignon, la Syrah et le Merlot produisent des rouges de grande classe dans les régions de Stellenbosch, Franschhoek et Paarl.
Le rooibos (littéralement buisson rouge en afrikaans), une infusion à base de feuilles séchées d'Aspalathus linearis, une plante endémique du Cederberg (à environ 200 kilomètres au nord du Cap), est la boisson chaude nationale de l'Afrique du Sud. Naturellement sans théine, riche en antioxydants et doté d'une saveur douce et légèrement vanillée, le rooibos est consommé aussi bien nature qu'avec du lait et du sucre. L'honeybush (buisson de miel), une autre infusion endémique du Fynbos, est moins connue mais tout aussi délicieuse. L'Amarula, liqueur crèmeuse à base de marula (un fruit africain dont les éléphants raffolent), est la liqueur emblématique de l'Afrique du Sud, consommée sur glace ou dans des cocktails.
Arts, Culture et Sports : L'âme D'une Nation
Les Traditions des Peuples Africains
La richesse culturelle de l'Afrique du Sud est profondément ancrée dans les traditions de ses peuples africains. Les Zoulous, les Xhosa, les Sotho, les Ndebele et les dizaines d'autres groupes ethniques du pays ont développé des cultures d'une sophistication et d'une beauté remarquables, qui résistent à l'homogénéisation culturelle mondiale avec une vitalité admirable.
La culture zouloue est probablement la plus connue à l'international. Les izibongo, poèmes de louange déclamés par des poètes traditionnels (izimbongi), racontent l'histoire des chefs et des héros avec une puissance évocatrice extraordinaire. Les danses zoulous, avec leurs mouvements athlétiques, leurs costumes de peaux d'animaux et leurs boucliers, sont spectaculaires et profondes à la fois. Les perles zoulous, avec leurs codes de couleurs sophistiqués qui communiquent le statut social, l'âge, le sexe et les sentiments, sont l'une des formes d'art les plus élaborées de la région.
Les rites d'initiation, comme l'ulwaluko chez les Xhosa (la circoncision qui marque le passage de l'adolescence à l'âge adulte masculin et qui fut au coeur de l'éducation de Nelson Mandela, qui en écrivit longuement dans son autobiographie Longue marche vers la liberté) ou l'ukuthomba chez les jeunes femmes, restent des pratiques centrales dans de nombreuses communautés. Ces rites, qui impliquent une période de retraite et d'enseignement loin de la communauté, sont des moments de transmission des valeurs, des savoirs et des identités culturelles.
Les Ndebele du Mpumalanga sont célèbres pour leur art pictural sur les murs extérieurs de leurs maisons : des motifs géométriques aux couleurs vives, souvent en noir, blanc, rouge, jaune et vert, qui créent des oeuvres d'une modernité étonnante dans leur apparence tout en étant profondément traditionnelles dans leur symbolisme. Ces peintures murales, traditionnellement réalisées par les femmes, sont reconnues comme l'une des formes d'expression artistique les plus distinctives de l'Afrique du Sud.
La Musique : Du Ghoema À L'amapiano
La musique est peut-être le domaine où la créativité sud-africaine s'exprime avec la force la plus universelle. La tradition du ghoema, musique afro-malayo-capetownienne caractérisée par ses rythmes syncopés frappés sur des barriques, donna naissance au carnaval du Tweede Nuwe Jaar (Deuxième Jour de l'Année, le 2 janvier) au Cap, qui est l'une des fêtes populaires les plus colorées et les plus joyeuses d'Afrique du Sud.
Le kwaito, né à Johannesburg dans les années 1990 dans la ferveur de la transition démocratique, fut la bande-son de la libération de la jeunesse noire sud-africaine. Avec ses rythmes de house music ralentis, ses textes en langues africaines (zoulou, sotho, tswana) et son esprit revendicatif mais aussi festif, le kwaito fut l'expression d'une génération qui entendait s'approprier sa liberté et définir sa propre culture. Des artistes comme Mandoza, Arthur, TKZee et Mzekezeke devinrent des célébrités nationales.
Mais c'est l'amapiano qui a fait franchir à la musique sud-africaine une frontière mondiale au cours des années 2020. Ce genre né dans les townships de Johannesburg autour de 2017-2018, mélange de deep house, de jazz et de musique traditionnelle africaine caractérisé par ses lignes de piano délicates (souvent jouées sur des pianos electriques de marque Yamaha ou sur des synthétiseurs), ses rythmes de bass line (une basse puissante et rebondissante), et sa percussion de log drum (un caisse claire syncopée), a envahi les clubs du monde entier, influençant des artistes et des producteurs sur tous les continents. Des artistes comme DJ Maphorisa, Kabza De Small, Focalistic, Young Stunna et Lady Du sont devenus des stars internationales.
Le Rugby et L'identité Nationale
Le rugby est bien plus qu'un sport en Afrique du Sud. C'est un élément fondamental de l'identité nationale, un terrain où les tensions et les espoirs du pays s'expriment avec une intensité particulière. L'équipe nationale, les Springboks (les Boks pour les intimes), est l'une des plus titrées de l'histoire de la Coupe du Monde de Rugby : ils ont remporté le titre mondial en 1995 (première Coupe du Monde organisée en Afrique du Sud, dans le contexte symbolique chargé de la nouvelle démocratie), en 2007 (en France), en 2019 (au Japon, avec une équipe qui incarnait pour la première fois la diversité de la nation arc-en-ciel, menée par le capitaine Siya Kolisi, premier joueur noir à diriger les Springboks) et en 2023 (en France encore, consolidant leur titre de meilleure équipe du monde de la dernière décennie).
La victoire de 1995, célébrée par le président Mandela portant le maillot des Boks numéro 6 (le maillot du capitaine Francois Pienaar) lors de la remise de la coupe, reste l'un des moments les plus émouvants de l'histoire du sport mondial. Cet acte de Nelson Mandela, récupérant un symbole qui avait longtemps été associé à l'Afrique du Sud blanche, envoya un message de réconciliation d'une puissance symbolique extraordinaire.
Le cricket est le deuxième sport national, très populaire parmi les communautés blanche et indienne mais de plus en plus suivi par l'ensemble de la population. Le football (soccer), joué par l'immense majorité de la population noire, est numériquement le sport le plus pratiqué du pays, même s'il n'a pas encore produit au niveau international les résultats espérés. L'équipe nationale, les Bafana Bafana (les garçons en zoulou), a néanmoins eu le privilège d'organiser la Coupe du Monde de Football en 2010, première Coupe du Monde organisée sur le continent africain, un événement qui mobilisa le pays tout entier dans une ferveur collective sans précédent, ponctuée par le son obsédant des vuvuzelas, ces longues trompettes en plastique devenues en quelques semaines un phénomène mondial.
Les Douze Sites du Patrimoine Mondial de L'unesco En Afrique du Sud
L'Afrique du Sud compte douze sites inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO, témoignant de la richesse extraordinaire de son patrimoine naturel et culturel.
La Zone Florale du Cap (Cape Floristic Region) fut inscrite en 2004, reconnaissant l'une des régions de biodiversité végétale les plus riches du monde, avec ses 9 000 espèces de plantes dont 70 % endémiques.
Les Grottes de Sterkfontein, Swartkrans, Kromdraai et leurs environs, inscrits sous le nom de Berceau de l'Humanité en 1999 (étendu en 2005), représentent l'un des sites paléontologiques les plus importants au monde pour la compréhension de l'évolution humaine.
La Région Florale du Cap et la Table Mountain National Park, avec leur extraordinaire concentration de biodiversité, sont également des sites inscrits.
iSimangaliso Wetland Park fut le premier site naturel inscrit d'Afrique du Sud, en 1999, pour ses systèmes humides exceptionnels et sa diversité de faune et de flore.
L'Île de Robben Island, inscrite en 1999 pour son importance dans la lutte contre l'apartheid et comme symbole de la démocratie et de la liberté.
Le Parc uKhahlamba-Drakensberg, inscrit en 2000 pour ses paysages spectaculaires et ses peintures rupestres san, l'une des plus grandes concentrations d'art rupestre du monde.
La Zone humide Mapungubwe, inscrite en 2003, reconnaissant l'importance archéologique et culturelle de l'une des premières civilisations urbaines d'Afrique australe.
Le Parc transfrontalier du Kgalagadi (partagé avec le Botswana), inscrit en 2000, abrite une faune semi-aride exceptionnelle dans les dunes rouges du Kalahari.
Le Richtersveld Cultural and Botanical Landscape (rebaptisé Khomani Cultural Landscape en 2017) reconnaît à la fois la valeur du paysage des succulentes du Richtersveld et les terres traditionnelles de la communauté San Khomani.
La Forêt Homéotherme de Barberton Makhonjwa, inscrite en 2018, est l'un des affleurements de roche les plus anciens de la Terre, vieille de plus de 3,2 milliards d'années.
Droits de l'Homme, Libération et Réconciliation : Sites du Patrimoine de Nelson Mandela, inscrit en 2024, est un site culturel en série transnational englobant les lieux les plus significatifs de l'incarcération et de la libération de Nelson Mandela. Parmi les sites principaux figurent la Prison Victor Verster (aujourd'hui Centre Correctionnel Drakenstein), d'où Mandela sortit libre le 11 février 1990 après vingt-sept ans d'emprisonnement, et la Ferme Liliesleaf à Rivonia, quartier général clandestin de l'ANC où Mandela et ses camarades furent arrêtés en 1963, conduisant au procès de Rivonia. Ce site en série rend hommage à la lutte universelle contre l'apartheid et au triomphe de la dignité humaine sur l'oppression systémique.
L'Émergence du Comportement Humain Moderne : Les Sites d'Occupation du Pléistocène d'Afrique du Sud, inscrit en 2024, est un site culturel en série regroupant des grottes côtières situées dans les provinces du Cap occidental et du Cap oriental qui documentent l'émergence du comportement symbolique et cognitif humain moderne il y a environ 80 000 à 100 000 ans. Le site comprend notamment la Grotte de Blombos, le Point Pinnacle et les Grottes de la Rivière Klasies, ainsi que d'autres sites connexes. Ces gisements archéologiques exceptionnels ont livré les premières preuves connues au monde de gravures abstraites, d'ocre gravé, de parures de coquillages perforés et d'outils en os travaillés, témoignant de l'apparition de la pensée symbolique chez Homo sapiens bien avant ce que l'on croyait auparavant.
Informations Pratiques : Préparer Son Voyage
Quand Partir
L'Afrique du Sud est une destination à visiter toute l'année, mais les saisons varient considérablement selon les régions. Le Cap et la Route des Jardins ont un climat méditerranéen : les étés (novembre à février) sont chauds et secs, idéaux pour la plage, mais très fréquentés et chers. Les printemps et automnes (août-octobre et mars-mai) sont généralement les meilleures saisons, avec un temps agréable et moins de monde. L'hiver (juin-août) est la saison des pluies mais aussi celle des baleines à Hermanus et des plongées avec les requins blancs.
Dans le bush (Kruger, KwaZulu-Natal), la saison sèche (mai à octobre) est la meilleure pour les safaris : les animaux se concentrent autour des points d'eau, la végétation s'éclaircit et la probabilité d'observer des grands mammifères est maximale. La saison des pluies (novembre à avril) rend certaines pistes difficiles d'accès mais offre une végétation luxuriante et la présence de nombreux oisillons.
Formalités et Visa
Les ressortissants français, belges et suisses bénéficient d'une dispense de visa pour un séjour touristique de moins de 90 jours en Afrique du Sud. Un passeport valide jusqu'à 30 jours après la date de départ prévue est suffisant, mais la plupart des compagnies aériennes et des agents de voyage recommandent une validité d'au moins 6 mois. Les voyageurs doivent être en mesure de prouver qu'ils disposent de ressources financières suffisantes et d'un billet de retour.
Les mineurs voyageant avec un seul parent ou sans leurs parents doivent être munis de documents spécifiques, notamment une lettre d'autorisation parentale légalement certifiée et les certificats de naissance, une règle strictement appliquée par les autorités sud-africaines.
Santé
La partie nord-est de l'Afrique du Sud, notamment le Parc Kruger et ses environs ainsi que les régions côtières du KwaZulu-Natal, est une zone de transmission du paludisme. Les voyageurs se rendant dans ces régions doivent consulter un médecin avant le départ pour discuter d'une prophylaxie antipaludéenne adaptée, utiliser des répulsifs à base de DEET et dormir sous moustiquaire. Le Cap, la Route des Jardins et les zones d'altitude du Drakensberg sont sans risque de paludisme.
Les vaccins recommandés sont ceux habituellement à jour pour tous les voyageurs (diphtérie-tétanos-polio, rougeole-oreillons-rubéole, hépatite A), et la vaccination contre la typhoïde peut être envisagée. L'Afrique du Sud dispose d'un réseau de soins privé de très bon niveau dans les grandes villes, mais les soins médicaux sont coûteux et une assurance voyage complète est indispensable.
Transports
L'Afrique du Sud dispose de plusieurs aéroports internationaux, dont le principal est l'aéroport international O.R. Tambo de Johannesburg, mais aussi les aéroports du Cap et de Durban. Des vols directs au départ de Paris existent avec certaines compagnies, mais de nombreux voyageurs transitent par Dubai, Doha, Amsterdam ou d'autres hubs. Des vols domestiques fréquents et économiques relient les principales villes entre elles.
La voiture de location est le moyen de transport le plus pratique pour explorer l'Afrique du Sud, et la conduite à gauche ne posera problème qu'aux premiers kilomètres. Le réseau routier est de bonne qualité entre les grandes villes, mais peut se dégrader dans les zones rurales. L'application de GPS Waze et Google Maps fonctionnent bien dans la plupart des régions. Les transports en commun inter-urbains sont limités mais les bus longue distance Intercape et Greyhound offrent un service fiable entre les principales villes.
Sécurité
La criminalité est une réalité dont il faut tenir compte en Afrique du Sud, notamment dans les grandes villes. Les vols à l'arraché, les cambriolages et dans certains quartiers les violences plus graves font partie du paysage quotidien, particulièrement à Johannesburg et dans certaines zones de Cape Town. Cela ne doit pas dissuader de visiter le pays, mais impose quelques précautions élémentaires : ne pas exhiber de bijoux ou de matériel photo coûteux, ne pas marcher seul dans des quartiers peu fréquentés la nuit, utiliser des parkings sécurisés et demander l'avis des hôtels sur les quartiers à éviter. Les zones touristiques (parcs nationaux, vignobles, stations balnéaires populaires) sont généralement très sûres.
Monnaie et Budget
La monnaie est le rand sud-africain (ZAR). Le taux de change est généralement favorable aux voyageurs européens, rendant l'Afrique du Sud relativement abordable. Les cartes de crédit sont acceptées dans presque tous les hôtels, restaurants et commerces des zones touristiques, mais il est conseillé d'avoir du liquide pour les marchés, les petits établissements et les pourboires (qui sont une part importante du revenu des personnes travaillant dans le secteur touristique).
Tourisme Responsable et Éthique du Voyage
L'Afrique du Sud est un pays où les inégalités économiques restent béantes malgré trente ans de démocratie. L'indice de développement humain place le pays dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire élevé, mais le coefficient de Gini (mesure des inégalités) est l'un des plus élevés du monde, et le chômage, notamment parmi les jeunes, atteint des niveaux dramatiques. Ces réalités imposent au voyageur responsable une réflexion sur la manière de voyager.
Soutenir les entreprises locales et les hébergements à propriété noire (Black-owned, un indicateur mis en avant dans le cadre de la politique de Black Economic Empowerment, la transformation économique post-apartheid) est une façon concrète de contribuer à une redistribution plus équitable des bénéfices du tourisme. Engager des guides locaux, acheter artisanat et produits alimentaires directement aux producteurs dans les marchés locaux, et éviter les grosses chaînes hôtelières internationales au profit des lodges et guesthouses indépendants sont d'autres façons de s'assurer que l'argent dépensé profite réellement aux communautés locales.
La question des animaux sauvages mérite également attention. L'Afrique du Sud est un leader mondial dans la conservation de la faune sauvage, mais toutes les activités touristiques qui y sont liées ne se valent pas. Les interactions avec des lions en captivité ou des promenades à dos d'éléphant dans des sanctuaires qui s'avèrent être des opérations exploitatrices sont à éviter. En revanche, soutenir les parcs nationaux, les réserves privées dont les revenus financent directement la conservation, et les projets de tourisme communautaire dans lesquels les communautés locales sont à la fois propriétaires et bénéficiaires, est une excellente façon de voyager éthiquement.
La question de la photographie dans les communautés mérite aussi réflexion : photographier des personnes sans leur permission est irrespectueux, et dans les villages et townships il est toujours préférable de demander l'autorisation, souvent accordée avec le sourire.
L'Afrique du Sud est une destination qui ne laisse jamais indifférent. Ses paysages éblouissants, sa faune sauvage extraordinaire, sa gastronomie riche et diverse, sa musique vibrante et son histoire à la fois tragique et inspirante forment un tout unique et inoubliable. C'est un pays qui porte encore les cicatrices de son passé et cherche encore son chemin, mais c'est aussi un pays d'une énergie, d'une créativité et d'une humanité qui vous resteront gravées dans la mémoire longtemps après votre retour. Bienvenue en Afrique du Sud. Bienvenue au bout du monde. Bienvenue chez vous.
L'art Rupestre des San : Un Trésor Universel
Parmi les patrimoines les plus précieux et les moins connus de l'Afrique du Sud, l'art rupestre des San (Bochimans) occupe une place absolument unique dans l'histoire de l'humanité. Ces peintures et gravures, réalisées sur des rochers et dans des abris naturels sur une période couvrant potentiellement 30 000 ans, constituent l'une des expressions artistiques les plus durables jamais créées par l'être humain. On recense en Afrique du Sud plus de 10 000 sites d'art rupestre, avec quelques 500 000 figures individuelles répertoriées, ce qui fait du pays l'un des dépositaires les plus importants d'art préhistorique au monde.
Les peintures san sont caractérisées par leur précision naturaliste (les représentations d'animaux comme l'éland, la girafe ou le rhinocéros sont d'une justesse anatomique remarquable), leur complexité symbolique (de nombreuses figures représentent des êtres de transformation, mi-humains mi-animaux, qui reflètent les visions induites par les états de transe des guérisseurs chamaniques) et leur dimension narrative (certains panneaux racontent des histoires complexes impliquant de nombreux personnages et des actions séquentielles). Les pigments utilisés — ocre rouge et jaune, blanc de silice, noir de charbon de bois — étaient préparés avec soin et mélangés à des liants comme la graisse animale ou le sang, ce qui a contribué à leur remarquable conservation.
Les sites les plus accessibles pour le touriste se trouvent dans le Drakensberg du KwaZulu-Natal (notamment à Giant's Castle, où des milliers de figures ont été répertoriées dans un seul abri), dans le Cederberg (Western Cape), avec le célèbre Tafelberg de Traveller's Rest, et dans les Montagnes Noires du Eastern Cape. Des guides spécialisés, souvent membres de communautés ayant des liens avec les traditions san, proposent des visites commentées qui permettent de comprendre non seulement la technique mais aussi le sens profond de ces oeuvres, en évitant les interprétations superficielles qui réduisent ces images complexes à de simples représentations de chasse.
Il est important de noter que les San ne sont pas une civilisation disparue. Des communautés san existent toujours en Afrique du Sud (notamment dans la province du Northern Cape) et au Botswana et en Namibie, où certains membres maintiennent des pratiques culturelles traditionnelles tout en s'adaptant au monde contemporain. Le droit de ces communautés à leur terre ancestrale, à leur culture et à la propriété intellectuelle de leur art et de leurs savoirs fait l'objet de combats juridiques et politiques importants.
Le Karoo : Le Grand Silence
Souvent oublié dans les itinéraires touristiques qui se concentrent sur Le Cap, le Kruger et la Route des Jardins, le Karoo est pourtant l'une des expériences les plus authentiques et les plus saisissantes que l'Afrique du Sud puisse offrir. Ce vaste plateau semi-aride, qui couvre plus de 400 000 kilomètres carrés au coeur du pays, est une terre de contrastes silencieux et de beauté austère qui marque profondément ceux qui prennent le temps de s'y attarder.
Le Grand Karoo, dans le Northern Cape et l'Eastern Cape, est une région de kopjes (petites collines rocheuses isolées), de plaines infinies couvertes de plantes succulentes (karoo-bush), de fermes d'élevage de moutons aux allures de bout du monde, et de petites villes aux maisons victoriennes poussiéreuses qui semblent suspendues dans le temps. Matjiesfontein, une ville presque entièrement classée monument historique, avec son hôtel Lord Milner et sa gare victorienne parfaitement conservés, est l'une des curiosités les plus pittoresques du Karoo.
Graaff-Reinet, surnommée la Perle du Karoo, est la quatrième plus ancienne ville d'Afrique du Sud, fondée en 1786, et possède le plus grand nombre de monuments historiques nationaux par habitant du pays. Elle est entourée par le Parc National Camdeboo, dont l'attraction principale est la Vallée de la Désolation, un canyon aux formations rocheuses spectaculaires qui s'ouvrent sur les plaines du Karoo sur des kilomètres.
Le Karoo est également célèbre pour ses ciels nocturnes exceptionnels. Loin de toute pollution lumineuse, par des nuits sans lune, la Voie Lactée apparaît d'une densité et d'une luminosité presque irréelles. Le Sutherland Observatoire Astronomique, dans le Northern Cape, abrite le Southern African Large Telescope (SALT), l'un des plus grands télescopes optiques de l'hémisphère sud, et propose des visites nocturnes pour les visiteurs.
La cuisine du Karoo mérite aussi une mention : l'agneau de Karoo, élevé en plein air sur les herbes aromatiques de la brousse, est considéré comme l'une des meilleures viandes d'agneau du monde, avec une saveur herbacée et une tendreté incomparables.
Le Parc National de L'addo et L'eastern Cape
L'Eastern Cape, province souvent méconnue des voyageurs, recèle pourtant des trésors remarquables. Le Parc National de l'Addo, à environ 70 kilomètres de Port Elizabeth (aujourd'hui rebaptisée Gqeberha), a été fondé en 1931 pour protéger les derniers éléphants qui avaient survécu à des siècles de chasse intensive dans la région du Cap oriental. De moins de 20 individus à sa fondation, la population d'éléphants du parc compte aujourd'hui plus de 600 animaux, l'une des plus grandes concentrations d'éléphants d'Afrique.
L'Addo est unique parmi les parcs sud-africains car il permet d'observer les Cinq Grands (Big Five) ainsi que deux espèces marines remarquables : les grands requins blancs qui fréquentent les eaux au large du parc (la section marine du parc s'étend jusqu'à l'île Saint-Croix) et les otaries à fourrure du Cap, qui s'y trouvent en grand nombre. Cette combinaison de faune terrestre et marine en fait l'un des parcs les plus diversifiés d'Afrique.
L'Eastern Cape est aussi la province qui a donné naissance à Nelson Mandela. Le village de Qunu, dans les collines verdoyantes du Transkei, où Mandela grandit après avoir quitté sa ville natale de Mvezo, est devenu un lieu de pèlerinage depuis sa mort en décembre 2013 et son enterrement dans le village. La maison de sa retraite à Qunu, construite sur le modèle de la maison qu'il habita pendant ses années d'emprisonnement sur Robben Island, est visible depuis la route nationale, et la ferme familiale a été partiellement transformée en mémorial.
Le Limpopo et les Marges Nordiques
La province de Limpopo, à l'extrême nord du pays, est celle qui partage les frontières avec le Zimbabwe, le Botswana et le Mozambique. C'est une province de contrastes : des collines verdoyantes des Soutpansberg et des Waterberg au nord, couvertes de brousse et de forêts, aux plaines basses du Lowveld au sud, où le Parc Kruger s'étend vers ses sections septentrionales.
Le site de Mapungubwe, dans le Parc National de Mapungubwe, est l'un des sites archéologiques les plus importants d'Afrique australe. Cette colline aplanie, entourée de falaises abruptes, fut la capitale d'un royaume florissant entre le Xe et le XIIIe siècle, dont les habitants commerçaient avec les marchands de l'océan Indien (porcelaine chinoise, perles de verre indiennes) et extrayaient l'or des rivières environnantes. L'objet le plus célèbre découvert à Mapungubwe est le rhinocéros d'or de Mapungubwe, une statuette d'or repoussé sur un noyau de bois, symbole de la royauté et aujourd'hui l'emblème d'une récompense nationale sud-africaine (l'Ordre de Mapungubwe).
La ville de Tzaneen, dans les montagnes du Limpopo, est entourée de plantations de thé, de macadamia et d'avocats, et donne accès à la réserve de Wolkberg et aux gorges spectaculaires de la rivière Olifants. Plus au nord, la ville de Musina (anciennement Messina), à la frontière zimbabwéenne, est le point de passage vers le Zimbabwe et le parc de Mapungubwe.
La Route du Jardin de L'est : Mpumalanga et Ses Merveilles
La province du Mpumalanga (qui signifie là où le soleil se lève en siSwati et en zoulou) est l'une des plus pittoresques et des plus diversifiées d'Afrique du Sud. Au-delà de la Route Panoramique et du Parc Kruger déjà évoqués, la région offre des expériences supplémentaires remarquables.
Les plantations de canne à sucre et les forêts d'eucalyptus qui couvrent les collines vertes du Lowveld cèdent la place, en montant vers l'escarpement, à des forêts tempérées brumeuses et à des prairies alpines. Les petites villes de Sabie et de Pilgrim's Rest, cette dernière un ancien camp minier de l'époque de la ruée vers l'or parfaitement préservé et transformé en ville-musée vivante, offrent des bases charmantes pour explorer la région.
Les cascades du Mpumalanga sont parmi les plus belles d'Afrique du Sud : les Lisbon Falls (94 mètres), les Berlin Falls (80 mètres) et les Mac Mac Falls (65 mètres), ainsi nommées parce que de nombreux mineurs écossais des années 1870 dont les noms commençaient par Mac travaillaient dans la région, forment un circuit cascades inoubliable dans la forêt.
La région est aussi le berceau d'une industrie de production de noix de macadamia qui représente aujourd'hui l'une des exportations agricoles les plus importantes d'Afrique du Sud. Des routes panoramiques serpentent entre les fermes et permettent d'acheter directement des noix, des huiles et des chocolats à base de macadamia.
Architecture et Design Sud-Africains
L'architecture sud-africaine est un miroir fascinant de l'histoire du pays. Le style Cape Dutch, développé dans la colonie du Cap aux XVIIe et XVIIIe siècles par des artisans hollandais, allemands et français, est caractérisé par ses pignons à volutes en stuc blanc sur des maisons à un étage, ses encadrements de fenêtres en chêne sculpté et ses toit de chaume de graminées (riet) typiques des domaines viticoles. Des propriétés comme Vergelegen à Somerset West, construite en 1700, ou la maison Groot Constantia au Cap, sont parmi les exemples les plus parfaits de ce style architectural unique.
Le style Victorian colonial, introduit par les Britanniques au XIXe siècle, est représenté par les gares, les bâtiments administratifs et les maisons bourgeoises de Port Elizabeth (Gqeberha), Durban, Grahamstown (Makhanda) et d'autres villes de la colonie du Cap. Les Bâtiments de l'Union à Pretoria, oeuvre de Herbert Baker (qui travailla aussi avec Edwin Lutyens pour le Parlement de New Delhi), sont le sommet de l'architecture coloniale britannique en Afrique du Sud.
L'architecture de l'apartheid a, hélas, aussi laissé ses traces dans le paysage : les grands ensembles de logements standardisés construits dans les townships pour loger la main-d'oeuvre africaine noire séparée des quartiers blancs sont fonctionnels dans leur brutalité, et leur uniformité témoigne de la déshumanisation systémique de l'apartheid. À l'opposé, les maisons colorées de Bo-Kaap au Cap sont devenues un symbole de la résistance culturelle et de la fierté identitaire.
L'architecture sud-africaine contemporaine connaît un développement remarquable. Des architectes comme Jo Noero, Thorsten Deckler et les studios qui ont conçu la Cour Constitutionnelle de Johannesburg ou le musée Freedom Park à Pretoria explorent des langages architecturaux capables d'exprimer l'identité complexe et plurielle de la nouvelle Afrique du Sud.
Les Langues de L'afrique du Sud : Un Pays Polyglotte
L'Afrique du Sud est officiellement le pays qui reconnaît le plus grand nombre de langues nationales au monde : onze langues ont le statut de langue officielle, ce qui illustre à la fois la diversité culturelle du pays et l'engagement de sa Constitution à reconnaître et valoriser toutes ses composantes.
Le zoulou (isiZulu), parlé par environ 23 % de la population, est la langue la plus parlée en première langue. Le xhosa (isiXhosa), célèbre pour ses clics consonantiques (qui font aussi partie du zoulou mais y sont moins nombreux), est la langue maternelle d'environ 16 % de la population et la langue de Nelson Mandela et Desmond Tutu. L'afrikaans, né dans les fermes du Cap et parlé par environ 14 % de la population, est la langue de la littérature afrikaner et de certains des plus beaux textes de la littérature sud-africaine moderne. L'anglais, bien que langue maternelle de seulement 10 % environ de la population, est la langue du commerce, de l'administration, de l'enseignement supérieur et de la plupart des médias nationaux.
Les sept autres langues officielles (sepedi, tswana, sotho, tsonga, swati, venda et ndebele) représentent des communautés culturelles importantes, chacune avec ses propres traditions orales, musicales et artistiques. La Constitution garantit à chaque citoyen le droit d'être servi dans sa langue officielle dans les interactions avec l'État, un idéal encore difficile à pleinement réaliser dans la pratique mais qui témoigne de l'ambition inclusive de la démocratie sud-africaine.
Pour le voyageur, quelques mots appris dans les langues locales sont toujours accueillis avec un plaisir et une chaleur qui valent bien tous les guides touristiques. Sawubona (je vous vois) est le salut zoulou, auquel on répond Ngikhona (je suis là) ; Molo est le bonjour xhosa ; Dumela est le bonjour sotho ; et Baie dankie (merci beaucoup en afrikaans) et Ngiyabonga (merci en zoulou) sont toujours appréciés.
Festivals et Événements : Quand L'afrique du Sud Célèbre
L'Afrique du Sud est un pays de festivals. Tout au long de l'année, des événements culturels, musicaux, gastronomiques et sportifs ponctuent la vie du pays et offrent aux visiteurs des occasions uniques de s'immerger dans la culture locale.
Le Festival National des Arts de Grahamstown (Makhanda), organisé chaque juillet dans la ville universitaire de l'Eastern Cape, est le plus grand festival des arts du spectacle d'Afrique et l'un des plus importants du monde anglophone. Pendant dix jours, plus de 400 spectacles de théâtre, danse, musique, arts visuels et cinéma transforment les rues et les salles de la ville, attirant des artistes et des spectateurs de toute l'Afrique du Sud et du monde.
Le Cape Town Jazz Festival, organisé chaque année en mars au Cape Town International Convention Centre, est l'un des festivals de jazz les plus réputés d'Afrique, réunissant des artistes internationaux de premier plan et la crème de la scène jazz sud-africaine.
Le Hermanus Whale Festival, en septembre-octobre, célèbre l'arrivée des baleines dans la baie Walker Bay avec des spectacles, des expositions, des animations pour enfants et bien sûr de nombreuses sorties d'observation en mer.
Le Klein Karoo Nationale Kunstefees (KKNK), festival des arts afrikaans organisé chaque Pâques à Oudtshoorn dans le Little Karoo, est l'un des événements culturels les plus importants pour la communauté afrikaans, avec ses productions théâtrales, ses concerts et ses cabarets.
L'Ultra Trail Cape Town, course de trail d'ultra-distance autour de la Table Mountain et de la Péninsule du Cap, attire chaque novembre des coureurs du monde entier dans des paysages parmi les plus spectaculaires du monde.
Le Comrades Marathon, course de 90 kilomètres (ultra-marathon sur route) entre Pietermaritzburg et Durban organisée chaque juin depuis 1921, est l'une des épreuves sportives les plus emblématiques et les plus populaires d'Afrique du Sud. Réunissant plus de 20 000 coureurs, dont de nombreux amateurs, il est regardé par des millions de téléspectateurs et représente un moment de fierté nationale.

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